lundi 4 février 2019

Doit-on permettre aux ados d'envoyer des sexfies?

Vrak.tv a publié un article intitulé « 10 trucs pour réussir ton sexfie sans ruiner ta réputation ». Beaucoup de réactions ont eu lieu et plusieurs demandes médiatiques m’ont été faites en ce sens : « Vous en pensez quoi? Il me semble que ça n’a pas de bon sens. Parler des sexfies aux ados ça n’a pas d’allure. Moi si ma fille voulait envoyer des sexfies, je ne serais pas d’accord ».

Est-ce que l’article de vrak.tv sur les sexfies était pertinent? Il a été retiré, donc c’est difficile de parler sur ce texte précisément. Est-ce qu’il est nécessaire et pertinent de parler de sexfies aux ados autrement qu’en leur disant que c’est interdit? Oui. Est-ce qu’il est pertinent de travailler en réduction des méfaits, c’est-à-dire en donnant des trucs et conseils aux jeunes pour réduire les risques de leurs actions risquées? Oui. L’adolescence et la prise de risque vont ensemble et les adolescent.e.s ne vont pas arrêter de prendre des risques pour rassurer leurs parents. Ceux et celles qui évitent de contrarier leurs parents ne font que repousser leur adolescence, car pour devenir un.e adulte mature, il est nécessaire de passer par l’étape de la différenciation de ses parents. C’est inévitable.

Ce qu’il faut garder en tête, c’est que vos ados ne vont pas vous demander votre avis avant d’envoyer des sexfies. Par définition, l’adolescence est la phase dans le développement d’un être humain ou celui-ci ou celle-ci se distance de ses parents pour trouver d’autres modèles afin de poursuivre la construction de son identité. Les parents restent présents et importants, voire la principale source d’information au sujet de la sexualité. Il reste que pour explorer leur vie sexuelle, les adolescent.e.s ne demandent pas l’autorisation à leurs parents. Vous pourrez les influencer préventivement et la façon dont vous le ferez aura différents impacts.

Si depuis qu’ils sont enfants, vous avez établi un dialogue dans lequel vos petits ont la possibilité d’exprimer leur point de vue dans la différence, que la sexualité est un sujet qui peut être abordé, il est fort possible que vos ados vous questionneront sur ce que vous pensez, ce que vous avez déjà expérimenté, si vous avez des conseils, etc. Mais si la sexualité est un sujet tabou ou que votre discours sur la sexualité est « Pas tant que tu vas habiter sous mon toit, pas tant que t’auras pas 18 ans, juste quand tu vas être 100% prêt.e, que la sexualité doit avoir lieu exclusivement dans un contexte amoureux, que les filles qui s’intéressent à la sexualité sont des putes, que les gars sont potentiellement des agresseurs et qu’ils doivent respecter les filles, que la sexualité est sale, etc. », vous leur transmettrez de la peur au sujet de la sexualité. Tous sujets nécessitant d’explorer les zones grises de la sexualité seront exclus des discussions initiées par vos ados. Et si vous essayez de les aborder avec eux, ils risquent de vous mentir, car ils savent que vous êtes fermé.e.s ou rigides au sujet de la sexualité.

Une des vérités difficiles à entendre pour beaucoup de parents est que leur enfant grandit; il-elle est un adolescent.e qui expérimente son autonomie avec tout ce qu’implique l’exploration de l’autonomie; des erreurs, des dérapages, mais aussi des sources d’émotions fortes et des réussites.

Permettez à vos enfants de grandir. Et permettez-leur de grandir en étant présent.e à leurs côtés, peu importe s’ils-elles réussissent ou s’ils-elles se plantent. Que vous allez continuer de les aimer même s’ils-elles prennent des décisions qui leur attire des ennuis. Permettez-leur de réfléchir par eux même en leur apprenant à prendre des décisions libres et éclairées, et ce, même si vous êtes en désaccord avec leurs décisions. Leur permettre de prendre une décision libre et éclairée implique que vous n’allez pas les empêcher d’envoyer des sexfies, parce que de toute façon, ils-elles le feront dans votre dos s’ils-elles le souhaitent réellement. Nommez-leur que comme parent, vous allez mettre les filets de sécurité nécessaires et que vous ne les laisserez pas faire n’importe quoi. Mais vous avez la responsabilité de leur enseigner qu’ils-elles sont responsables et capables de réfléchir à la portée de leurs actions.

Mine de rien, donner des conseils sur « comment envoyer une photo de soi nu.e en évitant que ça vous suive toute votre vie », c’est utile. Pour tout le monde. Pour les adultes et les ados. Une personne qui aime les sensations fortes sera justement attiré.e par le « trill » que ça donne de faire quelque chose qui comporte un risque. S’exciter de « Je ne sais pas ce qui va arriver » est une composante saine de la montée du désir sexuel. L’autre composante est de s’assurer d’avoir une base de sécurité. Oui, dans un monde idéal, rempli de licorne, on pourrait faire confiance aveuglément à tout le monde. Oui, il est nécessaire aussi de s’adresser aux personnes qui reçoivent les sexfies en les responsabilisant sur l’aspect de partage privé vs partage public. Mais la personne qui l’envoie a elle aussi une responsabilité de s’assurer de sa sécurité et de ne pas se lancer dans le vide du 4e étage avec juste un casque de vélo.

Se questionner sur sa sécurité tout en s’excitant, ça peut être d’envoyer une partie de son corps sans montrer son visage, en prenant soin de ne pas montrer de signes distinctifs qui permettraient d’identifier une personne facilement. « Montrer seulement le corps sans le visage, c’est objectifiant ». Tout à fait. Et ça laisse place à imaginer le reste tout en assurant une part de sécurité. Oui, le risque que des pédophiles récupèrent les photos reste présent. C’est précisément l’idée de l’approche de réduction des méfaits; la solution est imparfaite et continue de comporter des risques, mais on gère un peu mieux le risque, sans qu’il soit complètement évacué.

mercredi 2 janvier 2019

Les garçons, le consentement et les cartes pokémon

« Tu touches pas aux p’tites filles! Tu les respectes! » Beaucoup de garçons ont appris qu’ils devaient garder leurs distances… sans trop savoir ce qui allait se passer lorsqu’ils souhaiteraient se rapprocher. L’éducation à la sexualité des garçons manque souvent d’éléments d’identification aux personnes en position de vulnérabilité permettant de développer l’empathie nécessaire aux jeux égalitaires. J’ai l’image parfaite à vous proposer pour aborder le respect dans les relations avec vos jeunes garçons : les cartes Pokémons!

Si vous avez des enfants d’âge scolaire, je n’ai probablement pas besoin de vous expliquer ce que sont les cartes Pokémon. Les débuts sont une cruelle leçon de vie, car non, on ne vit pas dans un monde de licornes et oui, il y a des « amis » qui vont profiter de leur vulnérabilité. Votre cœur de parent risque de faire des bons : mélange d’impuissance, de tristesse, de colère, d’incompréhension, de frustration, d’amusement face à la situation. Cette occasion est parfaite pour initier vos enfants au respect, à la bienveillance et à l’équité; des qualités qui lui resteront dans de futures relations intimes.

La bienveillanceVotre enfant pourra d’abord vivre cette expérience de bienveillance dans la relation avec vous. Si vous jugez que votre enfant est trop petit pour comprendre les règles, votre attitude bienveillance vous permettra de lui enseignerez et de l’accompagner dans la découverte de ce jeu. Il est même possible que cette bienveillance vous amène à nommer à votre enfant qu’il n’a pas les connaissances suffisantes pour jouer (ne sait pas lire les chiffres, les mots ou les descriptions) et qu’il pourra jouer quand il sera assez grand pour comprendre les règles.

Si votre enfant est plus vieux, vous pouvez lui enseigner l’importance de la bienveillance envers ses amis et envers les plus jeunes joueurs : « C’est important de faire des échanges honnêtes, même si toi tu as très envie d’avoir une carte. Souviens-toi des premières fois que tu as joué; des plus grands t’ont pris tes cartes les plus fortes, les plus rares en échange de carte avec peu de valeur en te faisant croire qu’elles valaient cher. Et tu avais eu beaucoup de peine quand tu t’en étais rendu compte. Tu dois utiliser tes connaissances du jeu pour jouer avec les autres. Pas abuser des autres. »

L’équitéLes enfants sont impulsifs et égocentriques; l’altruisme s’apprend à coût d’efforts. Ce n’est pas vrai que c’est facile d’être juste. C’est difficile. « Si tu choisis de jouer avec des joueurs qui commencent, tu dois être conscient qu’ils sont moins bons que toi et qu’ils ne connaissent pas toutes les règles. C’est toi qui es responsable de faire un échange juste. Si tu vois que l’autre souhaite faire un échange à ton avantage et qu’il ne s’en rend pas compte, tu dois lui dire. C’est une grande qualité d’être juste quand on pourrait profiter de la situation à notre avantage ».

Le consentement« Oui, mais il a dit oui! » Consentir, c’est être capable de répondre en connaissant les règles. « Mon coco, l’ami a dit oui à ton échange parce qu’il ne savait pas qu’il était en train de se faire avoir. Toi tu le savais. Quelqu’un qui dit oui en ne sachant pas qu’il se fait avoir, ce n’est pas un vrai oui. Si tu veux garder tes amitiés, tu dois être respectueux. Et être respectueux, c’est de rappeler les règles à ton ami si tu penses qu’il ne s’en souvient plus. »

Apprendre que les relations sont plus importantes et permettront un plaisir plus grand et plus longtemps qu’un plaisir éphémère peut s’enseigner dès la maternelle. Ce sera alors intégré une fois que votre enfant explorera sa vie sexuelle relationnelle à l’adolescence.

*** Article originalement paru dans le Journal le Canada Français

lundi 29 octobre 2018

La sexualité des gens doués

La douance est un diagnostic méconnu attribué à la suite d’une évaluation rigoureuse par des neuropsychologues ou psychologues spécialisés. Certains les appellent « Les zèbres », les personnes à haut potentiel ou les talentueux-euses. À une autre époque, on parlait « des bollés ». Les doués regroupent des personnes aux profils très hétérogènes et représentent moins de 10% de la population (entre 1% et 10% selon les définitions utilisées).La douance, en plus d’impliquer un développement précoce de plusieurs habiletés, dont celle du langage, implique une intelligence plus développée que la moyenne et une organisation du cerveau différente dont découle une grande créativité. Alors que la douance de certaines personnes se retrouvera dans les résultats académiques, pour d’autres, elle se retrouvera dans une diversité de domaines de compétences. Il est donc possible qu’une personne douée ait eu des difficultés scolaires.

Les personnes douées ont souvent des difficultés à entrer en relation avec les autres personnes, car leurs champs d’intérêt sont parfois très précis et pointus. Est-ce pour cette raison que plusieurs personnes douées se qualifient de « sapiosexuelle », soit, attiré par l’intelligence de l’autre? Au niveau des dysfonctions sexuelles, les personnes douées vivraient plus de troubles du désir et les femmes douées auraient plus de difficulté à atteindre l’orgasme que la moyenne du reste de la population. Voici quelques pistes de réflexion.

Une des caractéristiques des personnes douées est ce qu’on appelle « la pensée en arborescence ». Cette configuration du cerveau fait en sorte qu’une idée en amène dix autres, qui en amènent 10 autres et ainsi de suite. Il s’avère parfois difficile pour ces personnes d’atteindre un niveau de lâcher-prise et de lenteur pour vivre des moments de tendresse, ou encore, d’atteindre l’orgasme. Cette pensée en arborescence peut compliquer de s’abandonner afin de se connecter avec les sensations de son corps en faisant abstraction des autres sources de stimulation. Pour certains, l’intensité des stimuli devra être très grande pour les amener à se connecter avec ces sensations; parfois, elles auront besoin de violence pour ressentir. D’autres devront s’intoxiquer volontairement pour forcer un lâcher-prise. En sommes, plus les personnes douées ont du mal à lâcher prise, plus elles ont tendance à avoir des troubles sexuels. La pratique de la méditation pleine conscience qui cultive l’instant présent sera un outil utile, tout comme le sport qui permet un meilleur état général de lâcher-prise. La créativité peut aussi s’avérer pratique pour explorer l’univers fantasmatique et favoriser la montée de l’excitation sexuelle via l’imaginaire érotique.

Pour d’autres, la sexualité impliquant largement le corps sera perçue comme indigne d’intérêt, car trop associée à une partie animale et archaïque de l’homme. Certaines personnes douées percevront qu’elles régressent lorsqu’elles se connectent à leur sexualité, ce qui n’est pas tout à fait faux, car les pulsions et fantasmes tirent leur origine de la partie la plus archaïque du cerveau. Pour ces personnes, l’exploration d’une sexualité plus spirituelle, tel le tantrisme, impliquant d’autres parties plus évoluées du cerveau est parfois une voie privilégiée.

Comorbidité
La comorbidité est le terme utilisé pour parler de deux situations qui se côtoient. Dans le cas des personnes douées, elles sont aussi très souvent hypersensibles; plusieurs de leurs sens sont très réactifs. Cette situation comporte des avantages et des inconvénients en ce qui a trait à la sexualité. Les situations peuvent parfois être perçues plus intenses lorsque les personnes arrivent à lâcher prise, donc accès à un plaisir décuplé. Pour d’autres, des caresses, odeurs ou sons seront carrément intolérables et les sensations sont perçues comme désagréables et agressantes.

N’hésitez pas à communiquer avec moi pour plus d’informations sur le sujet.

mercredi 17 octobre 2018

Comment parler des premières menstruations?

Pour beaucoup de parents, les premières menstruations sont le signe que leur fillette n’est plus une enfant. Mais est-ce vraiment le cas? Comment et quand parler des premières règles avec ses enfants? Et devons-nous en parler uniquement aux filles?

Statistiques
L’âge de la puberté survient en moyenne entre l’âge de 10 et 14 ans et ce processus peut durer de 3 à 5 ans. À ce sujet, les filles amorcent habituellement leur puberté plus rapidement que les garçons. Toutefois, on observe que la puberté est de plus en plus précoce et que des fillettes de 7 ou 8 ans peuvent amorcer ce processus (pilosité, seins). Plusieurs hypothèses sont avancées à ce sujet; contact avec des perturbateurs endocriniens, obésité, diabète. Par contre, même avec une puberté plus tôt, l’âge des règles reste habituellement autour de 12 ans et demi. Mais qui dit « moyenne » dit aussi que certaines petites filles auront leurs menstruations beaucoup plus tôt ou beaucoup plus tard.

Une femme?
Dans l’imaginaire collectif, les menstruations sont associées à « l’entrée dans la vie des femmes ». Mais est-ce réellement souhaitable de maintenir cette association avec une puberté survenant aussi tôt dans l’enfance? Probablement pas. Surtout que la « puberté psychologique » n’a jamais été aussi longue (adulescence jusqu’à 25 ans)! Mieux vaut parler du corps qui change et qui semble pressé de mettre la machine en marche pour se préparer à avoir des bébés. Mais de la même façon qu’il y a une voiture dans la cour et qu’ils ne s’en servent pas à 10 ans, ça peut être exactement la même chose pour leur utérus fonctionnel; il n’y a pas de presse, et ensemble, vous pourrez prendre le temps de regarder les choses une à la fois. Associer puberté-menstruation et vie adulte peut être traumatisant pour des enfants qui entrent dans la puberté de façon précoce et même chez plusieurs fillettes qui ne se sentent pas du tout prêtes (avec raison) à devenir des adultes.

Quand?
À partir de quand peut-on parler des menstruations aux enfants? Il ne pourra jamais être trop tôt. Il est possible que vos enfants aient vu des tampons, serviettes hygiéniques ou coupe menstruelle à la maison, au magasin ou ailleurs. Peut-être ont-elles-ils même joué avec ces objets dans des situations plus ou moins gênantes! Pas de souci. Avec des touts petits, vous pourrez leur dire que lorsqu’ils étaient dans le ventre de maman, ils étaient dans une petite maison pour les bébés. Qu’il n’y a pas toujours des bébés dans la maison, mais que la maison est toujours prête à recevoir des bébés. Et que lorsqu’il n’y a pas de bébé dans la maison, la petite maison se défait et se refait. Que les tampons, serviettes ou autres servent à ce que la petite maison ne salisse pas les vêtements. Plus votre enfant sera vieux-vielle, plus vous pourrez ajouter des détails en fonction de la curiosité de vos enfants.

Les garçons
Doit-on parler des menstruations en présence des garçons? Oui. Car il existe encore beaucoup de préjugés et de mythes en lien avec les menstruations et ces stéréotypes sont entre autres alimentés par la méconnaissance de ce qu’elles sont. Il serait pertinent que les garçons puissent entendre autre chose qu’ils doivent se tenir tranquille lorsque les filles « sont dans leur semaine ». Les systèmes hormonaux mâles et femelles sont complètement différents; maux vaut connaître les forces de chacun plutôt que de juger celui des filles comme un problème une partie du mois.

Et le sexe?
Parler des menstruations ne nécessite pas de parler d’une vie sexuelle active dans la même discussion. Une chose à la fois; c’est probablement votre malaise et votre peur qui vous amène à parler des deux en même temps. Soyez à l’écoute de vos enfants; vous pourrez y revenir lorsque vous sentirez son intérêt pour la sexualité s’éveiller.

***Texte originalement paru dans le journal "Le Canada Français"

mardi 18 septembre 2018

C’est de la violence? C’est une dynamique de violence?

S’il y a un tabou que je vois souvent dans mon bureau, c’est celui de la violence. Ce mot fait peur, fait mal et fait honte. En théorie, les gens sont contre la violence. Mais lorsque vient le temps de la définir, beaucoup sont prêts à la défendre, la justifier, la minimiser… surtout si cette violence fait référence à des comportements, des propos et des paroles qu’ils ou elles ont tenus.

Allié de la violence
La violence et la transgression de frontières sont des alliés. Moins une personne se connait, plus elle risque de subir et de produire de la violence, car elle connait mal ses limites. Il devient alors difficile de reconnaître que ses frontières ont été dépassées et si elles le sont depuis longtemps. Plus une personne se connait, plus elle sera en mesure de sentir que les limites de sa tolérance sont sur le point d’être dépassées, de prendre les dispositions nécessaires pour prendre soin d’elle et se protéger lorsqu’elle sentira qu’une autre personne est intrusive.

Tout le monde n’a pas le même rapport avec la violence. Selon leurs personnalités, les personnes qui connaissent mal leurs limites peuvent subir la violence des autres alors que d’autres deviendront violent.e.s pour tenter de protéger leur espace. Parallèlement, les personnes qui connaissent leurs frontières développent plus d’outils pour communiquer leurs limites aux autres et prendre soin d’elles quand la pression monte.

La violence dure
Comment se fait-il que la violence perdure dans une relation lorsqu’une personne connaît ses limites et les nomme à l’autre? Peut-être êtes-vous en relation avec une personne qui se connait mal et qui devient violente lorsque ses frontières sont transgressées. Dans ce premier cas, vous avez probablement un rôle à jouer dans cette dynamique, car la violence émerge lorsque vous transgressez des frontières. Rappelez-vous qu’une frontière sert aussi à protéger; si vous la dépassez, la personne de l’autre côté est probablement vulnérable et vous activez son sentiment de danger. Dans ces situations, il est important de rester à une saine distance pour garder le contact pacifique. Vous pouvez vous questionner sur ce qui fait que vous ne voyez pas ou que vous ne voulez pas voir les frontières des autres et que vous les transgressez.

Une autre possibilité, c’est que vous êtes en relation avec une personne qui ne veut pas voir vos frontières; si vous en mettez, elle donne un coup de pied dedans pour tenter de les faire disparaître. Ce type de relation est dangereuse pour vous. Surtout si vous tentez de maintenir une saine distance pour garder le contact pacifique et que l’autre ne cherche qu’à s’approcher pour abattre ces limites. Rappelez-vous que vous êtes important.e et que la sécurité psychique, affective et physique dans une relation est primordiale; abattre les limites de l’autre ce n’est pas de l’amour; c’est de la violence. Et ça devient une dynamique de violence lorsque l’autre tente de détruire systématiquement chaque balise que vous mettez en place.

Reconnaître?
Avoir la capacité de reconnaître la violence en soi nécessite de différencier qui l’on est de ce que l’on fait. Sans cette distinction primordiale, la personne se verra comme une mauvaise personne et pourra lutter contre cette image en niant sa violence. Pourtant, une personne n’est pas ses comportements; elle n’est pas bonne la journée ou elle fait du bénévolat et mauvaise la journée ou elle touche son-sa partenaire sans son consentement. Une personne est un tout complexe avec des côtés lumineux et des côtés sombres. Et chaque personne a le pouvoir de choisir quelle partie d’elle elle souhaite alimenter dans sa relation avec les autres. Mais vous ne pourrez jamais faire ce choix pour l’autre.

mercredi 5 septembre 2018

Connecter ou fusionner avec les autres?

Il y a deux semaines, je vous parlais de ce qu’était l’intimité, que ce soit dans les relations avec les autres ou dans la relation avec soi-même. Ce texte a amené plusieurs interrogations et demandes de clarification sur la façon d’être en relation. « Je les entends les mots que tu dis Sophie. Mais je suis pas trop sûr de comprendre concrètement comment on fait ça. Être proche sans être proche… Ça veut dire quoi? On fait ça comment être proche en étant loin? »

Tout d’abord, l’idée n’est pas d’être proches en étant loin, mais d’être proche en étant différents. Être proche sans être proche, c’est ce que j’appellerai ici la fusion. La fusion, c’est d’éviter ou de refuser de voir les différences qu’il y a dans les relations, de les voir comme une menace. Donc comme les différences sont une menace, les personnes dans ce type de relation portent leur regard uniquement sur ce qu’il y a de pareil. Ou encore, tentent de se convaincre que ces différences n’en sont pas vraiment et que ça revient à être pareil. Les conflits surviennent généralement lorsque les différences sont mises en lumière et qu’au moins une des personnes souhaiterait que cette différence disparaisse pour laisser place à l’uniformité.

La fusion est donc intimement liée à la peur de perdre les personnes significatives. Les personnes fusionnelles tenteront donc de mettre en place toutes sortes de stratégies pour mettre fin à cette peur qu’elles n’arrivent pas à tolérer : éviter certains sujets, nier une partie de soi, se soumettre, dominer l’autre, se sauver, éviter d’être dans des relations significatives, etc. Il n’est pas rare que le « désir sexuel » chez les couples fusionnels émerge à la suite d’une situation qui a remis en question la relation. Quel beau véhicule fusionnel que celui d’avoir des contacts sexuels, surtout des contacts sexuels avec pénétration, lorsqu’on a besoin de se sentir proche de quelqu’un.

Le défi pour les couples fusionnels est donc de maintenir le désir sexuel lorsque la relation est harmonieuse, s’ils n’ont pas développé d’autres contextes que la peur pour susciter leur désir érotique.

Un outil plus adapté et moins destructeur pour la qualité du lien dans la relation est d’apprendre à connecter plutôt qu’à fusionner. La connexion permet d’être avec l’autre, de partager du temps avec elle tout en tolérant une saine distance. Prenons l’exemple d’un repas entre ami.e.s pour illustrer cette idée : tout le monde partagera la même table, chacun pourra avoir amené un plat qu’il a lui-même cuisiné et les autres auront le loisir de choisi la quantité d’aliments à mettre dans leur assiette. Et vous remarquerez que malgré cette table partagée, tout le monde mange sur des chaises individuelles. Ni ces chaises individuelles ni les intérêts parfois différents pour les plats ne remettront en question la capacité des convives d’échanger pleinement.

Il en va de même au quotidien dans les relations. Les intérêts divergents, les différences et les opinions qui ne vont pas dans le même sens n’ont pas à être évincés. Certains sujets sensibles resteront toujours, mais le plaisir vient de l’échange, du temps passé ensemble, du processus… et des périodes ou les gens ne sont pas ensemble! Le désir sexuel émergera alors du plaisir de se retrouver, à la capacité de tolérer l’anxiété et même de s’exciter de cette anxiété qui survient lorsque des propositions sexuelles typiques ou nouvelles sont avancées. Un refus ne sera pas perçu comme un rejet, mais plutôt comme une limite de l’autre et la possibilité de trouver d’autres options de connecter.

***Texte originalement paru dans le journal Le Canada Français

lundi 3 septembre 2018

Suis-je dépendant.e affectif.ive?

Expérience de Harlow avec la mère fil de métal 
et la mère chiffon
Qu’est-ce que ça veut dire au final « la dépendance affective »? Cette expression n’est pas un diagnostic de trouble psychologique. Il s’agit plutôt d’une expression fourre-tout qui couvre un large spectre de défis relationnels que peut rencontrer une personne. Le problème, c’est que cette expression englobe tout et n’importe quoi de façon imprécise. Mais ce qui est central, ce sont les défis relationnels.

Trouble?
Il y a quelque chose de particulier dans cette expression, vous ne trouvez pas? 
« Dépendance affective ». Cette proposition sous-entend qu’on pourrait dépendre de l’affection qui signifie « attachement et tendresse ». L’expression signifie qu’il y a un problème lorsqu’une personne chercher à s’attacher aux gens tendrement. Ce serait l’équivalent de dire qu’une personne est dépendante à l’air de qualité. N’est-ce pas curieux?

L’affection, en soi, n’est pas néfaste. La recherche de liens tendres avec les autres est souhaitable. Il ne s’agit donc pas d’un problème d’affection, au contraire. Des études atroces à l’époque médiévale ont même démontré qu’en cas d’absence de contacts, les bébés mouraient. Harlow, un chercheur américain, a reproduit cette expérience cruelle sur des bébés singes dans les années 60. Il souhaitait savoir si les bébés singes, séparés de leur mère, iraient davantage vers la poupée en métal qui leur donnait de la nourriture ou vers la poupée en chiffon, pour être rassurés. Le résultat? Les bébés singes allaient vers la poupée en métal uniquement lorsqu’ils avaient besoin de manger et restaient avec la poupée chiffon le reste du temps. Cars ils avaient besoin d’un contact tendre pour être rassurés. Les impacts sur ces singes à l’âge adulte? Des décès prématurés, des difficultés à trouver un.e partenaire pour se reproduire, car ils n’arrivaient pas à créer des liens sainement, un manque d’intérêt pour trouver un.e partenaire et beaucoup moins de reproduction, car les femelles démontraient peu d’intérêt pour l’accouplement.

En gros, le problème, ce n’est pas le surplus d’affection ou la dépendance à l’affection. C’est une carence importante d’affection dans l’enfance qui a des conséquences désastreuses sur la capacité d’une personne à créer des liens sains dans le futur. Les personnes carencées ne connaissent pas ce que c’est un lien sain et tendre. Elles se lancent donc dans toutes sortes de relations, car elles ont besoin d’être rassurées. Elles n’ont pas eu ce sentiment d’apaisement intérieur dans leur enfance, leur système nerveux est constamment activé, elles sont agitées et ne savent pas comment s’apaiser. Et ces personnes diront : « Je n’ai manqué de rien quand j’étais enfant. J’avais un toit, je mangeais 3 fois par jour et j’avais des cadeaux à Noël. » Ces personnes avaient accès à une poupée métal qui les a nourries. Mais elles n’ont pas ou peu reçu d’affection.

Donc non, vous n’êtes pas dépendant.e.s affectif.ive.s. Vous vivez les séquelles de carences dans votre enfance. Et pour l’instant, vous ne savez pas comment combler ces carences. Et je suis sincèrement et profondément désolée pour vous. Cessez de vous taper sur la tête et de croire que vous êtes le problème. Vous avez des défis importants pour combler vos besoins de base. Mais ce n’est pas vous le problème. N’hésitez pas à aller chercher de l’aide; vous en valez la peine.

***Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français