jeudi 9 juillet 2020

Mieux connaître ce qui se passe pour tout le monde dans un processus de dévoilement de violence

Depuis quelques jours, le nombres d'histoires de harcèlement sexuel, d'agression sexuelle et de violences diverses fusent sur les réseaux sociaux.

Tout le monde n'est pas au même endroit dans son deuil de vivre dans une société pacifique et non-violente.

Voici les différentes étapes qu'il peut y avoir, au travers desquelles vous pouvez passer, que vous ayez été victime, agresseur, les deux, une personne proche ou autre.

Je vous invite à être attentif.ive à votre processus et à conscientiser que tout le monde n'est pas au même stade que vous. Ces observations vous permettront d'avoir plus de compassion pour vous et pour les autres.

1) Le choc: C'est la surprise, la stupéfaction. À cette étape, on encaisse sans avoir les mots pour nommer ce qui se passe. C'est à cette étape que sont les personnes qui ne réagissent pas et qui ne disent rien.

2) Le déni : À cette étape, les gens ne veulent pas voir ou croire ce qui vient de les choquer. La charge émotive ressenti est trop grande et c'est une façon de chercher à se protéger d'émotions envahissantes. "Ben non, ça n'existe pas. Les victimes inventnt. Ces personnes dénoncées sont des bonnes personnes et n'auraient jamais fait ça".

3) Le marchandage: À cette étape, les personnes acceptent d'être en contact avec une partie de la réalité seulement, alors qu'une autre partie reste dans le déni. Cette étape vise à métaboliser tranquillement cette très grande émotion: "Ben là, ça doit pas être si pire que ça. Les victimes ont peut-être exagérées. Les personnes qui ont commis ces gestes n'étaient probablement pas conscientes de ce qu'elles faisaient".

4) La colère : À cette étape, les personnes sont d'avantage en contact avec l'ensemble de la situation réelle inacceptable et ne veulent pas accepter cette situation. La colère est une émotion active, qui exteriorise. On ne veut plus en soi ce traumatisme. C'est l'étape à laquelle la dénonciation se fait, l'étape où les choses sont nommées avec agressivité. L'étape parfois aussi où la colère se transforme en violence et que les gens vont trop loin.

5) La dépression : C'est la phase à laquelle les personnes prennent conscience que leurs actions sont limitées par rapport à la situation réelle. Les personnes prennent conscience qu'elles ne sont pas toutes puissantes et ne peuvent pas tout avoir. Pour les personnes qui ont été violentes et qu'elles ont dépassé les limites, elles font face à la réalité que leur violence et leur destructivé a des conséquences. À cette étape, elles voient la partie destructrice en elles, celle qu'elles ne voulaient pas voir et qui fait mal. Pour les victimes, c'est de voir que malgré la colère et les dénonciations, elles continuent d'être blessées. Que les dénonciations ont été une partie importante, mais qu'elles ne régleront pas tout. Peut-être aussi de voir que la personne violente refuse de prendre ses responsabilités face à la situation. À cette étape, les personnes sont en inaction. Elles n'ont pas encore décidé si elles vont avancer ou reculer dans le processus. Si elles vont continuer de défendre leur Ego (donc de reculer) ou prendre soin d'elles et de leur blessures pour continuer à avancer (passer à la prochaine étape).

6) La résignation: C'est la phase à laquelle les gens voient qu'ils ne peuvent pas changer le passé. C'est une phase douloureuse qui peut faire réapparaître toutes les étapes précédentes. C'est la prise de conscience de cette fatalité, que rien ne pourra ramener la situation d'avant. Cette période est charnière entre la résolution du deuil ou le maintien de la détresse aiguë. À cette étape, il n'y a pas d'action. La personne est revenue à l'intérieur d'elle-meme et est passive. À cette étape, les personnes ont le sentiment d'être seulement une victime (pour les victimes) et seulement des agresseur (pour les agresseurs).

7) L'acceptation: Contrairement à la résignation, la personne intègre qu'elle n'a pas le pouvoir de changer le passé et qu'elle est un être complexe. Qu'elle a vécu quelque chose de difficile, qu'elle en a été victime, mais qu'elle a aussi les outils pour pouvoir continuer à avancer malgré tout. Les outils ne sont pas nécessairement disponible, mais la personne voit la possibilité de continuer à avancer. C'est l'étape où les personnes qui ont été victimes et agresseur voient ce qu'elle ont vécu comme une partie d'eux-elles, mais pas la totalité d'eux-elles.

8) La reconstruction: C'est l'étape à laquelle les personnes s'impliquent activement pour faire de leur vie ce qu'elles veulent, en accueillant leur blessures, en les utilisant pour mieux se connaître et devenir plus fortes, graduellement. Les blessures restent, mais ne prennent plus toute la place.

jeudi 5 mars 2020

Droits des femmes et sexualité en 2020?


Le dimanche 8 mars se tiendra la « Journée internationale des droits des femmes ». Cette journée qui existe depuis 110 ans tire son origine des luttes pour l’égalité des femmes et des hommes, notamment pour que les femmes aient le droit de vote et de meilleures conditions de travail. C’est vers la fin des années 60 qu’une partie des luttes touchent à la sexualité et qu’a eu lieu parallèlement « la révolution sexuelle ». La sexualité s’est alors désacralisée, est devenue moins taboue et davantage discutée. La création de la pilule contraceptive a permis aux femmes d’envisager « le sexe pour le sexe » dans les relations hétérosexuelles sans crainte (ou presque) de vivre une grossesse.

Le contexte socio-politique a changé depuis la création de cette journée en 1910 et plusieurs luttes pour l’égalité ont été gagnées. Alors, est-ce que cette journée est toujours pertinente en 2020? Est-ce que l’égalité entre les hommes et les femmes est atteinte? Dans le rôle privilégié que m’accorde mon travail de sexologue et psychothérapeute pour entrer au cœur de l’intimité des gens, je vous certifie que cette égalité est loin d’être gagnée en ce qui concerne la place de la sexualité dans la vie des femmes.

1ere relation sexuelleLorsqu’il est question d’éducation à la sexualité, on insiste généralement davantage sur l’idée « d’attendre le bon » auprès des filles, mais moins auprès des garçons. Ce discours souligne la perception d’une sexualité sacrée chez les filles, quelque chose à offrir, de précieux, qui se doit d’être préservé. On insiste aussi sur les douleurs qui pourraient avoir lieu. Bref, on présente le premier rapport sexuel aux filles comme quelque chose d’épeurant et de potentiellement pénible, à mille lieues du désir et du plaisir. On présente rarement aux garçons le premier rapport sexuel sous cet angle. On leur parlera davantage du stress qui pourrait être vécu face à cette première expérience, des conséquences possibles de ce stress (dysfonction érectile, éjaculation rapide), de l’importance d’écouter leur partenaire. On ne présente toutefois pas aux garçons la sexualité comme un joyau qu’ils offriront à l’autre. Comme société, nous gagnerions à présenter aux filles les premières relations sexuelles sous le même angle que ce que l’ont fait avec les garçons, en retirant cette pression de devoir « préserver ce bien précieux qu’est leur sexe » et d’insister plutôt sur la pertinence de choisir une personne en qui elles ont confiance, avec qui elles pourront explorer en se sentant en sécurité. Et ce, que cette autre personne soit un.e partenaire amoureux.euse ou non.

RespectDans l’éducation à la sexualité des filles et des garçons revient très souvent cette notion de « respecter les femmes ». Je constate toutefois que cette notion de respect semble confondue avec « l’asexualité ». Comme si, regarder une femme avec du désir sexuel revenait à ne pas la respecter. Comme s’il n’était pas possible de respecter une femme en étant bandé ou mouillée. Et que, par le fait même, il ne fallait pas trop voir les femmes comme des êtres sexuels pour les respecter.

Saviez-vous qu’exprimer un désir, qu’il soit sexuel, amoureux ou platonique, comporte une forme d’agressivité? Cette agressivité peut être saine ou pathologique. Et elle deviendra pathologique si elle outrepasse les limites de l’autre. Gardez en tête que la majorité des femmes ont envie d’être regardées avec désir, MAIS, dans le respect de leurs frontières. Le problème ne réside donc pas dans l’expression d’un désir sexuel avec une forme d’agressivité saine, mais plutôt d’outrepasser les frontières des femmes de façon « pathologiquement agressive », sans considération pour qui elles sont réellement.

Je ne compte plus le nombre de femmes dans mon bureau qui se jugent sévèrement d’avoir exploré leur sexualité très tôt, d’avoir eu cette curiosité sexuelle déjà enfant, de croire qu’elles ne se respectaient pas d’explorer leur corps seule ou avec d’autres. J’entends très rarement les mêmes autojugements de la part des hommes. Toutefois, autant je vois des femmes qui se jugent de leurs envies sexuelles et qui les refoulent, je vois des hommes se sentir coupables d’avoir envie des femmes et qu’ils n’osent pas les approcher. Ces deux polarités sont sur le même continuum, mais traitent de la même réalité; la sexualité des hommes et des femmes n’est pas sur le même pied d’égalité.

Luttes en 2020Une des luttes à mener pour l’égalité entre les hommes et les femmes est de permettre aux femmes d’être des personnes sexuelles, désirantes et désirables. De permettre aux petites filles d’être sexuées, non pas dans les yeux des adultes déviants, mais dans l’exploration de leur corps. D’enseigner aux pères que leurs filles ne sont pas « les princesses à papa », que leurs futur.e.s gendre ou brue n’ont pas à passer de questionnaire avant de sortir avec leurs filles; les parents ont à apprendre à faire confiance en l’intelligence et le jugement de leurs filles. Ils ont aussi à apprendre à leurs filles que celles-ci ont de la valeur et sont dignes de respect y compris lorsqu’elles sont agenouillées avec plaisir, nues, devant quelqu’un. L’égalité passe par l’enseignement que le respect envers une personne, qu’elle soit homme ou femme, ne devrait pas diminuer en fonction du nombre grandissant de partenaires sexuels.

Les luttes pour l’égalité entre les hommes et les femmes devraient impliquer que les femmes ont le droit d’exposer leurs désirs sexuels au grand jour sans crainte d’être victimes d’agression sexuelle. Que l’expression d’un désir sexuel ne signifie pas « bar ouvert ». Que les femmes n’ont pas à avoir honte de leur désir et n’ont pas à les cacher parce que des personnes n’ont pas l’intérêt de développer la capacité « de toucher avec les yeux seulement » dans les limites des frontières des femmes. Les luttes pour l’égalité entre les hommes et les femmes devraient aussi impliquer qu’être active sexuellement pour une femme devrait être une célébration, une fierté et une source de joie. Que cet apprentissage passe notamment par l’apprentissage aux fillettes et aux adolescentes que leur corps devrait être une source de joie, d’abord pour elles-mêmes, et de les encourager à l’explorer dans un contexte sécuritaire pour elles et pour les autres. Finalement, l’égalité entre les hommes et les femmes passe aussi par « le droit à l’orgasme » à la même fréquence et qu’un contact sexuel ne devrait pas automatiquement se terminer par la jouissance de monsieur.

La sexualité est la célébration du corps; c’est gratuit et agréable quand c’est vécu par choix. Il est faux de croire que les filles et les femmes en 2020 ont cette liberté sexuelle d’explorer leur corps comme bon leur semble au même titre que peuvent le faire les garçons et les hommes. Alors oui, la journée internationale des droits des femmes est toujours d’actualité en 2020.

mardi 5 novembre 2019

L'impact du "Slut shamming" dans la chambre à coucher

La référence au corps et de la sexualité des femmes est encore très (trop) souvent utilisé comme un véhicule d'insultes. Cette banalisation a un impact sur l'inconscient collectif et sur la relation des femmes avec leur corps et leur sexualité. C'est plus compliqué d'être une femme à l'aise avec son corps érotique et sensuel lorsque ce corps est perçu comme un bien public qui peut être jugé sans gêne.

Chaque événement qui se passe dans l'espace public durant lequel une femme est insultée par rapport à son corps et sa sexualité prétendue est un argument de plus à mettre dans la balance chez les femmes qui se demandent si elles devraient s'assumer sexuellement.

Beaucoup de femmes préfèrent s'éteindre sexuellement que de prendre le risque de se faire traiter de charrues. La "baisse de désir sexuel" chez les femmes est un des impacts à petite échelle de ce qu'on appelle le "slut shamming" (utilisation du corps et de la sexualité des femmes pour les insulter et les amener à avoir honte d'elles-mêmes). Pensez-y la prochaine fois que vous aurez envie d'insulter une femme que vous n'aimez pas en utilisant son corps et sa sexualité :-)

Capture d'écran prise par Xavier Camus sur facebook le 1er novembre 2019


lundi 4 février 2019

Doit-on permettre aux ados d'envoyer des sexfies?

Vrak.tv a publié un article intitulé « 10 trucs pour réussir ton sexfie sans ruiner ta réputation ». Beaucoup de réactions ont eu lieu et plusieurs demandes médiatiques m’ont été faites en ce sens : « Vous en pensez quoi? Il me semble que ça n’a pas de bon sens. Parler des sexfies aux ados ça n’a pas d’allure. Moi si ma fille voulait envoyer des sexfies, je ne serais pas d’accord ».

Est-ce que l’article de vrak.tv sur les sexfies était pertinent? Il a été retiré, donc c’est difficile de parler sur ce texte précisément. Est-ce qu’il est nécessaire et pertinent de parler de sexfies aux ados autrement qu’en leur disant que c’est interdit? Oui. Est-ce qu’il est pertinent de travailler en réduction des méfaits, c’est-à-dire en donnant des trucs et conseils aux jeunes pour réduire les risques de leurs actions risquées? Oui. L’adolescence et la prise de risque vont ensemble et les adolescent.e.s ne vont pas arrêter de prendre des risques pour rassurer leurs parents. Ceux et celles qui évitent de contrarier leurs parents ne font que repousser leur adolescence, car pour devenir un.e adulte mature, il est nécessaire de passer par l’étape de la différenciation de ses parents. C’est inévitable.

Ce qu’il faut garder en tête, c’est que vos ados ne vont pas vous demander votre avis avant d’envoyer des sexfies. Par définition, l’adolescence est la phase dans le développement d’un être humain ou celui-ci ou celle-ci se distance de ses parents pour trouver d’autres modèles afin de poursuivre la construction de son identité. Les parents restent présents et importants, voire la principale source d’information au sujet de la sexualité. Il reste que pour explorer leur vie sexuelle, les adolescent.e.s ne demandent pas l’autorisation à leurs parents. Vous pourrez les influencer préventivement et la façon dont vous le ferez aura différents impacts.

Si depuis qu’ils sont enfants, vous avez établi un dialogue dans lequel vos petits ont la possibilité d’exprimer leur point de vue dans la différence, que la sexualité est un sujet qui peut être abordé, il est fort possible que vos ados vous questionneront sur ce que vous pensez, ce que vous avez déjà expérimenté, si vous avez des conseils, etc. Mais si la sexualité est un sujet tabou ou que votre discours sur la sexualité est « Pas tant que tu vas habiter sous mon toit, pas tant que t’auras pas 18 ans, juste quand tu vas être 100% prêt.e, que la sexualité doit avoir lieu exclusivement dans un contexte amoureux, que les filles qui s’intéressent à la sexualité sont des putes, que les gars sont potentiellement des agresseurs et qu’ils doivent respecter les filles, que la sexualité est sale, etc. », vous leur transmettrez de la peur au sujet de la sexualité. Tous sujets nécessitant d’explorer les zones grises de la sexualité seront exclus des discussions initiées par vos ados. Et si vous essayez de les aborder avec eux, ils risquent de vous mentir, car ils savent que vous êtes fermé.e.s ou rigides au sujet de la sexualité.

Une des vérités difficiles à entendre pour beaucoup de parents est que leur enfant grandit; il-elle est un adolescent.e qui expérimente son autonomie avec tout ce qu’implique l’exploration de l’autonomie; des erreurs, des dérapages, mais aussi des sources d’émotions fortes et des réussites.

Permettez à vos enfants de grandir. Et permettez-leur de grandir en étant présent.e à leurs côtés, peu importe s’ils-elles réussissent ou s’ils-elles se plantent. Que vous allez continuer de les aimer même s’ils-elles prennent des décisions qui leur attire des ennuis. Permettez-leur de réfléchir par eux même en leur apprenant à prendre des décisions libres et éclairées, et ce, même si vous êtes en désaccord avec leurs décisions. Leur permettre de prendre une décision libre et éclairée implique que vous n’allez pas les empêcher d’envoyer des sexfies, parce que de toute façon, ils-elles le feront dans votre dos s’ils-elles le souhaitent réellement. Nommez-leur que comme parent, vous allez mettre les filets de sécurité nécessaires et que vous ne les laisserez pas faire n’importe quoi. Mais vous avez la responsabilité de leur enseigner qu’ils-elles sont responsables et capables de réfléchir à la portée de leurs actions.

Mine de rien, donner des conseils sur « comment envoyer une photo de soi nu.e en évitant que ça vous suive toute votre vie », c’est utile. Pour tout le monde. Pour les adultes et les ados. Une personne qui aime les sensations fortes sera justement attiré.e par le « trill » que ça donne de faire quelque chose qui comporte un risque. S’exciter de « Je ne sais pas ce qui va arriver » est une composante saine de la montée du désir sexuel. L’autre composante est de s’assurer d’avoir une base de sécurité. Oui, dans un monde idéal, rempli de licorne, on pourrait faire confiance aveuglément à tout le monde. Oui, il est nécessaire aussi de s’adresser aux personnes qui reçoivent les sexfies en les responsabilisant sur l’aspect de partage privé vs partage public. Mais la personne qui l’envoie a elle aussi une responsabilité de s’assurer de sa sécurité et de ne pas se lancer dans le vide du 4e étage avec juste un casque de vélo.

Se questionner sur sa sécurité tout en s’excitant, ça peut être d’envoyer une partie de son corps sans montrer son visage, en prenant soin de ne pas montrer de signes distinctifs qui permettraient d’identifier une personne facilement. « Montrer seulement le corps sans le visage, c’est objectifiant ». Tout à fait. Et ça laisse place à imaginer le reste tout en assurant une part de sécurité. Oui, le risque que des pédophiles récupèrent les photos reste présent. C’est précisément l’idée de l’approche de réduction des méfaits; la solution est imparfaite et continue de comporter des risques, mais on gère un peu mieux le risque, sans qu’il soit complètement évacué.

mercredi 2 janvier 2019

Les garçons, le consentement et les cartes pokémon

« Tu touches pas aux p’tites filles! Tu les respectes! » Beaucoup de garçons ont appris qu’ils devaient garder leurs distances… sans trop savoir ce qui allait se passer lorsqu’ils souhaiteraient se rapprocher. L’éducation à la sexualité des garçons manque souvent d’éléments d’identification aux personnes en position de vulnérabilité permettant de développer l’empathie nécessaire aux jeux égalitaires. J’ai l’image parfaite à vous proposer pour aborder le respect dans les relations avec vos jeunes garçons : les cartes Pokémons!

Si vous avez des enfants d’âge scolaire, je n’ai probablement pas besoin de vous expliquer ce que sont les cartes Pokémon. Les débuts sont une cruelle leçon de vie, car non, on ne vit pas dans un monde de licornes et oui, il y a des « amis » qui vont profiter de leur vulnérabilité. Votre cœur de parent risque de faire des bons : mélange d’impuissance, de tristesse, de colère, d’incompréhension, de frustration, d’amusement face à la situation. Cette occasion est parfaite pour initier vos enfants au respect, à la bienveillance et à l’équité; des qualités qui lui resteront dans de futures relations intimes.

La bienveillanceVotre enfant pourra d’abord vivre cette expérience de bienveillance dans la relation avec vous. Si vous jugez que votre enfant est trop petit pour comprendre les règles, votre attitude bienveillance vous permettra de lui enseignerez et de l’accompagner dans la découverte de ce jeu. Il est même possible que cette bienveillance vous amène à nommer à votre enfant qu’il n’a pas les connaissances suffisantes pour jouer (ne sait pas lire les chiffres, les mots ou les descriptions) et qu’il pourra jouer quand il sera assez grand pour comprendre les règles.

Si votre enfant est plus vieux, vous pouvez lui enseigner l’importance de la bienveillance envers ses amis et envers les plus jeunes joueurs : « C’est important de faire des échanges honnêtes, même si toi tu as très envie d’avoir une carte. Souviens-toi des premières fois que tu as joué; des plus grands t’ont pris tes cartes les plus fortes, les plus rares en échange de carte avec peu de valeur en te faisant croire qu’elles valaient cher. Et tu avais eu beaucoup de peine quand tu t’en étais rendu compte. Tu dois utiliser tes connaissances du jeu pour jouer avec les autres. Pas abuser des autres. »

L’équitéLes enfants sont impulsifs et égocentriques; l’altruisme s’apprend à coût d’efforts. Ce n’est pas vrai que c’est facile d’être juste. C’est difficile. « Si tu choisis de jouer avec des joueurs qui commencent, tu dois être conscient qu’ils sont moins bons que toi et qu’ils ne connaissent pas toutes les règles. C’est toi qui es responsable de faire un échange juste. Si tu vois que l’autre souhaite faire un échange à ton avantage et qu’il ne s’en rend pas compte, tu dois lui dire. C’est une grande qualité d’être juste quand on pourrait profiter de la situation à notre avantage ».

Le consentement« Oui, mais il a dit oui! » Consentir, c’est être capable de répondre en connaissant les règles. « Mon coco, l’ami a dit oui à ton échange parce qu’il ne savait pas qu’il était en train de se faire avoir. Toi tu le savais. Quelqu’un qui dit oui en ne sachant pas qu’il se fait avoir, ce n’est pas un vrai oui. Si tu veux garder tes amitiés, tu dois être respectueux. Et être respectueux, c’est de rappeler les règles à ton ami si tu penses qu’il ne s’en souvient plus. »

Apprendre que les relations sont plus importantes et permettront un plaisir plus grand et plus longtemps qu’un plaisir éphémère peut s’enseigner dès la maternelle. Ce sera alors intégré une fois que votre enfant explorera sa vie sexuelle relationnelle à l’adolescence.

*** Article originalement paru dans le Journal le Canada Français

lundi 29 octobre 2018

La sexualité des gens doués

La douance est un diagnostic méconnu attribué à la suite d’une évaluation rigoureuse par des neuropsychologues ou psychologues spécialisés. Certains les appellent « Les zèbres », les personnes à haut potentiel ou les talentueux-euses. À une autre époque, on parlait « des bollés ». Les doués regroupent des personnes aux profils très hétérogènes et représentent moins de 10% de la population (entre 1% et 10% selon les définitions utilisées).La douance, en plus d’impliquer un développement précoce de plusieurs habiletés, dont celle du langage, implique une intelligence plus développée que la moyenne et une organisation du cerveau différente dont découle une grande créativité. Alors que la douance de certaines personnes se retrouvera dans les résultats académiques, pour d’autres, elle se retrouvera dans une diversité de domaines de compétences. Il est donc possible qu’une personne douée ait eu des difficultés scolaires.

Les personnes douées ont souvent des difficultés à entrer en relation avec les autres personnes, car leurs champs d’intérêt sont parfois très précis et pointus. Est-ce pour cette raison que plusieurs personnes douées se qualifient de « sapiosexuelle », soit, attiré par l’intelligence de l’autre? Au niveau des dysfonctions sexuelles, les personnes douées vivraient plus de troubles du désir et les femmes douées auraient plus de difficulté à atteindre l’orgasme que la moyenne du reste de la population. Voici quelques pistes de réflexion.

Une des caractéristiques des personnes douées est ce qu’on appelle « la pensée en arborescence ». Cette configuration du cerveau fait en sorte qu’une idée en amène dix autres, qui en amènent 10 autres et ainsi de suite. Il s’avère parfois difficile pour ces personnes d’atteindre un niveau de lâcher-prise et de lenteur pour vivre des moments de tendresse, ou encore, d’atteindre l’orgasme. Cette pensée en arborescence peut compliquer de s’abandonner afin de se connecter avec les sensations de son corps en faisant abstraction des autres sources de stimulation. Pour certains, l’intensité des stimuli devra être très grande pour les amener à se connecter avec ces sensations; parfois, elles auront besoin de violence pour ressentir. D’autres devront s’intoxiquer volontairement pour forcer un lâcher-prise. En sommes, plus les personnes douées ont du mal à lâcher prise, plus elles ont tendance à avoir des troubles sexuels. La pratique de la méditation pleine conscience qui cultive l’instant présent sera un outil utile, tout comme le sport qui permet un meilleur état général de lâcher-prise. La créativité peut aussi s’avérer pratique pour explorer l’univers fantasmatique et favoriser la montée de l’excitation sexuelle via l’imaginaire érotique.

Pour d’autres, la sexualité impliquant largement le corps sera perçue comme indigne d’intérêt, car trop associée à une partie animale et archaïque de l’homme. Certaines personnes douées percevront qu’elles régressent lorsqu’elles se connectent à leur sexualité, ce qui n’est pas tout à fait faux, car les pulsions et fantasmes tirent leur origine de la partie la plus archaïque du cerveau. Pour ces personnes, l’exploration d’une sexualité plus spirituelle, tel le tantrisme, impliquant d’autres parties plus évoluées du cerveau est parfois une voie privilégiée.

Comorbidité
La comorbidité est le terme utilisé pour parler de deux situations qui se côtoient. Dans le cas des personnes douées, elles sont aussi très souvent hypersensibles; plusieurs de leurs sens sont très réactifs. Cette situation comporte des avantages et des inconvénients en ce qui a trait à la sexualité. Les situations peuvent parfois être perçues plus intenses lorsque les personnes arrivent à lâcher prise, donc accès à un plaisir décuplé. Pour d’autres, des caresses, odeurs ou sons seront carrément intolérables et les sensations sont perçues comme désagréables et agressantes.

N’hésitez pas à communiquer avec moi pour plus d’informations sur le sujet.

mercredi 17 octobre 2018

Comment parler des premières menstruations?

Pour beaucoup de parents, les premières menstruations sont le signe que leur fillette n’est plus une enfant. Mais est-ce vraiment le cas? Comment et quand parler des premières règles avec ses enfants? Et devons-nous en parler uniquement aux filles?

Statistiques
L’âge de la puberté survient en moyenne entre l’âge de 10 et 14 ans et ce processus peut durer de 3 à 5 ans. À ce sujet, les filles amorcent habituellement leur puberté plus rapidement que les garçons. Toutefois, on observe que la puberté est de plus en plus précoce et que des fillettes de 7 ou 8 ans peuvent amorcer ce processus (pilosité, seins). Plusieurs hypothèses sont avancées à ce sujet; contact avec des perturbateurs endocriniens, obésité, diabète. Par contre, même avec une puberté plus tôt, l’âge des règles reste habituellement autour de 12 ans et demi. Mais qui dit « moyenne » dit aussi que certaines petites filles auront leurs menstruations beaucoup plus tôt ou beaucoup plus tard.

Une femme?
Dans l’imaginaire collectif, les menstruations sont associées à « l’entrée dans la vie des femmes ». Mais est-ce réellement souhaitable de maintenir cette association avec une puberté survenant aussi tôt dans l’enfance? Probablement pas. Surtout que la « puberté psychologique » n’a jamais été aussi longue (adulescence jusqu’à 25 ans)! Mieux vaut parler du corps qui change et qui semble pressé de mettre la machine en marche pour se préparer à avoir des bébés. Mais de la même façon qu’il y a une voiture dans la cour et qu’ils ne s’en servent pas à 10 ans, ça peut être exactement la même chose pour leur utérus fonctionnel; il n’y a pas de presse, et ensemble, vous pourrez prendre le temps de regarder les choses une à la fois. Associer puberté-menstruation et vie adulte peut être traumatisant pour des enfants qui entrent dans la puberté de façon précoce et même chez plusieurs fillettes qui ne se sentent pas du tout prêtes (avec raison) à devenir des adultes.

Quand?
À partir de quand peut-on parler des menstruations aux enfants? Il ne pourra jamais être trop tôt. Il est possible que vos enfants aient vu des tampons, serviettes hygiéniques ou coupe menstruelle à la maison, au magasin ou ailleurs. Peut-être ont-elles-ils même joué avec ces objets dans des situations plus ou moins gênantes! Pas de souci. Avec des touts petits, vous pourrez leur dire que lorsqu’ils étaient dans le ventre de maman, ils étaient dans une petite maison pour les bébés. Qu’il n’y a pas toujours des bébés dans la maison, mais que la maison est toujours prête à recevoir des bébés. Et que lorsqu’il n’y a pas de bébé dans la maison, la petite maison se défait et se refait. Que les tampons, serviettes ou autres servent à ce que la petite maison ne salisse pas les vêtements. Plus votre enfant sera vieux-vielle, plus vous pourrez ajouter des détails en fonction de la curiosité de vos enfants.

Les garçons
Doit-on parler des menstruations en présence des garçons? Oui. Car il existe encore beaucoup de préjugés et de mythes en lien avec les menstruations et ces stéréotypes sont entre autres alimentés par la méconnaissance de ce qu’elles sont. Il serait pertinent que les garçons puissent entendre autre chose qu’ils doivent se tenir tranquille lorsque les filles « sont dans leur semaine ». Les systèmes hormonaux mâles et femelles sont complètement différents; maux vaut connaître les forces de chacun plutôt que de juger celui des filles comme un problème une partie du mois.

Et le sexe?
Parler des menstruations ne nécessite pas de parler d’une vie sexuelle active dans la même discussion. Une chose à la fois; c’est probablement votre malaise et votre peur qui vous amène à parler des deux en même temps. Soyez à l’écoute de vos enfants; vous pourrez y revenir lorsque vous sentirez son intérêt pour la sexualité s’éveiller.

***Texte originalement paru dans le journal "Le Canada Français"