mardi 12 mai 2009

Choc culturel dans les modèles d'intervention Québec-France en agressions exuelle


Depuis deux jours, j’assiste au 5e congrès international francophone sur l’agression sexuelle. J’ai assisté à des ateliers, des conférences, des exposés scientifiques et des débats. C’est fascinant de voir les différentes formes de pratiques et d’approches à travers le monde francophone. C'est parfois aussi tout un choc culturel et de valeurs d'entendre certain.e.s intervenant.e.s. 


Depuis ma courte carrière de sexologue, j’ai travaillé dans des milieux féministes où on privilégiait l’approche globale, où la femme était au centre de l’intervention en plus d’être considérée comme la spécialiste de sa vie (voir billet précédent!).

Lorsque j’ai assisté à des présentations québécoises ou belges, j’ai reconnu des façons similaires de travailler. Mais lors des présentations françaises, j’ai constaté une façon différente de percevoir le rôle des intervenants auprès des victimes d’agressions sexuelles.  Un des plus gros choc culturel est survenu lorsque deux médecins sont venues nous parler de leur unité de services pour les personnes victimes d’agressions sexuelles. Elles nous ont expliqué qu’à certains moments, elles devaient user de leur autorité après des femmes victimes. C’est à ce moment que mes yeux se sont agrandis! Je leur ai demandé de préciser ce qu’elles entendaient par « autorité face aux victimes » et elles m’ont expliqué qu’à certains moments, les femmes victimes sont en état de choc et ne veulent pas rester à l’hôpital, en observation par exemple, après un épisode d’agression sexuelle et que le médecin, « Car nous avons ce pouvoir auprès des patients », ont-elles cité, les raisonne en leur disant qu’elles doivent rester à l’hôpital, pour leur sécurité…

Une personne qui vient de vivre une agression sexuelle a vécu un épisode contre son gré, sans donner son consentement. Et un médecin qui retient une patiente à l’hôpital contre son gré, alors que sa sortie de l’hôpital ne met pas sa vie en danger… c’est aussi priver la personne de donner son consentement, non?

Il est évident que parfois les personnes font des choix qui vont à l’encontre des nôtres et il est possible d’essayer de discuter avec la personne pour qu’elle prenne conscience d’un danger. L’autocratie ne permet pas à une personne de faire un choix éclairé ni de se sentir considérer; il ne faut pas lui faire sentir que nous savons mieux qu’elle!  Si cette personne choisit de quitter l’hôpital, même si ça comporte des dangers, C’EST SON CHOIX! Bien sûr, il se peut qu’on considère que ce soit un mauvais choix, que ça nous frustre, qu’on aille peur pour elle, mais on ne peut pas la contraindre à rester dans un hôpital! La personne victime doit sentir qu’elle reprend graduellement le pouvoir sur sa vie. Si elle va à l’hôpital pour avoir de l’aide et qu’on va à l’encontre de son besoin, l’aide-t-on réellement?

Se mettre au-dessus des personnes victimes en se disant qu’on leur donne des soins (sont-elles malades d’ailleurs ces personnes?) et en les contraignant à rester à l’hôpital va à l’encontre de l’idée mettant la personne au centre de sa propre vie, développant son « empowerment » et participant activement à son processus de guérison.

Et vous, qu’en pensez-vous?


Sophie Morin, Sexologue-Consultante

6 commentaires:

Jeg a dit…

Et si les 2 approches étaient bonnes? Tout le monde aime avoir raison mais je vois du bon dans les 2 approches. Je pense que, comme n'importe quelle vicitme, les gens ayant subi des agressions sexuelles sont subissent un choc psychologique et que, comme n'importe quelle victime d'agression, le médecin ou le professionnel traitant doit s'assurer que la personne a la capacité de faire des choix éclairés (tout le débat du consentement éclairé). Je considère donc légitime qu'un médecin puisse prendre les mesures pour garder un patient qui lui semble incapcable de prendre soin de lui-même ou elle-même. Par la suite, il faut reconstruire et là, j'adopte la vision Québec de mettre la personne au centre de sa vie et de ses choix. Et ma vision ne s'applique pas seulement aux victimes d'agression sexuelles mais à toutes les personnes ayant subi un choc psychologique ou traumatisme.

Jeg a dit…

Dans le commentaire précédent, dernière phrase, prière de changer "vision" par "opinion". Vision, ça fait un peu porteur de la bonne nouvelle mégalomane...

Sophie sexologue a dit…

Je comprends votre point de vue et je ne suis pas contre. Ce que je crois par contre, c'est que pour interdire à une femme de quitter l'hôpital, il y a plusieurs options à envisager: Tout d'abord, est-elle blessée et a-t-elle besoin de soins médicaux? Ensuite, quel est le réseau de cette femme? Peut-elle aller se loger dans sa famille, chez un ami où elle se sentira probablement mieux que dans un hôpital froid, aseptisé et où elle sera seule. Il existe tout un réseau de maison d'hébergement pour les femmes victimes de violence (conjugales, sexuelles) où des intervenant(e)s peuvent l'accompagner dans son processus.

Finalement, si la femme n'a d'autre choix que de rester à l'hôpital pour des raisons médicales, le médecin est en effet dans l'obligation d'intervenir. Ce que je pense, c'est qu'il ne s'agit pas d'une question d'autorité! Le médecin a la responsabilité de dire à la femme:"Je suis désolée, je ne suis pas en mesure de vous laisser quitter l'hôpital. Votre état m'inquiète et votre sécurité est en danger. Je comprends que vous soyez en colère-peinée-fâchée-frustrée-désemparée (dépendemment de la situation) et je vous propose qu'on en discute demain, lorsque vous vous serez reposée."

Il est surtout question d'une façon de faire et la façon Je suis le médecin, j'ai le droit et je sais mieux que vous!" me dérange énormément.

Voilà!

Anonyme a dit…

TRAITEMENT:
Action et manière de soigner une maladie, un malade; ensemble des mesures thérapeutiques.

Est-ce que les victimes d'agression sexuel sont malades? Elles ont définitivement besoins d'un ensemble de mesures thérapeutiques, mais pas dans le cadre d'une maladie. Dans cette optique, je ne crois pas que le terme «traitement» soit plus approprié que le mot «soin». Est-ce que «accompagnement» ne serait pas plus juste? Il s'agit, tel que l'article le mentionne, de soutenir la victime dans son processus de reconstruction. Cela découle plus de l'accompagnement que du traitement ou des soins.

Dans un cas comme dans l'autre,il restera toujours plus important de s'intéresser au contenu qu'au contenant...
- Marie-Pier

Sophie sexologue a dit…

Ouin Marie-Pier! Ça a été long avant que tu t'exprime, mais quand tu t'y met, je me fais rentrer dedans? ;-)

Je comprends ton point et c'est fort intéressant, surtout lorsqu'on pense aux victimes d'agressions sexuelle.

Le congrès réunissait des spécialistes qui travaillent auprès des personnes victimes, mais aussi ceux travaillant et faisant de la recherche auprès des personnes agresseurs. Je ne me souviens plus tellement bien si on parlait de traitement pour parler des victimes ou uniquement pour les agresseurs...

Je suis d'accord que l'accompagnement dans ce processus est central.

Sophie

Anonyme a dit…

Lol ! J'ai pris exemple sur toi après avoir lu le commentaire que tu as laissé sur le site de Radio-Can après le passage de Mme Ross à l'émission de Christiane Charest. Tu n'y es pas allé de main morte! Mais bon, c'était mérité pour Mme Ross et c'était une très bonne réplique bien argumentée.
- Marie-Pier