dimanche 24 mai 2009

Mare de la représentation des hommes dans les publicités québécoises!


Bon! Aujourd’hui, c’est ma journée « montée de lait »! Je ne suis PLUS CAPABLE de la représentation des hommes dans les publicités québécoises! MESIEURS INSURGEZ-VOUS!

Je vous mets en contexte. Avant, dans les publicités, les rôles des hommes et des femmes étaient très clairs (comme dans la vie aussi d’ailleurs); les hommes étaient forts, ne pleuraient pas, travaillaient et ramenaient l’argent à la maison. Les femmes, elles, devaient s’occuper de la maison, des enfants, s’investir dans des œuvres caritatives et être belles pour leurs hommes. Bon, vous me direz que plusieurs de ces stéréotypes perdurent et je suis d’accord ;-) Mais n’est pas mon point aujourd’hui :-)

En regardant plusieurs publicités, on voit que ce n’est pas tout le monde qui a compris l’essence du féminisme. Par définition, le féminisme est l’atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes. Mais plusieurs tentent de faire glisser cette définition en nous faisant croire que le féminisme est la domination des femmes sur les hommes, ce qui est faux, bien entendu. De plus en plus, on voit des femmes dans toutes sortes de rôles sociaux dans les pubs. Ce n’est pas parfait, mais il y a eu des avancées. Par contre, lorsqu’on regarde le rôle des hommes, c’est plutôt pathétique. Pour ne plus faire perdurer le stéréotype de « l’homme pourvoyeur », on le voit maintenant rarement dans ce genre de rôle. Le problème, c’est qu’on lui a enlevé ce personnage pour l’échanger contre… une super larve!!!! Non seulement il n’est plus capable de rien faire de ses mains, mais en plus, il est dénué de sensibilité, d’empathie ou de capacité à s’occuper de quoi que ce soit! Et pourquoi? Parce que c’est sensé être drôle!
C’est RI-DI-CULE!

Nommons quelques exemples. Plus récemment, la compagnie de téléphone Bell nous présente des hommes incapables d’installer une tablette « au niveau » et sa conjointe lui suggère d’aller aider leur petite fille à faire des serpentins en pâte à modeler, une tâche plus à sa hauteur! Dans une publicité de Muslix, un homme vole à son père la boîte de céréales parce « qu’à son âge, il devrait manger autre chose que des fibres! », ce qui nous porte qu’à croire que, même à 40 ans, l’homme continue de rester un ti-cul qui fait des crises de ti-cul! Whiskas nous a présenté un concept où l’homme prenait le rôle du chat et boudait parce que sa maîtresse ne lui avait pas amené sa gâterie… Et quoi penser de la publicité de Desjardins? Un jeune couple économise pour se payer un voyage dans le sud. On voit l’homme essayer son nouveau maillot de bain blanc en disant : « Ben, y faut juste m’imaginer un peu plus bronzé… » et sa conjointe qui le regarde comme s’il était un retardé profond; dont-on comprendre que sa conjointe se dit : « Penses-y même pas! Même bronzé, tu ne seras jamais beau »?

Mais qu’est-ce que c’est cette façon de représenter les hommes? Deux choses m’horripilent dans ces concepts. Le premier est qu’on tente de nous faire croire que le féminisme a fait en sorte que les hommes sont devenus des larves à cause des femmes qui les ont oppressées. Le deuxième est qu’on rie de ces publicités parce que « c’est juste drôle! ». Si ces publicités étaient l’exception, qu’une fois de temps en temps on nous présentait des hommes malhabiles (car il y en a!), oui ce serait drôle! Mais c’est devenu la règle!

Dans le dernier siècle, les femmes se sont battues pour l’égalité, pour leurs droits et pour qu’on cesse de leur imposer un statut par le simple fait qu’elles soient des femmes. Aujourd’hui messieurs, c’est à votre tour de prendre la parole et de vous insurger de la façon dont on vous présente dans les médias! Est-ce que vous voulez que vos enfants, vos neveux et nièces, vos petits enfants aient comme modèle masculin ce genre d’individu?

Il est temps d’exiger d’être représentés comme des hommes intelligents et sensibles, capables de communiquer au sein de son couple dans les médias! Je vous invite à consulter le site web de « La coalition nationale contre les publicités sexistes » qui offrent des modèles de lettre de revendication à envoyer aux entreprises et dans les différents niveaux d’instances gouvernementales : prenez position!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

lundi 18 mai 2009

« Les enfants n’appartiennent pas à l’État; ils appartiennent à leurs parents! » ??


Durant la longue fin de semaine, j’ai décidé d’aller trotter dans la province.  Comme j’étais seule en voiture, j’ai écouté la radio un bon bout de temps. Je suis tombée sur un reportage qui traitait du cours « d’éthique et culture religieuse », le nouveau cours de la réforme scolaire québécoise qui remplace le cours « d’enseignement religieux et moral ». Je ne sais pas si vous avez suivi cette histoire, mais c’est un cours qui a été très controversé dans le renouveau pédagogique. La cause est même entendue devant la cour suprême, car des parents veulent pouvoir retirer leur enfant du cours. 

Je suis une personne qui accorde une grande importance à l’éthique. J’ai du mal à comprendre ce qu’on peut reprocher à l’éthique étant donné qu’il s’agit d’un concept qui a pour objectif d’atteindre à la fois le mieux-être individuel, le mieux-être de notre prochain et le mieux-être collectif. Bien sûr, les dilemmes éthiques ne sont pas simples, mais la réflexion éthique l’entourant est très riche et permet de développer notre esprit critique tout en se décentrant de notre simple mieux-être.

J’étais tout de même intéressée à connaître les arguments des personnes contre ce cours; des arguments pertinents me permettant peut-être de connaître un autre côté de la médaille.

J’ai été estomaquée par la xénophobie de plusieurs, la méconnaissance et la contradiction d’autres.

Une mère de 28 ans ayant retiré sa fille du cours nous dit : « Des judaïsmes, des juifs… pis toutes ces affaires-là, il y en a pas tellement dans notre coin de toute (…) Lui parler de toutes ces religions-là, ça va toute la mêler (en parlant de sa fille). Déjà avec Jésus c’est compliqué, il faut pas toute la mêler… c’est du bourrage de crâne en quelque sorte (…) Je crois pas qu’elle va manquer quelque chose.  L’éthique… à quoi ça peut lui servir dans la vie? C’est comme les arts plastiques… ».

Les enfants apprennent combien de matières en même temps à l’école? Sept? Huit? En général, ça se passe bien? Je crois qu’il faut faire confiance aux enfants non? Cet argument est le même que dire qu’un enfant qui aurait eu accès à une éducation à la sexualité deviendrait un obsédé sexuel. Saviez-vous que les enfants ayant eu accès à une éducation à la sexualité de qualité repoussent le moment de leur première relation sexuelle? L’accès à l’information n'est pas synonyme de bourrage de crâne.

Cette mère poursuit en nous disant n’avoir jamais jeté un coup d’œil au programme du cours. Non seulement elle ne sait pas elle est contre quoi, mais elle ne connaît pas l’application concrète de l’éthique. Non seulement elle ne voit pas l’importance que sa fille apprenne à penser par elle-même, à développer sa tolérance à la différence, mais elle nous annonce aussi que le développement de la créativité pour une enfant, par les arts plastiques par exemple, est tout à fait superflu et inutile dans la vie…

Ce témoignage précédait celui d’une dame travaillant à l’Association des parents catholiques du Québec. « Les enfants n’appartiennent pas à l’État! Ils appartiennent à leurs parents! Il faut laisser la liberté de choix aux parents de choisir pour leur enfant .» Il est vrai que les parents doivent prendre soin de leurs enfants en leur transmettant leurs valeurs, une éducation, leur savoir, leur héritage culturel et familial, etc, mais un enfant n’appartient à personne. Dans cette perspective, un parent pourrait faire ce qu’il veut de son enfant, notamment, le violenter, l’exploiter ou le vendre, ce qui n’est pas le cas, notamment depuis que les enfants ont des droits (1982).

De plus, elle aborde la liberté de choix des parents, mais fait abstraction du choix de l’enfant. C’est assez paradoxal. Comment peut-on être pour la liberté de choix des uns et contre la liberté de choix des autres?

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

jeudi 14 mai 2009

Les Québécois(e) ont en moyenne 6 relations sexuelles par semaine



Ah HA! C'est là que je vous prends! Vous avez lu mon titre en vous disant "Ah ouin??? Mon dieu, je ne suis pas dans la moyenne!" Vous vous souvenez ce que j'ai dit à propos de "Vous êtes les experts de votre sexualité?"


Et bien ceci est une fausse statistique!

C'est ça le problème avec les statistiques! On les prend pour "l'attitude à avoir" et on se compare en se glorifiant si on est au dessus ou en se tapant sur la tête si n en en dessous. Surtout lorsqu'on parle de statistiques en lien avec la sexualité.

Voici une mise en situation: Jeanne est une femme qui est très inquiète et soucieuse de répondre aux standards sociaux et s'efforce le mieux du monde de rester dans le "pic" de la courbe normale! Son amie Sylvie lui a fait part de ce résultat de sondage qu'elle a vu "dans l'Internet! C'est une sexologue qui disait ça!" et Jeanne se met à angoisser. Que fera Jeanne?

a) Jeanne développe du vaginisme (contraction involontaire du vagin qui rend impossible la pénétration de tout objet, même d'un Q-tip, dans le vagin), car elle ne souhaite pas avoir un si grand nombre de relations sexuelles dans une semaine. Jeanne angoisse davantage, se dit qu'elle a un problème et court consulter un(e) sexologue clinicien(ne).

b) Jeanne décide d'augmenter le nombre de relations sexuelles par semaine avec son conjoint, mais son désir, lui, n'a pas augmenté. Comme Jeanne n'est pas ou peu excité lors des relations sexuelles, son vagin est très peu lubrifié et elle se développe de la dyspareunie (douleur lors des relations sexuelles). Jeanne angoisse davantage, se dit qu'elle a un problème et court consulter un(e) sexologue clinicien(ne).

c) Jeanne n'a pas envie d'augmenter le nombre de relations sexuelles; six, c'est beaucoup trop! Jeanne angoisse davantage, se dit qu'elle a un problème et court consulter un(e) sexologue clinicien(ne).

Bien sûr, c'est un peu rigolo parce qu'il s'agit d'une mise en situation, mais beaucoup de personnes se sentent comme Jeanne.

On peut constater plusieurs choses d'ailleurs dans par cette mise en situation:


  • Parce qu'un sondage le dit, on se sent obligé de suivre la tendance, même si cette soi-disant tendance nous cause plus de tort que de bien! Il est plutôt ironique d'aller voir un(e) sexologue parce qu'un sondage nous a créé des problèmes, mais que nous n'en avions aucun avant! Avoir des relations sexuelles "parce qu'il le faut" et non pas "parce que j'en ai envie" est questionnant!
  • L'information sur le web vient de partout: de sources sérieuses et pertinentes et de n'importe quel "joe blo" qui dit n'importe quoi! Il ne faut pas avoir peur de vérifier plusieurs sources avant de se faire une idée!
  • La majorité des gens ont l'impression qu'une "relation sexuelle" comporte automatiquement une pénétration, et lorsqu'on parle d'une relation hétérosexuelle, une pénétration du pénis dans le vagin, ce qui n'est pas le cas!
Peut-être que Jeanne pourrait discuter avec son ou sa partenaire si elle s'inquiète de la satisfaction face aux nombres de relations sexuelles par semaine qu'ils/elles ont? Peut-être que ce questionnement devrait se situer d'abord au niveau de la qualité des relations sexuelles avant de se questionner sur la quantité de relations sexuelles?

Bref, n'oubliez pas que vous êtes l'expert de votre sexualité! Ne vous laissez pas imposer des normes qui ne correspondent pas à vos besoins, vos envies, vos sensations; écoutez votre corps, vos émotions et vos alertes qui vous indiquent ce que vous aimez ou non!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mardi 12 mai 2009

Choc culturel dans les modèles d'intervention Québec-France en agressions exuelle


Depuis deux jours, j’assiste au 5e congrès international francophone sur l’agression sexuelle. J’ai assisté à des ateliers, des conférences, des exposés scientifiques et des débats. C’est fascinant de voir les différentes formes de pratiques et d’approches à travers le monde francophone. C'est parfois aussi tout un choc culturel et de valeurs d'entendre certain.e.s intervenant.e.s. 


Depuis ma courte carrière de sexologue, j’ai travaillé dans des milieux féministes où on privilégiait l’approche globale, où la femme était au centre de l’intervention en plus d’être considérée comme la spécialiste de sa vie (voir billet précédent!).

Lorsque j’ai assisté à des présentations québécoises ou belges, j’ai reconnu des façons similaires de travailler. Mais lors des présentations françaises, j’ai constaté une façon différente de percevoir le rôle des intervenants auprès des victimes d’agressions sexuelles.  Un des plus gros choc culturel est survenu lorsque deux médecins sont venues nous parler de leur unité de services pour les personnes victimes d’agressions sexuelles. Elles nous ont expliqué qu’à certains moments, elles devaient user de leur autorité après des femmes victimes. C’est à ce moment que mes yeux se sont agrandis! Je leur ai demandé de préciser ce qu’elles entendaient par « autorité face aux victimes » et elles m’ont expliqué qu’à certains moments, les femmes victimes sont en état de choc et ne veulent pas rester à l’hôpital, en observation par exemple, après un épisode d’agression sexuelle et que le médecin, « Car nous avons ce pouvoir auprès des patients », ont-elles cité, les raisonne en leur disant qu’elles doivent rester à l’hôpital, pour leur sécurité…

Une personne qui vient de vivre une agression sexuelle a vécu un épisode contre son gré, sans donner son consentement. Et un médecin qui retient une patiente à l’hôpital contre son gré, alors que sa sortie de l’hôpital ne met pas sa vie en danger… c’est aussi priver la personne de donner son consentement, non?

Il est évident que parfois les personnes font des choix qui vont à l’encontre des nôtres et il est possible d’essayer de discuter avec la personne pour qu’elle prenne conscience d’un danger. L’autocratie ne permet pas à une personne de faire un choix éclairé ni de se sentir considérer; il ne faut pas lui faire sentir que nous savons mieux qu’elle!  Si cette personne choisit de quitter l’hôpital, même si ça comporte des dangers, C’EST SON CHOIX! Bien sûr, il se peut qu’on considère que ce soit un mauvais choix, que ça nous frustre, qu’on aille peur pour elle, mais on ne peut pas la contraindre à rester dans un hôpital! La personne victime doit sentir qu’elle reprend graduellement le pouvoir sur sa vie. Si elle va à l’hôpital pour avoir de l’aide et qu’on va à l’encontre de son besoin, l’aide-t-on réellement?

Se mettre au-dessus des personnes victimes en se disant qu’on leur donne des soins (sont-elles malades d’ailleurs ces personnes?) et en les contraignant à rester à l’hôpital va à l’encontre de l’idée mettant la personne au centre de sa propre vie, développant son « empowerment » et participant activement à son processus de guérison.

Et vous, qu’en pensez-vous?


Sophie Morin, Sexologue-Consultante

vendredi 8 mai 2009

Peut-on vraiment être victime "d'abus" sexuel?


Qu'est-ce qu'un "abus" sexuel? De quelle façon une personne pourrait "abuser" sexuellement de nous?

Si je prends un autre exemple, on pourrait dire qu'une personne mange des chips, et qu'à un certain moment, elle commet un abus, car elle a mangé trop de chips. Mais peut-on réellement parler d'abus quand on parle de sexualité? Ça reviendrait de dire qu'avant d'arriver à commettre un "abus", la personne avait un comportement acceptable et qu'elle a franchi une limite.

En fait, on ne devrait jamais parler "d'abus" sexuel, mais bien d'agression sexuelle. Tout d'abord parce que l'appellation "abus sexuel" est un anglicisme et fait référence à "sexual abuse" et on ne devrait pas traduire "abuse" à "abus", mais bien à "mauvais traitement physique", ce qui est synonyme "d'agression".

Lorsqu'on parle "d'agression sexuelle", on parle d'absence de consentement. Comme il y a cette notion de consentement, on ne peut pas parler d'un "abus", parce qu'un consentement est une limite et on ne peut pas abuser d'une limite: on transgresse ou on ne transgresse pas une limite.

On ne peut mesurer une "agression sexuelle" en se disant qu'il faille une accumulation de gestes, paroles ou autres avant de tomber dans l'abus et l'abus sexuel. La personne qui transgresse cette limite commet une agression; elle a l'entière responsabilité de ses gestes.

Souvent, les gens préfèrent utiliser l'expression "abus sexuel", parce que le mot est moins chargé, moins lourd, que la faute est moins grave.

D'ailleurs, le harcèlement sexuel et les attouchements sexuels sont aussi des formes d'agressions sexuelles. Ce ne sont pas des comportements acceptables et ce sont des formes d'agressions.

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mardi 5 mai 2009

Les sexologues ont du mal à prendre position? Éclaircissements...


Lors de mon précédent « post », j’affirmais que les sexologues avaient du mal à prendre position et une personne a réagi à mon propos. J’ai donc décidé d’expliquer un peu plus en détail mon commentaire.

Vous le saviez peut-être déjà, mais le département de sexologie a été fondé en même temps que l’UQAM, en 1969. Deux ans auparavant, un sondage avait fait tout un tapage médiatique au Québec; le 2/3 de la population québécoise considérait qu’une femme qui se masturbait : a) commettait un crime et devait être envoyée en prison (1/3) ou b) avait besoin « d’être internée » à cause de son trouble de santé mentale (1/3). Plusieurs spécialistes de la sexualité humaine étaient alarmés de constater ces résultats et ont décidé de se mobiliser pour qu’une école de sexologie soit créée au Québec.

Dans un Québec qui venait de crier son « Y en a marre de la religion! », où les femmes se battaient pour l’égalité, en même temps qu’un mouvement important se battait pour la libération sexuelle, un département de sexologie a vu le jour à dans cette nouvelle université du peuple qui allait être implantée à Montréal. Saviez-vous que le département de sexologie de l’UQAM est le seul en son genre au monde? Partout ailleurs, pour être sexologue, il faut d’abord détenir un autre diplôme professionnel; soit en médecine ou en psychologie par exemple. Au Québec, la sexologie est une profession  à part entière qui se distingue par sa vision globale et multidisciplinaire.

Quel était le mandat que les sexologues québécois et québécoises s’étaient donné à cette époque? Faire l’éducation à la sexualité pour tous et toutes, démythifier plusieurs tabous, encourager la population à développer son épanouissement sexuel, etc!  Bref, les sexologues souhaitaient amener les gens à voir au-delà du cadre; le cadre qui, pour la plupart, était le cadre religieux imposé par la religion catholique, très répressive et culpabilisante du plaisir érotique et sexuel.

Bref, leur rôle était de faire tomber les barrières et les tabous : chouette non?  Mais aujourd’hui? La situation n’est plus la même!  À plusieurs égards, la sexualité est banalisée.  On parle même de « la sexualisation de l’espace public » tellement la sexualité, l’érotisme, la nudité, voire la pornographie sont de plus en plus présents dans les médias et les publicités.

Un des mandats des sexologues est d’amener les gens à réfléchir à propos de leur sexualité. Alors qu’en 1969, on réfléchissait à la possibilité de se libérer de nos sentiments de culpabilité, de dire oui au plaisir sans honte, en 2009 on réfléchit aux impacts de la banalisation de la sexualité. Le défi n’est plus le même; en 1969 on parlait de la liberté de dire « oui », alors qu’en 2009 on parle de la liberté de dire « non ». Ce rôle est beaucoup moins marrant, parce que discuter de la possibilité de mettre ses limites et de ne pas avoir l’obligation de tout essayer avant d’affirmer ne pas aimer une expérience, ça fait moins cool et c’est moins vendeur.

Quand je disais que plusieurs sexologues avaient du mal à prendre position, c’est exactement à ça que je faisais référence : la peur d’avoir l’air moralisateurs/trices et de se rapprocher d’un discours religieux répressif. Mais après tout, réfléchir à propos de sa sexualité, ça implique aussi d’avoir la liberté de se fixer des limites personnelles et c’est non négligeable pour vivre une sexualité épanouie.


Sophie Morin, Sexologue-Consultante

vendredi 1 mai 2009

Doit-on prendre pour du cash tout ce que les sexologues disent?


Aujourd'hui j'avais un message sur mon répondeur d'un ami catastrophé qui venait d'écouter l'émission de Christiane Charette. Après l'avoir rejoint pour comprendre le sujet de son énervement, j'ai compris qu'une sexologue avait été invitée à l'émission de radio de Christiane Charette pour répondre aux questionnements des auditeurs. À ses dires, les prises de position de la sexologue manquaient de nuances, tentaient de dicter la vérité et la ligne directrice à suivre. Le coup de grâce est arrivé lorsqu'il a appris qui était cette sexologue.

Le jugement était facile, car il s'agissait de soeur Marie-Paul Ross. Plusieurs se disent: "Comment une soeur peut-elle parler de sexualité?" Par souci de collégialité, j'ai pris la défense de Madame Ross devant mon ami.

-"Tu sais, beaucoup de sexologues refusent de prendre position et c'est un des problèmes de ma profession", lui ai-je répondu. "Je crois qu'il est temps que les sexologues prennent position, car aujourd'hui, le défi n'est pas d'avoir la liberté de dire oui, mais d'avoir la liberté de dire non et de mettre ses limites dans sa sexualité."

J'ai quand même décidé d'aller écouter l'entrevue avec Madame Ross pour être en mesure de juger par moi-même. La première moitié d'entrevue était fort intéressante... mais ça se gâtait lors de la seconde partie d'entrevue. J'ai compris pourquoi mon ami s'était autant outragé! Lors de son allocution, Madame Ross a expliqué aux auditeurs de Christiane Charette que la fidélité avait des critères précis à respecter (les mêmes critères pour tous), qu'il existait des vrais et des faux homosexuels, qu'il était normal pour un homme de s'inquiéter si sa conjointe avait une sexualité mécanique et s'endorme après ses orgasmes, parce qu'il ne s'agit pas là de la sexualité qu'une femme doit vivre. Et finalement, madame Ross suggère à une femme, pour régler une situation où elle exprime son malaise face à la consommation de pornographie de son conjoint, de dire à son mari:"C'est la porno ou moi".

Est-ce qu'on doit prendre pour du cash tout ce que les sexologues disent? NON! Que cette sexologue soit soeur ou non n'y change rien. Tenez-vous-le pour dit: VOUS ÊTES LES SPÉCIALISTES DE VOTRE VIE ET DE VOTRE SEXUALITÉ! Les sexologues sont là pour vous aider à cheminer et à vous questionner sur votre sexualité. Nous pouvons vous outiller et vous informer sur toute sorte d'aspects en lien avec votre sexualité, mais la décision d'appliquer ou non nos conseils suggestifs VOUS APPARTIENT!

Que cette personne soit sexologue, médecin, avocate ou pape ne fera jamais en sorte que nous savons mieux que vous ce que vous vivez ou éprouvez. Il revient à chacun de nous d'établir ses critères pour définir la fidélité. Il n'existe pas de vrais ou de faux homosexuels, mais toutes sortes d'expériences sexuelles, ce qui ne fixe pas une orientation sexuelle jusqu'à la fin des temps.

Certaines pratiques sexuelles peuvent être questionnantes, mais ce sont les types de pratiques et non pas les personnes qui les pratiquent qui le sont.

Méfiez-vous des personnes qui tentent de vous mettre dans des boîtes avec de belles étiquettes, car ces étiquettes vous aideront rarement dans votre cheminement à propos de votre sexualité.

Finalement, si je peux me permettre une suggestion, imposer des ultimatums à la personne qu'on aime génère rarement des discussions basées sur le respect, l'ouverture et l'échange. Exprimer son malaise sur certains aspects de sa vie sexuelle à son ou sa partenaire est légitime. Surtout si cette personne n'était pas consciente de votre malaise.

Pour ceux et celles qui sont intéressé(e)s à entendre les propos de madame Ross, cliquez ici pour entendre ses propos. 

Et n'oubliez pas: vous êtes le spécialiste de votre vie sexuelle!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

** Un éclaircissement a été publié ici.