samedi 25 mars 2017

Le défi du soutien des personnes vulnérables

Lorsqu'un meurtre, un suicide ou une autre forme de violence sont diffusés dans les médias, c'est la consternation. Colère, rage, tristesse, dépression font partie de la palette d'émotions ambiantes. La mort et la destruction sont vides de sens. Et l'être humain a besoin de créer un sens. Un sens qui pourrait laisser libre cours à ses émotions envahissantes en restant à distance des causes de cet événement. Les "pourquoi?" et "c'est la faute de qui?" sont énoncés, décortiqués et analysés dans les médias. On cherche des coupables et des solutions qui pourraient nous amener à nous apaiser. Mais nous apaiser de quoi exactement? Qu'y a-t-il de si envahissant pour nous dans cette situation? Bien sûr, un acte de violence est troublant. Mais que se passe-t-il pour qu'on tente de fuir nos émotions? Parce que de trouver des causes, c'est "remonter dans sa tête", garder les émotions à distance. Si on prenait le temps de regarder ces émotions, qu'est-ce qu'elles nous diraient? Probablement que ces situations de violence sont moins éloignées de nous qu'on ne le croit. Que nous aussi un jour ou l'autre nous avons été à proximité d'une personne qui souffrait. Et être à proximité d'une personne qui souffre, pour beaucoup de personnes, c'est extrêmement envahissant.

Gérer son impuissance
Qui n'a jamais été témoin d'un.e proche qui était en train de faire un mauvais choix? De notre point de vue à tout le moins. On souhaiterait tellement que la personne qu'on aime réalise que cette décision amènera des conséquences fâcheuses. On voudrait tellement que l'autre nous écoute. Et lorsque cette personne ne nous écoute pas, on se rebute. Et si la conséquence arrive, l'envie de dire: "Je te l'avais dit!" n'est pas très loin.

De quoi est-ce que ça parle cette situation? De notre sentiment d'impuissance. Du fait qu'on n'a pas de contrôle sur les actions et les décisions des autres. Que nous pouvons tenter d'influencer, de guider, mais qu'au bout de la ligne, ce n'est pas nous qui aurons le dernier mot. Que chaque personne est libre et autonome par rapport à ses choix. Y compris de faire des mauvais choix.

L'accompagnement dans la durée
Lorsqu'une situation catastrophe est médiatisée, on se demande comment les choses auraient pu être mieux faites. C'est vrai dans le cas des cas de santé mentale, de violence sexuelle ou conjugale, de toxicomanie, etc. Aider et soutenir une personne qui vit une situation ponctuelle en mobilisant nos énergies pour assurer un filet de sécurité est la chose à faire. On a toujours l'impression que les gens auraient pu mieux "faire leur job" pour soutenir la personne victime d'une catastrophe; les ressources, les parents, les policiers, l'école, etc. Dans la réalité, lorsqu'on est en présence d'une personne qui est dans une situation chronique, être présent.e pour l'autre n'a pas le même sens. Lorsqu'une personne "est dans le trouble" au quotidien, qu'elle sollicite les ressources, sa famille, ses proches et les policiers quotidiennement, ce niveau de "qui-vive" mis en place dans les situations ponctuelles ne peut pas être maintenu. Il est impossible d'être le "scout-toujours-prêt" pour les personnes dans des situations chroniques. C'est épouvantable d'en arriver à ce constat. Beaucoup de personnes se sentent coupables de ne pas toujours être présentes pour les autres. De devoir mettre un cadre ou des limites. Certaines personnes n'arrivent pas à établir clairement les limites, car elles souhaiteraient ne pas avoir à en mettre. Ça devient toutefois nécessaire à sa propre survie, d'une part, et car la chronicité d'une situation appartient en partie à la personne qui est dans cette situation chronique.

Remords, douceur et compassion
Pour certaines personnes, mettre des limites est à ce point difficile qu'elles préfèrent couper le lien avec cette personne constamment en besoin d'aide. Et lorsqu'une situation catastrophe arrive, les remords remontent. "Et si... Et si... Et si...". Accompagner les personnes qui vivent des situations chroniques demande une bonne régulation émotionnelle. La capacité de rester dans le lien avec une personne avec qui on ne partage pas les décisions. D'accepter que la personne vivra des conséquences à ses choix et que nous ne pourrons pas toujours la sauver d'elle-même et des autres. Rester en contact avec des personnes dans des situations chroniques nécessite d'être en contact avec la douceur et la compassion. La compassion et la douceur pour l'autre qui fait des mauvais choix et accepter de rester en lien et d'aimer cette personne malgré tout. Mais aussi la douceur et la compassion pour soi-même de ne pas pouvoir être un super-héros qui pourra toujours sauver l'autre des catastrophes, non pas par sadisme ou par punition. Uniquement parce que nous ne sommes pas tout-puissant.

mercredi 8 mars 2017

Psy, coach, sexo, intervenant; comment choisir?

Vous cherchez de l'aide et vous ne savez pas exactement vers qui vous tourner? Voici un article dans lequel je décris brièvement certains titres que vous pourrez trouver dans votre recherche d'aide. Bonne lecture!

mardi 21 février 2017

Changer les mauvais garçons avec votre amour?

Vous avez déjà fantasmé à l'idée qu'un "bad boy" puisse changer par amour pour vous? Vous n'êtes pas seul.e! Voici mon dernier article dans le Canada Français qui aborde cette question. Bonne lecture!

vendredi 3 février 2017

La détresse sexuelle et relationnelle peut dégringoler

En cette semaine de prévention du suicide, voici un court texte abordant les réalités parfois associées entre les difficultés sexuelles, intimes et relationnelles et les idéations suicidaires. Bonne lecture et rappelez-vous que de l'aide existe pour vous aider à traverser cette période temporaire.

jeudi 2 février 2017

Portrait de ma profession par le journal Canada Français

Le journal régional "Le Canada Français" m'a fait le privilège de me contacter il y a quelques jours pour me proposer de tracer le portrait de mon travail de sexologue. C'est avec fierté que je dépose l'article ici. Bonne lecture :-)

mardi 24 janvier 2017

mardi 15 novembre 2016

Est-ce que les "pro-choix" ne se soucient pas de la vie?

Oeuvre "L'enfant qui n'est pas né", par Martin Hudaceka qui
soulève la douleur des femmes qui ont eu un avortement.
Quelques jours se sont écoulés depuis l'arrivée à la présidence de Donald Trump. Cette arrivée a semblé être un séisme pour bon nombre de personnes. Je vais laisser aux analystes politiques parler des impacts politiques, sociaux et économiques de cette arrivée au pouvoir. Ma collègue homonyme Sophie D. Morin a écrit un texte sur le site collaboratif Les 3 sex au sujet des impacts sexologiques de cette arrivée au pouvoir pour les Étasunien.ne.s.

Un des aspect qui a été remis de l'avant par Donald Trump est cette position dite de "pro-vie" qu'il défend. Être "pro-vie", dans le langage militant, c'est se positionner contre l'avortement à tout prix. L'aspect "à tout prix" est très important dans la définition, car c'est spécifiquement ce qui la départage de "l'autre camp", c'est-à-dire le camp des "pro-choix". Les "pro-choix" sont les militant.e.s qui prennent position pour que chaque personne fasse ce qu'elle veut de son corps et, dans le cas de l'avortement, comme c'est la femme qui porte un foetus en elle, la décision de mener cette grossesse à terme, ou pas, lui revient.

J'avais envie d'aborder ce sujet aujourd'hui, car l’appellation "pro-vie" laisse sous-entendre que l'autre camp est contre la vie. Comme si, en mettant de l'avant l'importance de laisser le choix à une personne, on prenait pour acquis que ce choix était juvénile et égoïste. Comme si une femme qui devait réfléchir à cette grossesse non-désirée avait nécessairement fait un choix facile. C'est un préjugé qui circule beaucoup cette notion de choix qui rime avec facilité. Pourtant, choisir est souvent plus difficile qu'être contraint, car une personne qui choisit vivra avec les conséquences de son choix. Ce mythe de choix facile vient avec l'idée que si une personne avait fait "le bon choix", elle ne vivrait pas de culpabilité et que si elle se sent coupable, c'est probablement car elle a fait le mauvais choix. 

"Le bon choix" est aussi un choix qui ne prend pas la personne elle-même en considération. Comme si "se prendre en considération", se mettre dans l'équation pour faire un choix était un choix purement égoïste, sans considération pour les autres. Comme s'il fallait choisir: moi ou les autres. S'il y a un peu de "moi" dans l'équation, je ne pense pas assez aux autres, je dois me sentir coupable et "j'ai fait un mauvais choix".

L'image de la femme qui entre dans une clinique d'avortement avec le sourire en disant "je m'en sacre moi. Fuck you bébé. Dans poubelle le bébé!" existe uniquement dans l'imaginaire des personnes qui ont du mal à éprouver de l'empathie pour une personne qui a des valeurs et un point de vue différent. Il existe des dizaines de raisons qui peuvent expliquer pourquoi une femme ne souhaite pas mettre une grossesse à terme. Ces raisons peuvent être les mêmes qui seront évoquées par les femmes qui décident de mettre leur grossesse à terme. Ce que j'observe des femmes qui ont pris cette décision dans leur vie, c'est que ce choix est rarement facile. Facile dans le sens de "Youplaoup! Je n'ai aucun problème avec ça moi l'avortement! Bon, mon épicerie maintenant!" Certaines prendront une décision plus rapide que d'autres, mais ça ne veut pas dire qu'elle vivront de la joie et de la plénitude. Même dans le cas des décisions libres et éclairées, même en sachant qu'il s'agit d'un feotus et non d'un bébé, même si, même si, même si... Prendre la décision de ne pas donner la vie à cet amas de cellules au creux de son ventre ne se fait pas sans vivre d'émotions. Est-ce que certaines femmes vivent aucune émotion? Oui. Bien souvent, des femmes se coupent de se qui se passe à l'intérieur d'elles. Ces émotions sont peut-être déconnectées à ce moment, car elles sont trop intenses ou trop douloureuses et bien souvent, avec les mois ou les années, ces émotions surgiront. 

Est-ce que ces femmes auraient eu une plus belle vie si elles avaient décidé de mettre cette grossesse à terme? Non. Ça ne fonctionne pas comme ça. Ce n'est pas parce que ce choix se fait avec différents niveaux de douleur que cela signifie que le choix était mauvais. Être pro-choix, c'est respecter là où la femme est à ce moment de sa vie. Peut-être que trois mois avant ou après, sa décision aurait été différente. Mais la décision doit se prendre maintenant. Avec qui elle est maintenant. Avec son bagage actuel. Avec ses outils d'aujourd'hui. Pas ceux d'hier ou de demain. Avec ceux de ce jour.

Certaines femmes se disent "pro-choix" et, pour elles-mêmes, ne pourraient pas vivre d’interruption volontaire de grossesse. Elles sont toutefois capable de voir que pour une autre femme, c'est différent. Être pro-choix, ce n'est pas être contre la vie. C'est être pour la vie, mais pas à tout prix.