jeudi 9 juillet 2020

Mieux connaître ce qui se passe pour tout le monde dans un processus de dévoilement de violence

Depuis quelques jours, le nombres d'histoires de harcèlement sexuel, d'agression sexuelle et de violences diverses fusent sur les réseaux sociaux.

Tout le monde n'est pas au même endroit dans son deuil de vivre dans une société pacifique et non-violente.

Voici les différentes étapes qu'il peut y avoir, au travers desquelles vous pouvez passer, que vous ayez été victime, agresseur, les deux, une personne proche ou autre.

Je vous invite à être attentif.ive à votre processus et à conscientiser que tout le monde n'est pas au même stade que vous. Ces observations vous permettront d'avoir plus de compassion pour vous et pour les autres.

1) Le choc: C'est la surprise, la stupéfaction. À cette étape, on encaisse sans avoir les mots pour nommer ce qui se passe. C'est à cette étape que sont les personnes qui ne réagissent pas et qui ne disent rien.

2) Le déni : À cette étape, les gens ne veulent pas voir ou croire ce qui vient de les choquer. La charge émotive ressenti est trop grande et c'est une façon de chercher à se protéger d'émotions envahissantes. "Ben non, ça n'existe pas. Les victimes inventnt. Ces personnes dénoncées sont des bonnes personnes et n'auraient jamais fait ça".

3) Le marchandage: À cette étape, les personnes acceptent d'être en contact avec une partie de la réalité seulement, alors qu'une autre partie reste dans le déni. Cette étape vise à métaboliser tranquillement cette très grande émotion: "Ben là, ça doit pas être si pire que ça. Les victimes ont peut-être exagérées. Les personnes qui ont commis ces gestes n'étaient probablement pas conscientes de ce qu'elles faisaient".

4) La colère : À cette étape, les personnes sont d'avantage en contact avec l'ensemble de la situation réelle inacceptable et ne veulent pas accepter cette situation. La colère est une émotion active, qui exteriorise. On ne veut plus en soi ce traumatisme. C'est l'étape à laquelle la dénonciation se fait, l'étape où les choses sont nommées avec agressivité. L'étape parfois aussi où la colère se transforme en violence et que les gens vont trop loin.

5) La dépression : C'est la phase à laquelle les personnes prennent conscience que leurs actions sont limitées par rapport à la situation réelle. Les personnes prennent conscience qu'elles ne sont pas toutes puissantes et ne peuvent pas tout avoir. Pour les personnes qui ont été violentes et qu'elles ont dépassé les limites, elles font face à la réalité que leur violence et leur destructivé a des conséquences. À cette étape, elles voient la partie destructrice en elles, celle qu'elles ne voulaient pas voir et qui fait mal. Pour les victimes, c'est de voir que malgré la colère et les dénonciations, elles continuent d'être blessées. Que les dénonciations ont été une partie importante, mais qu'elles ne régleront pas tout. Peut-être aussi de voir que la personne violente refuse de prendre ses responsabilités face à la situation. À cette étape, les personnes sont en inaction. Elles n'ont pas encore décidé si elles vont avancer ou reculer dans le processus. Si elles vont continuer de défendre leur Ego (donc de reculer) ou prendre soin d'elles et de leur blessures pour continuer à avancer (passer à la prochaine étape).

6) La résignation: C'est la phase à laquelle les gens voient qu'ils ne peuvent pas changer le passé. C'est une phase douloureuse qui peut faire réapparaître toutes les étapes précédentes. C'est la prise de conscience de cette fatalité, que rien ne pourra ramener la situation d'avant. Cette période est charnière entre la résolution du deuil ou le maintien de la détresse aiguë. À cette étape, il n'y a pas d'action. La personne est revenue à l'intérieur d'elle-meme et est passive. À cette étape, les personnes ont le sentiment d'être seulement une victime (pour les victimes) et seulement des agresseur (pour les agresseurs).

7) L'acceptation: Contrairement à la résignation, la personne intègre qu'elle n'a pas le pouvoir de changer le passé et qu'elle est un être complexe. Qu'elle a vécu quelque chose de difficile, qu'elle en a été victime, mais qu'elle a aussi les outils pour pouvoir continuer à avancer malgré tout. Les outils ne sont pas nécessairement disponible, mais la personne voit la possibilité de continuer à avancer. C'est l'étape où les personnes qui ont été victimes et agresseur voient ce qu'elle ont vécu comme une partie d'eux-elles, mais pas la totalité d'eux-elles.

8) La reconstruction: C'est l'étape à laquelle les personnes s'impliquent activement pour faire de leur vie ce qu'elles veulent, en accueillant leur blessures, en les utilisant pour mieux se connaître et devenir plus fortes, graduellement. Les blessures restent, mais ne prennent plus toute la place.

jeudi 5 mars 2020

Droits des femmes et sexualité en 2020?


Le dimanche 8 mars se tiendra la « Journée internationale des droits des femmes ». Cette journée qui existe depuis 110 ans tire son origine des luttes pour l’égalité des femmes et des hommes, notamment pour que les femmes aient le droit de vote et de meilleures conditions de travail. C’est vers la fin des années 60 qu’une partie des luttes touchent à la sexualité et qu’a eu lieu parallèlement « la révolution sexuelle ». La sexualité s’est alors désacralisée, est devenue moins taboue et davantage discutée. La création de la pilule contraceptive a permis aux femmes d’envisager « le sexe pour le sexe » dans les relations hétérosexuelles sans crainte (ou presque) de vivre une grossesse.

Le contexte socio-politique a changé depuis la création de cette journée en 1910 et plusieurs luttes pour l’égalité ont été gagnées. Alors, est-ce que cette journée est toujours pertinente en 2020? Est-ce que l’égalité entre les hommes et les femmes est atteinte? Dans le rôle privilégié que m’accorde mon travail de sexologue et psychothérapeute pour entrer au cœur de l’intimité des gens, je vous certifie que cette égalité est loin d’être gagnée en ce qui concerne la place de la sexualité dans la vie des femmes.

1ere relation sexuelleLorsqu’il est question d’éducation à la sexualité, on insiste généralement davantage sur l’idée « d’attendre le bon » auprès des filles, mais moins auprès des garçons. Ce discours souligne la perception d’une sexualité sacrée chez les filles, quelque chose à offrir, de précieux, qui se doit d’être préservé. On insiste aussi sur les douleurs qui pourraient avoir lieu. Bref, on présente le premier rapport sexuel aux filles comme quelque chose d’épeurant et de potentiellement pénible, à mille lieues du désir et du plaisir. On présente rarement aux garçons le premier rapport sexuel sous cet angle. On leur parlera davantage du stress qui pourrait être vécu face à cette première expérience, des conséquences possibles de ce stress (dysfonction érectile, éjaculation rapide), de l’importance d’écouter leur partenaire. On ne présente toutefois pas aux garçons la sexualité comme un joyau qu’ils offriront à l’autre. Comme société, nous gagnerions à présenter aux filles les premières relations sexuelles sous le même angle que ce que l’ont fait avec les garçons, en retirant cette pression de devoir « préserver ce bien précieux qu’est leur sexe » et d’insister plutôt sur la pertinence de choisir une personne en qui elles ont confiance, avec qui elles pourront explorer en se sentant en sécurité. Et ce, que cette autre personne soit un.e partenaire amoureux.euse ou non.

RespectDans l’éducation à la sexualité des filles et des garçons revient très souvent cette notion de « respecter les femmes ». Je constate toutefois que cette notion de respect semble confondue avec « l’asexualité ». Comme si, regarder une femme avec du désir sexuel revenait à ne pas la respecter. Comme s’il n’était pas possible de respecter une femme en étant bandé ou mouillée. Et que, par le fait même, il ne fallait pas trop voir les femmes comme des êtres sexuels pour les respecter.

Saviez-vous qu’exprimer un désir, qu’il soit sexuel, amoureux ou platonique, comporte une forme d’agressivité? Cette agressivité peut être saine ou pathologique. Et elle deviendra pathologique si elle outrepasse les limites de l’autre. Gardez en tête que la majorité des femmes ont envie d’être regardées avec désir, MAIS, dans le respect de leurs frontières. Le problème ne réside donc pas dans l’expression d’un désir sexuel avec une forme d’agressivité saine, mais plutôt d’outrepasser les frontières des femmes de façon « pathologiquement agressive », sans considération pour qui elles sont réellement.

Je ne compte plus le nombre de femmes dans mon bureau qui se jugent sévèrement d’avoir exploré leur sexualité très tôt, d’avoir eu cette curiosité sexuelle déjà enfant, de croire qu’elles ne se respectaient pas d’explorer leur corps seule ou avec d’autres. J’entends très rarement les mêmes autojugements de la part des hommes. Toutefois, autant je vois des femmes qui se jugent de leurs envies sexuelles et qui les refoulent, je vois des hommes se sentir coupables d’avoir envie des femmes et qu’ils n’osent pas les approcher. Ces deux polarités sont sur le même continuum, mais traitent de la même réalité; la sexualité des hommes et des femmes n’est pas sur le même pied d’égalité.

Luttes en 2020Une des luttes à mener pour l’égalité entre les hommes et les femmes est de permettre aux femmes d’être des personnes sexuelles, désirantes et désirables. De permettre aux petites filles d’être sexuées, non pas dans les yeux des adultes déviants, mais dans l’exploration de leur corps. D’enseigner aux pères que leurs filles ne sont pas « les princesses à papa », que leurs futur.e.s gendre ou brue n’ont pas à passer de questionnaire avant de sortir avec leurs filles; les parents ont à apprendre à faire confiance en l’intelligence et le jugement de leurs filles. Ils ont aussi à apprendre à leurs filles que celles-ci ont de la valeur et sont dignes de respect y compris lorsqu’elles sont agenouillées avec plaisir, nues, devant quelqu’un. L’égalité passe par l’enseignement que le respect envers une personne, qu’elle soit homme ou femme, ne devrait pas diminuer en fonction du nombre grandissant de partenaires sexuels.

Les luttes pour l’égalité entre les hommes et les femmes devraient impliquer que les femmes ont le droit d’exposer leurs désirs sexuels au grand jour sans crainte d’être victimes d’agression sexuelle. Que l’expression d’un désir sexuel ne signifie pas « bar ouvert ». Que les femmes n’ont pas à avoir honte de leur désir et n’ont pas à les cacher parce que des personnes n’ont pas l’intérêt de développer la capacité « de toucher avec les yeux seulement » dans les limites des frontières des femmes. Les luttes pour l’égalité entre les hommes et les femmes devraient aussi impliquer qu’être active sexuellement pour une femme devrait être une célébration, une fierté et une source de joie. Que cet apprentissage passe notamment par l’apprentissage aux fillettes et aux adolescentes que leur corps devrait être une source de joie, d’abord pour elles-mêmes, et de les encourager à l’explorer dans un contexte sécuritaire pour elles et pour les autres. Finalement, l’égalité entre les hommes et les femmes passe aussi par « le droit à l’orgasme » à la même fréquence et qu’un contact sexuel ne devrait pas automatiquement se terminer par la jouissance de monsieur.

La sexualité est la célébration du corps; c’est gratuit et agréable quand c’est vécu par choix. Il est faux de croire que les filles et les femmes en 2020 ont cette liberté sexuelle d’explorer leur corps comme bon leur semble au même titre que peuvent le faire les garçons et les hommes. Alors oui, la journée internationale des droits des femmes est toujours d’actualité en 2020.