jeudi 4 février 2010

Une sexologue sera engagée à la CSDM


Plusieurs médias ont repris cette nouvelle hier: "La commission scolaire de Montréal engagera une sexologue, à la demande d'élèves qui ont fait des pressions auprès de la direction".

En effet, des élèves, qui en avaient mare que la sexualité soit uniquement une compétence transversale enseignée par tout le monde et personne à la fois, ont demandés à la commission scolaire d'engager des sexologues qui pourraient répondre à leurs interrogations à propos de la sexualité. Les instances décisionnelles de la CSDM ont donc voté pour embaucher une sexologue pour accompagner les enseignants dans leurs tâches. Bravo?

J'attire votre attention sur un élément: une sexologue. Pour la commission scolaire. De la grande région de Montréal. Au complet

Comment une personne peut encadrer tous les enseignants de la commission scolaire de Montréal? Une sexologue qui créera un outil pour des enseignants qui ne veulent pas enseigner l'éducation à la sexualité? Est-ce qu'une boîte à outils peut insuffler le sentiment d'aisance pour aborder la sexualité? Je ne suis pas certaine. C'est insultant pour la profession; ça donne l'impression que le métier de sexologue peut s'apprendre dans une boîte à outils à lire en 3 étapes. 

Je suis désolée d'être pessimiste, mais ce n'est pas une sexologue qui va changer la face du monde. On a beau être des personnes compétentes, on doit nous donner les outils et surtout les effectifs pour donner des résultats concrets. C'est une sexologue par école qu'il faut; pas une seule par commission scolaire!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

**Ajout: en 2016, aucune sexologue n'avait été engagée par la CSDM, Décevant...

6 commentaires:

Anonyme a dit…

C'est sûrement trop peu, mais il faut un début à tout: la première devra monter un dossier sur les besoins des élèves et des professeurs. "Petit train va loin" comme on dit. Il faut voir le côté positif et se servir de cette ouverture comme levier pour faire progresser le dossier du besoin de sexologue en milieu scolaire.

jeanthibca a dit…

Pis après, on se demande pourquoi les jeunes (et moins jeunes..) se fient sur n'importe quelle source d'information pour prendre leur décision!

Dans le fond, ton blog devrait devenir une lecture obligatoire à la csdm.

Sophie sexologue a dit…

@ Jean: lol, merci du compliment.

@ Anonyme: Je comprends votre point. Je sais que mon analyse est pessimiste, mais vous souvenez-vous du cours de FPS? La portion sexualité a été construite par une sexologue et des sexologues devaient être engagés pour donner le cours, mais ça n'a jamais eu lieu. Des cours étaient donnés au BAC en sexo pour que les sexologues puissent enseigner dans les écoles, mais pour des raisons syndicales et sociales, les cours ont été associés aux cours de religions et morale et enseignés par les mêmes profs.

De plus, il existe déjà des programmes et des documents, notamment le document "l'enseignement de l'éducation à la sexualité dans le contexte de la réforme scolaire"; les enseignants ne l'utilisent pas, parce qu'ils NE VEULENT PAS enseigner l'éducation à la sexualité.

Une sexologue sera engagée pour coacher les profs, pas pour répondre aux élèves.
À mon sens, le besoin réside plus dans l'embauche de sexologues qui seraient en contacts avec les étudiants que dans l'embauche d'une sexologue pour créer des outils. Comment démontra-t-on le besoin d'avoir plus de sexologues dans les écoles si ceux-ci (que dis-je: celle-ci!), ne sera pas en contact avec les jeunes?

Parce qu'on a bien beau être optimiste, cette personne n'aura jamais le temps d'aller dans les écoles pour être en contact avec les jeunes.

Anonyme a dit…

Allo Sophie,

je suis tout à fait d'accord avec ton dernier point. Pour ma part, je suis infirmier et même si les infirmières ont des CONNAISSANCES leur permettant de discuter de sexualité avec leur patient (et croyez moi, ils en ont besoin pas mal plus souvent qu'on pense) elle CHOISISSENT (pour différentes raisons) de ne pas le faire.

La littérature scientifique à ce sujet est incomplète, mais il semblerait que le fait de posséder des connaissances sur le sujet soit un très faible prédicteur du comportement (de parler de la sexualité) chez les infirmières.

J'imagine que pour les professeurs, c'est pas mal pareil. Donc on peut croire que malgré toutes les formations qu'on pourrait dispenser aux profs (même s'ils sont dipensés et supervisés par des sexologues dûment formés), ceux-ci n'aborderont pas la sexualité avec les élèves.

Encore là les études sont incomplètes, mais il semblerait que les infirmières aient besoin de connaissances sur la sexualité, mais d'aussi de moment de réflexion pour réfléchir sur la sexualité, de formation en relation d'aide, de compétence de communication, d'activités permettant de travailler l'ouverture d'esprit, la tolérance envers la différence, etc.

Si on fait le parallèle avec les professeurs, aussi bien dire qu'il serait bien plus rapide et efficace de former des sexologues (et de les embaucher!) plutôt que d'investir dans le projet actuel. En effet, il semblerait que ça soit beaucoup trop peu pour faire une différence. Selon moi, le risque de cette stratégies est d'arriver dans quelques années et de dire: "vous voyez, on a embauché une sexologue et rien n'a changé...congédions-la".

bye

jérôme

Anonyme a dit…

La sexualité est encore un grand tabou.

À l'exception des sexologues, tout le monde a de la difficulté à parler de sexualité: les enseignants, les médecins, les parents, les infirmières.etc.

On a besoin de sexologues et ça urge!

Sophie sexologue a dit…

@ Jérôme: Je suis tout à fait d'accord avec ta projection! C'est exactement pour ça que je suis pessimiste! ;-)