mardi 9 février 2016

Est-ce que les femmes dans le procès Ghomeshi ont consenti ou pas?

Le procès Ghomeshi bat son plein dans les médias. En gros, si les relations qui ont eu lieu entre
Ghomeshi et ces femmes sont du sado-masochisme, on parlerait de consentement, alors que si nous sommes en présence d'un homme sadique qui a agressé des femmes non consentantes à certains éléments présents dans la relations sexuelles, on parlerait de violence (d'un voie de fait ou d'une agression sexuelle).

Ce qui ne semble pas clair pour beaucoup de personnes, c'est précisément cet aspect de consentement. Je crois comprendre que pour beaucoup de personnes, une fois que le consentement est donné, il ne se retire plus. C'est aussi la perception que je constate en clinique avec plusieurs de mes client.e.s. Bien souvent, la personne qui est dans la situation où elle a donné son consentement et qui se met à douter se met à vivre de la culpabilité: "Je ne peux pas reculer", "Il m'a payé le souper, ça vient avec", "Il est venu chez nous. C'est clair que c'était ça son attente. Je ne peux pas le mettre dehors juste comme ça". Ces phrases, je les ai entendues de la part de femmes entre 20 et 40 ans, intelligentes, scolarisées, belles et articulées dans mon bureau dans les dernières semaines. Il semble y avoir une perception bien ancrée socialement que le consentement, une fois donné, ne nous appartient plus. Il semble maintenant appartenir à l'autre et nous n'avons plus aucun contrôle dessus.

Cette pensée est la première partie du problème: celui de la culpabilité des femmes (et de plus en plus souvent de certains hommes)  d'avoir eu envie, puis plus envie, puis peut-être même envie encore. C'est comme s'il fallait faire une moyenne: "J'ai plus voulu que pas voulu, donc on va faire comme si j'avais dit oui à tout". Il semble presque y avoir un consensus entre la majorité des hommes et des femmes là dessus. Parfois, publiquement on se dit contre, mais une fois la porte fermée, la culpabilité (ou la honte) semble l'emporter et l'agression sexuelle a lieu.

La deuxième partie du problème, c'est que les personnes qui agressent sexuellement, elles, semble être tout à fait en accord avec l'idée que la personne qui a donné son consentement est responsable de son corps et a la responsabilité de le retirer haut et fort si elle n'en a plus envie. Comme si dans l'expression "relation sexuelle", ne restait que "sexuel". Il n'y a plus de relation. Il n'y a qu'une pulsion qui semble être exempte d'une capacité d'observer ce qui se passe autour d'elle, y compris de son/sa partenaire qui, peut-être, ne parle plus, ne souris plus, souris jaune, ne bouge plus vraiment, fixe le plafond, ne cligne plus des yeux, semble avoir complètement quitté son corps, etc. Comment se fait-il que des personnes qui souhaitent avoir une "relation sexuelle" oublient complètement l'idée de la "relation" et de l'autre personne dans la relation? Comment une personne peut-elle croire avoir aucune responsabilité dans la situation? En droit criminel, il existe le principe de "doute raisonnable". On s'en sert pour déterminer si une personne devra être condamnée ou non: s'il y a un doute raisonnable qui persiste, la personne sera acquittée. Il me semble que ce concept mériterait d'être inclus dans la sexualité: si vous avez un doute raisonnable de croire que la personne avec qui vous vous apprêtez à avoir des relations sexuelles ne semble plus aussi enthousiaste qu'au départ (ce qui implique que vous avez été attentif à ce qui se passe), arrêtez-vous et questionnez l'autre: "Est-ce que ça va? J'ai remarqué que tu ne souriais plus/souriais jaune/que tu ne bougeais plus vraiment, etc..."

Le hic avec la validation du consentement, c'est qu'il est possible que l'autre confirme qu'il n'a pas envie d'avoir des relations sexuelles. Et qu'une fois qu'on le sait, continuer devient le synonyme d'être une personne sadique et narcissique. Ça peut devenir embêtant quand d l'envie sexuelle est très grande et qu'on n'a pas envie de reculer. Beaucoup de personnes préfèrent fermer les yeux. Mais si vous ne vous êtes pas questionnée sur "comment se sent l'autre", comment pouvez-vous dire qu'il ne s'agissait pas d'une agression sexuelle? Vous n'avez aucun moyen de le savoir...

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