dimanche 28 février 2016

Accompagner un enfant dans son développement psycho-sexuel par la lecture

Lorsque j'ai fait mon BAC il y a quelques années, on nous avait fait lire un texte qui résumait une
étude sur l'estime de soi des jeunes filles. On apprenait qu'il y avait une différence sur l'estime de soi des jeunes filles en fonction du type de lectures qu'elles avaient effectuées dans leur jeunesse. En gros, les jeunes filles à qui on avait lu majoritairement des histoires de princesses avaient une estime d'elles-mêmes moins grande que celles à qui on avait lu des histoires plus variées. On pouvait comprendre que les histoires de princesses présentent majoritairement des filles et des femmes dans des rôles passifs, en attente qu'un homme arrive pour que leur vie se mette enfin en branle, qu'un homme leur vienne en aide, etc. Avec des histoires plus variées, il y avait plus de possibilités que des filles et des femmes soient présentées dans différents rôles avec des caractéristiques plus actives où elles avaient du pouvoir sur ce qui leur arrivait. L'idée n'était pas de dire qu'il ne fallait pas lire de livres de princesses, mais que si la majorité des modèles présentés aux jeunes filles était des femmes passives sans trop de pouvoir sur leur vie en attente d'un homme pour se mettre à vivre, les jeunes filles développaient une estime d'elles moins fortes.

Plusieurs parents ont cette préoccupation de présenter des livres variés à leur fille et à leur garçon pour les exposer à différentes possibilités de modèles. Car il ne s'agit pas ici de dire que ce sont seulement les fillettes qui ont besoin d'être exposées à ce type d'ouvrage; un garçon à qui on présente des modèles de filles fortes sans que ce soit en ridiculisant les garçons est tout aussi bénéfique pour eux. Il n'est toutefois pas toujours évident de sélectionner des livres où on voit des filles actives et des garçons qui sont tristes sans tomber dans la caricature ou ridiculiser ces modèles moins traditionnels. Le Y des femmes de Québec a mis en place un projet pour répondre à cette préoccupation de beaucoup de parents et d'enfants et a répertorié 200 livres pour enfants. Le projet s'appelle Kaléidoscope - Livres jeunesse pour un monde égalitaire. Sur cette plate-forme interactive, vous pourrez faire une recherche par groupe d'âge (de 0 à 12 ans), par thème (égalité des sexes, affirmation de soi, diversité corporelle, diversité culturelle, diversité familiale, diversité fonctionnelle, diversité sexuelle ou de genre, sociétés) ou par titre. Le site propose une courte description de chacun des livres répertoriés pour vous permettre d'identifier si un livre correspond à votre recherche. Une version pdf est aussi disponible sur le site.

Que ce soit parce que l'égalité et la diversité fasse partie de vos valeurs ou que vous cherchiez ponctuellement un livre sur un thème en lien avec la sexualité, cette plate-forme pourrait vous être utile comme parent (ou tante, oncle, grand-parents, éducateurs, etc.).  Il n'est pas aisé de trouver les mots justes pour expliquer comment ça se fait que le petit Nicolas a deux papas ou comment ça se peut que le papa de Jérémie est devenu une maman. Ces thèmes sont délicats pour beaucoup d'adultes et ce répertoire vous permettra d'accompagner l'enfant en fonction d'où il est dans son développement psycho-sexuel.

Bonne lecture!

jeudi 25 février 2016

Comment faire de l'éducation à la sexualité aux enfants sans érotiser l'enfance?

J'ai pris position à maintes reprises sur la pertinence d'aborder la sexualité auprès des enfants dès la maternelle. Les moins de cinq ans ont une curiosité débordante qu'il vaut mieux canaliser que nier afin d'assurer un développement psycho-sexuel sain et adapté à leur âge. Toutefois, plusieurs parents continuent d'être réfractaires d'aborder la sexualité avec les enfants de peur que l'éducation les lancent dans des compulsions sexuelles inadaptées à leur âge ou qu'ils se mettent à expérimenter une génitalité adulte. À ce sujet, des études ont démontrées que faire de l'éducation à la sexualité auprès des enfants les amènent à adopter des comportements moins compulsifs, plus responsables et retarde le moment de la première relation sexuelle à l'adolescence.

Par contre, je me dois d'être honnête: aborder la sexualité avec les enfants ne signifie pas que l'éducation à la sexualité soi saine et adaptée à l'âge des enfants. Certains ouvrages ont fait parler d'eux dans les dernières années pour leur inadaptation au public cible. Certains ouvrages peuvent être marrants pour des adultes, mais il n'y a rien d'éducatif à jouer à mettre son doigt dans un trou et de transformer son doigt en jouet plus ou moins agressif et intrusif. Il n'y a rien d'éducatif non plus de voir un gamin dire à sa mère qu'elle doit arrêter de manger pour faire attention à sa ligne, pour réaliser qu'elle avait un bébé dans son ventre... lorsqu'il naît... Ce n'est pas parce que la sexualité est à l'honneur qu'elle devient éducative pour les enfants; elle peut même avoir l'effet inverse. Les ouvrages qui ne contextualisent pas la sexualité dans un univers d'enfant, en respect et dans la compréhension du développement psycho-sexuel des enfants continuent d'alimenter la crainte de certains parents et cristallise leur position de ne pas aborder la sexualité avec leurs enfants.

Ce matin, j'ai pris connaissance d'un autre exemple d'éducation à la sexualité inadapté, plus subtile, mais qui contribue à l'érotisation des petites filles. Dans sa dernière édition de Popi version Québec, Bayard propose de regarder différents aspects du corps avec les moins de 3 ans (le sport, la propreté, le corps). Dans la section de l'imagier, on propose une petite fille et un petit garçon, nus, pour apprendre le nom des parties du corps. Ma première réaction en voyant le pénis et la vulve identifiés fut: "Wow!", car dans plusieurs livres pour enfants qui dénomment les différentes parties du corps, on s'en tient à "sexe", sans différenciation pour parler de l'anatomie génitale des garçons et des filles. En m'attardant quelques secondes, je porte attention à la disposition des corps. Voyez par vous-même:

Image tirée du livre Popi Québec, mars 2016

Que constatez-vous de différent dans la position du corps de la fillette et de celle du garçon? Nous pouvons voir un garçon qui sort du bain, avec sa serviette et son bateau. Un garçon dans un contexte d'enfant nu qui sort du bain. Puis on regarde la fillette: une main sur les hanches, le dos cambré, les fesses ressorties. A-ton une image d'une petite fille qui sort du bain? Qui vient de jouer? Qui est dans une nudité de fillette de 2 ans, c'est-à-dire une nudité de type "nature" et non de type "suggestive et séduisante"? On voit plutôt une fillette qui pose, dont les attributs sexuels sont mis en évidence. "Oui, mais on voulait nommer les fesses". Oui, d'accord. Mais en quoi cette position spécifique représente la vie d'un enfant de deux ans? La fillette aurait pu être représentée de côté, en train de regarder dans le bain, en train de s'essuyer, en train de faire une folie, de rire, de jouer.

Représenter un enfant de côté peut très bien se faire en présentant des enfants dans un contexte d'enfant.

Je peux comprendre des parents réticents à ce qu'on aborde la sexualité avec leurs enfants lorsqu'on érotise l'enfance sans que plus personne ne s'en rende réellement compte. La nudité, la sexualité et l'érotisme ne sont pas des synonymes. La sexualité des enfants n'a rien à avoir avec l'érotisme, l'anticipation et la séduction des adultes. Beaucoup d'adultes semblent avoir de la difficulté à différencier ces thèmes et présentent, sans se poser de questions, des bambins dans des contextes pseudo-érotiques. C'est inapproprié. La nomination des parties du corps aux enfants ne devrait pas inclure des enfants dans des positions autres que celles qui appartiennent au monde des enfants. C'est ainsi qu'une éducation à la sexualité pourra avoir lieu avec les enfants sans qu'on la rattache constamment à l'érotisme du monde des adultes. Présenter des enfants dans des contextes suggestifs rend contradictoire de leur expliquer par la suite que leur corps leur appartient. 

Cette situation me ramène au programme d'éducation à la sexualité proposé par le Ministère de l'Éducation qui sera enseigné par des intervenant.e.s qui ne sont pas formé.e.s pour faire de l'éducation à la sexualité et qui n'ont pas de formation sur le développement psycho-sexuel des enfants. Demander à des intervenant.e.s de faire de l'intervention de groupe avec des enfants qui ne sont pas les leurs, avec qui ils n'auront pas l'occasion de reprendre individuellement, au besoin, les enseignements demande une grande connaissance des enjeux psycho-sexuels pour éviter des bourdes élémentaires. Pas simplement une formation de quelques heures. Le programme actuellement proposé ne fera qu’accroître le nombre de parents apeurés qui refuseront que leurs enfants participent à des programmes d'éducation à la sexualité, car les dérapages s'accumuleront. Plutôt que de cultiver la connaissance à propos de la sexualité des enfants, ce sera la peur qui sera cultivée à grand coup de maladresses, comme on peut le voir ici dans Popi, un livre produit par des spécialistes des enfants... Mais pas par des spécialistes de la sexualité des enfants... 

samedi 20 février 2016

Ce que j'aimerais vous dire madame Payette...

Madame Lise Payette a publié un texte en soutient à son ami Claude Jutras hier dans le devoir et a ajouté une réplique ce matin, que voici:


Longtemps, des personnes homosexuelles ont été criminalisées. On considérait l'homosexualité comme un trouble de santé mentale. Encore aujourd'hui, c'est un pêché dans bien des Églises. Très longtemps ont été associés "homosexualité" et "pédophilie". Est-ce que que socialement, on s'attendrait à ce que les hommes agressent des femmes et que ce soient les femmes qui agressent les hommes? Qu'un homme qui agresse un garçon est nécessairement un homosexuel? L'homosexualité est l'attirance d'une personne pour les personnes du même sexe. Son égale. Un enfant n'est pas l'égal d'un adulte, qu'il soit fille ou garçon. Faire des parallèles entre homosexualité et pédophilie est un sophisme: ce n'est pas parce qu'une table et un chat ont quatre pattes qu'ils sont frères et soeur. 

Être tourmenté, peu importe l'orientation sexuelle, est assez courant dans notre société. Est-ce qu'être tourmenté retire la notion de responsabilité quant aux actions d'une personne? Pas du tout. Un adulte a la capacité d'aller chercher de l'aide s'il est tourmenté. Choisir de passer à l'acte plutôt que de choisir d'aller chercher de l'aide pour ne pas commettre l'irréparable est un choix. On peut être triste et empathique pour une personne qui souffre. Le défi se trouve plus souvent dans la capacité à se connecter humainement à une personne qui vit dans le déni. Une personne qui fait le choix de s'aveugler volontairement. À répétition. Pour détruire à petit feu la vie d'un enfant. C'est beaucoup demander à une société québécoises "folle de ses enfants". 

On n'aide pas une personne qui souffre si on refuse de voir sa souffrance. De la voir réellement. D'être capable de dire à cette personne qu'on voit qu'elle souffre, qu'elle a besoin d'aide et qu'on va continuer de l'aimer dans son processus de rétablissement. Les trois sections de cet énoncé se doivent d'être présents si on veut réellement aider une personne. Faire comme si la partie sombre d'une personne n'existait pas, soit disant par amour, ce n'est pas prendre soin d'une personne. C'est la laisser dans sa souffrance, dans sa solitude, car personne n'est capable de la voir dans son entièreté, avec ses failles, et de continuer de l'aimer. Ne pas nommer la nécessité d'aller chercher de l'aide n'aide pas non plus, car on continue de nier qu'une partie de la personne qu'on aime est problématique. Et souvent, c'est notre difficulté de dire "ce n'est pas toi que je n'aime pas, ce sont certains de tes agissements" qui nous amène à nier ou à vouloir couper tous les liens. À vouloir retirer le nom des rues... À vouloir retirer le nom des trophées...

Il a y des failles qui ont besoin d'être colmatées. On ne peut pas faire comme s'il n'y avait pas 2 pieds d'eau dans le sous-sol, condamner la porte et se contenter d'habiter au rez-de-chaussée. Dans le cas de Claude Jutras, il ne semble pas y avoir eu de processus de réparation de sa part. Ça rend difficile pour la société de rester connectée sur la partie lumineuse de l'homme si la partie sombre est niée, rationalisée et banalisée par ses proches encore aujourd'hui. Pour l'instant, la porte du sous-sol a été ouverte et l'attention restera là tant que qu'une compagnie de sinistre n'aura pas évalué l'ampleur des dégâts. De l'eau dans le sous-sol, comme des agressions sexuelles à répétition, ça cause beaucoup de dégâts. Ses proches devront être patients avant que la lumière puisse être associée encore à son nom.

mardi 16 février 2016

Érotisme et allaitement

Il y a quelques jours, le feu a presque pris sur la page facebook de TPL moms. Une femme anonyme a publié un texte (dont des extraits sont disponible ici) sur ses expériences de nouvelle maman allaitante qui désirait poursuivre sa vie sexuelle active. Le Journal de Québec rapportait même qu'une enquête avait été ouverte par la Sureté du Québec sur le sujet à la suite d'une plainte. Je vais tenter ici de décortiquer certains éléments de cette situation:

1) Obtenir un orgasme en allaitant: En effet, c'est possible. Les seins sont une zone érogène plus ou moins sensible selon les personnes et, en effet, l'orgasme par stimulation des mamelons peut arriver. Ce qui est important de comprendre ici, c'est que cet orgasme n'est pas nécessairement associé à un désir sexuel, à une anticipation. Il pourrait l'être, mais il ne l'est pas nécessairement. Je pourrais comparer cette situation à une personne qui se fait chatouiller et qui rit, mais qui crie d'arrêter. Beaucoup de personnes détestent se faire chatouiller, mais ont beaucoup de difficulté à ne pas rire quand même; c'est un automatisme. C'est la même chose avec la stimulation des zones érogènes; le déclenchement de la réponse sexuelle (la lubrification, l'érection et l'orgasme) peuvent avoir lieu sans désir. C'est d'ailleurs pour la même raison que des personnes victimes d'agression sexuelle obtiennent parfois des orgasmes; leurs organes génitaux remplis de récepteurs sont stimulés et l'orgasme est atteint sans que ça ait un lien avec le désir et l'envie de l'agression. Bref, c'est la même chose avec bébé qui tète au sein. Beaucoup de femmes vivent de la culpabilité ou de la honte d'obtenir des orgasmes de cette façon (soit durant l'allaitement ou l'agression sexuelle). La majorité de ces mères ont de la difficulté à aller chercher de l'aide, car elles craignent d'être jugées et accusées d'agression sexuelle. Malheureusement, plusieurs intervenant.e.s du milieu de la santé ne connaissent pas cette réalité et associent "orgasme" à "désir" et les femmes sont parfois mal accompagnées dans cette réalité qui nécessite a) de l'écoute b) de l'accueil dans leurs émotions et c) de l'éducation par rapport au phénomène pour normaliser ce qui se passe.

2) Avoir des rapprochements érotiques et sexuels à proximité du bébé: Cet aspect est assez délicat, car il comporte certains éléments culturels à ne pas négliger. Par exemple, dans plusieurs pays, les maisons sont constituées d'une seule pièce dans laquelle toute la famille dort. Quand il y a des murs, ils sont en carton et on entend voler une mouche. De plus, le rapport à la sexualité n'est pas le même dans toutes les cultures, mais peu importe les cultures, il est souvent balisé selon des règles strictes, qui varient d'un endroit à l'autre. Dans certains pays africains, la reprise des relations sexuelles après la naissance du bébé est fortement encouragée et la communauté s'implique pour aider les nouvelles familles. Dans les peuples anglo-saxons (comme le nôtre), la sexualité est souvent plus taboue, y compris après la naissance de bébé. Au Québec, depuis peu, de nouvelles normes recommandent fortement aux parents de laisser dormir bébé dans la même chambre qu'eux pour les six premiers mois de vie. Disons que ça peut compliquer la donne quand on sait comment, pour certaines familles, les heures de repos sont rares. Il peut être délicat de recommander au nouveau couple d'opter pour la salle de lavage ou la table de la cuisine pour leurs rapprochements sexuels ;-) De plus, pour toutes les familles qui habitent dans des appartements aux murs de carton, la même chambre ou la chambre d'à côté donne plus ou moins le même acoustique ;-) 

Est-ce que dans ce contexte, il est absolument proscrit d'avoir de relations sexuelles dans la même pièce qu'un nourrisson qui dort? Non. Il est assez délicat de tracer une ligne franche entre "ceci est acceptable" et "celà ne l'est pas". Des échanges amoureux à côté de bébé ou des échanges érotiques à côté de bébé (dans un lit différent), ce n'est pas un problème. Il faut toutefois se souvenir qu'un bébé a une conscience. Il n'est pas capable de se créer un souvenir très clair de ce qui se passe, mais il imprègne tout de même des états émotifs dans son cerveau. Un enfant qui est témoin de scènes torrides et sans pudeur de la part de ses parents (qu'ils soient dans la même chambre ou non) enregistre l'information. Il ne sera pas capable de la codifier et il peut se développer avec un malaise qu'il ne sera pas capable d'identifier plus tard, car certaines limites ont été franchies. Cette situation met en lumière l'importance, lorsque bébé sera un peu plus grand, de lui parler de sexualité; de ce qui appartient au monde des adultes et au monde des enfants, qu'il apprenne à faire la distinction entre des bons et des mauvais touchers, qu'un enfant peut être curieux et explorer avec des enfants de son âge, mais pas avec des adultes, etc. Ces éléments peuvent être mentionnés dès un an. Un enfant qui a entendu ses parents avoir des relations sexuelles pourra alors y donner un sens, car bien des enfants croient qu'un des deux parents attaquait l'autre et se mettent à avoir peur des contacts intimes et sexuels.

3) Avoir des contacts sexuels seul ou à deux lors de l'allaitement: Cette situation sera probablement clarifiée par des juristes si des accusations sont portées par la Sureté du Québec, mais cette situation transgresse bien des frontières. Il n'est pas question ici de savoir si un bébé a été utilisé comme un objet érotique (dans pareil cas, la question ne se poserait même pas), mais qu'un enfant est activement présent dans des échanges érotiques entre adultes. En observant la définition du texte de loi sur l'agression sexuelle, je vois mal comment le geste pourrait être exclu, mais au delà de l'aspect juridique de la situation, il y a confusion des rôles. Est-ce qu'une femme peut être à la fois une amante et une mère? Est-ce que ces deux rôles peuvent être joués dans le même espace temps? La femme, dans son texte, utilise des études scientifiques pour illustrer qu'elle n'est pas la seule à avoir obtenu un orgasme en allaitant. Mais ça justifie difficilement de passer de la réponse réflexe au désir sexuel. 

Je comparerais la situation à un adolescent qui est dans l'autobus et dont la vibration fait naître une érection. Cette réponse est normale; la vibration peut causer des érections chez les hommes. Mais la question est: qu'est-ce que cet adolescent fera avec ce début d'érection? Est-ce qu'il prendra des grandes respirations et tentera d'amener son esprit dans un domaine pas du tout érotique pour faire disparaître son érection? Ou est-ce qu'il va se mettre à fantasmer sur sa voisine qu'il trouve tellement sexy, ce qui fera compléter son érection? Et s'il réalise que son érection est complète (soit parce qu'il n'est pas capable de la faire disparaître ou parce qu'il l’alimente), va-t-il se mettre à se frotter sur son sac-à-dos posé sur ses genoux?

La femme qui utilise le moment de l'allaitement pour le transformer en moment érotique, tout comme l'adolescent qui alimente son érection pour la rendre complète en fantasmant et en se frottant sur son sac-à-dos sont tous les deux mis devant un choix; celui de réfléchir sur le contexte dans lequel ils se trouvent (est-ce que prendre soin d'un enfant ou être dans un espace public peut coïncider avec une excitation érotique?) ou faire le choix de nier le contexte pour accorder plus d'importance à leur désir actuel. Mais une chose est certaine; ce n'est pas parce qu'une personne fait le choix de ne pas réfléchir au contexte et à la responsabilité qu'elle a par rapport au contexte que le contexte n'existe plus.

mardi 9 février 2016

Est-ce que les femmes dans le procès Ghomeshi ont consenti ou pas?

Le procès Ghomeshi bat son plein dans les médias. En gros, si les relations qui ont eu lieu entre
Ghomeshi et ces femmes sont du sado-masochisme, on parlerait de consentement, alors que si nous sommes en présence d'un homme sadique qui a agressé des femmes non consentantes à certains éléments présents dans la relations sexuelles, on parlerait de violence (d'un voie de fait ou d'une agression sexuelle).

Ce qui ne semble pas clair pour beaucoup de personnes, c'est précisément cet aspect de consentement. Je crois comprendre que pour beaucoup de personnes, une fois que le consentement est donné, il ne se retire plus. C'est aussi la perception que je constate en clinique avec plusieurs de mes client.e.s. Bien souvent, la personne qui est dans la situation où elle a donné son consentement et qui se met à douter se met à vivre de la culpabilité: "Je ne peux pas reculer", "Il m'a payé le souper, ça vient avec", "Il est venu chez nous. C'est clair que c'était ça son attente. Je ne peux pas le mettre dehors juste comme ça". Ces phrases, je les ai entendues de la part de femmes entre 20 et 40 ans, intelligentes, scolarisées, belles et articulées dans mon bureau dans les dernières semaines. Il semble y avoir une perception bien ancrée socialement que le consentement, une fois donné, ne nous appartient plus. Il semble maintenant appartenir à l'autre et nous n'avons plus aucun contrôle dessus.

Cette pensée est la première partie du problème: celui de la culpabilité des femmes (et de plus en plus souvent de certains hommes)  d'avoir eu envie, puis plus envie, puis peut-être même envie encore. C'est comme s'il fallait faire une moyenne: "J'ai plus voulu que pas voulu, donc on va faire comme si j'avais dit oui à tout". Il semble presque y avoir un consensus entre la majorité des hommes et des femmes là dessus. Parfois, publiquement on se dit contre, mais une fois la porte fermée, la culpabilité (ou la honte) semble l'emporter et l'agression sexuelle a lieu.

La deuxième partie du problème, c'est que les personnes qui agressent sexuellement, elles, semble être tout à fait en accord avec l'idée que la personne qui a donné son consentement est responsable de son corps et a la responsabilité de le retirer haut et fort si elle n'en a plus envie. Comme si dans l'expression "relation sexuelle", ne restait que "sexuel". Il n'y a plus de relation. Il n'y a qu'une pulsion qui semble être exempte d'une capacité d'observer ce qui se passe autour d'elle, y compris de son/sa partenaire qui, peut-être, ne parle plus, ne souris plus, souris jaune, ne bouge plus vraiment, fixe le plafond, ne cligne plus des yeux, semble avoir complètement quitté son corps, etc. Comment se fait-il que des personnes qui souhaitent avoir une "relation sexuelle" oublient complètement l'idée de la "relation" et de l'autre personne dans la relation? Comment une personne peut-elle croire avoir aucune responsabilité dans la situation? En droit criminel, il existe le principe de "doute raisonnable". On s'en sert pour déterminer si une personne devra être condamnée ou non: s'il y a un doute raisonnable qui persiste, la personne sera acquittée. Il me semble que ce concept mériterait d'être inclus dans la sexualité: si vous avez un doute raisonnable de croire que la personne avec qui vous vous apprêtez à avoir des relations sexuelles ne semble plus aussi enthousiaste qu'au départ (ce qui implique que vous avez été attentif à ce qui se passe), arrêtez-vous et questionnez l'autre: "Est-ce que ça va? J'ai remarqué que tu ne souriais plus/souriais jaune/que tu ne bougeais plus vraiment, etc..."

Le hic avec la validation du consentement, c'est qu'il est possible que l'autre confirme qu'il n'a pas envie d'avoir des relations sexuelles. Et qu'une fois qu'on le sait, continuer devient le synonyme d'être une personne sadique et narcissique. Ça peut devenir embêtant quand d l'envie sexuelle est très grande et qu'on n'a pas envie de reculer. Beaucoup de personnes préfèrent fermer les yeux. Mais si vous ne vous êtes pas questionnée sur "comment se sent l'autre", comment pouvez-vous dire qu'il ne s'agissait pas d'une agression sexuelle? Vous n'avez aucun moyen de le savoir...

samedi 6 février 2016

La sexualisation dans la pub; des avancées lentes, mais assumées

Il y a quelques années, je travaillais pour le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes sur un projet qui s'intitulait "Pour une mode en santé". Le projet visait à entrer en communication avec différents acteurs de l'industrie de la mode et des médias pour les sensibiliser au fait que le modèle de beauté des femmes qu'ils proposaient était, pour la plupart du temps, toujours le même: celui d'une femme toujours plus jeune, plus mince et plus sexy. L'objectif était d'entamer un dialogue pour voir de quelle façon il était possible de diversifier le modèle proposé. Non pas pour proposer un nouveau modèle unique différent, mais bien pour voir comment les images pouvaient être davantage diversifiées.

Ce projet était un défi immense en soi et m'a amené à rencontrer différents types de personnes qui avaient des discours parfois effrayants et parfois éclairants sur l'industrie. Autant je me souviens d'un professeur en commercialisation de la mode impliqué dans la Semaine de la mode de Montréal qui me disait que "les grosses" avaient déjà été à l'honneur dans le mannequinat en me citant Claudia Schiffer en exemple, autant j'ai rencontré des professeures dans la même industrie motivées à modifier la façon dont on enseignait le dessin aux futurs designer pour qu'elles soient habiletées à dessiner des vêtements à partir de proportions réels (faire disparaître les proportions dites de "11 têtes", pour les connaisseurs).

J'ai participé à des tables rondes avec différentes personnes de l'industrie où des haut.e.s placé.e.s expliquaient que même si on interdisait l'utilisation de photoshop pour retoucher les photos, nous ne ferions que déplacer le problème, car l'industrie allait se tourner vers des mannequins encore plus jeunes. Un directrice d'agence de mannequins nous informait que malgré les nouvelles normes en vigueur dans certains défilés pour mettre un poids plancher pour les mannequins (IMC d'au moins 18), celles-ci n'avaient jamais été aussi maigres sur les cat walk. Un travailleur de l'industrie du marketing me disait que ses pubs de bière préférées étaient celles où le produit était mis en vedette simplement, mais que les focus groupes se plaignaient qu'il n' avait pas de "pitounes". Ce que je constatait aussi, c'était le nombre de personnes dans cette industrie intéressées à opérer des changements, mais qui me parlaient du marché du Québec trop petit pour aller à contre-culture sans risquer que leur entreprise sombre. Je voyais souvent des gens qui se sentaient impuissants et qui ne savaient pas par où commencer.

Dans les dernières années, j'ai vu l'industrie présenter de plus en plus de modèles aux âges diversifiés et aux corps diversifiés. Ce marché reste encore hors norme, mais on en voit de plus en plus. Toutefois, on ne peut pas dire que la banalisation de l'érotisation dans l'espace public ait tellement diminuée. Je me souviens que lorsque j'étais en charge du projet, cette situation était de taille, car la question restait: "Quels sont les critères pour "coter" une publicité comme érotique ou non?". L'idée ici n'était pas de diversifier les modèles érotiques, mais de trouver d'autres angles de ventes que celui de l'érotisation du produit. Je me souviens qu'à l'époque, une étude  (dont le lien direct ne semble plus exister) avait été effectuée au Québec durant la semaine de la publicité et en arrivait à la conclusion que l'humour faisait plus vendre que le sexe (au Québec en tout cas). Mais au Québec, on ne voit pas que les pubs produites au Québec. Cette situation de l'érotisation des publicités semblait être un élément plus difficilement contestable auprès de l'industrie à l'époque; j'entendais beaucoup de discours ambivalent quant au fait que c'était souvent trash, mais incontournable. Rares étaient les personnes de l'industrie prêtes à prendre position publiquement par rapport à l'érotisation de l'espace public.

Cette publicité m'a donc interpellée ce matin. Des stunts d'OBNL qui dénoncent l'érotisation de l'espace public, j'en ai vu plein. J'ai aussi vu certaines compagnies comme Dove la dénoncer, mais son propriétaire, Unleaver, produit les publicités dénoncées avec sa compagnie "Axe"; on y comprend davantage qu'il s'agit d'une question de gros sous. Mais ici, on voit une agence de pub qui décide de faire cette sortie publique dénonçant cette érotisation et cette objectivation des femmes. Il semblerait que cette même agence (Badger & Winters) a déjà produit les publicités dénoncées, mais qu'elle décide aujourd'hui de revoir sa conception de la publicité. Est-ce que c'est parfait? Non. Est-ce suffisant pour qu'on tourne la page? Non. Mais c'est déjà un changement de paradigme que l'industrie elle-même (un de ses acteurs en tout cas) utilise son argent pour dénoncer un outil de vente omniprésent.

J'entend certaines de mes collègues féministes qui s'indigneront de la chute où on interpelle les hommes en leur disant que ces femmes sont peut-être leur mère, soeur, amie, etc. Cet argument est en effet un peu délicat, car il comprend une certaine partie de "ne touche pas aux femmes que tu connais et aime". Ça peut sous-entendre que les femmes inconnues pourraient, elles, continuer à être traitées comme des objets sexuels. Toutefois, je vois aussi cet aspect comme un premier pas imparfait dans la bonne direction. Le changement est souvent pavé de bonnes intentions qui s'articulent souvent un peu tout croche au début, mais le geste mérite très certainement d'être souligné quand même. Bon visionnement!

mardi 2 février 2016

Réflexion critique de la sexualité des jeunes Y par une ex-star du X!

Vous connaissez Ovidie? Il s'agit d'une femme française qui s'est fait connaître, d'abord, par sa participation à l'industrie pornographique. Depuis ses débuts dans l'industrie, Ovidie a aussi milité auprès des féministes dites "pro-sexe" ayant pour prémisse que le féminisme ne signifie pas soustraire les femmes au sexe et qu'il était possible d'utiliser le sexe et la porno comme outil de militantisme.

Il est vraiment intéressant de suivre le travail de cette femme, mais aussi de voir le cheminement qu'elle fait par rapport à son militantisme. Vous avez ici son dernier documentaire (car elle en a fait plusieurs autres) qui s'intitule "À quoi rêvent les jeunes filles?" où elle semble nuancer de plus en plus ce féminisme pro-sexe. Dans ce documentaire, elle donne la parole principalement à des jeunes femmes de 18 à 30 ans, à des jeunes femmes qui sont nées et ont évolué avec internet.

Bon visionnement!