samedi 25 décembre 2010

11 règles

Vous connaissez la websérie "11 règles"? J'ai découvert cette série il y a quelques jours sur le site Web de "V".

La série met en scène un couple d'adultes qui vient d'apprendre que leurs voisins et amis pratiquent l'échangisme. Le couple se questionne sur cette façon d'explorer la sexualité et choisit de faire un essai. Avant d'entreprendre les démarches pour rencontrer d'autres couples, ils décident de rédiger une liste de règle qui encadrera cette nouvelle expérience: une liste de 11 règles.

J'ai bien aimé cette série!

Tout d'abord, elle nous présente l'échangisme en alliant "humour", sans tomber dans le burlesque. En effet, lorsqu'on nous présente des couples échangistes dans la sphère télévisuelle, c'est souvent en nous présentant des adultes pervers assoiffés de sexe, incapable de se contenir, alors que la réalité des couples échangistes est tout autre.

"11 règles" nous présente donc un couple amoureux, sain, ayant une vie sexuelle épanouie est satisfaisante, mais souhaitant explorer autre chose que l'exclusivité sexuelle.

Bien sûr, il s'agit d'une série comique, mais qui ne tente pas de nous faire rire en ridiculisant les personnes échangistes, mais plutôt en nous présentant des situations cocasses (et parfois caricaturales) pouvant survenir dans des expériences échangistes.

J'ai aussi beaucoup aimé le choix des acteurs; on n'a pas choisi de prendre un couple de jeunes adultes avec des corps parfaits. Bon... ça reste que la très large majorité des acteurs choisis sont de très belles personnes, mais on voyait le souci de présenter une certaine variété.

Ensuite, j'ai beaucoup apprécié le contexte positif dans lequel l'échangisme était présenté; on ne nous a pas présenté un couple fragile qui choisissait cette option pour tenter de recoller les pots cassés ou encore un couple souhaitait flirter avec l'infidélité sans l'assumer.

Il ne s'agit pas non plus de la promotion de l'échangisme (du style "c'est la plus belle chose qui nous est arrivée dans notre vie!"). Les clips, sans que s'en soit l'intention, nous présentent plusieurs facettes de cette réalité. Les auteurs ont même accordé une place au respect et aux limites de cette pratique.

Il est important de savoir qu'il ne s'agit pas de vidéos de sensibilisation, mais il est clair que si vous les écoutez avec votre partenaire de vie, vous risquez de discuter de certains aspects par la suite! :-)

Pour écouter "11 règles", c'est par ici.

Bon visionnement!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

lundi 6 décembre 2010

Je me souviens du 6 décembre 1989

Je suis sexologue, certes, mais j'occupe aussi un poste de coordonnatrice d'un organisme communautaire dans la région de Laval qui travaille à contrer les problématiques de la violence conjugale et des agressions à caractère sexuel.

En cette journée du 6 décembre, j'ai rédigé une lettre ouverte dans le "Courrier Laval" qui, j'en suis convaincue, est suffisamment pertinente et de nature sexologique pour que je la mette ici aussi.

Bonne lecture!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante


Je me souviens du 6 décembre 1989... 
Il y a 21 ans aujourd’hui, un homme entrait dans l’école Polytechnique pour assassiner des femmes. Avant de s’enlever la vie, il laissa une lettre qui débutait comme suit :  

Veillez noter que si je me suicide aujourd'hui 89/12/06 ce n'est pas pour des raisons économiques (…), mais bien pour des raisons politiques. Car j'ai décidé d'envoyer Ad Patres les féministes qui m'ont toujours gâché la vie. Depuis 7 ans que la vie ne m'apporte plus de joie et étant totalement blasé, j'ai décidé de mettre des bâtons dans les roues à ces viragos…  
En lisant les premières lignes de cette lettre, il est impossible de continuer de prétendre que l’homme qui a assassiné 14 femmes le 6 décembre 1989 était un tireur fou. Par ces quelques lignes, nous pouvons constater deux choses : 1) cet homme en voulait aux femmes et plus particulièrement aux féministes et 2) cet homme souffrait.  

Qui sont ces féministes à qui Lépine voulait mettre des bâtons dans les roues? Les féministes sont des personnes, des femmes et des hommes, qui luttent pour l’atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes. Les féministes ont notamment exigé que l’éducation soit accessible à toutes et à tous : l’école polytechnique, en permettant aux femmes d’accéder à son école, faisait un pas dans la direction de l’égalité entre les hommes et les femmes. Ces femmes, qui ont accédé à l’école polytechnique, ont bénéficié des gains des luttes féministes. En assassinant des femmes qui étudiaient dans cette école de métiers traditionnellement masculins, Lépine envoyait un message à l’ensemble de la société québécoise : à son sens, les femmes n’avaient pas leur place dans cette institution d’hommes, donc que les femmes n’étaient pas les égales des hommes.  

Nous pourrions souhaiter que le geste de Lépine traduit une pensée isolée et que la société québécoise ne partageait pas son avis, mais les lignes ouvertes dans la soirée du 6 décembre et dans la nuit du 6 au 7 décembre ont été inondées de commentaires disant : « les féministes sont allées trop loin; ce geste est la suite logique aux luttes féministes qui sont allées trop loin ».  

En 2010 encore, des groupes d’hommes et de femmes continuent de dire que les femmes et les féministes vont trop loin dans leurs luttes et leurs revendications pour atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes.  

Est-ce que l’affirmation de soi et prendre sa place dans la société peut être considéré comme « aller trop loin»? Car c’est exactement ce que ces femmes qui étudiaient à l’école polytechnique ont fait : elles ont pris leur place dans la société en tant que femmes qui avaient un intérêt pour l’étude des sciences appliquées.


Pour toutes sortes de raisons qui peuvent s’expliquer historiquement et sociologiquement, les femmes restent encore et toujours la grande majorité des victimes de violence lorsqu’on parle des violences ayant lieu dans un contexte intime, soit lorsqu’on parle de violence conjugale et d’agressions à caractère sexuel.  

Depuis 21 ans aujourd’hui, le Québec a choisi de se souvenir de la journée du 6 décembre pour souligner les violences que vivent encore les femmes en 2010. Afin d’enrayer les problématiques de violence conjugale et d’agressions à caractère sexuel, il est primordial de travailler collectivement à l’atteinte de l’égalité entre les hommes et les femmes en clamant haut et fort « Face à la violence, c’est tolérance zéro! ».  

La violence est un phénomène qui s’exerce contre quelqu’un, ce qui est l’antonyme de l’égalité, où les échanges ont lieu avec quelqu’un. La violence envers les autres et envers soi-même ne parvient jamais à apaiser une souffrance, quelle qu’elle soit; la violence n’est qu’une réaction à une situation dérangeante et non une action qui permet d’agir de façon constructive.  

N’oublions pas que le meurtre est une forme extrême de violence, mais qu’elle n’est pas la seule forme possible. La violence peut être psychologique, verbale, physique, sexuelle et économique, mais peu importe la forme qu’elle revêt, elle reste toujours inacceptable.  

Les personnes qui sont victimes de violence comme les personnes qui ont des comportements violents ont besoin d’aide. Si vous faites partie de ces personnes, voici des ressources lavalloises qui pourront vous aider :  

Si vous avez été victime de violence, vous pouvez demander de l’aide :
  • Bouclier d’Athéna (violence conjugale, service multilingue) : (450)688-6584
  • Centre d’aide aux victimes d’acte criminel (CAVAC) : (450)688-4581
  • Centre désigné de Laval en agression sexuelle : (450)668-1803 poste 5173
  • Centre des femmes de Laval : (450)629-1991
  • Centre de prévention et d’intervention pour les victimes d’agression sexuelles (CPIVAS) : (450)669-9053
  • CLSC du Marigot : (450)668-1803
  • CLSC des Mille-Îles : (450)661-2572
  • CLSC du Ruisseau-Papineau : (450)687-5690
  • CLSC de Sainte-Rose : (450)622-5110
  • Ligne de prévention du suicide : (450)629-291
  • Maison l’Esther (violence conjugale) : (450)963-6161
  • Maison de Lina (violence conjugale) : (450)962-8085
  • Maison le Prélude (violence conjugale) : (450)682-3050
  • Service en prévention du suicide (pour homme) : (450)972-6272
  • Urgence sociale : (450)662-4595
Si vous avez eu des comportements violents, vous pouvez de mander de l’aide :
  • Carrefour d’hommes en changement (CHOC) : (450)975-2462
  • Centre des femmes de Laval (groupe pour femmes ayant eu des comportements violents dans un contexte conjugal) : (450) 629-1991
  • Centre d’intervention en délinquance sexuelle (CIDS) : (450)967-3941
Sophie Morin
Coordonnatrice de la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval (TCVCASL)
514-436-4743
info@tcvcasl.com

source: http://www.courrierlaval.com/Opinion/Tribune-libre/2010-12-06/article-2021950/Je-me-souviens-du-6-decembre-1989/1

samedi 27 novembre 2010

La sexualité et la danse

Toile de Ty-Ramon
http://ty-ramon.over-blog.com/
Je termine ma semaine de vacances dans le sud demain.

Bon, je ne vous écris pas ce billet pour vous écoeurer en vous disant qu'ici, on doit prendre une 2e douche en fin de journée tellement il fait chaud, alors qu'au Québec, vous pelletez vos patios (:-D), mais plutôt pour vous faire part d'une de mes réflexions.

Qui dit "sud" dit:....? Allez, c'est facile! Qui dit "sud" dit "danses latines"! Tous les "tout inclus" du sud offrent leur cours d'initiation aux danses latines durant la journée. Et en général, les personnes qui font ces cours d'initiation sont les personnes qui souhaitent s'initier à ces danses très peu dansées dans nos pays nordiques.

Comme j'ai du mal à décrocher, je fais de la déformation professionnelle! Je me suis parfois questionnée sur la sexualité de certains de ces apprentis danseurs et danseuses. 

Attention! Je ne suis pas de celles qui croient que les gens font l'amour comme ils dansent. 

Voici quelques-unes des différences à faire entre la danse et l'expression de la sexualité:
  • En danse, on cherche habituellement à faire des mouvements parfaits; c'est là l'objectif alors qu'avec la sexualité, ce n'est pas la grâce du mouvement qui fera en sorte que le plaisir sera plus grand;
  • Certaines personnes sont timides et n'aiment pas se déhancher en public; certaines personnes censureront peut-être leurs mouvements en public lors d'un cours de danse, mais laisseront libre cours à l'expression de leurs mouvements dans l'intimité;
  • En danse, c'est toujours la même personne qui guide et l'autre qui se laisse guider. Dans l'expression de la sexualité, il est à privilégier que les partenaires guident chacun leur tour afin d'éviter qu'une personne soit exclusivement passive et l'autre exclusivement active.

Par contre, on ne peut se cacher qu'il existe des ressemblances entre la danse et l'expression de la sexualité:
  • La complicité: deux personnes qui dansent ensemble peuvent être absolument nulles comme danseurs, mais avoir beaucoup de plaisir et de complicité. Comme en danse, ce n'est pas le mouvement en soi qui fera en sorte que la complicité sexuelle s'installera, mais le processus d'apprentissage. La complicité entre les deux personnes compte pour beaucoup.
  • Dans la danse en couple, il doit obligatoirement y avoir une personne qui guide et une personne qui accepte de se faire guider; si les deux personnes tentent de guider, c'est la catastrophe! Dans l'expression de la sexualité, c'est un peu la même chose; il faut accepter de se faire guider de temps à autre pour ensuite guider, mais deux personnes ne peuvent guider en même temps sans se retrouver avec un doigt dans l'oeil! ;-)
  • L'écoute corporelle: Il ne s'agit pas toujours de dire les choses avec les mots pour communiquer. En danse, c'est encore plus vrai! Il faut être à l'écoute de ce que le corps de l'autre nous dit pour être en mesure de le suivre. Si on n'est pas à l'écoute du corps de l'autre, on ne sera pas en mesure de comprendre ce qu'il tente de nous faire faire et on se marchera sur les pieds. Il faut accepter de se laisser guider (je m'adresse ici surtout aux femmes dans le contexte de la danse). C'est la même chose au niveau de la sexualité. Parfois, une personne est tellement concentrée sur son plaisir à elle qu'elle fait abstraction de son partenaire, ce qui rend difficile d'avoir des relations sexuelles ensembles. S'épanouir dans sa sexualité et éviter de tomber dans la routine, c'est accepter que l'autre nous amène ailleurs et de ne pas toujours essayer d'anticiper le mouvement qui arrive; il faut seulement se laisser porter par la danse et la mener aussi une fois de temps en temps!
  • Les mouvements du bassin: beaucoup de personnes ont beaucoup de mal à bouger leur bassin de façon fluide sans que tout le corps bouge en même temps. En danse, comme dans l'expression de la sexualité, les deux partenaires auront avantage à apprendre à bouger leur bassin dans tous les sens. Attention! L'objectif n'est pas de bouger le bassin le plus rapidement possible (et surtout pas de l'avant vers l'arrière). En sexocorporelle, ce principe s'appelle "la diffusion": ça permet de diffuser le plaisir sexuel qui part des organes génitaux partout dans le corps (pour éviter que le plaisir sexuel reste focalisé sur une zone corporelle très précise, soit, les organes génitaux).

Mes observations m'ont amené à faire deux constats:
  1. En danse comme dans l'expression de la sexualité, il est possible de danser à deux et il est possible de danser ensemble. "Quelle est la différence" vous dites-vous? Les personnes qui dansent à deux danseront une à côté de l'autre et parfois une collée contre l'autre, mais sans écouter le corps de l'autre et sans avoir de complicité. Beaucoup de couples font l'amour exactement de cette façon sans même s'en rendre compte. Pour avoir du plaisir et développer une complicité en danse comme dans l'expression de sa sexualité, il faut savoir écouter l'autre (ses mots, mais surtout son corps). Et ça demande parfois de se marcher sur les pieds et d'en rire, pour ensuite continuer. Les gens qui dansent à deux sont souvent dans deux équipes différentes; il n'y a pas de "nous", il n'y a que l'addition de deux individus. En danse comme dans la sexualité, les partenaires se servent de l'autre comme d'un accessoire (parfois un accessoire masturbatoire, quand on parle de sexualité), mais ne s'en vont très certainement pas dans la même direction! Les gens qui dansent ensemble ont réussi à développer une complicité. Parfois, les mouvements sont très très simples et sans aucune amplitude, mais on voit qu'ils dansent ensemble, l'un à l'écoute de l'autre. Souvent, on observe chez ces couples une certaine tension érotique; c'est très beau à voir! :-) Et ça ne veut pas dire que ces couples dansent bien en terme de mouvements, mais ils dansent bien ensemble! C'est la même chose au niveau de la sexualité. Danser ensemble, ça peut même se faire les yeux fermés, car ce sont les corps qui communiquent.  Danser ensemble ou avoir des relations sexuelles ensemble, c'est aussi mettre son cerveau à "off" pour laisser notre corps prendre le dessus.
  2. En danse comme dans la sexualité, on peut maîtriser les dernières techniques à la mode à la perfection et... n'avoir aucun plaisir à les mettre à exécution. En général, ce qui rendra le plaisir plus grand, c'est la personne avec qui on tente de mettre à exécution ces techniques: être avec cette personne au moment de la danse ou de la baise! :-)

Et vous, qu'en pensez-vous?

Exprimez-vous!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mardi 23 novembre 2010

Loi inefficace... mais on le savait déjà...

Une étude canadienne vient de nous confirmer ce que les experts, les juristes québécois et la réalité américaine nous avais déjà dit en 2007: l'augmentation de l'âge légal pour consentir à des relations sexuelles de 14 à 16 ans.... ça ne sert foutument à rien!

Mise en contexte:
Il est important de différencier deux concepts. Celui de l'exploitation sexuelle et celui de la majorité sexuelle (aptitude à consentir)

Exploitation sexuelle
Le concept de l'exploitation sexuelle dans le cas d'un adulte envers un enfant (enfant = moins de 18 ans) implique que l'adulte est conscient de l'inégalité de la relation entre lui et l'enfant et profite de cette inégalité (de sa supériorité) pour exploiter et tirer profit de la relation avec l'enfant.

Majorité sexuelle
Concept qui fixe  l'âge à partir duquel une personne est capable de fournir un consentement pour avoir des relations sexuelles. Depuis 2008 au Canada, une personne de moins de 16 ans est considérée comme n'ayant pas la maturité nécessaire, et ce, en aucun cas (ou presque) à consentir à avoir des relations sexuelles. 
Voici les cas d'exception: le ou la partenaire de la personne de moins de 16 ans ne doit pas avoir plus de 5 ans de différence.
15 ans et 20 ans = ok
14 ans et 19 ans = ok

Par contre, 14 et 20 ans = automatiquement une infraction d'ordre sexuel, l'inscription de la personne plus vieille au registre des délinquants sexuels. Aucune exception, aucune mise en contexte: c'est au-to-ma-ti-que-ment et toujours interdit.

Est-ce que, personnellement et professionnellement, je trouve questionnant qu'une personne de plus de 20 ans puisse être intéressée et excitée sexuellement par une personne de moins de 15 ans? Oui. Est-ce que je crois qu'une loi l'interdisant réglerait la question? Non. Est-ce que je considère qu'il existe des cas d'exception qui risquerait d'écoper lourdement de cette loi? Oui, tout à fait et la réalité de plusieurs états américains ayant appliqués cette loi avant nous l'a prouvé.

Cette loi ne protège pas davantage les enfants contre l'exploitation sexuelle; il existe déjà depuis longtemps des lois qui interdisent l'exploitation sexuelle. Une personne adulte qui souhaiterait abuser d'un enfant (sexuellement et mentalement) serait déjà passible d'une peine d'emprisonnement. Cette loi encadre les relations consensuelles où les deux partenaires souhaitaient avoir un rapprochement, mais où l'état choisit de s'interposer en décidant qu'une personne de 14 ou 15 ans n'est pas apte à consentir.

Cette loi permet aux parents qui sont en désaccord avec les choix amoureux de leur enfant de faire intervenir la loi en leur interdisant de poursuivre cette relation et en condamnant un jeune adulte. Aux États-Unis, plusieurs jeunes hommes ayant été condamnés au criminel et s'étant retrouvés dans le registre des prédateurs sexuels pour avoir fréquenté une fille de moins de 16 ans se sont suicidés, car les répercussions étaient trop lourdes. Dans la majorité des cas, c'était un procès intenté par les parents, non pas pour protéger leur enfant, mais pour garder le contrôle sur la vie de leur fille.

L'augmentation de la majorité sexuelle de 14 à 16 ans était totalement injustifiée. La majorité des experts étaient contre. Cette loi est passée en douce et du jour au lendemain, on était informé que c'était passé. La semaine dernière, cette étude nous confirmait que les personnes de 14 et 15 ans n'étaient pas davantage protégées par cette nouvelle loi. Comme avant la modification de la loi, ce sont les personnes de 12 et 13 ans qui sont vulnérables et qui nécessitent la présence d'un encadrement légal, comme ça l'était avec l'ancienne loi.

Il faut arrêter de croire que ce type de réglementation concernant la sexualité des ados les protégera; elle ne fait que les rendre plus vulnérables aux violences et à l'exploitation, car s'ils en sont victimes, ils auront l'impression d'avoir enfreint une règle et auront moins tendance à aller chercher de l'aide.

On le savait déjà. 

On a maintenant une étude qui le prouve.

À quand le retrait de cette loi débile?

Sophie Morin, Sexologue-Cosultante

lundi 1 novembre 2010

Droit, éthique et violence sexuelle, ou quand le jugement manque à l'appel

L'Halloween, c'est la veille de la fête des Morts et la nuit où les fantômes reviennent nous hanter. C'est aussi la journée où petits et grands personnifient toute sorte de personnages macabres et en profitent pour donner la frousse à leur entourage!

Mais certaines personnes n'attendent pas l'Halloween pour se donner la frousse ou pour écouter des films d'horreur. Certain(e)s de ces personnes se contentent d'être spectatrices alors que d'autres souhaitent passer à l'action en produisant du matériel d'horreur. C'est le cas de Rémy Couture, un passionné qui vit de son art en produisant des effets spéciaux pour des petites et grosses productions cinématographiques. Et à temps perdu, il a aussi créé un site Web qui se veut "le journal intime d'un tueur en série".

Présenté comme ça, ça semble une bonne idée pour un artiste de l'horreur; ce site lui permet de présenter son travail concrètement et lui sert de carte de visite et de porte-folio pour ses éventuels client(e)s. Mais il y a un mais...

L'équipe des Francs-Tireurs a produit un reportage la semaine dernière couvrant cette situation. Pourquoi? Parce que Rémy Couture a été arrêté pour "corruption des moeurs" et pour "production de matériel obscène".  Je vous le dis tout de suite; il est inutile de faire une recherche sur le Web pour voir le matériel de Couture; le site Web a été retiré de la toile. Par contre, vous pourrez voir des extraits dans le reportage des Francs-Tireurs ici.

Quels sont les enjeux présents dans cette situation? La liberté d'expression (de l'artiste et de son art) vs la perturbation de la société québécoise (ou perturbation des moeurs).

Bon, je sais que les mots "moeurs" et "moral" n'ont pas bonne presse et nous donnent l'impression qu'on recule dans les années 50 ou encore dans un contexte judéo-chrétien strict où on n'a jamais le droit de ne rien faire. Mais avant de choisir votre camp, laissez-moi poursuivre.

De façon abstraite, j'étais la première à me dire "il me semble que c'est intense cette histoire d'arrestation pour la production de matériel d'horreur"... Mais quand j'ai vu les images, je me suis plutôt dit :" Wooo... il me semble que c'est vraiment intense ces images-là...". Quelles sont ces images? Des images très réalistes filmées un peu à la "Blair witch projets" présentant un psychopathe sadique tuant et souillant ses victimes. Dans les quelques images que j'ai vues (et j'en ai vu bien assez, pour ne pas dire trop...), on voit des femmes et des enfants se faire kidnapper, attacher, torturer, découper et... violer. Et dans le seul but de montrer des femmes et des enfants se faire kidnapper, attacher, torturer, découper et... violer. Et j'ai mis "violer" à la fin de l'énumération exprès, car les viols (où la masturbation du tueur en série) ont lieu sur les cadavres (de ce que j'ai vu en tout cas).

Il ne s'agit pas de scènes qui ont pour objectif de contextualiser une situation, comme la scène de viol épouvantable et interminable dans le film "irréversible". Malgré que j'aille détesté "irréversible" et que je ne l'ai pas écouté en entier, ce film évoquait quelque chose; la scène de viol avait pour objectif de faire réfléchir les téléspectateur(trice) au contexte et à la perception des gens entourant l'agression sexuelle.

Mais dans les films de Couture, nous n'avons que les scènes d'horreur et d'érotisation d'une violence extrême. Point.

Vous souvenez-vous de vos cours de philo? Moi je me souviens de celui où on nous a présenté "l'éthique kantienne". En résumé, notre prof nous avait expliqué que les individus dans la société pouvaient avoir différents niveaux de motivation pour poser des actions qui avaient un impact sur la société. Sur une échelle de 1 à 6, l'attitude "la loi c'est la loi" était la 3e. Pour en arriver à la 6e (soit celle qui était souhaitable), une personne devait poser des gestes en fonction du mieux-être pour elle, pour les autres et pour l'ensemble de la société. Cette attitude correspond à ce qu'un "comportement éthique" est.

Est-ce que la circulation de matériel comme celui de Rémy Couture est souhaitable pour lui, pour l'autre et pour l'ensemble de la collectivité? Je répondrais "Parfois", "ça dépend" et "non".

"Parfois", car avant d'être arrêté, Rémy Couture faisait la promotion de son talent artistique par le biais de ce site. Mais c'est aussi ce site qui l'a fait arrêter...


"Ça dépend", car "l'autre", ça peut être les accros aux films d'horreur, mais aussi toutes les personnes qui ont pu voir ces images (parents, victimes d'agression sexuelle, enfants, etc.). Et au sujet des accros aux films d'horreur, je souhaite souligner que le président de SPASM, Jarrett Mann, a confié au journaliste Richard Martineau qu'un seul film de Rémy Couture a été accepté à leur festival de films d'horreur. Ce film a été présenté un an après sa soumission, car le comité de sélection considérait que le contenu du film était très intense. Et finalement, lors de la présentation dudit film au festival SPASM, celui-ci a été hué (seul film qui a été hué) et plusieurs personnes sont sorties de la salle; et ces personnes sont des mordues de l'horreur.

"Non", car je crois que la société n'a rien à gagner qu'on banalise et qu'on érotisation la violence. Et tous les "oui, mais lui aussi le fait!" ou "on voit pire ailleurs" n'ont rien à y voir. Jarrett Mann amenait un point de vue très intéressant sur le sujet. Il disait "Si on accepte "le journal intime d'un tueur en série", on devra aussi accepter "le journal intime d'un pédophile" ou "le journal intime d'une personne raciste" et toutes les images qui vont avec"(je paraphrase). Est-ce réellement souhaitable pour la société? Non, pas du tout.

À mon sens, tous les êtres humains devraient poser des actions dans un sens éthique et non pas dans un sens de "la loi c'est la loi" et se cacher derrière "j'ai le droit". 

Ça me frustre qu'on nous sorte "la liberté d'expression" et "la liberté de création" dans ce dossier. Est-ce que quelqu'un est en mesure de m'expliquer qu'est-ce que des représentations de violence sordide  expriment?  Je suis peut-être bête, mais je ne vois pas en quoi c'est sensé exprimer quelque chose.

Je trouve que ce discours stérile est le même que celui que nous servent les créateurs de mode qui nous disent que leurs vêtements "tombent mieux" sur des femmes de 2 mètres pesant 100 livres en se foutant des impacts que ça a sur les femmes en général et sur les mannequins en particulier.

S'il n'y avait pas d'êtres humains, il n'y aurait pas d'art. On ne peut donc pas faire fit des sentiments humains au nom de l'art.

Pour moi, la violence sexuelle est inacceptable; qu'elle soit réelle ou simulée. La violence sexuelle réelle fait des victimes tous les jours. La promotion de matériel de violence sexuelle fictive banalise la violence sexuelle réelle et cristallise les pensées des personnes qui ont des comportements violents dans leur sexualité en "validant" leurs comportements (je le mets entre guillemets, car le trajet pour se rendre à ce point est plus long, mais au bout de la ligne, c'est la conclusion que tirerait n'importe quel intervenant travaillant en délinquance sexuelle).   Et je ne dis pas ça parce que je suis bête et que je ne sais pas faire la différence entre la réalité et la fiction; je comprends très bien la différence, mais je suis contre cette violence, point.

Est-ce que Rémy Couture devrait être acquitté ou condamné pour cette action? J'ai envie de vous dire que je m'en fou. Car je ne crois pas que ça conscientisera réellement cette personne, ni toutes les personnes qui partagent son point de vue. Bien sûr, ça créera une jurisprudence, mais si les gens ne croient pas à l'importance de ne pas banaliser la violence sexuelle, ils chercheront à contourner le règlement et ne prendront pas conscience de leurs actions. J'espère néanmoins que le procès amènera une partie de la société à réfléchir sur le problème de fond qu'amène la banalisation de la violence sexuelle; ce sera toujours ça de gagné!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

samedi 30 octobre 2010

Maigreur extrême ou préoccupations excessives à l'égard du poids?

Je viens d'écouter l'émission "Une pilule, une petite granule" sur les ondes de Télé-Québec. J'adore cette émission; les deux co-animateurs présentent souvent des sujets très intéressants ayant un lien avec la sexualité. Cette semaine, on nous a présenté un reportage sur deux jeunes filles ayant souffert d'anorexie et qui ont demandé à la ministre Christine St-Pierre de mettre en place un mécanisme pour enrayer les modèles de maigreur extrême présents dans l'industrie de la mode. Leur voix a d'ailleurs été entendue, car il existe maintenant la Charte québécoise pour une image saine et diversifiée (qui devait d'ailleurs s'appeler la Charte contre l'extrême maigreur avant les pressions de certains groupes, mais c'est une autre histoire).

À la suite de l'émission, on invite les téléspectateurs à répondre à une question sur le site Web de l'émission: "Trouvez-vous que la maigreur extrême est encore trop présente dans le milieu de la mode". J'ai décidé de donner mon opinion à ce sujet et je vous ai retranscris la réponse que je leur ai soumise. 

Bonne lecture!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante


Je crois que la formulation "maigreur extrême" est problématique en soi, alors j'ai du mal à répondre à la question.

Qui peut réellement être "pour" quelque chose d'extrême? Personne ou presque! Et surtout au Québec où on préfère généralement la nuance.

Donc parler de maigreur extrême (et je suis tout à fait consciente que l'expression ne part de vous, mais du gouvernement et de sa charte) c'est ne faire face à aucun débat! Et c'est ça qui est alarmant, car il y a un débat à avoir! 

À peu près personne n'est pour la maigreur extrême et peu de personnes sont pour la maigreur, point. Par contre, on prône la minceur! 

Ce qui est délicat, c'est de déterminer où finit la maigreur et où commence la minceur? Et où finit la minceur et à partir de quand une personne est-elle ronde?

J'ai participé à un projet de sensibilisation de l'industrie de la mode pour promouvoir un modèle de beauté diversifié de femmes, car celui qu'on nous présente est toujours jeune, mince et sexy. Certaines personnes de l'industrie étaient tout à fait d'accord avec le concept et avec la promotion de la diversité. Vous savez ce qu'une de ces personnes m'a dit? "Avant, les grosses étaient à l'honneur: regardez Claudia Shiffer, elle a fait une grande carrière": CETTE PERSONNE CONSIDÈRE QUE CLAUDIA SHIFFER EST GROSSE!!! 

Et cette personne enseigne à l'École Supérieure de Mode de Montréal et participe à l'organisation de la Semaine de la Mode de Montréal!

Le fait d'utiliser l'expression "Contre la maigreur extrême" ne fait qu'évacuer les cas extrêmes de personnes anorexiques hospitalisées. Mais ça ne parle pas de la pression sociale à toujours être et rester minces. Ça ne fait pas la promotion de la diversité corporelle et de la beauté à l'extérieur de la minceur (on se souvient que Claudia Shiffer est sensée être grosse...). 

L'Institut national de santé publique du Québec a organisé toute une journée de conférences sous le thème des préoccupations excessives à l'égard du poids en 2008; c'est peu banal. 

Mais en 2003, lors des journées annuelles de santé publique, on parlait déjà de ce concept, car les préoccupations excessives à l'égard du poids touchent près de 50% des femmes québécoises ayant un POIDS  SANTÉ 

Aux yeux de la médecine et de son calcul de l'IMC, ces femmes préoccupées ne sont pas considérées comme ayant un diagnostic de santé mentale (troubles alimentaires), mais sont constamment préoccupées par leur poids, leur image, ce qu'elles doivent manger et ce qu'elles "n'ont pas le droit de manger"; c'est principalement ça qui est alarmant!!!! 

Même si on élimine les filles extrêmement maigres des défilés, il restera les filles maigres et les filles minces. Et ça ne réglera pas le problème, car le 99% des femmes de la population qui ne correspondent pas aux modèles de filles maigre (ayant un IMC entre 16 et 18) et aux filles minces (avec un IMC entre 18 et 20, max) tenteront encore et toujours de perdre du poids; les préoccupations excessives à l'égard du poids perdureront tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas une diversification des modèles de beauté dans les médias; il faut voir des belles femmes de tous les formats corporels: 4-6-8-10-12-14-16 et 18 ans ans de tour de taille! Et c'est sans perler du besoin de la diversification au niveau de l'origine ethnique et de l'âge des modèles! Les créateurs se disent brimés dans leur créativité en utilisant de plus grandes tailles pour créer leurs modèles; je dis "la contrainte pousse le créateur à se dépasser".

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

lundi 25 octobre 2010

Consentement à avoir des relations sexuelles?

***Si vous suivez l'émission la Galère, mais que vous n'avez pas encore visionné l'émission du 25 octobre 2010, je vous suggère d'attendre de voir l'émission avant de lire ce texte, car il dévoile certains éléments de l'intrigue***


On évalue qu'environ 1 femme sur 3 et 1 homme sur 6 sera victime d'agression sexuelle au cours de sa vie. 

Le tiers des femmes et le sixième des hommes, c'est énorme. Certaines personnes choisissent d'en parler et d'autres garderont ce terrible secret. Pourquoi? Parce que dans la majorité des cas, les personnes qui ont agressé sexuellement une autre personne auront commencé par construire un climat de confiance avec l'autre personne. Puis ensuite, après l'agression, viendra la manipulation, le chantage et le contrôle: "C'est de ta faute; t'as vu comment tu es habillé(e)?", "T'as pas dit non; tu voulais", "Personne ne va te croire; qui crois-tu que les gens croiront entre toi et moi? Tu n'es rien", "Tu vas briser la famille si tu parles; c'est notre secret", etc...

Dans l'épisode de "La Galère" du 25 octobre 2010, nous assistons à une formidable scène où un agresseur continue de dominer sa victime même des années après l'agression: l'argent et la notoriété sont ses principaux arguments: "Qui croirait que je t'ai violé? J'appuie financièrement ta campagne politique!" Et aussi, l'argument souvent utilisé "Tu es monté dans ma voiture; tu me voulais. Et en plus, tu n'as pas dit non".

Sachez que jamais au grand jamais, "ne rien dire" correspond à un consentement. Jamais. JA-MAIS. Non seulement je vous le dis, mais les tribunaux ont statué à cet effet depuis de nombreuses années. En fait, il n'appartient pas à une personne de refuser d'avoir des relations sexuelles, mais bien à nous de nous assurer du consentement de notre partenaire. Vous avez donc la responsabilité de vérifier que la personne avec qui vous vous apprêtez à avoir des relations sexuelles  souhaite réellement avoir des relations sexuelles avec vous. Si vous ne le faites pas, c'est vous qui êtes dans l'erreur; pas la personne qui a figé et qui n'a pas été capable de dire non pour toute sorte de raison (peur, humiliation, soumission, etc).

Pour revenir à l'épisode de la Galère, ce qui est assommant, c'est de voir l'attitude de domination que continue à avoir la personne agresseur même des années après; tenter d'acheter sa victime, jouer "le bon gars"en public, venir harceler la personne à son domicile, continuer de faire des menaces à propos de sa réputation, etc.

C'est très souvent ce à quoi sont confrontées les victimes d'agression sexuelle. Les victimes d'agression sexuelle (et de violence conjugale) se font agresser en privé et devront bien souvent se défendre en public (entourage, cours, etc) d'êtres les victimes et non les coupables de cette agression.

C'est une des raisons pour lesquelles l'agression sexuelle est le crime le moins déclaré à la police (9% seulement sont déclarés selon les évaluations de la police en 2008).

Si une personne que vous connaissez vous dit avoir été victime d'agression sexuelle, prenez le temps de l'écouter, de lui dire que vous la croyez et tenter de l'épauler comme elle en a besoin. Parfois, ça passe par l'écoute, d'autres fois, ça passe par un accompagnement dans un processus judiciaire. Surtout, évitez de remettre en question ses dires "T'es sûr que c'est ce qui est arrivé? As-tu fais quelque chose pour que ça arrive/que ça n'arrive pas?". Cette attitude risque davantage de briser le lien de confiance que vous avez avec cette personne et ça renforcera toutes les menaces que l'agresseur lui avait dites, notamment,  que personne ne la croirait!

Si vous avez été vous-même victime d'agression sexuelle, il existe des ressources pour vous écouter et vous aider si vous le souhaitez.

Pour les personnes résidant dans la région métropolitaine de Montréal, appelez au 514-933-9007
Pour les personnes ailleurs au Québec, appelez au 1-888-933-9007 (ligne sans frais) 
Pour de l'information en ligne: www.agressionsexuelle.gouv.qc.ca 

N'oubliez jamais; vous auriez pu courir nu(e) dans la rue en criant "J'ai vraiment envie d'avoir des relations sexuelles!", ça n'autorise personne à vous toucher dans un contexte érotique et sexuel sans que vous ayez consenti librement et de façon éclairée à ces rapprochements.

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

ITSS et contraception?

Vous avez besoin qu'on vous aide à démystifier les différentes ITSS (infections transmissibles sexuellement et par le sang) et les différents moyens de contraception? Dans les deux dernières émissions de "Pas besoin de sexe-cuser", on vous facilite la tâche! On aborde aussi différents aspects de la loi et des différentes revendications de la Marche mondiale des femmes.

Pour l'émission à propos des ITSS, c'est par ici.
Pour l'émission à propos de la contraception, c'est par ici.

Bonne écoute!

Sophie Morin, sexologue-consultante

lundi 18 octobre 2010

Avez-vous lu le feuillet informatif?

Une vie sexuelle active vient de pair avec un moyen contraceptif (si vous n'étiez pas au courant, sachez que ce n'est pas une suggestion, mais bien un fait!)

Lorsqu'une personne a un(e) partenaire sexuel non exclusif(ve), le seul et unique moyen de contraception à utiliser est le condom (et la digue dentaire lorsqu'on souhaite faire des cunnilingus). Et ce n'est pas négociable.

Vous pouvez trouver toutes les excuses possibles et imaginables pour tenter de nous convaincre de ne pas utiliser le condom dans cette situation, mais la réponse reste la même: c'est "non"! C'est comme ça et c'est tout! "Fin de la discussion" comme dirait ma mère! :-)

Par contre, lorsque deux personnes décident d'être exclusives sexuellement et qu'elles ont passé un test de dépistage (tant que le test n'est pas passé, ça reste "Fin de la discussion"!), d'autres moyens de contraception sont à envisager.

Bien entendu, si vous avec un(e) partenaire exclusif(ve) et que vous êtes gai(e), la vie est belle, car vous n'avez plus besoin de contraceptif! (Il faut bien que l'homosexualité ait des avantages sur l'hétérosexualité!)

Mais pour les personnes hétérosexuelles, la possibilité de faire un enfant reste présente.

Bon...

Soyons honnêtes... Les méthodes contraceptives qui font en sorte qu'il n'y aura pas de "coupure" dans l'élan sexuel sont TOUJOURS assumées par les filles (stérilet, pilule contraceptive, nuva ring, dépo provera, timbre contraceptif).... à moins que l'homme choisisse d'avoir une vasectomie. Mais si ce même homme souhaite avoir des enfants un jour, peut-être vaut-il mieux attendre avant de passer sous le bistouri.

Mais revenons aux moyens contraceptifs les plus utilisés par les couples; les contraceptifs hormonaux.  Ceux-ci n'auront pas les mêmes impacts chez toutes les femmes qui les prennent; pour certaines, il n'y aura aucun impact, mais pour d'autres, ce sera tout le contraire!

Pour être en mesure de savoir si votre moyen contraceptif amène des changements, il faut être attentive(if) et..... LIRE LE FEUILLET D'INFORMATION DANS LA BOÎTE!

Comment vous sera-t-il possible de savoir si votre corps ou votre cerveau vit des modifications si vous n'êtes même pas au courant des modifications que vous pourriez vivre? Je parle du corps des femmes, mais il peut aussi s'agir de votre conjointe. Si elle qui prend le médicament, il est aussi de votre responsabilité de porter attention aux modifications qu'elle pourrait vivre. Pour être en mesure de connaître ces effets, lisez les informations sur la boîte ou demandez à votre pharmacien(ne). Certain(e) professionnel(le)s donnent même un résumé des différents effets indésirables possible. Cette étape est incontournable, ne l'oubliez pas!

Une fois le début de la médication entamée, les médecins recommandent toujours d'attendre 3 mois avant de cesser de prendre un moyen contraceptif qui causerait de l'inconfort. En effet, lors des trois premiers mois, il est possible que votre corps (ou celui de votre conjointe) s'ajuste et qu'au bout de cette période, tout soit parfait. Par contre, si après cette période et même après plusieurs mois, vous prenez conscience que vous vivez des inconforts et que ceux-ci pourraient être causés par votre moyen contraceptif, il pourrait être plus sage de cesser de le prendre pour quelques mois afin de vérifier si ces effets disparaissent en même temps que la cessation de la prise de ce médicament.

N'oubliez pas que le cycle hormonal et ovulatoire de la femme n'est pas une maladie. Celui-ci ne disparaîtra pas au bout de 10 jours comme une infection au bout de 10 jours d'antibiotiques. Mesdames, il est correct de cesser de prendre ces médicaments s'ils vous causent de l'inconfort. Oui cette cessation fera en sorte que vous et votre conjoint devrez utiliser le condom pour quelques semaines ou mois, mais votre confort de tous les instants est plus important que les 30 secondes que vous prendrez à mettre un condom lors des relations sexuelles avec la personne avec qui vous partagez votre intimité.  Arrêter de prendre des médicaments anovulants par choix ou par inconfort est votre droit; pas un privilège, ne l'oubliez jamais. Il est important que vous en soyez convaincue et que vous vous donniez ce droit en tout temps.

Oui le temps d'arrêt pour mettre un condom peut être "plate" par moment, mais les maux de tête, les diarrhées, les maux de ventre ou aux seins, les sautes d'humeur, les maux de coeur, les vertiges ou autres effets désagréables causés par les contraceptifs hormonaux méritent plus d'attention.

Prendre un temps d'arrêt pour bien comprendre ce qui se passe avec votre corps (ou celui de votre conjointe) et trouver un moyen adapté à votre système est le plus grand cadeau que vous pouvez vous faire pour éviter de trainer des effets indésirables causés par la contraception.

Et si c'est un conjoint désagréable qui ne comprend pas cette situation que vous trainez, peut-être que le problème se situe ailleurs qu'au niveau contraceptif! :-) Dans la mesure où c'est la femme qui doit prendre les contraceptifs hormonaux, la décision de les prendre ou de ne pas les pendre devrait toujours lui revenir. Et en tant que conjoint, il est de votre responsabilité de respecter le choix de votre partenaire sans lui mettre de pression. Si celle-ci vit des inconforts associés à la méthode contraceptive, il faudra faire des recherches et trouver un moyen plus adapté. Même si cette décision se prend à deux, je vous rappelle que si le moyen est hormonal, la décision finale revient à la femme.

Sachez que même les moyens mécaniques et barrières (comme le stérilet) peuvent causer des inconforts: lisez le feuillet informatif!!!

Si vous avez des questions, n'hésitez surtout pas à demander à votre pharmacien(ne); en plus d'être plus disponibles que les médecins, ces personnes connaissent mieux les médicaments.

Bonne recherche!

Sophie Morin, sexologue-Consultante

jeudi 14 octobre 2010

Des questions?

Je n'ai plus de questions votre honneur... ;-)

mercredi 13 octobre 2010

Fantasmes pornographiques ou réalité? :-)

Un contact sur Twitter a publié un lien aujourd'hui sur les différences entre les fantasmes souvent vus dans la porno et... la réalité!

Bonne rigolade! :-)

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mardi 12 octobre 2010

Merci!

La fête de l'Action de grâce est une fête qui a pour objectif de remercier dieu/la terre pour les récoltes. C'est une journée où on dit merci. Un ami, provenant d'un milieu anglophone (où cette fête est davantage célébrée) m'avait expliqué ce principe lors du souper de l'Action de grâce où nous devions tous et toutes nommer en quoi nous étions reconnaissant(e)s dans notre vie.

Je prends donc 2 minutes pour remercier toutes les personnes qui sont venues sur mon blogue depuis sa création il y a un an et demi. Merci à ceux et celles qui ont inscrit des commentaires et qui ont fait évoluer ma réflexion.

Merci aussi à tous les lecteurs et les lectrices; une grande majorité des personnes qui viennent ici font partie de la majorité silencieuse. Mais comme vous revenez et que vous êtes nombreux(euses), j'imagine que le propos vous intéresse!

Merci de me suivre!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

jeudi 7 octobre 2010

"Pas besoin de sexe-cuser", édition du 7 octobre 2010

Cette semaine, Marc-André Primeau et moi avons parlé de la recherche de la réponse sexuelle à notre émission "Pas besoin de sexe-cuser" sur les ondes de CIBL 101,5 fm Montréal.

Point G, point P, zones érogènes, Anne-Marie-Losique, prêtres pédophiles et sensualité: tout ça est abordé lors de l'émission du 7 octobre 2010!

Si vous souhaitez écouter l'émission en rediffusion, rendez-vous sur le site de CIBL ici. Vous avez la possibilité de l'écouter en direct ou encore de la télécharger sur votre ordinateur et de l'écouter quand vous aurez 2 minutes (ou plutôt 58!). Vous avez même la possibilité de mettre l'émission sur votre lecteur MP3 et de l'écouter lors de vos déplacements.

Vous pourrez aussi trouver des liens vers des textes et des ressources sur le blogue de l'émission.

N'hésitez pas à me faire part de vos commentaires (positifs ou constructifs); ça fera en sorte que nous pourrons mieux répondre à vos attentes lors de notre émission!

À bientôt!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mercredi 6 octobre 2010

Connaissez-vous "Huis clos"?

Connaissez-vous l'émission "Huis clos"? Il s'agit d'une nouvelle émission sur les ondes de Télé-Québec animée par Claire Lamarche.

Comment ça fonctionne? Sept invités se font proposer un sujet de discussion en lien avec une problématique sociale et doivent débattre de ce sujet. Pour les aider à guider leur réflexion, des invités "experts" viennent témoigner de leur expérience personnelle ou professionnelle sur la thématique.

Tout au long de l'émission, les participant(e)s discutent entre eux pour tenter de prendre position et à la toute fin, font un vote final sur la question.

Je vous parle de cette émission, car depuis le début de la saison, les thèmes proposés ont presque tous un lien avec la sexualité (et nous avons parlé de plusieurs de ces thèmes dans notre émission de radio "Pas besoin de sexe-cuser"!). Voici les thèmes abordés jusqu'à maintenant:
- Tolérance zéro pour les conducteurs de moins de 21 ans: êtes-vous pour ou contre?
- Agression sexuelle: faut-il poursuivre les parents qui ferment les yeux?
- Choisir de faire un enfant sans père: pour ou contre?
- Devrait-on permettre aux homosexuels de donner du sang?
Les débats et les discussions donnent lieu à des réflexions pertinentes sur des thèmes d'actualité; je vous recommande fortement cette nouvelle émission que vous pouvez écouter en rediffusion sur  leur site Web .

Bonne écoute!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

vendredi 1 octobre 2010

"Le bébé va détruire des parties de votre anatomie..."

Mon titre vous choque? Il me choque aussi, soyez sans crainte! Ce titre est une phrase que j'ai entendue au cours de l'émission "Famille 2.0" du jeudi 30 septembre 2010 sur les ondes du Canal V.
"Comment une phrase comme celle-ci peut être entendue au cours d'une émission qui traite de la famille?", vous demandez-vous? Parce que l'émission a décidé de vanter les mérites de la chirurgie esthétique après une grossesse. Vous remarquerez que je n'ai pas dit "présenter les différents aspects de la chirurgie esthétique", mais bien "vanter la chirurgie esthétique".
Je ne suis pas naïve, je sais que certaines femmes songent à la chirurgie esthétique après une grossesse; le corps d'une femme change durant cette période et certaines femmes l'acceptent très mal. Mon objectif ici n'est pas de porter un jugement à propos des femmes qui choisissent la chirurgie esthétique: les femmes se font déjà bien assez juger comme ça et on déjà suffisamment de pression qui vient de toutes parts!
Non, ma critique vient plutôt du traitement médiatique qu'on fait de la chirurgie esthétique dans les médias en général et dans une émission qui a pour thème "la famille" en particulier.
Mais avant, parlons un peu de la grossesse et des changements qui y sont associés:
L'arrivée d'un enfant amènera son lot de transformations:
- Pour les femmes, leurs corps changent: celui-ci sera partagé avec le foetus (durant la grossesse) et avec le bébé durant les premiers mois, si la femme choisit d'allaiter. Un accouchement, qu'il se fasse par voie naturelle ou par césarienne peut lui aussi affecter le corps sur une courte ou une longue période, dépendamment des femmes.
- Au sein du couple, l'homme et la femme qui étaient des amoureux et des amants sont maintenant aussi des parents! Et jongler avec tous ces chapeaux n'est pas toujours évident, surtout à l'arrivée du premier bébé.

- Au niveau des relations sociales, l'entourage, rempli de volonté (bonne ou mauvaise, ça dépend toujours de l'entourage!) donnera toute sorte de bons et de mauvais conseils. Certaines personnes se permettront aussi de porter des jugements sur vos façons de faire et de vivre. Ça passera de "Ah vous êtes vraiment bons!" à "Ah oui, vous faites ça comment ça...?", etc!
Avec l'arrivée d'une troisième personne dans un noyau familial, les deux partenaires de vie auront constamment besoin de négocier des choses, de faire des compromis et de prendre des décisions. S'ils ne le savaient pas déjà, ils prennent conscience qu'ils n'auront plus jamais le contrôle sur tout et qu'ils seront éternellement en remise en question à  propos d'eux, de leurs façons de faire et de leurs choix! :-)

Parmi
les éléments de remise en question qu'une femme qui vient d'accoucher peut avoir, on trouve parfois:

  • "Suis-je encore belle?"

  • "Suis-je encore désirable?

  • "Je ne me sens tellement pas sexy! J'ai l'impression d'être juste une vache à lait!"

  • "Je comprendrais que mon conjoint/ma conjointe aille voir ailleurs; moi-même je me trouve laide, grosse et repoussante!"

  • "Il faut que je perde du poids: j'ai l'air d'une baleine!
Et pourquoi selon vous les femmes se dévalorisent de la sorte? Parce que le modèle de beauté présenté dans les médias est celui d'une femme toujours plus jeune, mince et sexy. Bref, les codes sociaux de la beauté féminine se représentent par le corps d'une adolescente de 17 ans!
Il y a très peu de valorisation du corps de la femme à l'extérieur de ce modèle de beauté. Et la femme qui vient d'accoucher ne correspond pas à ce modèle. Ayant peur de ne plus être jolies, plusieurs femmes doutent d'elles-mêmes. Elles demandent conseil à des ami(e)s, lisent des livres et écoutent des émissions d'information publique pour les aider à prendre une décision concernant toutes ces modifications que leur corps vit. Et comme il y a une banalisation du recours aux interventions esthétiques et des régimes draconiens ayant des risques sur la santé, plusieurs femmes suivent la vague... 

Comment freiner cette vague qui déferle?
Qu'est-ce qui pourrait faire en sorte que les femmes remettent un peu moins en question leur de féminité, leurs aptitudes à séduire, leur beauté et leur "sex appeal" après une grossesse?

Plusieurs choses. Premièrement, avoir un(e) conjoint(e) qui continue de lui dire qu'il la trouve belle et qu'il la trouve encore désirable. Ensuite, voir des modèles de femmes qui sont fortes, belles et sexy après une grossesse. À ce sujet, je vous suggère de jeter un coup d'oeil au site Web "Aimons les courbes de la mère" qui rend hommage aux belles femmes qui ont enfanté. Et finalement, avoir accès à de l'information variée en ce qui concerne l'image corporelle après la grossesse.

À mon sens, la présentation d'information critique et variée est un rôle qui appartient entre autres aux médias. Je m'attends à ce qu'une émission d'affaires publiques qui a pour titre "Famille 2.0" soit en mesure de présenter de l'information qui aidera les parents à faire des choix éclairés par rapport à leur rôle de parents, mais aussi dans leur rôle d'hommes, de femmes et de modèles!

Entendre des phrases comme "Si vous avez plusieurs grossesses, vous allez avoir besoin d'un redrapage" ou "...les dégâts qu'une grossesse a laissés..." ou encore nous dire que le silicone dans les prothèses mammaires n'est pas nocif pour la santé, alors que Santé Canada a reconnu le danger du silicone pour l'environnement est pour moi complètement aberrant.

Ce qui est d'autant plus aberrant, c'est qu'à aucun moment on ne parle des risques que comporte une chirurgie esthétique. Il n'y a aucun argument critique par rapport à la chirurgie proposée et encore moins des alternatives pour apprendre à aimer son corps qui a donné la vie.
Comment une femme peut-elle prendre une décision libre et éclairée si le seul angle qu'on lui propose à propos de son corps est de le faire passer sous le bistouri après une grossesse? Il faudrait présenter dans la même émission plusieurs points de vue afin que les femmes puissent trouver une alternative qui leur plait. Mais présenter la chirurgie esthétique par le biais d'un chirurgien qui payé par les client(e) qui passent sous le bistouri est complètement démagogique; ce n'est pas traiter d'affaire publique, c'est faire une publicité à ce chirurgien!

Ce qui est tout à fait ironique, c'est que la semaine dernière, on nous présentait un dossier sur la sexualité des adolescent(e)s. Dans cette émission, l'animatrice semblait terrorisée de tout ce qui pourrait se passer dans la vie sexuelle de son fils à cette ère de l'hypersexualisation.

Sachez que présenter la chirurgie esthétique comme on présenterait le nouveau sport à la mode fait partie du phénomène de l'hypersexualisation. On banalise des interventions qui comportent des risques dans le but de correspondre au modèle de beauté unique de femmes: des femmes jeunes, minces et sexy!

Il n'y a pas que les adolescents qui sont touchés par l'hypersexualisation: les adultes et les femmes qui viennent d'accoucher aussi! Et une des façons de contrer ce phénomène est d'amener les gens à avoir une pensée critique à propos des images qu'on leur propose et qu'on leur impose, comme l'image de la femme qui doit peser 110 lbs et avoir des seins sous les aisselles après un accouchement.

Donc si on souhaite réellement aider ces personnes à se sentir bien dans leur peau, il faudrait leur donner l'occasion de faire des choix (donc en présentant plusieurs choix) et surtout, en évitant de banaliser la chirurgie esthétique.

L'émission "Famille 2.0" annonçait qu'elle souhaitait réinviter ce monsieur chirurgien pour parler d'autres chirurgies dans les prochaines émissions; j'espère sincèrement qu'ils prendront en considération mon commentaire dans le traitement de l'information qu'ils feront la prochaine fois...

En attendant, pour les personnes qui se questionnent à propos de la chirurgie esthétique et qui souhaitent être en mesure de prendre une décision éclairée à ce sujet, je vous recommande de consulter les fiches qu'a mis en place le Réseau québécois d'action pour la santé des femmes sur le sujet.

Bon week-end!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

p.s. Sachez que la chirurgie plastique et la chirurgie esthétique sont deux concepts différents. Pour connaître la différence, vous pouvez lire cet autre texte.

Émission "Pas besoin de sexe-cuser" du 30 septembre 2010 maintenant en ligne

Jeudi dernier, le sexologue Marc-André Primeau et moi avons approfondi les thèmes de la légalisation, la décriminalisation et l'abolition de la prostitution au Canada lors de notre émission "Pas besoin de sexe-cuser". Nous avons aussi visionné le documentaire "Homme à louer" pour vous et nous répondons à la question "Devons-nous parler de pornographie avec nos adolescents?"

Pour avoir accès aux textes et aux vidéos que nous vous proposons, rendez vous sur la page de notre émission sur le site Web de CIBL.

Pour écouter cette émission, c'est par ici!

Bonne écoute!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

mercredi 29 septembre 2010

Décriminalisation ou légalisation de la prostitution au Canada?

Hier, la Cour Supérieure de l'Ontario a rendu un jugement qui vise à retirer du Code criminel canadien certains articles de loi afin d'assurer aux travailleuses du sexe  des conditions de travail sécuritaires. Au-delà du débat "Pour ou contre le jugement de la Cour Supérieure de l'Ontario", il ne faut pas confondre "décriminalisation de la prostitution" et "légalisation de la prostitution", car ces deux concepts partagent certaines ressemblances, mais ils ne sont pas synonymes. Je le nomme, car certaines instances ont produit des communiqués de presse hier et aujourd'hui, mais ces instances ne semblent pas connaîtrent les différences entre "décriminalisation" et "légalisation".

Voyons de plus près les nuances que comportent ces deux concepts :

Décriminalisation de fait: Consiste à faire appliquer les procédures prévues par la loi. Au Canada par exemple, plusieurs chefs d'accusation existent entourant la prostitution, mais ils ne sont pas rigoureusement appliqués par la police. Cette pratique donne donc un pouvoir discrétionnaire aux forces policières, avec un risque potentiel pouvant conduire ces derniers à l'arbitraire et à des procédés inéquitables. Donc si je simplifie, c'est le concept de "Si ta face ne me revient pas, je t'embarque en utilisant un chef d'accusation lié à la prostitution, sinon, je te laisse faire tes affaires..."

Décriminalisation officielle: Pour en arriver à ce type de décriminalisation, il faut procéder à l'abrogation des législations nationales en retirant les articles concernant la prostitution dans le Code criminel. Par contre, la responsabilité du gouvernement s'arrêterait à ce niveau en laissant au "libre marché" la responsabilité de "gérer la prostitution". C'est ce qui arriverait si le jugement de la Cour Supérieure de l'Ontario ne va pas en appel ou si, une fois qu'il ira en appel à la Cour Suprême, le jugement est maintenu et déclaré constitutionnel. 

Légalisation: Cette stratégie s'apparente à celle de la décriminalisation officielle, tout en préconisant certaines mesures de contrôle. Dans ce cas, l'État assure un contrôle en faisant appliquer certaines réglementations: il peut décider de faire payer des taxes aux travailleuses du sexe, d'imposer des quadrilatères où sera autorisée la prostitution, émettre des permis aux personnes qui souhaitent se prostituer, exiger des examens ou des contrôles médicaux à passer pour avoir le droit de travailler, etc. La légalisation ferait en sorte que l'État assumerait la gestion de la prostitution, comme il l'a fait avec l'alcool, les cigarettes et le jeu. Bref, l'état deviendrait le souteneur (pimp) des personnes qui oeuvrent dans le travail du sexe!
Comme vous pouvez voir, il existe des nuances importantes entre la décriminalisation et la légalisation de la prostitution. Il est aussi important de nommer que les organismes qui se réjouissent aujourd'hui du jugement de la Cour Supérieure de l'Ontario ne préconisent pas du tout la légalisation de la prostitution. L'organisme Stella notamment est contre (on peut le lire ici ).
 
J'espère que cet article vous aura éclairé!
 
Bonne journée!
 
Sophie Morin, Sexologue-Consultante