samedi 26 juin 2010

Plaisir et agression sexuelle?


Je suis tout à fait consciente que certaines personnes sont déjà dans les rideaux du 10e étage depuis qu’elles ont lu mon titre. Avant de devoir respirer dans un sac en papier brun, je vous invite à lire le texte au complet pour éviter tout malentendu ;-)

Je viens de lire un petit livre qui a pour titre « le plaisir honteux » qui aborde un phénomène ultra tabou : celui des victimes d’agression sexuelle qui vivent de l’excitation sexuelle et du plaisir lors de leur agression. Pour mieux comprendre la façon dont « plaisir sexuel » et « agression sexuelle" peuvent se retrouver dans la même phrase, il est important de comprendre le phénomène de l’excitation sexuelle.

Il faut savoir qu’il existe deux façons de déclencher l’excitation sexuelle :

La première façon réside dans la stimulation de notre cerveau. Comment? En pensant à des choses excitantes, en fantasmant, en regardant des images qui répondent à nos codes érotiques, en entendant des sons, en sentant des odeurs qui éveillent notre excitation sexuel. Par la seule force de notre cerveau, il est possible d’atteindre l’orgasme sans même avoir touché notre corps. Le meilleur exemple de cette situation est les rêves érotiques qui nous permettent d'atteindre l’orgasme durant notre sommeil.

La deuxième façon consiste à stimuler physiquement son corps. Cette stimulation peut aller d’un frôlement à une pression soutenue d’une partie de notre corps qui enclenche le processus d’excitation sexuelle. Plus particulièrement, une personne qui n’aurait aucune pensée excitante pourrait se mettre à se masturber et son corps répondrait, c’est-à-dire qu’un homme pourrait obtenir une érection et une femme se mettrait à lubrifier. Une fois le processus de l’excitation sexuelle enclenché, il est alors possible de passer par toutes les phases de la réponse sexuelle (excitation, plateau, orgasme, résolution) et donc, d’atteindre l’orgasme. On pourrait comparer ce phénomène à celui d’une personne qui se fait chatouiller; même si une personne ne souhaite pas se faire chatouiller, elle rie. De plus, il est très difficile de cesser de rire ou d’éprouver les sensations de chatouillement tant que l’autre personne ne cessera pas de nous chatouiller. Ces deux processus sont des réponses réflexes de notre corps, tout comme notre jambe qui se soulève lorsque le médecin nous donne un coup de marteau sur le genou.

Dans la plupart des relations sexuelles désirées, on trouve ces deux modes d’excitation conjointement, mais il faut savoir qu’il n’est pas nécessaire que les deux soient là pour que notre corps ait une sensation de plaisir sexuel.

Maintenant que j’ai défini le mécanisme de l’excitation sexuelle, il sera plus facile d’expliquer comment une personne pourrait éprouver du plaisir lors d’une agression sexuelle. Si une personne agresse sexuellement une autre personne en stimulant ses organes génitaux, ceux-ci pourraient répondre à la stimulation et entrer dans la phase de l’excitation sexuelle. Qu’une personne soit excitée sexuellement ne signifie absolument pas que ces touchers soient désirés ni qu’elle y consent. D’ailleurs, que cette personne soit enfant, adolescent.e ou adulte ne fait aucune différence; une stimulation sexuelle peut, peu importe l’âge, déclenche le processus de l’excitation sexuelle.

Cette réalité est taboue. Extrêmement taboue. Tellement taboue que plusieurs victimes d’agression sexuelle croient que si leur corps a réagi à des caresses non désirées pendant une agression sexuelle, il ne s’agit pas réellement d’une agression sexuelle. D’autres croient que si elles ont éprouvé du plaisir, cette agression est survenue par leur faute et qu’elles en sont responsables. En général, les personnes qui ont éprouvé du plaisir sexuel lors de l’agression sexuelle considèrent que leur corps les a trahi et elles croient qu’elles ne peuvent pas dénoncer leur agression, car elles y ont participé…

Ce phénomène de plaisir-déplaisir amène les victimes d’agression sexuelle dans un état de détresse psychologique très important. On sait aussi que ces victimes dénoncent moins leurs agressions et refusent de briser le silence. En sachant que plus le moment entre l’agression sexuelle et le dévoilement de l’agression est long, plus les impacts seront importants, on ne peut que comprendre que ces victimes vivent de nombreux impacts à la suite de leur agression.

Je souhaitais aborder ce phénomène tabou aujourd’hui parce que je crois qu’il est important que les victimes d’agression sexuelle qui ont éprouvé du plaisir sexuel lors de leur agression cessent de se culpabiliser. Je souhaite qu’elles puissent lire ici que ce phénomène est un réflexe et qu’en rien cette agression n’est leur faute. Et comme les statistiques démontrent qu'une femme sur trois et un homme sur six seront victimes d'agression sexuelle au cours de leur vie, cette information pourrait être importante pour une bonne partie des lecteur.trice.s de ce blogue.

Pour les personnes qui aimeraient en apprendre davantage sur ce phénomène, je vous invite à lire « le plaisir honteux » aux éditions du remue-ménage ou à visionner le documentaire du même nom produit par l'ONF.

Bonne réflexion!

Sophie Morin, sexologue-Consultante

4 commentaires:

Une femme libre a dit…

J'ai regardé une émission d'Oprah il y a environ deux semaines où elle interviewait 5 ou 6 agresseurs sexuels. Assez incroyable comme émission. Ayant été victime elle-même, elle a beaucoup insisté sur cet aspect du plaisir. En effet, certains agresseurs diminuaient leur faute en disant que la victime était consentante vu qu'elle avait eu du plaisir (même quand elle avait cinq ans!), elle leur a remis les idées en place!

Mr-Pink a dit…

Une amie qui est sexologue m'avait parlé de ce phénomène, elle avait étudié les viols d'hommes, et elle m'avait dit que des hommes qui se faisaisent violer par sodomie avaient parfois des érections. Cela ajoutait beaucoup à leur sentiment de honte et ils se sentaient coupable après.

Sophie sexologue a dit…

@ une femme libre: oui, des personnes qui ont commis des agressions sexuelles tentent souvent de se déculpabiliser de cette façon. La thérapie vise majoritairement la responsabilisation. Les personne qui refuse de se responsabiliser sont souvent plus à risque de récidive.
@ Mr-Pink: oui c'est vrai. Il est plus facile de voir qu'un homme est excité et la personne qui l'agresse peut jouer là dessus pour la culpabiliser.
Par contre, on retrouve aussi beaucoup de témoignage de femmes (en fait plus de témoignages de femmes); comme elles représentent la majorité des victimes, ce n'est pas étonnant...

Anonyme a dit…

Une inces-tuée a dit:

Oh merci Sophie pour cet article. Je n'arrive pas à accepter d'avoir eu du plaisir lors des caresses(pas à la pénétration) faites par mes 2 frères quand j'étais adolescente.

Je suis belge et j'aimerai faire une thérapie par une victimologue ou une psy spécialisée dans l'inceste(j'ai déjà fait une thérapie pendant 10 ans).
Que penses-tu de ma démarche ?