dimanche 9 janvier 2011

Les joies de la sexualité? Pas toujours.

Mon titre vous a intrigué? Vous vous demandez comment se fait-il qu'une sexologue remette en question les joies et les bienfaits de la sexualité?

Parce que très honnêtement, je crois qu'il est important de nommer que pour certaines personnes, la sexualité et la génialité ne sont pas des sources d'épanouissement. 

Aujourd'hui, j'avais envie de m'adresser à certaines des personnes qui se sentent coupables de ne pas avoir de plaisir sexuel et qui appréhendent l'intimité érotique. 

Il peut exister toute sorte de raison qui fait qu'une personne n'éprouve pas de plaisir à avoir des relations sexuelles, mais une raison rassemble un grand nombre de femmes: elles ont des douleurs lors des relations sexuelles.

Je vais vous donner une statistique qui va peut-être vous surprendre: 21% des femmes États-Uniennes de moins de 30 ans rapportent des douleurs au moment des relations sexuelles (Laumann, E. O., Paik, A. & Rosen, R.C. (1999). Sexual dysfunction in the United States: Prevalence, predictors and outcomes. Journal of the American Medical Association, 281, 537-545).

1 femme sur 5.

Une femme sur 5 a des douleurs durant ses relations sexuelles alors qu'on tente de lui faire croire qu'elle est sensée s'épanouir et avoir du plaisir.

Une femme sur cinq, c'est énorme!!!

Bien que ces douleurs peuvent être causées par plusieurs raisons (dont le manque de désir sexuel qui cause un manque de lubrification vaginale lors de la pénétration vaginale), une grande partie des femmes qui ont des douleurs gynécologiques font ce qu'on appelle de la vestibulodynie (anciennement appelé vestibulite vulvaire). Qu'est-ce que la vestibulodynie? Ce sont des douleurs occasionnées par le vestibule du vagin, soit la membrane autour de l'entrée du vagin. Plus précisément, si le vagin était une horloge, les douleurs se situeraient entre 4 et 8 heures environ. Voici une image pour l'illustrer:
Image provenant du blogue Ma vestibulite vulvaire et moi

L'élément sur lequel je souhaite mettre de l'importance aujourd'hui est la suivante: CES DOULEURS NE SONT PAS IMAGINAIRES.

Les études sur la sexualité des femmes sont assez récentes (environ 50 ans) et comme les douleurs gynécologiques de la femme n'empêchent pas la fertilité, on s'y est longtemps peu intéressé. Comme la sexualité féminine restait encore un mystère pour le corps médical, il était plus facile de mettre a faute sur les femmes que d'avouer l'ignorance scientifique qui régnait autour de la sexualité des femmes! Mais les études avancent à propos de la vestibulodynie. D'ailleurs, une chercheure québécoise, madame Sophie Bergeron, a un laboratoire de recherche sur la question à l'Université de Montréal

Mais pour revenir à la vestibulodynie, les douleurs qui y sont associées sont surtout causées lors de la pénétration vaginale, que ce soit lors des rapports sexuels ou autre. Par exemple, les douleurs peuvent être ressenties lors de l'application ou du retrait d'un tampon. Les femmes qui utilisent un keeper ou encore la diva cup risquent encore plus d'avoir des douleurs lors du retrait du dispositif menstruel si elles font de la vestibulodynie. Aussi, dépendamment de l'intensité de la douleur, l'appui d'un doigt sur le vestibule peut à lui seul causer des douleurs... alors, imaginez un pénis!

Dans les situations où les douleurs sont très intenses et lorsque d'autres techniques moins invasives n'ont pas fonctionné, il est même possible de procéder à une ablation du vestibule (vestibulectomie). Dans les situations où le corps médical choisit cette option, 50% des femmes voient leurs douleurs disparaître complètement. La réussite de ces opérations tend donc à démontrer scientifiquement que ces douleurs sont d'origine biologique et non psychologique.

Par contre, je vous rassure; 1 femme sur 5 n'a pas besoin de subir une opération pour cesser d'avoir des douleurs gynécologiques! J'ai nommé la chirurgie seulement pour démontrer que la douleur n'était pas imaginaire.

Malgré qu'encore beaucoup de médecins ne connaissent pas la vestybulodynie, elle existe et elle se traite. Non pas avec des crèmes (ce qu'on a essayé de faire durant des années, mais sans succès), mais avec de la physiothérapie. Eh oui! Il existe des physiothérapeutes sexuels. Ces thérapies physiques (parfois accompagnée des sexothérapies) peuvent diminuer et même faire disparaître complètement les douleurs qu'une femme vit lors de ses relations sexuelles.

Pour arriver à éprouver du plaisir sexuel, il faut d'abord cesser d'avoir des douleurs lors des relations sexuelles, car la douleur n'est pas sensée faire partie prenante des relations sexuelles (à moins de pratiquer le sado-masochisme, mais ça, c'est une autre histoire!).  Pour y arriver, la première étape est de prendre conscience que ces douleurs que vous vivez depuis toujours ne sont pas un mal nécessaire! Ensuite, vous pourrez entamer vos recherches pour trouver des spécialistes dans votre région qui pourront vous donner un coup de pouce!

Vous comprenez maintenant pourquoi j'ai choisi ce titre pour mon article?


Pour les personnes qui viennent de prendre conscience qu'elles avaient peut-être de la vestibulodynie, voici quelques ressources qui pourront vous donner plus d'information:
  • Groupe Elva: Association pour les femmes atteintes de maladies vulvo-vaginales;
  • Laboratoire d'étude de la douleur gynécologique (comprenant une foule de ressource et de trucs);
  • Ma vestibulite vulvaire et moi: le blogue d'une femme qui a eu une vestibulite vulvaire et qui parle de son expérience et de sa préparation vers la vestibulectomie (chirurgie pour faire l'ablation du vestibule); je ne garantis pas l'info qui se trouve sur ce site, mais le témoignage (de la femme ainsi que celle de son conjoint) peut être très intéressant.
  • Les clés de vénus; site français abordant plusieurs types de douleurs gynécologiques

Bonne chance!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

1 commentaire:

Marye a dit…

Bonjour Sophie!

Je suis tellement contente que tu abordes le sujet, car c'est vraiment quelque chose de méconnu et tant de femmes le vivent sans le savoir.

J'ai longtemps fait partie de ce groupe. J'ai même eu un enfant avant d'être diagnostiquée! J'ai eu ma première relation sexuelle à 19 ans, il y a donc 10 ans. Douleur. Bon, normal, c'est la première. Deuxième? Douleur! Dixième? douleur! Petit à petit, je me suis convaincue que cette douleur était psychologique et j'ai fait semblant de rien pendant si longtemps! Quand j'y pense, je sais que je me suis infligée une torture épouventable! Je me disais que ça devait être ça, la vie sexuelle. Toutes les femmes devaient être comme moi, souffrant en silence. Jusqu'à ce que j'en parle à des amies. Qui elles n'avaient jamais de douleurs. Pas même un petit peu?? Non!

La journée de mon accouchement, j'avais rendez-vous avec ma gynéco et elle s'est bien rendue compte que je souffrais épouventablement lors des touchés vaginaux. Elle m'a alors mis en communications avec une gynécologue réputée pour les cas de vestibulodynie à Québec.

Je suis allée la rencontrer plusieurs mois après mon accouchement, alors que mes douleurs étaient à leur maximum. Elle n'a eu qu'à me frôler avec un Q-Tip pour que je grimace de douleur! Le diagnostique est donc tombé tout de suite: Vestibulodynie provoquée de type primaire. Primaire voulant dire que j'en souffre depuis toujours.

Je me suis fait prescrire une crème qu'on prescrit normalement à des femmes ménopausées. Je ne sais pas exactement ce que c'était censé faire, ce que je sais par contre, c'est que ça ne faisait rien.

J'ai donc mis ma vie sexuelle de côté. Ça me rendait malade d'avoir envie de faire l'amour mais de sentir toute excitation me quitter d'un coup sec parce que la douleur arrivait comme une tonne de brique qui me déboulait sur la tête. J'avais envie d'un 2e enfant, mais je n'osais même pas imaginer comment diable pourrais-je le concevoir???

Et un jour, par hasard, j'ai rencontré un ostéopathe, question de me redonner un peu d'énergie suite à des mois de nuits courtes (vive les otites!!), puis au fil des rendez-vous, il s'est rendu compte que j'avais l'utérus rétroversé, ce qui m'occasionnait beaucoup de douleurs "aux reins". Il m'a donc parlé de manipulations manuelles internes qu'il pouvait effectuer pour tenter de "décrochir" mon utérus. Tout de suite j'ai pris peur car je savais que ça me causerait énormément de douleurs à cause de la vestibulodynie. Je lui ai parlé de mes craintes et il m'a dit qu'il pouvait commencer par essayer de traiter la vestibulodynie avant de traiter l'utérus.

Après avoir fait des recherches appropriées auprès de l'association des ostéopathes du Québec et du collège en études ostéopathiques du Québec qui m'ont assuré que mon ostéo était "clean" et que c'était vraiment des traitements qui existaient et non un charlatant qui voulait juste taponner, je suis allée de l'avant avec les traitements.

Ça m'a transformée. Certes, je ne m'attends pas à trouver une vie sexuelle sans aucune douleur, ce serait utopique, mais les traitements ont vraiment été efficaces jusqu'à maintenant. Après seulement 3 manipulations internes, la dernière étant celle visant à redonner à mon utérus une forme plus normale. Ces manipulations à l'intérieur du vagin ne durent que 5 minutes et mon ostéopathe est vraiment d'une douceur incroyable.

Aujourd'hui, je vis mieux avec mon corps, pour la première fois de ma vie.

Que ce soit par l'ostéopathie comme moi, par la physiothérapie comme mentionné dans l'article, par la chirurgie, on doit faire quelque chose contre cette maladie méconnue, mais tellement présente, qui brise des femmes en 1000 morceaux.

Merci infiniment Sophie de parler de ce sujet qui me touche énormément!