mardi 19 juin 2018

Apprendre des techniques pour mieux séduire?


Vous êtes célibataire ou en couple et vous peinez à mettre de la magie dans vos relations avec la personne que vous désirez? Vous avez l’impression de ne pas être à la hauteur de cette personne séduisante qui réussit à charmer tout le monde? S'il y a un domaine où l'on peut parler d'art, c'est bien celui de la séduction. Comme dans tout art, il est possible d’apprendre, de peaufiner ses habiletés et de développer ses compétences. Toutefois, la séduction est loin de se limiter à un paquet de "p'tits trucs" à mettre en place un à la suite de l'autre pour arriver à un résultat précis.

J'ai souvent vu des personnes souhaiter faire appel à un coach en séduction pour "développer des techniques de charme". Les coachs, comme les thérapeutes, sont diversifiés et ils.elles ont des niveaux différents de compétences et d’habiletés. Certains pourraient vous proposer des avenues intéressantes à intégrer à votre personnalité pour mieux lire et mieux approcher les autres. Ces techniques peuvent toutefois comporter leur lot de limites si ces recettes « toutes faites » visent à vous apprendre à devenir une autre personne.

Il n’est pas dit que ces recettes sont inefficaces pour créer un contact. Peut-être que les techniques fonctionnent pour appâter l'être désiré.e. Mais que restera-t-il ensuite? Une fois le but atteint? Si les techniques apprises sont incohérentes avec votre personnalité, comment assurer un lien entre ces techniques et vous?

Gardez en tête que les techniques pourront vous aider. Mais si vous souhaitez éviter de vous retrouver à la case départ, car vos techniques ne vous ressemblent pas du tout, il sera nécessaire de faire coïncider votre attitude avec vos valeurs. L'art de la séduction, c'est l'art du savoir-être et du savoir-vivre. C'est l'art d'accepter de ne pas tout contrôler. C'est l'art d'accepter d'être déstabilisé par la situation, par l'autre, et ce, sans se sentir complètement submergé ou en danger. C’est l’art d’apprendre à prendre plaisir au déséquilibre. C'est l'art aussi de s'intéresser réellement à l'autre personne non pas pour ce qu'elle peut vous apporter, mais pour ce qu'elle est.

C’est votre attitude et votre intention qui départageront la séduction, le charme de la manipulation et de la prédation. Alors que la personne qui séduit cherche à jouer AVEC l’autre et tentera de garder un contexte égalitaire dans cette joute de charme, l’utilisation de la manipulation pour amener l'autre là où on souhaiterait que cette personne soit est plutôt du domaine de la prédation. Pour que la séduction reste un jeu, vous devriez toujours vous poser ces deux questions "Est-ce que je me sens ok?" et "Est-ce que l'autre personne se sent ok?". Si vous êtes capable de répondre oui à ces deux questions en même temps, amusez-vous! Si vous n'êtes pas en mesure de répondre oui pour le confort de l'autre personne, celle-ci pourrait très bien se sentir agressée et n'est certes pas en train de jouer au même jeu que vous.

La séduction est un jeu. Et comme pour tous les jeux, ce n'est pas tout le monde qui y prend plaisir. Et vous, comment prenez-vous plaisir à jouer? Trouver des réponses à cette question vous permettra de mettre un peu plus de vous dans votre façon de séduire pour que ce soit efficace et cohérent.

Bonne joute!

*** Ce texte est originalement paru dans le journal Le Canada Français

vendredi 15 juin 2018

Sexualité et état de conscience modifié


Si vous avez déjà eu une activité sexuelle qui vous a permis de ressentir une excitation rendant possible l’atteinte de l’orgasme, vous savez qu’à un certain moment, votre façon d’être change. Votre contact avec la réalité change. Cet état d’excitation sexuelle vous amène dans un état qui se dissipera quelques minutes après l’orgasme ou après la diminution de l’excitation. Et cet état est le fruit d’une modification observable dans le cerveau via des lectures en imagerie de résonnance magnétique obtenues en 2016.

Cet état de conscience modifié est un indicateur que la réponse sexuelle est pleinement déclenchée. Il s’agit de cet état ou les règles du jeu changent. Cet état ou, la personne morale et mature que vous êtes, que vous avez appris à être en société accepte de transgresser des règles qui ne le seraient pas durant un souper de famille. Cet état vous permet de prendre plaisir à mettre des objets dans votre bouche alors que ce n’est pas sensé, à vous salir et vous enduire, alors que ce n’est pas supposé, à prendre des positions qui vous rendent vulnérables, à vous dire des choses interdites. Cet état modifié vous permet de jouer avec les règles socialement établies, à les transgresser, un peu, et à en faire un divertissement. Pour plusieurs personnes, la transgression de ces règles une fois devenu.e.s adultes est difficile, voire impossible, ce qui rend l’accès à la sexualité érotique compliquée.

Cet état différent de la conscience est précisément celui qui inquiète beaucoup de personnes qui ont peu de désir sexuel ou qui ont du mal à atteindre l’orgasme. Si, au cours de vos activités sexuelles, vous réfléchissez à votre travail, à vos tâches, à ce que vous allez faire après l’activité sexuelle, c’est précisément que vous n’avez pas atteint cet état modifié de votre conscience créé par l’excitation sexuelle. Si vous utilisez un lubrifiant, car votre niveau d’excitation sexuelle ne permet pas une lubrification vaginale suffisante, observez d’abord si vous vous sentez pleinement dans cet instant sexuel, car il est possible que la lubrification ne soit pas réellement le problème.

Une récente étude scientifique sur le sujet de cet état modifié de la conscience est à l’image du problème de cet état. Les auteurs utilisent le terme « état altéré de conscience » qui, en soi, a une consonance morale négative qui réfère à quelque chose de « changé en mal ». Qu’est-ce qui fait que ce niveau de conscience différent, moins axé sur la sphère cognitive de l’intellect est jugé inférieur? Qu’est-ce qui fait que cette partie à l’intérieure de chaque être humain qui permet d’accéder à une forme de jeu différente est jugée comme « une forme altérée »?

Cet état de conscience n’est ni bon ni mauvais ni altéré. Il est. Il n’est pas utile de lui donner une connotation morale, mis à part si on souhaite regarder la sexualité avec un regard moral ou on présume qu’une grande excitation sexuelle survient « quand on est pas réellement nous-même ». Cet état met l’emphase sur d’autres priorités qui ne font pas de vous de bonnes ou de mauvaises personnes, y compris si cette excitation est incohérente avec des valeurs que vous avez lorsque vous n’êtes pas excité.e.s sexuellement.

Prenez le temps de vous accueillir dans votre incohérence. Le respect de soi ne passe pas par se voir comme « une bonne personne ». Le respect de soi est de s’accorder du respect avec ses imperfections et ses incohérences, dans la limite des frontières des autres qui nous entourent.

*Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français

samedi 9 juin 2018

Le Festivulve, ou célébrer la vulve en juin


Oui, oui. Vous avez bien lu; il s’agit bel et bien d’une proposition de célébrer les organes génitaux externes femelles durant 2 jours les 9 et 10 juin 2018. D’où vient cette idée? Le projet a été lancé par Mel Goyer, une jeune femme dynamique et passionnée qui a décidé, en 2016, de mettre plusieurs plates-formes web en place afin de pouvoir parler un peu plus des organes génitaux féminins. Depuis 2016, son projet initial, « le vagin connaisseur », a pris de l’ampleur; la vague #MoiAussi a eu lieu et Mel a eu envie de créer un événement qui permettrait de parler de la sexualité féminine autrement que par la lunette des violences que les femmes subissent dans leur sexualité. Elle a sollicité des personnes de divers horizon pour parler de sexualité féminine de façon positive et inspirante et est née la programmation du Festivulve qui s’échelonnera sur 2 jours.

Depuis l’annonce de l’événement, plusieurs moqueries ont circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. Certains ont rebaptisé l’événement pour le décrédibiliser, d’autres se sont à moitié outrés, prétextant que si le Festivulve existait, le « Carnaval de la graine » devrait être lancé. Mais ce que j’observe, ce que cet événement ne laisse pas les gens indifférents. Serait-ce parce que, justement, on parle très peu de sexualité féminine finalement? On la met en scène depuis la nuit des temps, principalement du point de vue des hommes hétérosexuels. Mais la sexualité féminine vue par les femmes, pour les femmes? Cette sexualité centrée sur le plaisir des femmes. Le plaisir érotique, oui, mais d’autres formes de plaisir sensuel? Regarder ce sexe et s’en émerveiller, en faire un sujet de projets artistiques, théâtraux, apprendre à réellement le connaître, y compris chez les personnes qui ne sont pas nées femmes et qui le sont devenues, ou pour ceux qui sont nées femmes, qui ont toujours une vulve, mais qui sont devenues homme. C’est le défi que souhaitait relever Mel Goyer.

Malgré la vocation à la fois éducative, ludique et populaire, beaucoup de commentaires dénigrants se disent au sujet de cet événement. Mais pourquoi? Parce que ça fait peur? Les femmes qui s’approprient leur corps font peur? On les préfère fragiles et vulnérables et une femme qui assume aller dans un événement qui porte le nom de Festivulve en repartant avec un moulage en plâtre de sa vulve sous le bras est jugée suspecte? C’est aussi ce qu’on disait des femmes qu’on appelait « sorcières »; elles étaient trop autonomes, avaient trop d’autodétermination et étaient trop autosuffisantes. Il était jugé préférable de les pendre que de prendre le risque qu’elles prennent le contrôle de leur vie et convainquent d’autres femmes d’en faire de même. Peut-être qu’en 2018, il serait possible de faire cheminer les perceptions qu’on a au sujet des femmes et de leur sexualité?

Peut-être que pour certain.e.s d’entrevous, repousser vos limites sera d’aller jeter un œil à cette programmation sur le site web de l’événement, dans le confort de votre foyer. Pour d’autres, ce sera de vous présenter à l’événement pour rencontrer les festivalier.ères, participer aux activités de formations, aux événements ludiques et artistiques. Je souhaite que pour vous tous, la tenue de cet événement vous amène à amorcer une réflexion personnelle sur votre perception du sexe féminin à l’extérieur de la pénétration vaginale.

Quand : Les 9 et 10 juin 2018
Ou : Loft hôtel, 334 Terrasse Saint-Denis, Montréal
Pour plus d’informations : festivulve.com

*** Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français

jeudi 15 mars 2018

Parler de désir avec ses jeunes enfants

Avez-vous déjà songé parler de désir avec vos enfants, y compris à vos touts petits? Comme adulte, lorsqu’on parle de désir, on a tendance à l’associer à la sexualité. Mais le désir fait partie de nos vies et il est loin d’être uniquement associé à l’érotisme.

Le désir, c’est cet élan qui amène un tout petit à prendre le jouet dans les mains de l’ami à côté de lui : il désirait le jouet. Le désir, c’est ce qui amène un enfant à demander s’il peut avoir un bonbon lorsqu’il vous accompagne à la caisse pour payer votre essence; il désire une sucrerie. Le désir, c’est lorsque la princesse voit le prince arriver et qu’elle nomme « je suis tombée amoureuse ».

Je prends le temps d’aborder cette question importante, car j’observe très régulièrement une confusion entre le désir et l’amour et cette confusion commence à s’installer dès la tendre enfance.

Reprenons l’exemple des histoires de princesses, de princes et de coup de foudre. À tout coup, ou presque, on nous présente le prince et la princesse qui tombèrent amoureux au premier regard. Ces scènes ne sont pas des scènes d’amour. Ce sont des scènes de désir. Les personnages se sont vus, ils ont été attirés un vers l’autre. À ce moment même, ils ne se connaissent pas. Ils n’ont aucune idée de qui est cette personne attractive. Les personnages peuvent être attirés par des caractéristiques physiques, la personnalité l’aura, le statut social, etc. Cette envie d’être proche de l’autre, de la toucher, de la connaître, de la faire rire, de passer du temps avec elle (beaucoup de temps avec elle); cette description est celle du désir. C’est formidable le désir! C’est cette capacité de rêvasser, d’imaginer des scénarios agréables de ce qu’on souhaite faire, être, construire. Mais le désir n’est pas de l’amour. Le désir parle de qui JE suis; de ce que j’aime et de ce que JE projette sur une autre personne, sur une chose, sur un pays, sur un travail, etc. Bref, c’est l’image idéalisée que je me fais d’une personne, d’un lieu ou d’une chose.

L’amour, c’est le sentiment qui émerge concernant une personne, une chose ou un lieu que je connais. J’aime quelque chose ou quelqu’un qui existe. Je suis capable de décrire pourquoi j’aime ces caractéristiques parce que je les connais. Quand j’aime, j’aime CETTE PERSONNE-LÀ. L’amour concerne l’autre personne alors que le désir parle de moi.

Donc non, on ne tombe pas amoureux ou amoureuse d’une personne inconnue. On la voit et un désir émerge. Avec le temps passé avec cette personne, peut-être que ce désir se transformera en sentiment amoureux. Mais pour le savoir, il faut prendre le temps de connaître cette personne-là, cette chose ou ce lieu.

Confondre le désir et l’amour fera naître de la frustration, car les personnes croiront que leurs désirs devraient devenir réels. Elles perdent de vue que c’était un souhait et non un droit. Cette perte de contact avec la réalité peut s’envenimer si la personne s’acharne à ce que ce désir devienne réel et se mette à utiliser des formes de violence.

Il est donc important d’aborder les distinctions entre l’amour et le désir dès l’enfance pour recadrer certaines situations qui surviennent dans leur quotidien. Désirer, c’est sain et ça fait déjà partie de leur vie. Mais avant de parler d’amour, il est important d’apprendre à connaître la personne. C’est ainsi qu’on verra si on a envie de continuer à être proche de cette personne ou non. Distinguer le désir de l’amour permettra aussi de proposer une vision plus réaliste des relations humaines et ne construira pas une vision erronée de la façon d’établir des relations saines avec une personne.

Texte originalement paru dans le Canada Français.

vendredi 2 mars 2018

Comment parlez-vous de votre sexualité?


Quels sont vos intérêts sexuels? Vos goûts? Vos désirs? Les caresses que vous aimez et celles qui vous irritent? Un des premiers défis que j’observe dans mon bureau est le défi que certaines personnes ont à identifier ce qui les anime, ou pas, dans la sexualité. « Ben, comme tout le monde, là. Normal. J’aime ça». Avez-vous remarqué ces mots fourre-tout? « Ça », « là », « normal ». J’en entends plusieurs autres aussi dans mon bureau comme « c’est correct » ou « ça va ».

J’attire votre attention sur ces mots fourre-tout, car ils semblent complets et illustrer une évidence qui, finalement, n’en est pas une. Comment la personne avec qui vous aurez des contacts sexuels peut saisir ce que vous aimez si, vous-même, vous avez du mal à les décrire? « J’aime ça ». D’accord. De quoi sommes-nous en train de parler? De « ça » l’endroit où tu es en train de me caresser? « Ça » la pression avec laquelle tu me fais une caresse? « Ça », le moment qu’on est en train de passer ensemble? L’ambiance? La chimie qu’il y a entre nous? Les mots que tu utilises en même temps? Il peut y avoir une foule de significations à ce « ça ».

L’objectif ici n’est pas de trouver le mot accepté par l’Office de la langue française qui illustre très précisément le terme « qu’il faudrait utiliser ». Vous pouvez utiliser vos mots, ceux qui ont du sens pour vous, vos images, votre jargon. L’important n’est pas de savoir si vous direz clitoris, bouton, clicli, rosette, bourgeon, point ou gland. L’important, c’est que vous utilisiez des mots qui ont le même sens pour vous et pour l’autre pour vous assurer que vous êtes en train de parler de la même chose.

Beaucoup de conflits et d’irritations dans ce qui se passe dans une dynamique sexuelle surviennent lorsque deux personnes perçoivent que ce qu’elles sont en train de dire est une évidence et ne se rendent pas compte que ce n’est pas vraiment clair finalement. Ces situations arrivent régulièrement lorsqu’on utilise ces mots fourre-tout qui veulent tout et rien dire à la fois.

« J’aime pas ça! Je lui ai dit plein de fois, pis il continue! » Et si on mettait des mots sur ce « ça ». Vous souhaitez lui dire quoi? Qu’est-ce qu’il y a dans ses gestes, son rythme, son approche, le contexte que vous n’aimez pas? Et lorsque vous dites que vous « n’aimez pas ça », vous faites allusion à quoi? Vous vous sentez agressée? Vous êtes gênée? Vous êtes dégoûtée? Vous avez de la douleur physique? Vous vous sentez humilié.e? Les ajustements ne seront pas les mêmes si vous dites que ça vous gêne lorsque votre partenaire vous embrasse dans le cou, parce que vous ne savez pas comment recevoir son désir sexuel ou si vous dites que vous vous sentez agressé.e lorsque votre partenaire vous embrasse dans le cou, parce qu’il-elle est rude et choisi des moments inappropriés à des rapprochements sexuels.

Si vous vivez des défis dans votre dynamique amoureuse ou sexuelle, prenez le temps de réfléchir à comment vous en parler à l’autre; moins vous serez précis.e.s, plus les risques d’interprétations, et de mauvaise interprétation, sont grands… Ce qui accentue aussi les risques de conflits. Bonne réflexion!

jeudi 1 mars 2018

J'ai peur; un pédophile rôde dans le quartier

« Fais attention, il y a des monsieurs pas fins qui se promènent dans le quartier. Ne parle pas aux inconnus! ». Parler de pédophilie avec ses enfants est un sujet délicat. Il est pertinent d'être prudent dans notre façon d'aborder la question avec nos enfants. Voici quelques suggestions pour guider les échanges avec eux.

D’une part, il n'est pas souhaitable de transmettre aux enfants la peur des inconnus. Les inconnu.e.s, ça peut aussi être la personne qui va aider si l’enfant se perd, s’il a peur, s’il a besoin de retrouver ses parents. Ce ne sont pas tous les inconnus qui sont des dangers. Le risque n’est donc pas de parler aux étrangers; c’est que l’enfant se rende dans un endroit sans que le parent ou l'adulte qui s'occupe de lui soit au courant. C’est vrai si la personne en question est connue ou inconnue. Parler avec un adulte dans le parc ou sur la rue, ce n'est pas un problème. C'est de suivre cette personne sans qu'un adulte soit au courant qui est un risque.

Bons ou mauvais?
On ne peut pas demander aux enfants de faire la distinction entre les "bons inconnus" et "les mauvais inconnus". Il sera plus aidant de décrire ce que vous attendez d’eux : « Si tu t’arrêtes ou que tu vas ailleurs qu’à la maison, je souhaite que tu m’avises avant, peu importe avec qui tu es. C’est moi ton parent, c’est moi qui suis responsable de toi. Je dois savoir où tu te trouves pour ta sécurité. » Cette règle devient universelle pour toutes les situations et ne nécessite pas d’entretenir la peur des pédophiles. Cette attitude devient un facteur de protection, car elle s’intègrera plus facilement si elle appliquée dans toutes les situations. Cette règle renforce aussi le sentiment de sécurité de l’enfant, car les adultes qui s’occupent de lui se préoccupent de sa sécurité.

Si vous jugez que votre enfant est trop petit pour évaluer une situation de dangerosité et pour prendre les mesures appropriées pour s’occuper de sa sécurité, il est préférable de ne pas le laisser seul dans un endroit qui comporte des risques. Trop souvent, c'est pour se décharger de leurs responsabilités que certains parents permettent aux enfants certaines latitudes; on ne peut remettre aux enfants la responsabilité de notre déresponsabilisation.

Comme parent, vous pouvez être inquiet.ète et il peut être sain de nommer aux enfants cette inquiétude. La ligne à ne pas franchir est d’éviter de leur faire porter la responsabilité de s'occuper de votre inquiétude. C'est un beau moment pour ouvrir l'échange, leur demander ce qu'ils ont entendu sur le sujet, comment ils vivent cette situation, ce qu'ils en comprennent et comment vous pouvez les aider.

Prévention
Voici quelques mesures qui peuvent être mises en place lorsqu’il y a un rôdeur dans le quartier : aller porter et chercher les enfants à l'école directement, discuter avec les autres parents pour faire du covoiturage, inscrire l'enfant au service de garde si vous ne souhaitez pas qu'ils se baladent seuls dans les rues, organiser, en collaboration avec les familles du quartier, des groupes de marche pour que les enfants se déplacent ensembles, discuter avec les enfants des moyens qui peuvent être mis en place s'ils ne se sentent pas en sécurité, réfléchir à la possibilité de devenir "Parent-Secours", de l'afficher, de le publiciser et d'encourager d'autres familles à faire de même pour augmenter le sentiment de sécurité dans le quartier. Je vous recommande aussi le livre de Jocelyne Robert : "Te laisse pas faire!". Ce livre aborde l'agression sexuelle, s’adresse en partie aux parents et certains segments sont lus avec les enfants. Bonne suite!

mercredi 28 février 2018

Quand le sexe n'est pas sexuel


Vous êtes-vous déjà demandé « À quoi sert le sexe dans ma vie? ». Il s’agit d’une question que j’adresse régulièrement aux personnes qui viennent me voir. Plusieurs sont étonnées de la question. Comme s’il s’agissait d’une évidence. « Ben… comme tout le monde là… Normal… », ce à quoi je réponds : « Dans mon bureau, ça ne signifie pas grand-chose être normal. Pouvez-vous me parler de comment ça se passe pour vous? ».

Ce serait faux de croire que la sexualité vise toujours un plaisir solitaire, en couple, en groupe ou une façon de célébrer la vie. La sexualité sert parfois aussi à combler d’autres besoins relationnels : une façon de se réconcilier, un moyen d’acheter la paix, un outil de marchandage, un mécanisme pour éviter les conflits. La sexualité sert parfois à combler son désir amoureux, cette envie d’être proche et de faire qu’un avec l’autre. Parfois, la sexualité sert à jouer, à explorer ses limites, à célébrer le corps en éveil érotique. La sexualité peut aussi viser à se couper de ses souffrances, à évacuer un stress, à diminuer les tensions ou à tenter de s’endormir.

Est-ce qu’il existe des mauvaises façons d’utiliser le sexe? Mis à part s’il sert à détruire les autres au sens propre comme au figuré, non. Certaines personnes vont utiliser le sexe pour plusieurs fonctions, en même temps ou une après l’autre. Quand les gens sont conscients des besoins qu’ils sont en train de combler et que les autres personnes impliquées savent aussi de quoi il est question et que tout le monde est d’accord, c’est parfait. Les défis arrivent lorsque les gens ne prennent pas conscience des besoins qu’ils sont en train d’essayer de combler. Et ces problèmes arrivent souvent lorsque les besoins à combler ne sont pas sexuels.

Les émotions et le sexe
Les sensations ressenties lors de la sexualité peuvent être très fortes. Les hormones relâchées dans le corps lors des relations sexuelles et de l’orgasme permettent de ressentir un grand plaisir et un relâchement des tensions. La sexualité peut alors agir comme une drogue et donner un « shoot » d’hormones rapide pour soulager les tensions et amener une sensation agréable. Le défi arrive lorsqu’une personne a un grand vide émotionnel et n’arrive pas à le remplir. Certaines personnes utilisent la sexualité pour remplir le trou en elle sans avoir trouvé des bouchons pour que cette sensation reste, sans avoir à chercher un nouveau « shoot » quelques instants plus tard. Les personnes ont alors le sentiment d’avoir « une grosse libido » alors que dans les faits, ce n’est pas une question de désir sexuel. C’est l’équivalent de manger quand on se sent triste, car le poids de la nourriture donne l’impression que l’émotion est moins grande. On se trompe sur ce qu’on est en train de remplir.

Un des indices que le sexe n’a pas de fonction sexuelle est si vous avez des contacts sexuels seul.e ou avec une autre personne dans le seul but de relâcher une tension le plus rapidement possible. Que vous n’avez pas de fantasme, pas d’images, pas de scénario. Ces situations présentent souvent le sexe comme une façon de diminuer une émotion qui prend trop de place : le stress, l’anxiété, l’ennui ou une sensation de vide intérieur.

S’il s‘agit d’une situation qui vous parle et que vous avez envie d’explorer ce qui se passe à l’intérieur de vous, communiquez avec moi ou avec un.e autre sexologue; nous regarderons ensemble comment la sexualité peut devenir un peu plus sexuelle.

**Article originalement diffusé dans le Journal le Canada Français