mercredi 7 septembre 2016

Non, le sexe n'est pas risqué pour les hommes vieillissants; ma réponse à L'Agence France Presse

Ce matin, une collègue m’écrit : « T’as trouvé ça dans tes recherches?? ». La collègue en question sait que je travaille actuellement sur une formation documentée sur les liens et les risques entre la sexualité et les troubles cardiaques pour les personnes qui ont eu des accidents cardiaques. Son étonnement suivait la lecture d’un article dans La Presse (article provenant de l'Agence France Presse)  qui titrait : « Le sexe risqué pour les hommes vieillissants ». J’admets être allée me préparer une tisane après la lecture de l’article du quotidien. Était-ce là le travail d’un journaliste avide de clics qui usait de sensationnalisme pour se faire un nom? Était-ce une recherche peu sérieuse et mal appuyée scientifiquement? Quoi qu’il en soit, on avançait que la satisfaction sexuelle des hommes âgés et les hommes actifs sexuellement étaient deux fois plus à risque de faire des accidents cardiaques sur une période de cinq ans (entre la première et la 2e prise de mesures). Ces résultats allaient complètement à l’encontre de mes recherches des deux dernières semaines.

Tisane en main, j’ai débuté la lecture de l’article scientifique soi-disant cité.  J’ose ici inscrire « soi-disant », car tisane ou pas, je juge scandaleuse la façon dont l’étude a été vulgarisée. On ne peut même pas parler de vulgarisation; il s’agit davantage de désinformation. J’irai donc en deux étapes : une première pour déconstruire ce qui était avancé dans l'article relayé par La Presse ce matin et une deuxième pour amener des nuances, des bémols et indiquer des faiblesses à l’étude.

Déconstruire les mythes relayés par La Presse

L’activité sexuelle comme facteur de risque pour les hommes vieillissants
Cet énoncé est faux. L’étude visait à comparer les différentes fréquences dans l’activité sexuelle. Il est vrai que des liens ont été faits entre une activité sexuelle plus soutenue, mais une grande partie des hommes de l’étude avaient des activités sexuelles modérées et il n’y avait aucun lien avec des troubles cardiaques. Les auteurs avaient comme hypothèse qu’une grande activité sexuelle pouvait être associée à de la compulsion sexuelle et des « tricheries » dans leur couple, ce qui pouvait faire augmenter le stress, qui causerait les soucis cardiaques. Tout cela reste une hypothèse non fondée par les résultats de l’étude; il est erroné de le présenter comme un fait.

La satisfaction sexuelle comme facteur de risque aux troubles cardiaques
Encore une fois, cet énoncé est faux. Il ne s’agit pas de dire que la satisfaction est un facteur de risque, mais de différencier les hommes qui se disaient extrêmement satisfaits (1 homme sur 3) des hommes satisfaits (2 hommes sur 5), des hommes insatisfaits (moins d’un homme sur cinq). L’aspect « d’extrême » ici méritera d’être regardé, plus loin.

Les femmes aux orgasmes intenses
L’étude ne fait nullement mention de l’intensité des orgasmes. C’est complètement hors sujet. L’étude mesure la satisfaction physique et émotionnelle en excluant l’obligation d’atteindre l’orgasme. La satisfaction pourrait être extrême sans l’atteinte de l’orgasme. L’étude ne fait pas l’utilisation de l’orgasme comme outil de mesure.

Différencier les hypothèses des faits
Dans toutes études scientifiques, les auteurs font des hypothèses, obtiennent des résultats et émettent des hypothèses pour expliquer leurs résultats. Toutefois, une hypothèse n’est pas un résultat. Revenons à nos notions de philosophie sur les sophismes : un chat a quatre pattes, une table a quatre pattes. Le chat est une chaise. Non. Ça ne fonctionne pas comme ça. Il est vrai que les auteurs disent que leurs résultats vont dans le sens de leurs hypothèses, mais certaines de ces hypothèses ne sont pas confirmées. Il est donc faux d’avancer que les stress et l’activité physique qui découlent d’une relation sexuelle a un plus grand impact avec l’âge; ça n’a pas été démontré par l’étude. Il est faux de dire que le taux de testostérone et l’utilisation de médicaments pourraient contribuer aux problèmes cardiaques.

Il est vrai que les auteurs tentent de dire que leurs hypothèses pourraient être vraies, Mais justement : pourraient. Ils ne l’ont pas démontré et ne disent pas non plus que ça a été démontré. Ils nomment que l’extrême satisfaction sexuelle et émotionnelle POURRAIENT être associées aux même personnes qui utilisent des IPDE5 (viagra, cialis, levitra), que ces personnes POURRAIENT utiliser des suppléments, POURRAIENT être celles qui ont des addictions sexuelles, que ces personnes POURRAIENT être sexuellement compulsives et impulsives. Tous ces pourraient POURRAIENT avoir des conséquences sur le système cardiovasculaire. On est loin de la démonstration du lien de cause à effet. Très loin même. Les auteurs ne tentent pas de dire qu’il existe des données scientifiques en ce sens. Il s’agit là d’une liberté journalistique abusive de l’auteur du quotidien.

Bémols de l’étude
S’il est vrai que les faits rapportés ne sont pas représentatifs de l’étude, l’étude, en elle-même, comporte des lacunes. En voici quelques-unes.

La sexualité, c’est quoi?
On parle des impacts de la sexualité pour avancer son lien avec les troubles cardiaques. Toutefois, les auteurs ont inclus uniquement les activités sexuelles avec un.e partenaire. Sont exclus toutes les activités sexuelles en solo et les rêves érotiques pour compiler les données.

Pourtant, ces deux éléments peuvent eux aussi créer de l’excitation et amener l’orgasme. Comment alors peut-on parler du lien entre « sexe » et « incidents cardiaques » si on exclut une bonne partie des activités sexuelles?

On sait, d’après les travaux de Masters et Johnson, que les périodes où la pression artérielle et le rythme cardiaque sont les plus soutenus sont les périodes de l’orgasme et la fin du plateau (période juste avant l’orgasme), et ce, peu importe la position sexuelle. Pourtant, la définition de « relation sexuelle » utilisée inclus tous les types de caresses, avec ou sans orgasme, sans inclure les données cardiaques ou artérielles des participant.e.s. Difficile donc de connaître la sollicitation du corps lors des relations sexuelles et d’en faire des liens sans ces données.

Le nombre de répondant
Un des éléments plutôt étonnant de l’étude était de constater la différence dans le nombre de répondant à l’an 0 et à l’an 5 (les deux périodes étudiées pour faire une comparaison). Pour la majorité des catégories, hommes et femmes ont répondues aux questions. Le taux de « réponse absente » tourne autour de 5% des répondants, ou moins, pour la majorité des questions, à l’exception des questions sur la satisfaction du plaisir physique et du plaisir émotionnel liés à la sexualité. Chez les femmes, 45% d’entre elles n’ont répondues ni à l’une ni à l’autre de ces questions à l’an 5 (période comparative). C’est énorme! Il est difficile de comparer les deux groupes (hommes et femmes) si la moitié d’un des groupes n’a pas répondu à la question. Il est questionnant aussi de voir que ces femems avaient répondues à l’an 0, mais pas à l’an 5. Que s’est-il passé? Bref, il est présomptueux de parler des différences entre les sexes avec un aussi grand manque de données.

L’adhérence à une vision plus traditionnelle de la masculinité?
Les auteurs en parlent eux-mêmes; leur étude fait fi des caractéristiques individuelles des personnes. On parle de leur degré d’éducation, sans parler de l’adhérence des personnes à une vision traditionnelle de la masculinité et de la féminité ou toutes autres caractéristiques personnelles. Les auteurs avancent l’hypothèse que les hommes dans des pratiques sexuelles fréquentes pourraient avoir davantage de compulsions sexuelles (utiliser la sexualité pour répondre à un autre besoin, pour calmer de l’anxiété, etc.) et auraient d’avantage d’activités sexuelles extra-maritales (non consensuelles avec la partenaire). Ce serait donc les risques d’être découvert et le stress qui en résulte davantage que l’activité sexuelle elle-même qui pourrait poser problème, selon les auteurs. Bref, être dans des pratiques sexuelles à risque, une des caractéristiques plus traditionnellement masculine que féminine. J’ai même consulté plusieurs études où on voyait que les hommes qui adhéraient plus strictement aux caractéristiques traditionnellement masculines avaient plus de risque de faire un nouvel incident cardiaque. Il serait nécessaire de regarder du côté de la construction de la masculinité, de la valorisation de la prise de risque, du dénigrement de « prendre soin de soi » lorsqu’on est « un vrai homme » comme facteur de risque. Il manque trop de données pour comprendre « Qui sont ces hommes à risque? » et comprendre « Qui sont ces hommes extrêmement satisfaits de leur sexualité » pour faire un simple lien entre « sexualité » et « trouble cardiaques ». Car si ce lien était une évidence, on le verrait aussi chez les femmes. Or, ce n’est pas le cas.

Modéré ou extrême?
Alors que l’étude relate que les hommes qui qualifient d’extrêmement satisfaisantes leurs relations sexuelles (au niveau physique et émotionnel) avaient plus de risques au niveau cardiaque, ce n’était pas le cas des hommes qui se disaient « très satisfaits ». Les hommes très satisfaisant représentent d’ailleurs plus de 40% des hommes et ne présentent pas davantage de risques d’incident cardiaques. Cette histoire « d’extrêmement » me questionne… Quel est le sens de cette satisfaction extrême? Doit-on en comprendre qu’aucune autre sphère de la vie des hommes amène autant de plaisir? Autant de proximité? Autant d’intimité? Il est difficile de le dire pour cette étude. On sait toutefois que les hommes qui adhèrent traditionnellement aux rôles de la masculinité passent surtout par la génitalité pour créer de l’intimité avec leur partenaire. On sait aussi que ce n’est pas le cas pour les femmes; celles-ci ont davantage de sphères de vie où elles sont capables de créer de l’intimité, y compris lorsqu’elles sont célibataires. En effet, la capacité de vivre des relations vraies avec un échange réel, qu’il soit génital ou pas, amènerait le même sentiment de proximité chez les femmes, que cette relation soit avec un.e ami.e, un enfant, un partenaire ou autre. C’est une hypothèse qui pourrait expliquer que les femmes auraient une perception différente d’une satisfaction extrême et vivraient des impacts différents.

Le sexe comme activité physique
Les auteurs de cette étude prennent le temps de mentionner que le sexe comme activité physique n’est pas suffisant pour expliquer de potentiels troubles cardiovasculaires. Une étude québécoise, effectuées sur des sujets complètement différents (des jeunes adultes) avaient même démontrés qu’une activité physique et une relation sexuelle effectuée avec le même niveau d’intensité sollicitait le système cardiovasculaire complètement différemment; le sexe exigeait deux fois moins du système cardiovasculaire que le jogging pour un même niveau d’intensité.

On sait donc que les hommes qui avaient des relations sexuelles au moins une fois par semaine ont démontrés un risque deux fois plus grand d’avoir des incidents cardiaques. On ne connait toutefois pas le nombre d’incidents cardiaques qui ont eu lieu. Si le nombre total est de 6, il voudrait dire qu’il y en a eu 2 chez les personnes avec des activités sexuelles faibles et modérées et 4 pour les personnes avec une activité sexuelle régulière. Est-ce parce que les chiffres sont trop faibles que les auteurs ne les ont pas inscrits dans leur étude? Parce que le double de 4 sur 1000 participant.e.s, c’est très peu.

En sommes…
L’article original avait pour objectif de réfléchir sur les liens entre une sexualité active et des incidents cardiaques, car peu d’études l’avaient fait avant. Des études traitent des risque de poursuivre dans une vie sexuelle active après un incident cardiaque, d’autres ont mesuré la charge énergétique de la sexualité sur le système cardiovasculaire, les impacts relationnels de l’absence de reprise d’une vie sexuelle après un incident cardiaque sur les hommes, les femmes, les couples, les conjoint.e.s. Plusieurs auteurs se sont intéressés aux liens entre une vie sexuelle active et le retour vers une meilleure santé après un incident cardiaque. Il est vrai que ce sujet n’avait pas été abordé. Il est vrai qu’il est compliqué de faire ce type d’études. Nous savons aujourd’hui que les hommes ont plus de facteurs de risque que les femmes. Il reste maintenant à comprendre « Pourquoi ». Il faudra faire preuve de patience et ne pas prendre des hypothèses pour des faits. Je ne suis toutefois pas prête à jeter le bébé avec l’eau du bain, car les chercheurs semblent avoir fait leur travail dans leur revue de littérature en préparation à la présente étude. Il faut seulement éviter de lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. 

lundi 5 septembre 2016

La construction de la masculinité

Le premier cours universitaire auquel j'ai assisté dans mon parcours du BAC en sexologie a été le cours de "Condition masculine". Avec la nouvelle réforme du BAC en sexologie de l'époque, des voix s'étaient élevées pour dire "Si on parle de la condition féminine, il serait pertinent qu'on s'intéresse aussi à la condition masculine. En tant que sexologues, nous travaillons souvent avec les notions d'identité sexuelle. Connaître les enjeux de la construction de l'identité, qu'elle soit féminine ou masculine, est pertinent et important dans notre travail".

Un des éléments qui m'avait marqué dans le cadre de ce cours était de réaliser que les hommes se définissent surtout par une contre-identification à ce qu'ils ne sont pas. Pour être un "vrai homme", un homme ne doit être ni une femme ni un enfant ni un homosexuel. Comment? Par exemple, un homme qui serait en contact avec son monde intérieur, qui ferait preuve de douceur, d'empathie, d'écoute pourrait se faire accuser de ne pas être un homme, car ces qualités sont traditionnellement réservées aux femmes. Un homme qui nommerait des limites, qui exprimerait des difficultés, du découragement ou de la tristesse ne serait pas un homme; ce serait un enfant, car les hommes, ça n'a pas de limites, ça n'a pas de difficultés et ça ne pleure pas. Finalement, un homme se doit de voir ses autres disciples masculins comme des êtres asexués. Un homme doit faire fit de son corps sexué en présence d'autres hommes ne serait-ce que pour essayer de prouver sa supériorité hiérarchique. Ce corps ne doit pas être associé ni à du plaisir ni à du déplaisir sexuel si un autre homme le touche. Pensez aux "blagues" des"vrais gars"; bon nombre de blagues dites hilarantes comportent des éléments sexuels intrusifs, voire violents. Pourtant, peu nombreux sont ceux qui osent nommer ces comportements de "violence sexuelle" de la part des autres hommes. Comme si le seul fait d'associer ces gestes au sexuel signifierait "J'ai pensé que ça pouvait être sexuel", ce qui pourrait être suivi de "t'es tu fif toé calice?".

Faites un inventaire mental des insultes que vous connaissez que les hommes se disent entre eux; bon nombre de celles-là visent à sous entendre qu'un homme est une femme, un enfant ou un homosexuel.

Ce n'est pas évident de construire son identité sexuelle de façon positive lorsque les éléments d'identification à la masculinité sont des éléments de contre-identification. Les balises sont davantage de la sphère de "ce qu'il ne faut pas être". Oui il faut être fort, actif et agressif (dans le sens d'être dans un élan) pour être un "vrai homme", mais ces éléments sont en réponse à ce qu'il ne faut pas être.

Voici une vidéo dans laquelle on présente bien les éléments constitutifs de la masculinité.


Les hommes ont de grands défis pour développer plus de souplesse dans la perception de la masculinité, car la majorité des gestes qui pourraient les amener à moduler ces perceptions sont des atteintes à la masculinité traditionnelle. Il s'agit là d'un enjeux majeur des couples qui consultent en thérapie conjugale, mais aussi pour les hommes qui ont besoin d'aide; le "seul" fait de nommer son besoin d'aide est déjà une étape assez loin dans le processus d'introspection. Apprendre à parler, à nommer ses émotions sont des éléments qui sont perçus par bien des hommes comme des menaces au maintient de leur masculinité. C'est ce qui explique aussi que les hommes attendent très longtemps avant d'aller chercher de l'aide; ils se perçoivent alors comme faibles et sentent leur identité sexuelle fragilisée. C'est ce qui peut aussi expliquer la grande utilisation de la colère de plusieurs hommes en début de thérapie ou lorsqu'ils sont en contact avec leur tristesse; pour maintenir un minimum d'amour propre, ils utilisent une émotion qui permet de garder les gens à distance, car le rapprochement des émotions plus intériorisées, comme la tristesse, les ramènent là aussi à une autre atteinte à leur identité sexuelle, l'intériorité étant une caractéristiques féminine.

Comprendre la construction de la masculinité permet mieux d'intervenir avec les hommes. Le défi reste de pouvoir les accompagner, car leurs demandes d'aide sont peu fréquentes.

lundi 22 août 2016

Comment s'assurer du consentement sexuel de notre partenaire?

Le consentement sexuel fait l'objet de beaucoup de critiques. Une d'entre elle, est la difficulté à l'identifier. "Comment on peut vérifier si notre partenaire consent aux caresses sexuelles?" L'objectif ici n'est pas de fournir un outil juridique permettant de valider, ou non, la culpabilité d'une personne. Mon objectif, en produisant cette vidéo, était d'offrir un outil concret aux personnes de bonne foi qui souhaitent se doter de pistes pour vérifier le consentement de leur partenaire. Il s'agit donc d'un outil de prévention et non d'un outil de condamnation.

Bon visionnement!

dimanche 21 août 2016

À qui sert le concours hommes-femmes victimes de violence conjugale?

Ce matin, j'ai lu le texte de Sophie Allard dans la Presse plus ayant pour titre "Des hommes brisés" au sujet des hommes victimes de violence conjugale. L'ancienne coordonnatrice de la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval en moi avait envie de répondre à cette journaliste, dont le traitement médiatique contribue au problème davantage qu'à la recherche de solutions. Voici le texte que j'ai fait parvenir au journal.

Bonjour,

Mon nom est Sophie Morin. Je suis sexologue et psychothérapeute et anciennement coordonnatrice de la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval (TCVCASL). Je vous écris pour réagir à l’article « Des hommes brisés » de Sophie Allard. Je vais y aller directement; j’en ai marre, mais tellement mare de ce type de couverture médiatique concernant la violence conjugale. Mare de cette espèce de compétition qu’on tente d’établir entre la violence vécue par les hommes et la violence vécue par les femmes. Mare qu’on tente de laisser croire que les organismes féministes minimisent la violence des hommes.

Il faut très peu connaître l’histoire du mouvement des femmes pour tenter de laisser croire è cette compétition et à continuer de véhiculer des mythes et des stéréotypes ainsi. J’étais la coordonnatrice en place à la TCVCASL à son 25e anniversaire. J’ai retracé l’histoire de la création de cette table. La première du genre au Québec, qui regroupait alors uniquement les organismes en violence conjugale. J’ai interviewé les fondateurs.  Cette initiative a vu le jour par des groupes d’hommes qui se questionnaient sur la violence faite aux femmes qui sont allés tendre la main à des organismes pour femmes. C’est lors du premier colloque de la Table que le Ministre de l’époque a annoncé le premier plan d’action gouvernemental contre la violence conjugale. Ce fut là une des premières actions qui a transformé l’appellation « violence faite aux femmes » pour « violence conjugale ». Il s’agissait là d’une décision gouvernementale avec laquelle le mouvement des femmes n’était pas d’accord. Et avec laquelle beaucoup de groupes féministes ne sont pas d’accord, encore aujourd’hui. Quand on remet cette situation en perspective, on comprend mieux que les activistes féministes dans les groupes de femmes militent pour faire reconnaître la violence systémique vécue par les femmes. Elles ont cette lunette. Pour elles, la violence conjugale est l’une des formes de violence vécue par les femmes. Pas la seule.

Il est donc complètement hors propos de comparer la violence conjugale chez les hommes et chez les femmes, car elle n’a pas le même cadre théorique! Pas le même cadre théorique, mais exactement le même problème de socialisation sexiste, par contre. Si les femmes sont victimes de violence conjugale, c’est en grande partie à cause de la socialisation des hommes et des femmes où on juge (de moins en moins) normal qu’une femme réponde aux besoins de son partenaire, à tout prix. Si les hommes sont victimes de violence conjugale et ont du mal à aller chercher de l’aide et à être crus, c’est en grande partie à cause de la socialisation sexiste où on voit les hommes comme fort et invulnérables. Où l’on voit comme une atteinte à la masculinité un homme qui a besoin d’aide et qui serait victime. Même source à des problèmes différents. MÊME SOURCE! Pas des sources extraterrestres et opposées!

Non la violence conjugale n’est pas aussi présente chez les hommes que chez les femmes. Encore moins la violence que certains auteurs appellent « le terrorisme conjugal ». Et alors! Quel est le rapport de les comparer? En quoi ça aide les femmes? En quoi ça aide les hommes? En quoi ça met le focus sur la recherche de solutions? En quoi ça permet de se tendre la main pour que les hommes et les femmes travaillent ensemble? Ça ne sert à rien et à personne. Ça sème la zizanie pour dresser les ressources d’aide les unes contre les autres.

Je rêve du jour où on arrêtera de demander aux féministes qui travaillent à leur cause de changer de cause. Est-ce qu’on demande aux chercheurs qui font de la recherche sur les troubles alimentaires d’élargir leur champ d’expertise à la schizophrénie? Non. Ce serait complètement farfelu de le faire. Ce serait complètement hors sujet de les appeler pour une interview sur la schizophrénie. Pourquoi le fait-on pour un article sur la violence faite aux hommes? C’est hors sujet! Parlez-nous des besoins! Des lacunes! Des solutions! Des hypothèses! Des freins! Arrêtez de parler des ressources pour femmes pour parler de la violence vécue par les hommes. Parlez-nous des enjeux sociaux intrinsèquement liés à la violence vécue par les hommes. Combien de fois ai-je entendu des militantes féministes dire : « Ce n’est pas notre expertise. Nous ne pouvons pas nous avancer sur cette cause ». On reproche à des féministes de ne pas connaître la réalité des hommes. Est-ce qu’on reproche aux chercheurs sur les troubles alimentaires de ne pas avoir d’expertise sur la schizophrénie? Non. C’est la même chose! Arrêtons de comparer des pommes et des oranges. Regardons les oranges et tentons de les comprendre pour développer les ressources nécessaires sans regarder les pommes pour les rendre responsables.

mardi 2 août 2016

Est-ce qu'un.e thérapeute qui passe de psy à amoureuse est réellement un problème?

Peut-être avez-vous-vu passer un article du Journal de Montréal qui couvrait l'histoire d'une psychologue qui a mis fin à un suivi thérapeutique avec son client pour entamer une relation amoureuse et qui a été mise à l'amende par l'Ordre des psychologues? Ce genre de situation est arrivée à quelques reprises dans les dernières années: une psy et son client, une prof et son élève. J'ai souvent vu des façons de rapporter la situation qui banalisaient la situation. Que l'adulte en position d'autorité soit une femme semble être un élément de banalisation supplémentaire. Comme cette couverture médiatique a un impact sur la façon dont le public perçoit les situations, j'ai décidé d'écrire au journaliste qui a écrit l'article. Je vous mets mon message plus bas pour vous aider à comprendre en quoi ce type de relation n'est pas "juste" une histoire amoureuse entre deux humains normaux.

Bonjour Monsieur Prince,

J'espère que vous allez bien. J'ai communiqué plus tôt avec vous concernant votre article de ce jour sur une condamnation d'une psychologue pour inconduite sexuelle.

Je souhaitais prendre le temps de communiquer avec vous, car ce sujet est un thème extrêmement mal compris du grand public... et de bien des thérapeutes. Beaucoup de personnes comprennent mal le problème lorsqu'un.e thérapeute change de rôle pour passer de psychothérapeute à celui ou celle d'amant.e. Je suis convaincu qu'en toute bonne foi, vous avez souhaité présenter les faits comme ils ont été présentés dans les documents officiels. Me permettez-vous de vous expliquer certains aspects?

D'une part, si je vulgarisais le processus de psychothérapie, je dirais que nous offrons deux choses aux client.e.s/patient.e.s: 1) un espace plus "maternant" d'amour inconditionnel, d'écoute, d'empathie, de sollicitude, de compassion. Un espace qui permet aux client.e.s d'aller toucher à leurs blessures, leurs vulnérabilités en toute sécurité pour tenter de comprendre qu'est-ce qui les amènent à souffrir, etc. La deuxième chose offerte en psychothérapie, est un côté plus "paternant", c'est à dire un espace balisé, encadré où les frontières seront posées par le/la thérapeute, un peu comme le ferait un bon parent. Ce côté paternant, c'est la capacité des thérapeutes à mettre des limites aux clients et d'explorer avec lui/elle de qu'elle façon la personne vit avec ces limites et ce cadre. C'est d'accepter la déception, la tristesse, la colère des clients lorsqu'on leur met un cadre en leur nommant qu'ils ont le droit de vivre ces émotions et que nous resterons là quand même. Que nous ne cesseront pas "de les aimer" (au sens thérapeutique et compassionnel). Tous les clients en viennent à vivre de la frustration plus ou moins grande envers leur thérapeute à un moment de la thérapie. Tous. Sans exception. C'est la capacité de résoudre cette impasse qui aura, bien souvent, un très grand rôle à jouer dans la thérapie.

Des thérapeutes qui auront des déclarations d'amour de client.e.s/patient.e.s, c'est assez banal. Tous les thérapeutes le vivront. C'est d'ailleurs un moment extrêmement riche pour la thérapie d'utiliser ces moments pour comprendre, avec le client, quel sens ça a pour lui/elle. Tel un adolescent à la puberté, les clients testent les limites, tout comme les limites de leur séduction. En arriver à séduire, la prof cute, tout comme la thérapeute cute, c'est extrêmement valorisant! On se sent avec de supers pouvoirs de séduction! Et comme thérapeute, tout comme parent ou comme prof, c'est notre responsabilité de personne en position d'autorité de remettre le cadre. De nommer l'impossibilité de cette relation. Par sécurité pour le client. Et de l'utiliser de manière thérapeutique. Par exemple, en n'ignorant pas ses allusions, même si elles sont déstabilisantes. En les nommant, en explorant le sens pour le client de faire ces allusions à sa thérapeute, en questionnant ses attentes par rapport à nous, en questionnant la fréquence de ce type de commentaires avec ses proches, les femmes, les hommes, etc. Le nommer et échanger sur le sujet est thérapeutique pour le client dans son cheminement.

Comme thérapeute, nous avons cette responsabilité. Lorsqu'un.e client.e tente de nous charmer ET que ça fonctionne, la situation est en train de parler de nous. Est-ce qu'en ce moment, je ne me sens pas comblée dans ma relation amoureuse? J'ai des enjeux personnels que mon client comble? Etc. En aucun cas, un client n'est sensé combler des carences de notre vie personnelle. Ni de connaître les carences de notre vie personnelle! Il est de notre responsabilité d'entamer un processus de supervision. D'aller voir un thérapeute senior qui nous aidera à dénouer cette impasse pour rester thérapeutique avec le/la client.e. Car ne l'oublions pas: la personne est venue nous consulter dans un état de détresse. Elle s'attend, à raison, que nous soyons cette personne qui assurera la sécurité de la relation. Y compris lorsque le/la client.e "testera" la relation. Comme les enfants qui testent les limites. Si un thérapeute est dans un état de vulnérabilité trop grand, il devient dangereux et il n'a plus la capacité d'aider son client. Pour aider les autres, il faut être capable de reconnaître ses propres limites et ses propres failles.

Un client qui tombe en amour avec sa thérapeute, c'est une personne qui tombe en amour avec l'image qu'on lui renvoi de lui-même. Cet homme ne connaissait pas cette femme. Il connaissait la thérapeute. Monsieur-madame-tout-le-monde ont du mal à bien comprendre les enjeux de ces subtilités. Cette thérapeute, elle, les connaissaient.

J'imagine que si vous aviez couvert un procès d'une agression sexuelle sur un enfant, il ne vous serait pas venu à l'idée de présenter le cas en parlant de l'enfant comme la personne qui a initié les contacts, comme celui qui a voulu séduire l'adulte, comme une relation d'amour réciproque. Il n'y a pas d'amour réciproque dans une relation asymétrique de rapport de pouvoir. Les cas d'inconduites sexuelles sont l'équivalent des agressions sexuelles sur les mineurs au sens symbolique et juridique. 

Si cette thérapeute avait laissé ses intérêts personnels de côté, elle aurait attendu au moins un an avant de recontacter son ancien client avant de l'appeler pour un café afin d'apprendre à le connaître comme homme et non pas comme client. Dans le cadre de ces "dates", elle aurait aussi dévoilé des pans de sa personnalité de femme et non pas uniquement celle de thérapeute. Ce n'est que sur ces bases qu'une relation amoureuse aurait pu naître. Elle a fait le choix d'escamoter cette étape. On ne peut pas parler d'intérêt pour cet homme dans ce contexte.

Le travail de psychothérapeute est complexe et extrêmement exigeant. J'aurais envie de le mettre en gras et éclairé au néon le mot exigeant. Ce travail demande une connaissance de soi, une capacité à se remettre en question, une capacité à demander de l'aide au besoin, une nécessité d'avoir un équilibre de vie sain. Sans quoi, on glisse, on tombe, on commet des fautes professionnelles et on risque de détruire des vies qui étaient déjà détruites lorsqu'elles ont passées notre porte de bureau. Notre responsabilité est grande et si on fait le choix de ce métier, c'est que nous prenons l'engagement d'être extrêmement à l’affût de la fragilité humaine, y compris de la nôtre, et de prendre les mesures nécessaires pour "éviter de nuire", le premier précepte des sciences de la santé.

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me lire et bonne continuation.

Pour les personnes qui se sont déjà retrouvées dans ce genre de situation et qui cherchez de l'aide, voici un site web avec plusieurs informations qui pourraient vous orienter. 

vendredi 29 juillet 2016

Comment s'impliquer dans la prévention des agressions sexuelles avec mon enfant?

Vous avez des enfants et vous êtes inquiet.ète qu'un jour votre enfant soit victime d'agression sexuelle? Êtes vous conscient.e de l'origine de cette peur? Qu'est-ce qui vous rend inquiet.ète? Avez-vous l'impression que cette inquiétude pourrait prendre une place qui deviendrait contre-productive pour outiller votre enfant? Comment est-il possible d'offrir des outils à votre enfant pour diminuer le risque d'être identifié comme une victime "facile" par un.e pédophile?

Voici une série de deux vidéo où je vous accompagne dans cette réflexion et où je vous propose des outils très concrets pour accompagner votre enfant afin d'être dans la prévention efficace.

Bon visionnement et n'hésitez pas à partager si vous avez apprécié :-)



mardi 12 juillet 2016

Mythe ou réalité que le sperme a des bienfaits pour la santé?

Depuis quelques temps, j'ai souvent vu passer des articles vantant les bienfaits du sperme: pour la santé, comme anti-âge, pour faire maigrir, pour contrer la dépression, pour faire repousser les cheveux, etc. On pourrait facilement dire: "Ce sont des conneries de A à Z", mais en même temps, ma curiosité m'a amenée à vouloir aller plus loin. Je me doutais bien que la majorité de ces idées étaient plutôt fausses, mais d'où tirent-elles leurs origines? Et si certaines de ces affirmations étaient vraies? Quels sont les raccourcis intellectuels qui ont été fait pour en arriver à ces pseudo-vérité? Car il devait bien y avoir une vérité de base qui a été un peu déformée, non? C'est ce qui a donné cette vidéo! Voici les mythes et réalités (car oui, il y a des réalités) sur les bienfaits du sperme.

Bon visionnement!