vendredi 4 décembre 2009

Aujourd'hui, j'ai un peu peur d'être féministe...

Avez-vous entendu parlé du "Colloque international : La tuerie de l'École Polytechnique 20 ans plus tard - Les violences masculines contre les femmes et les féministes" qui se tient à l'UQAM du 4 au 6 décembre 2009? En ce qui me concerne, j'ai décidé d'y assister. Parce que la pertinence avec mon travail actuel est manifeste, mais aussi par devoir de me souvenir de ces événements qui sont survenus alors que je n'avais pas 8 ans.

Il est assez frustrant de sentir cette peur, parce qu'il y a 20 ans, un individu est entré à la polytechnique et, avant de tuer 14 femmes, a hurlé: "J' HAÏS LES FÉMINISTES!".

Le drame de la polytechnique, c'est un homme qui en voulait peut-être aux femmes, mais qui en voulait surtout aux féministes. Ce meurtre de masse comptant 14 femmes ayant accédé à une école réservée exclusivement aux hommes quelques années auparavant est symbolique. Ces femmes qui ne se qualifiaient peut-être même pas de féministes représentaient la lutte des femmes pour l'accès à l'égalité en intégrant les sphères traditionnellement masculines; les sphères stratégiques et de pouvoir.

Comment croyez-vous qu'une femme féministe et militante se sent dans un rassemblement de féministes militantes pour souligner une tuerie qui les avaient pour cible?

Il est impossible d'aller dans un tel événement sans se demander si un anti-féministe aura choisi ce moment stratégique pour éliminer les féministes qui empoisonnent sa vie. Il est difficile de ne pas regarder autour de soi pour analyser les gens qui nous entourent en se demandant si une de ces personnes a des intentions malveillantes.

Peut-être devrais-je me sentir rassurée d'entendre aux nouvelles qu'un grand périmètre de sécurité a été mis en place, mais ça me rappelle surtout que le risque d'être la cible d'un meurtrier est bel et bien présent. Pourquoi? Parce que je suis une femme féministe qui aspire à un monde où les hommes et les femmes seraient égaux.

La tuerie ayant pour cible des femmes, survenue à l'école polytechnique, occupe une place énorme dans l'inconscient collectif québécois, car le 6 décembre 1989, quelque chose s'est brisé. Il est difficile de nommer quoi exactement, mais le malaise qui persiste autour de cet événement est palpable. Par exemple, les gens ne veulent pas aller voir le film (qui n'a d'ailleurs réussi à recevoir aucun financement public) et un collectif d'artistes ayant créé une exposition de commémoration n'a réussi à trouver aucune salle d'exposition acceptant de recevoir leur oeuvre: AUCUNE!

C'est très exactement ce malaise qui m'a poussée à passer par-dessus ma peur et d'assister à ce colloque: parce que je crois qu'il est important de comprendre ce que cet événement nous a légué comme héritage social qui n'est très certainement pas banal.

Gardez l'oeil ouvert, car dans les prochains jours, je vous ferai part de mes réflexions qui seront survenues au cours de ces trois jours de formation.

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

4 commentaires:

Mr-Pink a dit…

Ouains, moi je pense que le gars était un crisse de fou. Et ce qui a permi à sa foli de s'exprimer, c'est un genre de discours anti-féministe et anti-femme. Genre, c'est pas mal plus correcte de faire des jokes sexistes et contre les blondes (les blondes sont l'archétype féminin extrême dans le fond) que contre n'importe qui d'autre. Donc, le fou, il a trouvé un discours qui a alimenté sa folie et sont ressentiment, puis il est passé aux actes.

Ce qui est dangereux, c'est que le discours véhiculé par plein de blogue et de "penseurs" masculinistes alimente la folie anti-femme et anti-féministe de nos jours. Il y a des chances qu'autre malade mental s'y retrouve et commette des actes comme ça.

Je pense que ces discours devraient être dénoncés au même titre que les discours antisémites et raciste. Je pense que l'acte de Marc Lépine est la conséquence directe du discours social ambiant, comme les actes de tueries du KKK ont été permis par un discours et un état social ambiant.

Moi, être une femme, j'aurais pas honte d'être féministe.

Pis là, je voudrais dire que mon nick, je l'ai choisi à cause du film Reservoir Dog de Tarantino, pas parce que je suis un fervent du féministe ou un gai.

Anonyme a dit…

Bonjour Sophie,

Je comprends très bien ton sentiment d'inconfort face à ce colloque mais il faut prendre le temps de bien saisir le sens des mots et assumer les conséquences de ses actes.

1ère nuance: Lépine a bien dit "je hais les féministes", il n'a pas dit:"je hais les femmes".

Il faut assumer la réalité qu'un bon nombre de féministes sont des militantes (=militaires) qui se battent pour la cause des femmes. On peut être pour ou contre, mais c'est un fait. Pour bien des militantes/militaires féministes (et c'est effectivement le cas de bien des féministes pures et dures) l'ennemi à abattre, c'est "l'Homme". Elles se battent aux dépens des hommes et elles veulent ni plus ni moins qu'inverser le rapport de forces entre les sexes. Il y a donc une logique de guerre qui s'est installée entre une faction féministe ultra-militante et les "Hommes".

Si tu regardes les choses froidement tu ne pourras qu'être d'accord avec ce que je dis. J'en connais perso un bon paquet de ces pures et dures.

Lépine était lui-même en guerre contre ces féministes militantes. Il s'était donné une "mission", sordide soit, de partir en guerre contre les féministes. La guerre entraîne la guerre.

Malheureusement, et c'est la preuve qu'il était un pauvre fou, il a choisi d'aller tuer des pauvres filles innocentes au lieu d'aller dans la Salle de rédaction de la Vie en rose et de tuer ces femmes militantes pures et dures.

Il vivait une réelle psychose, il était dans son monde à lui, et tout son combat s'était désarticulé dans sa folie intérieure.

Doit-on s'attendre à un autre Polytechnique? Je ne sais pas, mais on risque peut-être d'avoir un Polytechnique inversé, i.e. une femme en état de psychose qui va à Polytechnique pour y tuer un groupe de jeunes garçons.

Sophie sexologue a dit…

@ anonyme: Tout d'abord, merci pour votre commentaire! Il est par contre dommage que je ne puisse pas savoir avec qui j'argumente! :-)

Maintenant, je ne suis pas d'accord avec vous. Par définition, une féministe aspire à l'égalité entre les sexes. Toutes personnes, femme ou homme, qui aspire à la suprématie d'un sexe sur l'autre, n'est pas féministe.
Je ne peux pas venir à la défense des femmes que vous connaissez, car je ne connais pas le discours qu'elles tiennent, mais je crois qu'en général, le discours féministe est très mal compris et est comparé à un discours de femme qui veulent dominer les hommes.

De plus, vous parlez de la folie du tueur qui était désarticulée. Je ne suis pas certaine que son discours a été puisée dans le néant. Je crois plutôt qu'il a dit tout fort ce que plusieurs personnes disaient tout bas à l'époque, mais qui est dit de plus en plus fort dans l'espace publique. L'anti-féminisme est de plus en plus présent et presque maintenant socialement acceptable; c'est ce qui est déplorable.

Et pour ce qui est de votre hypothèse à ce qu'une femme entre à la polytechnique pour tuer des hommes, j'ai un énorme doute quant au fait que ça survienne prochainement. Je vous invite à lire le nouvel ouvrage de Richard Poulin et de Yanick Dulong qui s'intitule "Les meurtres en série et de masse" publié aux éditions Sysiphe qui pourrait vous éclairer quant à mon doute que ça survienne!

Méli a dit…

Anonyme, votre discours est basé sur une méconnaissance totale de ce qu'est le féminisme... Aucune féminisme ne prône la guerre contre les hommes, je ne sais pas où vous avez pêché ça, sinon dans des discours masculinistes extrémistes ! Ce sont justement ces discours qu'il faut dénoncer parce que plein de haine, aucune féministe ne s'y compare... c'est triste de voir comment ces discours polluent notre société et entretiennent la haine et la misogynie... C'est très triste ! et cela doit cesser, car c'est malsain ! c'est de la propagande !