jeudi 15 mars 2018

Parler de désir avec ses jeunes enfants

Avez-vous déjà songé parler de désir avec vos enfants, y compris à vos touts petits? Comme adulte, lorsqu’on parle de désir, on a tendance à l’associer à la sexualité. Mais le désir fait partie de nos vies et il est loin d’être uniquement associé à l’érotisme.

Le désir, c’est cet élan qui amène un tout petit à prendre le jouet dans les mains de l’ami à côté de lui : il désirait le jouet. Le désir, c’est ce qui amène un enfant à demander s’il peut avoir un bonbon lorsqu’il vous accompagne à la caisse pour payer votre essence; il désire une sucrerie. Le désir, c’est lorsque la princesse voit le prince arriver et qu’elle nomme « je suis tombée amoureuse ».

Je prends le temps d’aborder cette question importante, car j’observe très régulièrement une confusion entre le désir et l’amour et cette confusion commence à s’installer dès la tendre enfance.

Reprenons l’exemple des histoires de princesses, de princes et de coup de foudre. À tout coup, ou presque, on nous présente le prince et la princesse qui tombèrent amoureux au premier regard. Ces scènes ne sont pas des scènes d’amour. Ce sont des scènes de désir. Les personnages se sont vus, ils ont été attirés un vers l’autre. À ce moment même, ils ne se connaissent pas. Ils n’ont aucune idée de qui est cette personne attractive. Les personnages peuvent être attirés par des caractéristiques physiques, la personnalité l’aura, le statut social, etc. Cette envie d’être proche de l’autre, de la toucher, de la connaître, de la faire rire, de passer du temps avec elle (beaucoup de temps avec elle); cette description est celle du désir. C’est formidable le désir! C’est cette capacité de rêvasser, d’imaginer des scénarios agréables de ce qu’on souhaite faire, être, construire. Mais le désir n’est pas de l’amour. Le désir parle de qui JE suis; de ce que j’aime et de ce que JE projette sur une autre personne, sur une chose, sur un pays, sur un travail, etc. Bref, c’est l’image idéalisée que je me fais d’une personne, d’un lieu ou d’une chose.

L’amour, c’est le sentiment qui émerge concernant une personne, une chose ou un lieu que je connais. J’aime quelque chose ou quelqu’un qui existe. Je suis capable de décrire pourquoi j’aime ces caractéristiques parce que je les connais. Quand j’aime, j’aime CETTE PERSONNE-LÀ. L’amour concerne l’autre personne alors que le désir parle de moi.

Donc non, on ne tombe pas amoureux ou amoureuse d’une personne inconnue. On la voit et un désir émerge. Avec le temps passé avec cette personne, peut-être que ce désir se transformera en sentiment amoureux. Mais pour le savoir, il faut prendre le temps de connaître cette personne-là, cette chose ou ce lieu.

Confondre le désir et l’amour fera naître de la frustration, car les personnes croiront que leurs désirs devraient devenir réels. Elles perdent de vue que c’était un souhait et non un droit. Cette perte de contact avec la réalité peut s’envenimer si la personne s’acharne à ce que ce désir devienne réel et se mette à utiliser des formes de violence.

Il est donc important d’aborder les distinctions entre l’amour et le désir dès l’enfance pour recadrer certaines situations qui surviennent dans leur quotidien. Désirer, c’est sain et ça fait déjà partie de leur vie. Mais avant de parler d’amour, il est important d’apprendre à connaître la personne. C’est ainsi qu’on verra si on a envie de continuer à être proche de cette personne ou non. Distinguer le désir de l’amour permettra aussi de proposer une vision plus réaliste des relations humaines et ne construira pas une vision erronée de la façon d’établir des relations saines avec une personne.

Texte originalement paru dans le Canada Français.

vendredi 2 mars 2018

Comment parlez-vous de votre sexualité?


Quels sont vos intérêts sexuels? Vos goûts? Vos désirs? Les caresses que vous aimez et celles qui vous irritent? Un des premiers défis que j’observe dans mon bureau est le défi que certaines personnes ont à identifier ce qui les anime, ou pas, dans la sexualité. « Ben, comme tout le monde, là. Normal. J’aime ça». Avez-vous remarqué ces mots fourre-tout? « Ça », « là », « normal ». J’en entends plusieurs autres aussi dans mon bureau comme « c’est correct » ou « ça va ».

J’attire votre attention sur ces mots fourre-tout, car ils semblent complets et illustrer une évidence qui, finalement, n’en est pas une. Comment la personne avec qui vous aurez des contacts sexuels peut saisir ce que vous aimez si, vous-même, vous avez du mal à les décrire? « J’aime ça ». D’accord. De quoi sommes-nous en train de parler? De « ça » l’endroit où tu es en train de me caresser? « Ça » la pression avec laquelle tu me fais une caresse? « Ça », le moment qu’on est en train de passer ensemble? L’ambiance? La chimie qu’il y a entre nous? Les mots que tu utilises en même temps? Il peut y avoir une foule de significations à ce « ça ».

L’objectif ici n’est pas de trouver le mot accepté par l’Office de la langue française qui illustre très précisément le terme « qu’il faudrait utiliser ». Vous pouvez utiliser vos mots, ceux qui ont du sens pour vous, vos images, votre jargon. L’important n’est pas de savoir si vous direz clitoris, bouton, clicli, rosette, bourgeon, point ou gland. L’important, c’est que vous utilisiez des mots qui ont le même sens pour vous et pour l’autre pour vous assurer que vous êtes en train de parler de la même chose.

Beaucoup de conflits et d’irritations dans ce qui se passe dans une dynamique sexuelle surviennent lorsque deux personnes perçoivent que ce qu’elles sont en train de dire est une évidence et ne se rendent pas compte que ce n’est pas vraiment clair finalement. Ces situations arrivent régulièrement lorsqu’on utilise ces mots fourre-tout qui veulent tout et rien dire à la fois.

« J’aime pas ça! Je lui ai dit plein de fois, pis il continue! » Et si on mettait des mots sur ce « ça ». Vous souhaitez lui dire quoi? Qu’est-ce qu’il y a dans ses gestes, son rythme, son approche, le contexte que vous n’aimez pas? Et lorsque vous dites que vous « n’aimez pas ça », vous faites allusion à quoi? Vous vous sentez agressée? Vous êtes gênée? Vous êtes dégoûtée? Vous avez de la douleur physique? Vous vous sentez humilié.e? Les ajustements ne seront pas les mêmes si vous dites que ça vous gêne lorsque votre partenaire vous embrasse dans le cou, parce que vous ne savez pas comment recevoir son désir sexuel ou si vous dites que vous vous sentez agressé.e lorsque votre partenaire vous embrasse dans le cou, parce qu’il-elle est rude et choisi des moments inappropriés à des rapprochements sexuels.

Si vous vivez des défis dans votre dynamique amoureuse ou sexuelle, prenez le temps de réfléchir à comment vous en parler à l’autre; moins vous serez précis.e.s, plus les risques d’interprétations, et de mauvaise interprétation, sont grands… Ce qui accentue aussi les risques de conflits. Bonne réflexion!

jeudi 1 mars 2018

J'ai peur; un pédophile rôde dans le quartier

« Fais attention, il y a des monsieurs pas fins qui se promènent dans le quartier. Ne parle pas aux inconnus! ». Parler de pédophilie avec ses enfants est un sujet délicat. Il est pertinent d'être prudent dans notre façon d'aborder la question avec nos enfants. Voici quelques suggestions pour guider les échanges avec eux.

D’une part, il n'est pas souhaitable de transmettre aux enfants la peur des inconnus. Les inconnu.e.s, ça peut aussi être la personne qui va aider si l’enfant se perd, s’il a peur, s’il a besoin de retrouver ses parents. Ce ne sont pas tous les inconnus qui sont des dangers. Le risque n’est donc pas de parler aux étrangers; c’est que l’enfant se rende dans un endroit sans que le parent ou l'adulte qui s'occupe de lui soit au courant. C’est vrai si la personne en question est connue ou inconnue. Parler avec un adulte dans le parc ou sur la rue, ce n'est pas un problème. C'est de suivre cette personne sans qu'un adulte soit au courant qui est un risque.

Bons ou mauvais?
On ne peut pas demander aux enfants de faire la distinction entre les "bons inconnus" et "les mauvais inconnus". Il sera plus aidant de décrire ce que vous attendez d’eux : « Si tu t’arrêtes ou que tu vas ailleurs qu’à la maison, je souhaite que tu m’avises avant, peu importe avec qui tu es. C’est moi ton parent, c’est moi qui suis responsable de toi. Je dois savoir où tu te trouves pour ta sécurité. » Cette règle devient universelle pour toutes les situations et ne nécessite pas d’entretenir la peur des pédophiles. Cette attitude devient un facteur de protection, car elle s’intègrera plus facilement si elle appliquée dans toutes les situations. Cette règle renforce aussi le sentiment de sécurité de l’enfant, car les adultes qui s’occupent de lui se préoccupent de sa sécurité.

Si vous jugez que votre enfant est trop petit pour évaluer une situation de dangerosité et pour prendre les mesures appropriées pour s’occuper de sa sécurité, il est préférable de ne pas le laisser seul dans un endroit qui comporte des risques. Trop souvent, c'est pour se décharger de leurs responsabilités que certains parents permettent aux enfants certaines latitudes; on ne peut remettre aux enfants la responsabilité de notre déresponsabilisation.

Comme parent, vous pouvez être inquiet.ète et il peut être sain de nommer aux enfants cette inquiétude. La ligne à ne pas franchir est d’éviter de leur faire porter la responsabilité de s'occuper de votre inquiétude. C'est un beau moment pour ouvrir l'échange, leur demander ce qu'ils ont entendu sur le sujet, comment ils vivent cette situation, ce qu'ils en comprennent et comment vous pouvez les aider.

Prévention
Voici quelques mesures qui peuvent être mises en place lorsqu’il y a un rôdeur dans le quartier : aller porter et chercher les enfants à l'école directement, discuter avec les autres parents pour faire du covoiturage, inscrire l'enfant au service de garde si vous ne souhaitez pas qu'ils se baladent seuls dans les rues, organiser, en collaboration avec les familles du quartier, des groupes de marche pour que les enfants se déplacent ensembles, discuter avec les enfants des moyens qui peuvent être mis en place s'ils ne se sentent pas en sécurité, réfléchir à la possibilité de devenir "Parent-Secours", de l'afficher, de le publiciser et d'encourager d'autres familles à faire de même pour augmenter le sentiment de sécurité dans le quartier. Je vous recommande aussi le livre de Jocelyne Robert : "Te laisse pas faire!". Ce livre aborde l'agression sexuelle, s’adresse en partie aux parents et certains segments sont lus avec les enfants. Bonne suite!