samedi 27 novembre 2010

La sexualité et la danse

Toile de Ty-Ramon
http://ty-ramon.over-blog.com/
Je termine ma semaine de vacances dans le sud demain.

Bon, je ne vous écris pas ce billet pour vous écoeurer en vous disant qu'ici, on doit prendre une 2e douche en fin de journée tellement il fait chaud, alors qu'au Québec, vous pelletez vos patios (:-D), mais plutôt pour vous faire part d'une de mes réflexions.

Qui dit "sud" dit:....? Allez, c'est facile! Qui dit "sud" dit "danses latines"! Tous les "tout inclus" du sud offrent leur cours d'initiation aux danses latines durant la journée. Et en général, les personnes qui font ces cours d'initiation sont les personnes qui souhaitent s'initier à ces danses très peu dansées dans nos pays nordiques.

Comme j'ai du mal à décrocher, je fais de la déformation professionnelle! Je me suis parfois questionnée sur la sexualité de certains de ces apprentis danseurs et danseuses. 

Attention! Je ne suis pas de celles qui croient que les gens font l'amour comme ils dansent. 

Voici quelques-unes des différences à faire entre la danse et l'expression de la sexualité:
  • En danse, on cherche habituellement à faire des mouvements parfaits; c'est là l'objectif alors qu'avec la sexualité, ce n'est pas la grâce du mouvement qui fera en sorte que le plaisir sera plus grand;
  • Certaines personnes sont timides et n'aiment pas se déhancher en public; certaines personnes censureront peut-être leurs mouvements en public lors d'un cours de danse, mais laisseront libre cours à l'expression de leurs mouvements dans l'intimité;
  • En danse, c'est toujours la même personne qui guide et l'autre qui se laisse guider. Dans l'expression de la sexualité, il est à privilégier que les partenaires guident chacun leur tour afin d'éviter qu'une personne soit exclusivement passive et l'autre exclusivement active.

Par contre, on ne peut se cacher qu'il existe des ressemblances entre la danse et l'expression de la sexualité:
  • La complicité: deux personnes qui dansent ensemble peuvent être absolument nulles comme danseurs, mais avoir beaucoup de plaisir et de complicité. Comme en danse, ce n'est pas le mouvement en soi qui fera en sorte que la complicité sexuelle s'installera, mais le processus d'apprentissage. La complicité entre les deux personnes compte pour beaucoup.
  • Dans la danse en couple, il doit obligatoirement y avoir une personne qui guide et une personne qui accepte de se faire guider; si les deux personnes tentent de guider, c'est la catastrophe! Dans l'expression de la sexualité, c'est un peu la même chose; il faut accepter de se faire guider de temps à autre pour ensuite guider, mais deux personnes ne peuvent guider en même temps sans se retrouver avec un doigt dans l'oeil! ;-)
  • L'écoute corporelle: Il ne s'agit pas toujours de dire les choses avec les mots pour communiquer. En danse, c'est encore plus vrai! Il faut être à l'écoute de ce que le corps de l'autre nous dit pour être en mesure de le suivre. Si on n'est pas à l'écoute du corps de l'autre, on ne sera pas en mesure de comprendre ce qu'il tente de nous faire faire et on se marchera sur les pieds. Il faut accepter de se laisser guider (je m'adresse ici surtout aux femmes dans le contexte de la danse). C'est la même chose au niveau de la sexualité. Parfois, une personne est tellement concentrée sur son plaisir à elle qu'elle fait abstraction de son partenaire, ce qui rend difficile d'avoir des relations sexuelles ensembles. S'épanouir dans sa sexualité et éviter de tomber dans la routine, c'est accepter que l'autre nous amène ailleurs et de ne pas toujours essayer d'anticiper le mouvement qui arrive; il faut seulement se laisser porter par la danse et la mener aussi une fois de temps en temps!
  • Les mouvements du bassin: beaucoup de personnes ont beaucoup de mal à bouger leur bassin de façon fluide sans que tout le corps bouge en même temps. En danse, comme dans l'expression de la sexualité, les deux partenaires auront avantage à apprendre à bouger leur bassin dans tous les sens. Attention! L'objectif n'est pas de bouger le bassin le plus rapidement possible (et surtout pas de l'avant vers l'arrière). En sexocorporelle, ce principe s'appelle "la diffusion": ça permet de diffuser le plaisir sexuel qui part des organes génitaux partout dans le corps (pour éviter que le plaisir sexuel reste focalisé sur une zone corporelle très précise, soit, les organes génitaux).

Mes observations m'ont amené à faire deux constats:
  1. En danse comme dans l'expression de la sexualité, il est possible de danser à deux et il est possible de danser ensemble. "Quelle est la différence" vous dites-vous? Les personnes qui dansent à deux danseront une à côté de l'autre et parfois une collée contre l'autre, mais sans écouter le corps de l'autre et sans avoir de complicité. Beaucoup de couples font l'amour exactement de cette façon sans même s'en rendre compte. Pour avoir du plaisir et développer une complicité en danse comme dans l'expression de sa sexualité, il faut savoir écouter l'autre (ses mots, mais surtout son corps). Et ça demande parfois de se marcher sur les pieds et d'en rire, pour ensuite continuer. Les gens qui dansent à deux sont souvent dans deux équipes différentes; il n'y a pas de "nous", il n'y a que l'addition de deux individus. En danse comme dans la sexualité, les partenaires se servent de l'autre comme d'un accessoire (parfois un accessoire masturbatoire, quand on parle de sexualité), mais ne s'en vont très certainement pas dans la même direction! Les gens qui dansent ensemble ont réussi à développer une complicité. Parfois, les mouvements sont très très simples et sans aucune amplitude, mais on voit qu'ils dansent ensemble, l'un à l'écoute de l'autre. Souvent, on observe chez ces couples une certaine tension érotique; c'est très beau à voir! :-) Et ça ne veut pas dire que ces couples dansent bien en terme de mouvements, mais ils dansent bien ensemble! C'est la même chose au niveau de la sexualité. Danser ensemble, ça peut même se faire les yeux fermés, car ce sont les corps qui communiquent.  Danser ensemble ou avoir des relations sexuelles ensemble, c'est aussi mettre son cerveau à "off" pour laisser notre corps prendre le dessus.
  2. En danse comme dans la sexualité, on peut maîtriser les dernières techniques à la mode à la perfection et... n'avoir aucun plaisir à les mettre à exécution. En général, ce qui rendra le plaisir plus grand, c'est la personne avec qui on tente de mettre à exécution ces techniques: être avec cette personne au moment de la danse ou de la baise! :-)

Et vous, qu'en pensez-vous?

Exprimez-vous!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mardi 23 novembre 2010

Loi inefficace... mais on le savait déjà...

Une étude canadienne vient de nous confirmer ce que les experts, les juristes québécois et la réalité américaine nous avais déjà dit en 2007: l'augmentation de l'âge légal pour consentir à des relations sexuelles de 14 à 16 ans.... ça ne sert foutument à rien!

Mise en contexte:
Il est important de différencier deux concepts. Celui de l'exploitation sexuelle et celui de la majorité sexuelle (aptitude à consentir)

Exploitation sexuelle
Le concept de l'exploitation sexuelle dans le cas d'un adulte envers un enfant (enfant = moins de 18 ans) implique que l'adulte est conscient de l'inégalité de la relation entre lui et l'enfant et profite de cette inégalité (de sa supériorité) pour exploiter et tirer profit de la relation avec l'enfant.

Majorité sexuelle
Concept qui fixe  l'âge à partir duquel une personne est capable de fournir un consentement pour avoir des relations sexuelles. Depuis 2008 au Canada, une personne de moins de 16 ans est considérée comme n'ayant pas la maturité nécessaire, et ce, en aucun cas (ou presque) à consentir à avoir des relations sexuelles. 
Voici les cas d'exception: le ou la partenaire de la personne de moins de 16 ans ne doit pas avoir plus de 5 ans de différence.
15 ans et 20 ans = ok
14 ans et 19 ans = ok

Par contre, 14 et 20 ans = automatiquement une infraction d'ordre sexuel, l'inscription de la personne plus vieille au registre des délinquants sexuels. Aucune exception, aucune mise en contexte: c'est au-to-ma-ti-que-ment et toujours interdit.

Est-ce que, personnellement et professionnellement, je trouve questionnant qu'une personne de plus de 20 ans puisse être intéressée et excitée sexuellement par une personne de moins de 15 ans? Oui. Est-ce que je crois qu'une loi l'interdisant réglerait la question? Non. Est-ce que je considère qu'il existe des cas d'exception qui risquerait d'écoper lourdement de cette loi? Oui, tout à fait et la réalité de plusieurs états américains ayant appliqués cette loi avant nous l'a prouvé.

Cette loi ne protège pas davantage les enfants contre l'exploitation sexuelle; il existe déjà depuis longtemps des lois qui interdisent l'exploitation sexuelle. Une personne adulte qui souhaiterait abuser d'un enfant (sexuellement et mentalement) serait déjà passible d'une peine d'emprisonnement. Cette loi encadre les relations consensuelles où les deux partenaires souhaitaient avoir un rapprochement, mais où l'état choisit de s'interposer en décidant qu'une personne de 14 ou 15 ans n'est pas apte à consentir.

Cette loi permet aux parents qui sont en désaccord avec les choix amoureux de leur enfant de faire intervenir la loi en leur interdisant de poursuivre cette relation et en condamnant un jeune adulte. Aux États-Unis, plusieurs jeunes hommes ayant été condamnés au criminel et s'étant retrouvés dans le registre des prédateurs sexuels pour avoir fréquenté une fille de moins de 16 ans se sont suicidés, car les répercussions étaient trop lourdes. Dans la majorité des cas, c'était un procès intenté par les parents, non pas pour protéger leur enfant, mais pour garder le contrôle sur la vie de leur fille.

L'augmentation de la majorité sexuelle de 14 à 16 ans était totalement injustifiée. La majorité des experts étaient contre. Cette loi est passée en douce et du jour au lendemain, on était informé que c'était passé. La semaine dernière, cette étude nous confirmait que les personnes de 14 et 15 ans n'étaient pas davantage protégées par cette nouvelle loi. Comme avant la modification de la loi, ce sont les personnes de 12 et 13 ans qui sont vulnérables et qui nécessitent la présence d'un encadrement légal, comme ça l'était avec l'ancienne loi.

Il faut arrêter de croire que ce type de réglementation concernant la sexualité des ados les protégera; elle ne fait que les rendre plus vulnérables aux violences et à l'exploitation, car s'ils en sont victimes, ils auront l'impression d'avoir enfreint une règle et auront moins tendance à aller chercher de l'aide.

On le savait déjà. 

On a maintenant une étude qui le prouve.

À quand le retrait de cette loi débile?

Sophie Morin, Sexologue-Cosultante

lundi 1 novembre 2010

Droit, éthique et violence sexuelle, ou quand le jugement manque à l'appel

L'Halloween, c'est la veille de la fête des Morts et la nuit où les fantômes reviennent nous hanter. C'est aussi la journée où petits et grands personnifient toute sorte de personnages macabres et en profitent pour donner la frousse à leur entourage!

Mais certaines personnes n'attendent pas l'Halloween pour se donner la frousse ou pour écouter des films d'horreur. Certain(e)s de ces personnes se contentent d'être spectatrices alors que d'autres souhaitent passer à l'action en produisant du matériel d'horreur. C'est le cas de Rémy Couture, un passionné qui vit de son art en produisant des effets spéciaux pour des petites et grosses productions cinématographiques. Et à temps perdu, il a aussi créé un site Web qui se veut "le journal intime d'un tueur en série".

Présenté comme ça, ça semble une bonne idée pour un artiste de l'horreur; ce site lui permet de présenter son travail concrètement et lui sert de carte de visite et de porte-folio pour ses éventuels client(e)s. Mais il y a un mais...

L'équipe des Francs-Tireurs a produit un reportage la semaine dernière couvrant cette situation. Pourquoi? Parce que Rémy Couture a été arrêté pour "corruption des moeurs" et pour "production de matériel obscène".  Je vous le dis tout de suite; il est inutile de faire une recherche sur le Web pour voir le matériel de Couture; le site Web a été retiré de la toile. Par contre, vous pourrez voir des extraits dans le reportage des Francs-Tireurs ici.

Quels sont les enjeux présents dans cette situation? La liberté d'expression (de l'artiste et de son art) vs la perturbation de la société québécoise (ou perturbation des moeurs).

Bon, je sais que les mots "moeurs" et "moral" n'ont pas bonne presse et nous donnent l'impression qu'on recule dans les années 50 ou encore dans un contexte judéo-chrétien strict où on n'a jamais le droit de ne rien faire. Mais avant de choisir votre camp, laissez-moi poursuivre.

De façon abstraite, j'étais la première à me dire "il me semble que c'est intense cette histoire d'arrestation pour la production de matériel d'horreur"... Mais quand j'ai vu les images, je me suis plutôt dit :" Wooo... il me semble que c'est vraiment intense ces images-là...". Quelles sont ces images? Des images très réalistes filmées un peu à la "Blair witch projets" présentant un psychopathe sadique tuant et souillant ses victimes. Dans les quelques images que j'ai vues (et j'en ai vu bien assez, pour ne pas dire trop...), on voit des femmes et des enfants se faire kidnapper, attacher, torturer, découper et... violer. Et dans le seul but de montrer des femmes et des enfants se faire kidnapper, attacher, torturer, découper et... violer. Et j'ai mis "violer" à la fin de l'énumération exprès, car les viols (où la masturbation du tueur en série) ont lieu sur les cadavres (de ce que j'ai vu en tout cas).

Il ne s'agit pas de scènes qui ont pour objectif de contextualiser une situation, comme la scène de viol épouvantable et interminable dans le film "irréversible". Malgré que j'aille détesté "irréversible" et que je ne l'ai pas écouté en entier, ce film évoquait quelque chose; la scène de viol avait pour objectif de faire réfléchir les téléspectateur(trice) au contexte et à la perception des gens entourant l'agression sexuelle.

Mais dans les films de Couture, nous n'avons que les scènes d'horreur et d'érotisation d'une violence extrême. Point.

Vous souvenez-vous de vos cours de philo? Moi je me souviens de celui où on nous a présenté "l'éthique kantienne". En résumé, notre prof nous avait expliqué que les individus dans la société pouvaient avoir différents niveaux de motivation pour poser des actions qui avaient un impact sur la société. Sur une échelle de 1 à 6, l'attitude "la loi c'est la loi" était la 3e. Pour en arriver à la 6e (soit celle qui était souhaitable), une personne devait poser des gestes en fonction du mieux-être pour elle, pour les autres et pour l'ensemble de la société. Cette attitude correspond à ce qu'un "comportement éthique" est.

Est-ce que la circulation de matériel comme celui de Rémy Couture est souhaitable pour lui, pour l'autre et pour l'ensemble de la collectivité? Je répondrais "Parfois", "ça dépend" et "non".

"Parfois", car avant d'être arrêté, Rémy Couture faisait la promotion de son talent artistique par le biais de ce site. Mais c'est aussi ce site qui l'a fait arrêter...


"Ça dépend", car "l'autre", ça peut être les accros aux films d'horreur, mais aussi toutes les personnes qui ont pu voir ces images (parents, victimes d'agression sexuelle, enfants, etc.). Et au sujet des accros aux films d'horreur, je souhaite souligner que le président de SPASM, Jarrett Mann, a confié au journaliste Richard Martineau qu'un seul film de Rémy Couture a été accepté à leur festival de films d'horreur. Ce film a été présenté un an après sa soumission, car le comité de sélection considérait que le contenu du film était très intense. Et finalement, lors de la présentation dudit film au festival SPASM, celui-ci a été hué (seul film qui a été hué) et plusieurs personnes sont sorties de la salle; et ces personnes sont des mordues de l'horreur.

"Non", car je crois que la société n'a rien à gagner qu'on banalise et qu'on érotisation la violence. Et tous les "oui, mais lui aussi le fait!" ou "on voit pire ailleurs" n'ont rien à y voir. Jarrett Mann amenait un point de vue très intéressant sur le sujet. Il disait "Si on accepte "le journal intime d'un tueur en série", on devra aussi accepter "le journal intime d'un pédophile" ou "le journal intime d'une personne raciste" et toutes les images qui vont avec"(je paraphrase). Est-ce réellement souhaitable pour la société? Non, pas du tout.

À mon sens, tous les êtres humains devraient poser des actions dans un sens éthique et non pas dans un sens de "la loi c'est la loi" et se cacher derrière "j'ai le droit". 

Ça me frustre qu'on nous sorte "la liberté d'expression" et "la liberté de création" dans ce dossier. Est-ce que quelqu'un est en mesure de m'expliquer qu'est-ce que des représentations de violence sordide  expriment?  Je suis peut-être bête, mais je ne vois pas en quoi c'est sensé exprimer quelque chose.

Je trouve que ce discours stérile est le même que celui que nous servent les créateurs de mode qui nous disent que leurs vêtements "tombent mieux" sur des femmes de 2 mètres pesant 100 livres en se foutant des impacts que ça a sur les femmes en général et sur les mannequins en particulier.

S'il n'y avait pas d'êtres humains, il n'y aurait pas d'art. On ne peut donc pas faire fit des sentiments humains au nom de l'art.

Pour moi, la violence sexuelle est inacceptable; qu'elle soit réelle ou simulée. La violence sexuelle réelle fait des victimes tous les jours. La promotion de matériel de violence sexuelle fictive banalise la violence sexuelle réelle et cristallise les pensées des personnes qui ont des comportements violents dans leur sexualité en "validant" leurs comportements (je le mets entre guillemets, car le trajet pour se rendre à ce point est plus long, mais au bout de la ligne, c'est la conclusion que tirerait n'importe quel intervenant travaillant en délinquance sexuelle).   Et je ne dis pas ça parce que je suis bête et que je ne sais pas faire la différence entre la réalité et la fiction; je comprends très bien la différence, mais je suis contre cette violence, point.

Est-ce que Rémy Couture devrait être acquitté ou condamné pour cette action? J'ai envie de vous dire que je m'en fou. Car je ne crois pas que ça conscientisera réellement cette personne, ni toutes les personnes qui partagent son point de vue. Bien sûr, ça créera une jurisprudence, mais si les gens ne croient pas à l'importance de ne pas banaliser la violence sexuelle, ils chercheront à contourner le règlement et ne prendront pas conscience de leurs actions. J'espère néanmoins que le procès amènera une partie de la société à réfléchir sur le problème de fond qu'amène la banalisation de la violence sexuelle; ce sera toujours ça de gagné!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante