mercredi 17 octobre 2018

Comment parler des premières menstruations?

Pour beaucoup de parents, les premières menstruations sont le signe que leur fillette n’est plus une enfant. Mais est-ce vraiment le cas? Comment et quand parler des premières règles avec ses enfants? Et devons-nous en parler uniquement aux filles?

Statistiques
L’âge de la puberté survient en moyenne entre l’âge de 10 et 14 ans et ce processus peut durer de 3 à 5 ans. À ce sujet, les filles amorcent habituellement leur puberté plus rapidement que les garçons. Toutefois, on observe que la puberté est de plus en plus précoce et que des fillettes de 7 ou 8 ans peuvent amorcer ce processus (pilosité, seins). Plusieurs hypothèses sont avancées à ce sujet; contact avec des perturbateurs endocriniens, obésité, diabète. Par contre, même avec une puberté plus tôt, l’âge des règles reste habituellement autour de 12 ans et demi. Mais qui dit « moyenne » dit aussi que certaines petites filles auront leurs menstruations beaucoup plus tôt ou beaucoup plus tard.

Une femme?
Dans l’imaginaire collectif, les menstruations sont associées à « l’entrée dans la vie des femmes ». Mais est-ce réellement souhaitable de maintenir cette association avec une puberté survenant aussi tôt dans l’enfance? Probablement pas. Surtout que la « puberté psychologique » n’a jamais été aussi longue (adulescence jusqu’à 25 ans)! Mieux vaut parler du corps qui change et qui semble pressé de mettre la machine en marche pour se préparer à avoir des bébés. Mais de la même façon qu’il y a une voiture dans la cour et qu’ils ne s’en servent pas à 10 ans, ça peut être exactement la même chose pour leur utérus fonctionnel; il n’y a pas de presse, et ensemble, vous pourrez prendre le temps de regarder les choses une à la fois. Associer puberté-menstruation et vie adulte peut être traumatisant pour des enfants qui entrent dans la puberté de façon précoce et même chez plusieurs fillettes qui ne se sentent pas du tout prêtes (avec raison) à devenir des adultes.

Quand?
À partir de quand peut-on parler des menstruations aux enfants? Il ne pourra jamais être trop tôt. Il est possible que vos enfants aient vu des tampons, serviettes hygiéniques ou coupe menstruelle à la maison, au magasin ou ailleurs. Peut-être ont-elles-ils même joué avec ces objets dans des situations plus ou moins gênantes! Pas de souci. Avec des touts petits, vous pourrez leur dire que lorsqu’ils étaient dans le ventre de maman, ils étaient dans une petite maison pour les bébés. Qu’il n’y a pas toujours des bébés dans la maison, mais que la maison est toujours prête à recevoir des bébés. Et que lorsqu’il n’y a pas de bébé dans la maison, la petite maison se défait et se refait. Que les tampons, serviettes ou autres servent à ce que la petite maison ne salisse pas les vêtements. Plus votre enfant sera vieux-vielle, plus vous pourrez ajouter des détails en fonction de la curiosité de vos enfants.

Les garçons
Doit-on parler des menstruations en présence des garçons? Oui. Car il existe encore beaucoup de préjugés et de mythes en lien avec les menstruations et ces stéréotypes sont entre autres alimentés par la méconnaissance de ce qu’elles sont. Il serait pertinent que les garçons puissent entendre autre chose qu’ils doivent se tenir tranquille lorsque les filles « sont dans leur semaine ». Les systèmes hormonaux mâles et femelles sont complètement différents; maux vaut connaître les forces de chacun plutôt que de juger celui des filles comme un problème une partie du mois.

Et le sexe?
Parler des menstruations ne nécessite pas de parler d’une vie sexuelle active dans la même discussion. Une chose à la fois; c’est probablement votre malaise et votre peur qui vous amène à parler des deux en même temps. Soyez à l’écoute de vos enfants; vous pourrez y revenir lorsque vous sentirez son intérêt pour la sexualité s’éveiller.

***Texte originalement paru dans le journal "Le Canada Français"

mardi 18 septembre 2018

C’est de la violence? C’est une dynamique de violence?

S’il y a un tabou que je vois souvent dans mon bureau, c’est celui de la violence. Ce mot fait peur, fait mal et fait honte. En théorie, les gens sont contre la violence. Mais lorsque vient le temps de la définir, beaucoup sont prêts à la défendre, la justifier, la minimiser… surtout si cette violence fait référence à des comportements, des propos et des paroles qu’ils ou elles ont tenus.

Allié de la violence
La violence et la transgression de frontières sont des alliés. Moins une personne se connait, plus elle risque de subir et de produire de la violence, car elle connait mal ses limites. Il devient alors difficile de reconnaître que ses frontières ont été dépassées et si elles le sont depuis longtemps. Plus une personne se connait, plus elle sera en mesure de sentir que les limites de sa tolérance sont sur le point d’être dépassées, de prendre les dispositions nécessaires pour prendre soin d’elle et se protéger lorsqu’elle sentira qu’une autre personne est intrusive.

Tout le monde n’a pas le même rapport avec la violence. Selon leurs personnalités, les personnes qui connaissent mal leurs limites peuvent subir la violence des autres alors que d’autres deviendront violent.e.s pour tenter de protéger leur espace. Parallèlement, les personnes qui connaissent leurs frontières développent plus d’outils pour communiquer leurs limites aux autres et prendre soin d’elles quand la pression monte.

La violence dure
Comment se fait-il que la violence perdure dans une relation lorsqu’une personne connaît ses limites et les nomme à l’autre? Peut-être êtes-vous en relation avec une personne qui se connait mal et qui devient violente lorsque ses frontières sont transgressées. Dans ce premier cas, vous avez probablement un rôle à jouer dans cette dynamique, car la violence émerge lorsque vous transgressez des frontières. Rappelez-vous qu’une frontière sert aussi à protéger; si vous la dépassez, la personne de l’autre côté est probablement vulnérable et vous activez son sentiment de danger. Dans ces situations, il est important de rester à une saine distance pour garder le contact pacifique. Vous pouvez vous questionner sur ce qui fait que vous ne voyez pas ou que vous ne voulez pas voir les frontières des autres et que vous les transgressez.

Une autre possibilité, c’est que vous êtes en relation avec une personne qui ne veut pas voir vos frontières; si vous en mettez, elle donne un coup de pied dedans pour tenter de les faire disparaître. Ce type de relation est dangereuse pour vous. Surtout si vous tentez de maintenir une saine distance pour garder le contact pacifique et que l’autre ne cherche qu’à s’approcher pour abattre ces limites. Rappelez-vous que vous êtes important.e et que la sécurité psychique, affective et physique dans une relation est primordiale; abattre les limites de l’autre ce n’est pas de l’amour; c’est de la violence. Et ça devient une dynamique de violence lorsque l’autre tente de détruire systématiquement chaque balise que vous mettez en place.

Reconnaître?
Avoir la capacité de reconnaître la violence en soi nécessite de différencier qui l’on est de ce que l’on fait. Sans cette distinction primordiale, la personne se verra comme une mauvaise personne et pourra lutter contre cette image en niant sa violence. Pourtant, une personne n’est pas ses comportements; elle n’est pas bonne la journée ou elle fait du bénévolat et mauvaise la journée ou elle touche son-sa partenaire sans son consentement. Une personne est un tout complexe avec des côtés lumineux et des côtés sombres. Et chaque personne a le pouvoir de choisir quelle partie d’elle elle souhaite alimenter dans sa relation avec les autres. Mais vous ne pourrez jamais faire ce choix pour l’autre.

mercredi 5 septembre 2018

Connecter ou fusionner avec les autres?

Il y a deux semaines, je vous parlais de ce qu’était l’intimité, que ce soit dans les relations avec les autres ou dans la relation avec soi-même. Ce texte a amené plusieurs interrogations et demandes de clarification sur la façon d’être en relation. « Je les entends les mots que tu dis Sophie. Mais je suis pas trop sûr de comprendre concrètement comment on fait ça. Être proche sans être proche… Ça veut dire quoi? On fait ça comment être proche en étant loin? »

Tout d’abord, l’idée n’est pas d’être proches en étant loin, mais d’être proche en étant différents. Être proche sans être proche, c’est ce que j’appellerai ici la fusion. La fusion, c’est d’éviter ou de refuser de voir les différences qu’il y a dans les relations, de les voir comme une menace. Donc comme les différences sont une menace, les personnes dans ce type de relation portent leur regard uniquement sur ce qu’il y a de pareil. Ou encore, tentent de se convaincre que ces différences n’en sont pas vraiment et que ça revient à être pareil. Les conflits surviennent généralement lorsque les différences sont mises en lumière et qu’au moins une des personnes souhaiterait que cette différence disparaisse pour laisser place à l’uniformité.

La fusion est donc intimement liée à la peur de perdre les personnes significatives. Les personnes fusionnelles tenteront donc de mettre en place toutes sortes de stratégies pour mettre fin à cette peur qu’elles n’arrivent pas à tolérer : éviter certains sujets, nier une partie de soi, se soumettre, dominer l’autre, se sauver, éviter d’être dans des relations significatives, etc. Il n’est pas rare que le « désir sexuel » chez les couples fusionnels émerge à la suite d’une situation qui a remis en question la relation. Quel beau véhicule fusionnel que celui d’avoir des contacts sexuels, surtout des contacts sexuels avec pénétration, lorsqu’on a besoin de se sentir proche de quelqu’un.

Le défi pour les couples fusionnels est donc de maintenir le désir sexuel lorsque la relation est harmonieuse, s’ils n’ont pas développé d’autres contextes que la peur pour susciter leur désir érotique.

Un outil plus adapté et moins destructeur pour la qualité du lien dans la relation est d’apprendre à connecter plutôt qu’à fusionner. La connexion permet d’être avec l’autre, de partager du temps avec elle tout en tolérant une saine distance. Prenons l’exemple d’un repas entre ami.e.s pour illustrer cette idée : tout le monde partagera la même table, chacun pourra avoir amené un plat qu’il a lui-même cuisiné et les autres auront le loisir de choisi la quantité d’aliments à mettre dans leur assiette. Et vous remarquerez que malgré cette table partagée, tout le monde mange sur des chaises individuelles. Ni ces chaises individuelles ni les intérêts parfois différents pour les plats ne remettront en question la capacité des convives d’échanger pleinement.

Il en va de même au quotidien dans les relations. Les intérêts divergents, les différences et les opinions qui ne vont pas dans le même sens n’ont pas à être évincés. Certains sujets sensibles resteront toujours, mais le plaisir vient de l’échange, du temps passé ensemble, du processus… et des périodes ou les gens ne sont pas ensemble! Le désir sexuel émergera alors du plaisir de se retrouver, à la capacité de tolérer l’anxiété et même de s’exciter de cette anxiété qui survient lorsque des propositions sexuelles typiques ou nouvelles sont avancées. Un refus ne sera pas perçu comme un rejet, mais plutôt comme une limite de l’autre et la possibilité de trouver d’autres options de connecter.

***Texte originalement paru dans le journal Le Canada Français

lundi 3 septembre 2018

Suis-je dépendant.e affectif.ive?

Expérience de Harlow avec la mère fil de métal 
et la mère chiffon
Qu’est-ce que ça veut dire au final « la dépendance affective »? Cette expression n’est pas un diagnostic de trouble psychologique. Il s’agit plutôt d’une expression fourre-tout qui couvre un large spectre de défis relationnels que peut rencontrer une personne. Le problème, c’est que cette expression englobe tout et n’importe quoi de façon imprécise. Mais ce qui est central, ce sont les défis relationnels.

Trouble?
Il y a quelque chose de particulier dans cette expression, vous ne trouvez pas? 
« Dépendance affective ». Cette proposition sous-entend qu’on pourrait dépendre de l’affection qui signifie « attachement et tendresse ». L’expression signifie qu’il y a un problème lorsqu’une personne chercher à s’attacher aux gens tendrement. Ce serait l’équivalent de dire qu’une personne est dépendante à l’air de qualité. N’est-ce pas curieux?

L’affection, en soi, n’est pas néfaste. La recherche de liens tendres avec les autres est souhaitable. Il ne s’agit donc pas d’un problème d’affection, au contraire. Des études atroces à l’époque médiévale ont même démontré qu’en cas d’absence de contacts, les bébés mouraient. Harlow, un chercheur américain, a reproduit cette expérience cruelle sur des bébés singes dans les années 60. Il souhaitait savoir si les bébés singes, séparés de leur mère, iraient davantage vers la poupée en métal qui leur donnait de la nourriture ou vers la poupée en chiffon, pour être rassurés. Le résultat? Les bébés singes allaient vers la poupée en métal uniquement lorsqu’ils avaient besoin de manger et restaient avec la poupée chiffon le reste du temps. Cars ils avaient besoin d’un contact tendre pour être rassurés. Les impacts sur ces singes à l’âge adulte? Des décès prématurés, des difficultés à trouver un.e partenaire pour se reproduire, car ils n’arrivaient pas à créer des liens sainement, un manque d’intérêt pour trouver un.e partenaire et beaucoup moins de reproduction, car les femelles démontraient peu d’intérêt pour l’accouplement.

En gros, le problème, ce n’est pas le surplus d’affection ou la dépendance à l’affection. C’est une carence importante d’affection dans l’enfance qui a des conséquences désastreuses sur la capacité d’une personne à créer des liens sains dans le futur. Les personnes carencées ne connaissent pas ce que c’est un lien sain et tendre. Elles se lancent donc dans toutes sortes de relations, car elles ont besoin d’être rassurées. Elles n’ont pas eu ce sentiment d’apaisement intérieur dans leur enfance, leur système nerveux est constamment activé, elles sont agitées et ne savent pas comment s’apaiser. Et ces personnes diront : « Je n’ai manqué de rien quand j’étais enfant. J’avais un toit, je mangeais 3 fois par jour et j’avais des cadeaux à Noël. » Ces personnes avaient accès à une poupée métal qui les a nourries. Mais elles n’ont pas ou peu reçu d’affection.

Donc non, vous n’êtes pas dépendant.e.s affectif.ive.s. Vous vivez les séquelles de carences dans votre enfance. Et pour l’instant, vous ne savez pas comment combler ces carences. Et je suis sincèrement et profondément désolée pour vous. Cessez de vous taper sur la tête et de croire que vous êtes le problème. Vous avez des défis importants pour combler vos besoins de base. Mais ce n’est pas vous le problème. N’hésitez pas à aller chercher de l’aide; vous en valez la peine.

***Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français

mardi 19 juin 2018

Apprendre des techniques pour mieux séduire?


Vous êtes célibataire ou en couple et vous peinez à mettre de la magie dans vos relations avec la personne que vous désirez? Vous avez l’impression de ne pas être à la hauteur de cette personne séduisante qui réussit à charmer tout le monde? S'il y a un domaine où l'on peut parler d'art, c'est bien celui de la séduction. Comme dans tout art, il est possible d’apprendre, de peaufiner ses habiletés et de développer ses compétences. Toutefois, la séduction est loin de se limiter à un paquet de "p'tits trucs" à mettre en place un à la suite de l'autre pour arriver à un résultat précis.

J'ai souvent vu des personnes souhaiter faire appel à un coach en séduction pour "développer des techniques de charme". Les coachs, comme les thérapeutes, sont diversifiés et ils.elles ont des niveaux différents de compétences et d’habiletés. Certains pourraient vous proposer des avenues intéressantes à intégrer à votre personnalité pour mieux lire et mieux approcher les autres. Ces techniques peuvent toutefois comporter leur lot de limites si ces recettes « toutes faites » visent à vous apprendre à devenir une autre personne.

Il n’est pas dit que ces recettes sont inefficaces pour créer un contact. Peut-être que les techniques fonctionnent pour attirer l'être désiré.e. Mais que restera-t-il ensuite? Une fois le but atteint? Si les techniques apprises sont incohérentes avec votre personnalité, comment assurer un lien entre ces techniques et vous?

Gardez en tête que les techniques pourront vous aider. Mais si vous souhaitez éviter de vous retrouver à la case départ, car vos techniques ne vous ressemblent pas du tout, il sera nécessaire de faire coïncider votre attitude avec vos valeurs. L'art de la séduction, c'est l'art du savoir-être et du savoir-vivre. C'est l'art d'accepter de ne pas tout contrôler. C'est l'art d'accepter d'être déstabilisé par la situation, par l'autre, et ce, sans se sentir complètement submergé ou en danger. C’est l’art d’apprendre à prendre plaisir au déséquilibre. C'est l'art aussi de s'intéresser réellement à l'autre personne non pas pour ce qu'elle peut vous apporter, mais pour ce qu'elle est.

C’est votre attitude et votre intention qui départageront la séduction, le charme de la manipulation et de la prédation. Alors que la personne qui séduit cherche à jouer AVEC l’autre et tentera de garder un contexte égalitaire dans cette joute de charme, l’utilisation de la manipulation pour amener l'autre là où on souhaiterait que cette personne soit est plutôt du domaine de la prédation. Pour que la séduction reste un jeu, vous devriez toujours vous poser ces deux questions "Est-ce que je me sens ok?" et "Est-ce que l'autre personne se sent ok?". Si vous êtes capable de répondre oui à ces deux questions en même temps, amusez-vous! Si vous n'êtes pas en mesure de répondre oui pour le confort de l'autre personne, celle-ci pourrait très bien se sentir agressée et n'est certes pas en train de jouer au même jeu que vous.

La séduction est un jeu. Et comme pour tous les jeux, ce n'est pas tout le monde qui y prend plaisir. Et vous, comment prenez-vous plaisir à jouer? Trouver des réponses à cette question vous permettra de mettre un peu plus de vous dans votre façon de séduire pour que ce soit efficace et cohérent.

Bonne joute!

*** Ce texte est originalement paru dans le journal Le Canada Français

vendredi 15 juin 2018

Sexualité et état de conscience modifié


Si vous avez déjà eu une activité sexuelle qui vous a permis de ressentir une excitation rendant possible l’atteinte de l’orgasme, vous savez qu’à un certain moment, votre façon d’être change. Votre contact avec la réalité change. Cet état d’excitation sexuelle vous amène dans un état qui se dissipera quelques minutes après l’orgasme ou après la diminution de l’excitation. Et cet état est le fruit d’une modification observable dans le cerveau via des lectures en imagerie de résonnance magnétique obtenues en 2016.

Cet état de conscience modifié est un indicateur que la réponse sexuelle est pleinement déclenchée. Il s’agit de cet état ou les règles du jeu changent. Cet état ou, la personne morale et mature que vous êtes, que vous avez appris à être en société accepte de transgresser des règles qui ne le seraient pas durant un souper de famille. Cet état vous permet de prendre plaisir à mettre des objets dans votre bouche alors que ce n’est pas sensé, à vous salir et vous enduire, alors que ce n’est pas supposé, à prendre des positions qui vous rendent vulnérables, à vous dire des choses interdites. Cet état modifié vous permet de jouer avec les règles socialement établies, à les transgresser, un peu, et à en faire un divertissement. Pour plusieurs personnes, la transgression de ces règles une fois devenu.e.s adultes est difficile, voire impossible, ce qui rend l’accès à la sexualité érotique compliquée.

Cet état différent de la conscience est précisément celui qui inquiète beaucoup de personnes qui ont peu de désir sexuel ou qui ont du mal à atteindre l’orgasme. Si, au cours de vos activités sexuelles, vous réfléchissez à votre travail, à vos tâches, à ce que vous allez faire après l’activité sexuelle, c’est précisément que vous n’avez pas atteint cet état modifié de votre conscience créé par l’excitation sexuelle. Si vous utilisez un lubrifiant, car votre niveau d’excitation sexuelle ne permet pas une lubrification vaginale suffisante, observez d’abord si vous vous sentez pleinement dans cet instant sexuel, car il est possible que la lubrification ne soit pas réellement le problème.

Une récente étude scientifique sur le sujet de cet état modifié de la conscience est à l’image du problème de cet état. Les auteurs utilisent le terme « état altéré de conscience » qui, en soi, a une consonance morale négative qui réfère à quelque chose de « changé en mal ». Qu’est-ce qui fait que ce niveau de conscience différent, moins axé sur la sphère cognitive de l’intellect est jugé inférieur? Qu’est-ce qui fait que cette partie à l’intérieure de chaque être humain qui permet d’accéder à une forme de jeu différente est jugée comme « une forme altérée »?

Cet état de conscience n’est ni bon ni mauvais ni altéré. Il est. Il n’est pas utile de lui donner une connotation morale, mis à part si on souhaite regarder la sexualité avec un regard moral ou on présume qu’une grande excitation sexuelle survient « quand on est pas réellement nous-même ». Cet état met l’emphase sur d’autres priorités qui ne font pas de vous de bonnes ou de mauvaises personnes, y compris si cette excitation est incohérente avec des valeurs que vous avez lorsque vous n’êtes pas excité.e.s sexuellement.

Prenez le temps de vous accueillir dans votre incohérence. Le respect de soi ne passe pas par se voir comme « une bonne personne ». Le respect de soi est de s’accorder du respect avec ses imperfections et ses incohérences, dans la limite des frontières des autres qui nous entourent.

*Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français

samedi 9 juin 2018

Le Festivulve, ou célébrer la vulve en juin


Oui, oui. Vous avez bien lu; il s’agit bel et bien d’une proposition de célébrer les organes génitaux externes femelles durant 2 jours les 9 et 10 juin 2018. D’où vient cette idée? Le projet a été lancé par Mel Goyer, une jeune femme dynamique et passionnée qui a décidé, en 2016, de mettre plusieurs plates-formes web en place afin de pouvoir parler un peu plus des organes génitaux féminins. Depuis 2016, son projet initial, « le vagin connaisseur », a pris de l’ampleur; la vague #MoiAussi a eu lieu et Mel a eu envie de créer un événement qui permettrait de parler de la sexualité féminine autrement que par la lunette des violences que les femmes subissent dans leur sexualité. Elle a sollicité des personnes de divers horizon pour parler de sexualité féminine de façon positive et inspirante et est née la programmation du Festivulve qui s’échelonnera sur 2 jours.

Depuis l’annonce de l’événement, plusieurs moqueries ont circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. Certains ont rebaptisé l’événement pour le décrédibiliser, d’autres se sont à moitié outrés, prétextant que si le Festivulve existait, le « Carnaval de la graine » devrait être lancé. Mais ce que j’observe, ce que cet événement ne laisse pas les gens indifférents. Serait-ce parce que, justement, on parle très peu de sexualité féminine finalement? On la met en scène depuis la nuit des temps, principalement du point de vue des hommes hétérosexuels. Mais la sexualité féminine vue par les femmes, pour les femmes? Cette sexualité centrée sur le plaisir des femmes. Le plaisir érotique, oui, mais d’autres formes de plaisir sensuel? Regarder ce sexe et s’en émerveiller, en faire un sujet de projets artistiques, théâtraux, apprendre à réellement le connaître, y compris chez les personnes qui ne sont pas nées femmes et qui le sont devenues, ou pour ceux qui sont nées femmes, qui ont toujours une vulve, mais qui sont devenues homme. C’est le défi que souhaitait relever Mel Goyer.

Malgré la vocation à la fois éducative, ludique et populaire, beaucoup de commentaires dénigrants se disent au sujet de cet événement. Mais pourquoi? Parce que ça fait peur? Les femmes qui s’approprient leur corps font peur? On les préfère fragiles et vulnérables et une femme qui assume aller dans un événement qui porte le nom de Festivulve en repartant avec un moulage en plâtre de sa vulve sous le bras est jugée suspecte? C’est aussi ce qu’on disait des femmes qu’on appelait « sorcières »; elles étaient trop autonomes, avaient trop d’autodétermination et étaient trop autosuffisantes. Il était jugé préférable de les pendre que de prendre le risque qu’elles prennent le contrôle de leur vie et convainquent d’autres femmes d’en faire de même. Peut-être qu’en 2018, il serait possible de faire cheminer les perceptions qu’on a au sujet des femmes et de leur sexualité?

Peut-être que pour certain.e.s d’entrevous, repousser vos limites sera d’aller jeter un œil à cette programmation sur le site web de l’événement, dans le confort de votre foyer. Pour d’autres, ce sera de vous présenter à l’événement pour rencontrer les festivalier.ères, participer aux activités de formations, aux événements ludiques et artistiques. Je souhaite que pour vous tous, la tenue de cet événement vous amène à amorcer une réflexion personnelle sur votre perception du sexe féminin à l’extérieur de la pénétration vaginale.

Quand : Les 9 et 10 juin 2018
Ou : Loft hôtel, 334 Terrasse Saint-Denis, Montréal
Pour plus d’informations : festivulve.com

*** Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français