vendredi 16 juillet 2010

La violence conjugale enseignée aux enfants

Il importe de connaître l'histoire et de savoir d'où on vient; qu'est-ce qui a construit notre société, notre culture et nos valeurs, etc. Mais on ne se le cachera pas, certains éléments qui font partie de l'histoire sont peu reluisants.

Jusqu'où doit-on aller pour transmettre l'héritage culturel? Devrions-nous mettre certaines limites? Devrions-nous laisser de côté certains éléments qui ont fait partie de l'enfance de nos parents et nos grands-parents, parce que nous prenons conscience de leur barbarie?

Lorsque je travaillais dans les camps de vacances, une amie s'était insurgée qu'on chante "j'ai ramené du fond du Zimbabwe" qui avait un caractère raciste et xénophobe et souhaitait que nous cessions de la chanter; avait-elle raison de faire une telle demande?

Aujourd'hui, je viens d'être confrontée à une comptine pour enfant qui banalise la violence conjugale, et ce, très ouvertement. Une compagnie l'a même endisquée et en a fait une comptine illustrée et animée. La voici:


Croyez-vous que, sous prétexte qu'une chanson fait partie de l'héritage culturel (l'héritage culturel français si j'ai bien compris), nous devrions continuer de la chanter à nos enfants? Devrions-nous faire pression sur les compagnies de disque et les éditeurs de livres pour enfants pour leur rappeler leur rôle social?

9 commentaires:

annearchet a dit…

Dans le petit poucet, les parents victimes de famine veulent perdre leur enfant dans les bois. Et le père ogre mange ses filles. Dans Blanche Neige, la laideur est la pire chose qui puisse arriver à une femme. Dans Hansel et Gretel, on parle de cannibalisme.

Ne pas exposer ses enfants à ce qu'est le sexisme et l'horreur en général, c'est manquer une occasion de leur apprendre ce qu'est le sexisme et comment lutter contre l'horreur.

À propos, vous connaissez «Souvenirs d'un vieillard», extrait de la Bonne chanson de l'abbé Gadbois? En 2010, ça passerait presque pour de la pédophilie:

«Dernier amour de ma vieillesse,
Venez à moi petits enfants.
Je veux de vous une caresse,
Pour oublier, pour oublier mes cheveux blancs.»

Sophie sexologue a dit…

@ annearchet: je comprends votre point. En même temps, je me questionne à savoir s'il s'agit de la même chose... Lire une histoire à un enfant, c'est un moment pour discuter des valeurs et de différentes choses avec un enfant. Est-ce que les parents ont le même réflexe après avoir chanté une chanson? Je ne crois pas...

De plus, dans les contes cités, les comportements méchants sont associés aux méchants (notion simpliste du bien et du mal, mais quand même).

Dans la comptine, on présente cette violence comme de "juste ce qu'il faut"; est-ce la même chose? Il me semble que non...

Mr-Pink a dit…

D'accord avec Annearchet.

En plus, es comportements méchants dans les contes ne sont pas associés qu'aux méchants, après-tout, Hansel et Gretel poussent la sorcière dans son four et la font brûler vive.

Mais bon, je comprend pas la morale de la chanson vraiment. Que même les hommes qui semblent si droit et si justes font des choses pas correctes comme battre leurs femmes?

Les enfants sont pas mal plus capable de faire la part des choses qu'on le pense quand on leur en laisse la possibilité.

Et Sophie Sexologue, je pense qu'anyways, la vaste majorité des parents ne lisent même pas d'histoire à leurs enfants, c'est Disney qui leur raconte à la tévé...

Sophie sexologue a dit…

@Mr-Pink: Je ne crois pas que les auteurs de la comptine croient que battre sa femme est une mauvaise chose. Ça dit: "sa petite femme il battait, il battait si juste, qu'il n'y avait rien de plus juste". Je vois mal comment on peut comprendre que les auteurs ont voulu dire autre chose qu'il existe de bonnes raisons et de justes raisons de battre sa femme...

Une femme libre a dit…

Ma mère me chantait cette chanson, une vieille chanson du folklore français, il y avait aussi celle du petit cordonnier qui voulait aller danser. La réalité, c'est que dans le passé, battre sa femme et ses enfants faisaient partie de la vie, sans qu'on y trouve à redire. On ne peut pas nier ce qui fût une réalité.

Il y a aussi une version de la chanson où les gendarmes viennent arrêter le cordonnier parce qu'il a battu sa femme et il se retrouve en prison.

Sophie sexologue a dit…

@ Unefemmelibre: intéressant d'apprendre qu'il existe plusieurs versions de cette chanson, dont certaines avec un sens de la morale un peu moins questionnant! :-)

Je comprends tout à fait que le contexte était différent il y a plusieurs années. Mon questionnement est de savoir si on doit maintenir cet héritage culturel en connaissant aujourd'hui tous les impacts de la violence conjugale.

Vous qui avez grandi avec cette chanson, l'avez-vous chanté à vos enfants et petits-enfants?

Une femme libre a dit…

On doit certainement maintenir un héritage culturel, c'est important. Que diriez-vous des chansons sexistes où on dit que les filles servent à balayer la maison ou du chaton battu à mort dans la Margot de Brassens? (bon, cette dernière chanson n'est pas pour les enfants, je vous l'accorde!)

Pas trop certaine d'avoir chanté le petit cordonnier, celui-là qui battait sa femme à mes enfants, mais je l'ai peut-être bien fait. Nul doute que je leur ai alors expliqué les circonstances historiques et l'évidence que les temps ont bien changé (bien que, fort malheureusement, la violence conjugale existe toujours et ce n'est certainement pas à cause d'une innocente vieille chanson!)

Future Prof a dit…

Je suis d'avis qu'il faut continuer à partager ce bagage, en spécifiant le contexte et que ce comportement est maintenant innaccptable. Lorsqu'on regarde les chansons folkloriques, la plupart parlent d'alcoolisme, de violence et de vol. Si nous ne les chantions plus aux enfants, une partie de notre héritage disparait.

Et pour ce qui est des chansons de camp de jour, les enfants comprennent bien l'humour de celle-ci. La chanson du Zimbabwe, je ne la trouve pas xénophobe, mais caricaturale et drôle. (À la limite même, féministe, c'est la jeune fille qui remplace son copain, parce qu'elle le décide). Si nous censurons ces chansons, nous en chanterons plus la petite mabndarine (qui rencontre un garçon citron, et après un zeste déplacé, elle a un pépin...) ni celle du petit minou (qui finit écrasé par un gros camion).

Je travaille encore dans les camp de jour et les enfants comprennent bien plus l'humour de ces chansons et savent voir au delà du premier degré, même les plus petits.

Sophie sexologue a dit…

@Future prof: Je suis d'accord avec vous sur le fait qu'on doit faire confiance à l'intelligence des enfants!