samedi 30 octobre 2010

Maigreur extrême ou préoccupations excessives à l'égard du poids?

Je viens d'écouter l'émission "Une pilule, une petite granule" sur les ondes de Télé-Québec. J'adore cette émission; les deux co-animateurs présentent souvent des sujets très intéressants ayant un lien avec la sexualité. Cette semaine, on nous a présenté un reportage sur deux jeunes filles ayant souffert d'anorexie et qui ont demandé à la ministre Christine St-Pierre de mettre en place un mécanisme pour enrayer les modèles de maigreur extrême présents dans l'industrie de la mode. Leur voix a d'ailleurs été entendue, car il existe maintenant la Charte québécoise pour une image saine et diversifiée (qui devait d'ailleurs s'appeler la Charte contre l'extrême maigreur avant les pressions de certains groupes, mais c'est une autre histoire).

À la suite de l'émission, on invite les téléspectateurs à répondre à une question sur le site Web de l'émission: "Trouvez-vous que la maigreur extrême est encore trop présente dans le milieu de la mode". J'ai décidé de donner mon opinion à ce sujet et je vous ai retranscris la réponse que je leur ai soumise. 

Bonne lecture!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante


Je crois que la formulation "maigreur extrême" est problématique en soi, alors j'ai du mal à répondre à la question.

Qui peut réellement être "pour" quelque chose d'extrême? Personne ou presque! Et surtout au Québec où on préfère généralement la nuance.

Donc parler de maigreur extrême (et je suis tout à fait consciente que l'expression ne part de vous, mais du gouvernement et de sa charte) c'est ne faire face à aucun débat! Et c'est ça qui est alarmant, car il y a un débat à avoir! 

À peu près personne n'est pour la maigreur extrême et peu de personnes sont pour la maigreur, point. Par contre, on prône la minceur! 

Ce qui est délicat, c'est de déterminer où finit la maigreur et où commence la minceur? Et où finit la minceur et à partir de quand une personne est-elle ronde?

J'ai participé à un projet de sensibilisation de l'industrie de la mode pour promouvoir un modèle de beauté diversifié de femmes, car celui qu'on nous présente est toujours jeune, mince et sexy. Certaines personnes de l'industrie étaient tout à fait d'accord avec le concept et avec la promotion de la diversité. Vous savez ce qu'une de ces personnes m'a dit? "Avant, les grosses étaient à l'honneur: regardez Claudia Shiffer, elle a fait une grande carrière": CETTE PERSONNE CONSIDÈRE QUE CLAUDIA SHIFFER EST GROSSE!!! 

Et cette personne enseigne à l'École Supérieure de Mode de Montréal et participe à l'organisation de la Semaine de la Mode de Montréal!

Le fait d'utiliser l'expression "Contre la maigreur extrême" ne fait qu'évacuer les cas extrêmes de personnes anorexiques hospitalisées. Mais ça ne parle pas de la pression sociale à toujours être et rester minces. Ça ne fait pas la promotion de la diversité corporelle et de la beauté à l'extérieur de la minceur (on se souvient que Claudia Shiffer est sensée être grosse...). 

L'Institut national de santé publique du Québec a organisé toute une journée de conférences sous le thème des préoccupations excessives à l'égard du poids en 2008; c'est peu banal. 

Mais en 2003, lors des journées annuelles de santé publique, on parlait déjà de ce concept, car les préoccupations excessives à l'égard du poids touchent près de 50% des femmes québécoises ayant un POIDS  SANTÉ 

Aux yeux de la médecine et de son calcul de l'IMC, ces femmes préoccupées ne sont pas considérées comme ayant un diagnostic de santé mentale (troubles alimentaires), mais sont constamment préoccupées par leur poids, leur image, ce qu'elles doivent manger et ce qu'elles "n'ont pas le droit de manger"; c'est principalement ça qui est alarmant!!!! 

Même si on élimine les filles extrêmement maigres des défilés, il restera les filles maigres et les filles minces. Et ça ne réglera pas le problème, car le 99% des femmes de la population qui ne correspondent pas aux modèles de filles maigre (ayant un IMC entre 16 et 18) et aux filles minces (avec un IMC entre 18 et 20, max) tenteront encore et toujours de perdre du poids; les préoccupations excessives à l'égard du poids perdureront tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas une diversification des modèles de beauté dans les médias; il faut voir des belles femmes de tous les formats corporels: 4-6-8-10-12-14-16 et 18 ans ans de tour de taille! Et c'est sans perler du besoin de la diversification au niveau de l'origine ethnique et de l'âge des modèles! Les créateurs se disent brimés dans leur créativité en utilisant de plus grandes tailles pour créer leurs modèles; je dis "la contrainte pousse le créateur à se dépasser".

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

lundi 25 octobre 2010

Consentement à avoir des relations sexuelles?

***Si vous suivez l'émission la Galère, mais que vous n'avez pas encore visionné l'émission du 25 octobre 2010, je vous suggère d'attendre de voir l'émission avant de lire ce texte, car il dévoile certains éléments de l'intrigue***


On évalue qu'environ 1 femme sur 3 et 1 homme sur 6 sera victime d'agression sexuelle au cours de sa vie. 

Le tiers des femmes et le sixième des hommes, c'est énorme. Certaines personnes choisissent d'en parler et d'autres garderont ce terrible secret. Pourquoi? Parce que dans la majorité des cas, les personnes qui ont agressé sexuellement une autre personne auront commencé par construire un climat de confiance avec l'autre personne. Puis ensuite, après l'agression, viendra la manipulation, le chantage et le contrôle: "C'est de ta faute; t'as vu comment tu es habillé(e)?", "T'as pas dit non; tu voulais", "Personne ne va te croire; qui crois-tu que les gens croiront entre toi et moi? Tu n'es rien", "Tu vas briser la famille si tu parles; c'est notre secret", etc...

Dans l'épisode de "La Galère" du 25 octobre 2010, nous assistons à une formidable scène où un agresseur continue de dominer sa victime même des années après l'agression: l'argent et la notoriété sont ses principaux arguments: "Qui croirait que je t'ai violé? J'appuie financièrement ta campagne politique!" Et aussi, l'argument souvent utilisé "Tu es monté dans ma voiture; tu me voulais. Et en plus, tu n'as pas dit non".

Sachez que jamais au grand jamais, "ne rien dire" correspond à un consentement. Jamais. JA-MAIS. Non seulement je vous le dis, mais les tribunaux ont statué à cet effet depuis de nombreuses années. En fait, il n'appartient pas à une personne de refuser d'avoir des relations sexuelles, mais bien à nous de nous assurer du consentement de notre partenaire. Vous avez donc la responsabilité de vérifier que la personne avec qui vous vous apprêtez à avoir des relations sexuelles  souhaite réellement avoir des relations sexuelles avec vous. Si vous ne le faites pas, c'est vous qui êtes dans l'erreur; pas la personne qui a figé et qui n'a pas été capable de dire non pour toute sorte de raison (peur, humiliation, soumission, etc).

Pour revenir à l'épisode de la Galère, ce qui est assommant, c'est de voir l'attitude de domination que continue à avoir la personne agresseur même des années après; tenter d'acheter sa victime, jouer "le bon gars"en public, venir harceler la personne à son domicile, continuer de faire des menaces à propos de sa réputation, etc.

C'est très souvent ce à quoi sont confrontées les victimes d'agression sexuelle. Les victimes d'agression sexuelle (et de violence conjugale) se font agresser en privé et devront bien souvent se défendre en public (entourage, cours, etc) d'êtres les victimes et non les coupables de cette agression.

C'est une des raisons pour lesquelles l'agression sexuelle est le crime le moins déclaré à la police (9% seulement sont déclarés selon les évaluations de la police en 2008).

Si une personne que vous connaissez vous dit avoir été victime d'agression sexuelle, prenez le temps de l'écouter, de lui dire que vous la croyez et tenter de l'épauler comme elle en a besoin. Parfois, ça passe par l'écoute, d'autres fois, ça passe par un accompagnement dans un processus judiciaire. Surtout, évitez de remettre en question ses dires "T'es sûr que c'est ce qui est arrivé? As-tu fais quelque chose pour que ça arrive/que ça n'arrive pas?". Cette attitude risque davantage de briser le lien de confiance que vous avez avec cette personne et ça renforcera toutes les menaces que l'agresseur lui avait dites, notamment,  que personne ne la croirait!

Si vous avez été vous-même victime d'agression sexuelle, il existe des ressources pour vous écouter et vous aider si vous le souhaitez.

Pour les personnes résidant dans la région métropolitaine de Montréal, appelez au 514-933-9007
Pour les personnes ailleurs au Québec, appelez au 1-888-933-9007 (ligne sans frais) 
Pour de l'information en ligne: www.agressionsexuelle.gouv.qc.ca 

N'oubliez jamais; vous auriez pu courir nu(e) dans la rue en criant "J'ai vraiment envie d'avoir des relations sexuelles!", ça n'autorise personne à vous toucher dans un contexte érotique et sexuel sans que vous ayez consenti librement et de façon éclairée à ces rapprochements.

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

ITSS et contraception?

Vous avez besoin qu'on vous aide à démystifier les différentes ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang) et les différents moyens de contraception? Dans les deux dernières émissions de "Pas besoin de sexe-cuser", on vous facilite la tâche! On aborde aussi différents aspects de la loi et des différentes revendications de la Marche mondiale des femmes.

Pour l'émission à propos des ITSS, c'est par ici.
Pour l'émission à propos de la contraception, c'est par ici.

Bonne écoute!

Sophie Morin, sexologue-consultante

lundi 18 octobre 2010

Avez-vous lu le feuillet informatif?

Une vie sexuelle active vient de pair avec un moyen contraceptif (si vous n'étiez pas au courant, sachez que ce n'est pas une suggestion, mais bien un fait!)

Lorsqu'une personne a un(e) partenaire sexuel non exclusif(ve), le seul et unique moyen de contraception à utiliser est le condom (et la digue dentaire lorsqu'on souhaite faire des cunnilingus). Et ce n'est pas négociable.

Vous pouvez trouver toutes les excuses possibles et imaginables pour tenter de nous convaincre de ne pas utiliser le condom dans cette situation, mais la réponse reste la même: c'est "non"! C'est comme ça et c'est tout! "Fin de la discussion" comme dirait ma mère! :-)

Par contre, lorsque deux personnes décident d'être exclusives sexuellement et qu'elles ont passé un test de dépistage (tant que le test n'est pas passé, ça reste "Fin de la discussion"!), d'autres moyens de contraception sont à envisager.

Bien entendu, si vous avec un(e) partenaire exclusif(ve) et que vous êtes gai(e), la vie est belle, car vous n'avez plus besoin de contraceptif! (Il faut bien que l'homosexualité ait des avantages sur l'hétérosexualité!)

Mais pour les personnes hétérosexuelles, la possibilité de faire un enfant reste présente.

Bon...

Soyons honnêtes... Les méthodes contraceptives qui font en sorte qu'il n'y aura pas de "coupure" dans l'élan sexuel sont TOUJOURS assumées par les filles (stérilet, pilule contraceptive, nuva ring, dépo provera, timbre contraceptif).... à moins que l'homme choisisse d'avoir une vasectomie. Mais si ce même homme souhaite avoir des enfants un jour, peut-être vaut-il mieux attendre avant de passer sous le bistouri.

Mais revenons aux moyens contraceptifs les plus utilisés par les couples; les contraceptifs hormonaux.  Ceux-ci n'auront pas les mêmes impacts chez toutes les femmes qui les prennent; pour certaines, il n'y aura aucun impact, mais pour d'autres, ce sera tout le contraire!

Pour être en mesure de savoir si votre moyen contraceptif amène des changements, il faut être attentive(if) et..... LIRE LE FEUILLET D'INFORMATION DANS LA BOÎTE!

Comment vous sera-t-il possible de savoir si votre corps ou votre cerveau vit des modifications si vous n'êtes même pas au courant des modifications que vous pourriez vivre? Je parle du corps des femmes, mais il peut aussi s'agir de votre conjointe. Si elle qui prend le médicament, il est aussi de votre responsabilité de porter attention aux modifications qu'elle pourrait vivre. Pour être en mesure de connaître ces effets, lisez les informations sur la boîte ou demandez à votre pharmacien(ne). Certain(e) professionnel(le)s donnent même un résumé des différents effets indésirables possible. Cette étape est incontournable, ne l'oubliez pas!

Une fois le début de la médication entamée, les médecins recommandent toujours d'attendre 3 mois avant de cesser de prendre un moyen contraceptif qui causerait de l'inconfort. En effet, lors des trois premiers mois, il est possible que votre corps (ou celui de votre conjointe) s'ajuste et qu'au bout de cette période, tout soit parfait. Par contre, si après cette période et même après plusieurs mois, vous prenez conscience que vous vivez des inconforts et que ceux-ci pourraient être causés par votre moyen contraceptif, il pourrait être plus sage de cesser de le prendre pour quelques mois afin de vérifier si ces effets disparaissent en même temps que la cessation de la prise de ce médicament.

N'oubliez pas que le cycle hormonal et ovulatoire de la femme n'est pas une maladie. Celui-ci ne disparaîtra pas au bout de 10 jours comme une infection au bout de 10 jours d'antibiotiques. Mesdames, il est correct de cesser de prendre ces médicaments s'ils vous causent de l'inconfort. Oui cette cessation fera en sorte que vous et votre conjoint devrez utiliser le condom pour quelques semaines ou mois, mais votre confort de tous les instants est plus important que les 30 secondes que vous prendrez à mettre un condom lors des relations sexuelles avec la personne avec qui vous partagez votre intimité.  Arrêter de prendre des médicaments anovulants par choix ou par inconfort est votre droit; pas un privilège, ne l'oubliez jamais. Il est important que vous en soyez convaincue et que vous vous donniez ce droit en tout temps.

Oui le temps d'arrêt pour mettre un condom peut être "plate" par moment, mais les maux de tête, les diarrhées, les maux de ventre ou aux seins, les sautes d'humeur, les maux de coeur, les vertiges ou autres effets désagréables causés par les contraceptifs hormonaux méritent plus d'attention.

Prendre un temps d'arrêt pour bien comprendre ce qui se passe avec votre corps (ou celui de votre conjointe) et trouver un moyen adapté à votre système est le plus grand cadeau que vous pouvez vous faire pour éviter de trainer des effets indésirables causés par la contraception.

Et si c'est un conjoint désagréable qui ne comprend pas cette situation que vous trainez, peut-être que le problème se situe ailleurs qu'au niveau contraceptif! :-) Dans la mesure où c'est la femme qui doit prendre les contraceptifs hormonaux, la décision de les prendre ou de ne pas les pendre devrait toujours lui revenir. Et en tant que conjoint, il est de votre responsabilité de respecter le choix de votre partenaire sans lui mettre de pression. Si celle-ci vit des inconforts associés à la méthode contraceptive, il faudra faire des recherches et trouver un moyen plus adapté. Même si cette décision se prend à deux, je vous rappelle que si le moyen est hormonal, la décision finale revient à la femme.

Sachez que même les moyens mécaniques et barrières (comme le stérilet) peuvent causer des inconforts: lisez le feuillet informatif!!!

Si vous avez des questions, n'hésitez surtout pas à demander à votre pharmacien(ne); en plus d'être plus disponibles que les médecins, ces personnes connaissent mieux les médicaments.

Bonne recherche!

Sophie Morin, sexologue-Consultante

jeudi 14 octobre 2010

Des questions?

Je n'ai plus de questions votre honneur... ;-)

mercredi 13 octobre 2010

Fantasmes pornographiques ou réalité? :-)

Un contact sur Twitter a publié un lien aujourd'hui sur les différences entre les fantasmes souvent vus dans la porno et... la réalité!

Bonne rigolade! :-)

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mardi 12 octobre 2010

Merci!

La fête de l'Action de grâce est une fête qui a pour objectif de remercier dieu/la terre pour les récoltes. C'est une journée où on dit merci. Un ami, provenant d'un milieu anglophone (où cette fête est davantage célébrée) m'avait expliqué ce principe lors du souper de l'Action de grâce où nous devions tous et toutes nommer en quoi nous étions reconnaissant(e)s dans notre vie.

Je prends donc 2 minutes pour remercier toutes les personnes qui sont venues sur mon blogue depuis sa création il y a un an et demi. Merci à ceux et celles qui ont inscrit des commentaires et qui ont fait évoluer ma réflexion.

Merci aussi à tous les lecteurs et les lectrices; une grande majorité des personnes qui viennent ici font partie de la majorité silencieuse. Mais comme vous revenez et que vous êtes nombreux(euses), j'imagine que le propos vous intéresse!

Merci de me suivre!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

jeudi 7 octobre 2010

"Pas besoin de sexe-cuser", édition du 7 octobre 2010

Cette semaine, Marc-André Primeau et moi avons parlé de la recherche de la réponse sexuelle à notre émission "Pas besoin de sexe-cuser" sur les ondes de CIBL 101,5 fm Montréal.

Point G, point P, zones érogènes, Anne-Marie-Losique, prêtres pédophiles et sensualité: tout ça est abordé lors de l'émission du 7 octobre 2010!

Si vous souhaitez écouter l'émission en rediffusion, rendez-vous sur le site de CIBL ici. Vous avez la possibilité de l'écouter en direct ou encore de la télécharger sur votre ordinateur et de l'écouter quand vous aurez 2 minutes (ou plutôt 58!). Vous avez même la possibilité de mettre l'émission sur votre lecteur MP3 et de l'écouter lors de vos déplacements.

Vous pourrez aussi trouver des liens vers des textes et des ressources sur le blogue de l'émission.

N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires (positifs ou constructifs); ça fera en sorte que nous pourrons mieux répondre à vos attentes lors de notre émission!

À bientôt!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mercredi 6 octobre 2010

Connaissez-vous "Huis clos"?

Connaissez-vous l'émission "Huis clos"? Il s'agit d'une nouvelle émission sur les ondes de Télé-Québec animée par Claire Lamarche.

Comment ça fonctionne? Sept invités se font proposer un sujet de discussion en lien avec une problématique sociale et doivent débattre de ce sujet. Pour les aider à guider leur réflexion, des invités "experts" viennent témoigner de leur expérience personnelle ou professionnelle sur la thématique.

Tout au long de l'émission, les participant(e)s discutent entre eux pour tenter de prendre position et à la toute fin, font un vote final sur la question.

Je vous parle de cette émission, car depuis le début de la saison, les thèmes proposés ont presque tous un lien avec la sexualité (et nous avons parlé de plusieurs de ces thèmes dans notre émission de radio "Pas besoin de sexe-cuser"!). Voici les thèmes abordés jusqu'à maintenant:
- Tolérance zéro pour les conducteurs de moins de 21 ans: êtes-vous pour ou contre?
- Agression sexuelle: faut-il poursuivre les parents qui ferment les yeux?
- Choisir de faire un enfant sans père: pour ou contre?
- Devrait-on permettre aux homosexuels de donner du sang?
Les débats et les discussions donnent lieu à des réflexions pertinentes sur des thèmes d'actualité; je vous recommande fortement cette nouvelle émission que vous pouvez écouter en rediffusion sur  leur site Web .

Bonne écoute!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

vendredi 1 octobre 2010

"Le bébé va détruire des parties de votre anatomie..."

Mon titre vous choque? Il me choque aussi, soyez sans crainte! Ce titre est une phrase que j'ai entendue au cours de l'émission "Famille 2.0" du jeudi 30 septembre 2010 sur les ondes du Canal V.
"Comment une phrase comme celle-ci peut être entendue au cours d'une émission qui traite de la famille?", vous demandez-vous? Parce que l'émission a décidé de vanter les mérites de la chirurgie esthétique après une grossesse. Vous remarquerez que je n'ai pas dit "présenter les différents aspects de la chirurgie esthétique", mais bien "vanter la chirurgie esthétique".
Je ne suis pas naïve, je sais que certaines femmes songent à la chirurgie esthétique après une grossesse; le corps d'une femme change durant cette période et certaines femmes l'acceptent très mal. Mon objectif ici n'est pas de porter un jugement à propos des femmes qui choisissent la chirurgie esthétique: les femmes se font déjà bien assez juger comme ça et on déjà suffisamment de pression qui vient de toutes parts!
Non, ma critique vient plutôt du traitement médiatique qu'on fait de la chirurgie esthétique dans les médias en général et dans une émission qui a pour thème "la famille" en particulier.
Mais avant, parlons un peu de la grossesse et des changements qui y sont associés:
L'arrivée d'un enfant amènera son lot de transformations:
- Pour les femmes, leurs corps changent: celui-ci sera partagé avec le foetus (durant la grossesse) et avec le bébé durant les premiers mois, si la femme choisit d'allaiter. Un accouchement, qu'il se fasse par voie naturelle ou par césarienne peut lui aussi affecter le corps sur une courte ou une longue période, dépendamment des femmes.
- Au sein du couple, l'homme et la femme qui étaient des amoureux et des amants sont maintenant aussi des parents! Et jongler avec tous ces chapeaux n'est pas toujours évident, surtout à l'arrivée du premier bébé.

- Au niveau des relations sociales, l'entourage, rempli de volonté (bonne ou mauvaise, ça dépend toujours de l'entourage!) donnera toute sorte de bons et de mauvais conseils. Certaines personnes se permettront aussi de porter des jugements sur vos façons de faire et de vivre. Ça passera de "Ah vous êtes vraiment bons!" à "Ah oui, vous faites ça comment ça...?", etc!
Avec l'arrivée d'une troisième personne dans un noyau familial, les deux partenaires de vie auront constamment besoin de négocier des choses, de faire des compromis et de prendre des décisions. S'ils ne le savaient pas déjà, ils prennent conscience qu'ils n'auront plus jamais le contrôle sur tout et qu'ils seront éternellement en remise en question à  propos d'eux, de leurs façons de faire et de leurs choix! :-)

Parmi
les éléments de remise en question qu'une femme qui vient d'accoucher peut avoir, on trouve parfois:

  • "Suis-je encore belle?"

  • "Suis-je encore désirable?

  • "Je ne me sens tellement pas sexy! J'ai l'impression d'être juste une vache à lait!"

  • "Je comprendrais que mon conjoint/ma conjointe aille voir ailleurs; moi-même je me trouve laide, grosse et repoussante!"

  • "Il faut que je perde du poids: j'ai l'air d'une baleine!
Et pourquoi selon vous les femmes se dévalorisent de la sorte? Parce que le modèle de beauté présenté dans les médias est celui d'une femme toujours plus jeune, mince et sexy. Bref, les codes sociaux de la beauté féminine se représentent par le corps d'une adolescente de 17 ans!
Il y a très peu de valorisation du corps de la femme à l'extérieur de ce modèle de beauté. Et la femme qui vient d'accoucher ne correspond pas à ce modèle. Ayant peur de ne plus être jolies, plusieurs femmes doutent d'elles-mêmes. Elles demandent conseil à des ami(e)s, lisent des livres et écoutent des émissions d'information publique pour les aider à prendre une décision concernant toutes ces modifications que leur corps vit. Et comme il y a une banalisation du recours aux interventions esthétiques et des régimes draconiens ayant des risques sur la santé, plusieurs femmes suivent la vague... 

Comment freiner cette vague qui déferle?
Qu'est-ce qui pourrait faire en sorte que les femmes remettent un peu moins en question leur de féminité, leurs aptitudes à séduire, leur beauté et leur "sex appeal" après une grossesse?

Plusieurs choses. Premièrement, avoir un(e) conjoint(e) qui continue de lui dire qu'il la trouve belle et qu'il la trouve encore désirable. Ensuite, voir des modèles de femmes qui sont fortes, belles et sexy après une grossesse. À ce sujet, je vous suggère de jeter un coup d'oeil au site Web "Aimons les courbes de la mère" qui rend hommage aux belles femmes qui ont enfanté. Et finalement, avoir accès à de l'information variée en ce qui concerne l'image corporelle après la grossesse.

À mon sens, la présentation d'information critique et variée est un rôle qui appartient entre autres aux médias. Je m'attends à ce qu'une émission d'affaires publiques qui a pour titre "Famille 2.0" soit en mesure de présenter de l'information qui aidera les parents à faire des choix éclairés par rapport à leur rôle de parents, mais aussi dans leur rôle d'hommes, de femmes et de modèles!

Entendre des phrases comme "Si vous avez plusieurs grossesses, vous allez avoir besoin d'un redrapage" ou "...les dégâts qu'une grossesse a laissés..." ou encore nous dire que le silicone dans les prothèses mammaires n'est pas nocif pour la santé, alors que Santé Canada a reconnu le danger du silicone pour l'environnement est pour moi complètement aberrant.

Ce qui est d'autant plus aberrant, c'est qu'à aucun moment on ne parle des risques que comporte une chirurgie esthétique. Il n'y a aucun argument critique par rapport à la chirurgie proposée et encore moins des alternatives pour apprendre à aimer son corps qui a donné la vie.
Comment une femme peut-elle prendre une décision libre et éclairée si le seul angle qu'on lui propose à propos de son corps est de le faire passer sous le bistouri après une grossesse? Il faudrait présenter dans la même émission plusieurs points de vue afin que les femmes puissent trouver une alternative qui leur plait. Mais présenter la chirurgie esthétique par le biais d'un chirurgien qui payé par les client(e) qui passent sous le bistouri est complètement démagogique; ce n'est pas traiter d'affaire publique, c'est faire une publicité à ce chirurgien!

Ce qui est tout à fait ironique, c'est que la semaine dernière, on nous présentait un dossier sur la sexualité des adolescent(e)s. Dans cette émission, l'animatrice semblait terrorisée de tout ce qui pourrait se passer dans la vie sexuelle de son fils à cette ère de l'hypersexualisation.

Sachez que présenter la chirurgie esthétique comme on présenterait le nouveau sport à la mode fait partie du phénomène de l'hypersexualisation. On banalise des interventions qui comportent des risques dans le but de correspondre au modèle de beauté unique de femmes: des femmes jeunes, minces et sexy!

Il n'y a pas que les adolescents qui sont touchés par l'hypersexualisation: les adultes et les femmes qui viennent d'accoucher aussi! Et une des façons de contrer ce phénomène est d'amener les gens à avoir une pensée critique à propos des images qu'on leur propose et qu'on leur impose, comme l'image de la femme qui doit peser 110 lbs et avoir des seins sous les aisselles après un accouchement.

Donc si on souhaite réellement aider ces personnes à se sentir bien dans leur peau, il faudrait leur donner l'occasion de faire des choix (donc en présentant plusieurs choix) et surtout, en évitant de banaliser la chirurgie esthétique.

L'émission "Famille 2.0" annonçait qu'elle souhaitait réinviter ce monsieur chirurgien pour parler d'autres chirurgies dans les prochaines émissions; j'espère sincèrement qu'ils prendront en considération mon commentaire dans le traitement de l'information qu'ils feront la prochaine fois...

En attendant, pour les personnes qui se questionnent à propos de la chirurgie esthétique et qui souhaitent être en mesure de prendre une décision éclairée à ce sujet, je vous recommande de consulter les fiches qu'a mis en place le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes sur le sujet.

Bon week-end!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

p.s. Sachez que la chirurgie plastique et la chirurgie esthétique sont deux concepts différents. Pour connaître la différence, vous pouvez lire cet autre texte.

Émission "Pas besoin de sexe-cuser" du 30 septembre 2010 maintenant en ligne

Jeudi dernier, le sexologue Marc-André Primeau et moi avons approfondi les thèmes de la légalisation, la décriminalisation et l'abolition de la prostitution au Canada lors de notre émission "Pas besoin de sexe-cuser". Nous avons aussi visionné le documentaire "Homme à louer" pour vous et nous répondons à la question "Devons-nous parler de pornographie avec nos adolescents?"

Pour avoir accès aux textes et aux vidéos que nous vous proposons, rendez vous sur la page de notre émission sur le site Web de CIBL.

Pour écouter cette émission, c'est par ici!

Bonne écoute!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante