mercredi 22 septembre 2010

Manque de respect pour les travailleurs en délinquance sexuelle

Je viens de lire un communiqué de presse qui m'a jeté par terre.

Le Regroupement québécois des CALACS (Centre d'aide et de lutte aux agressions à caractère sexuel) dénonce la mise en place d'une prison-hôpital spécialisée dans le traitement des délinquants sexuels dans la région de la Gaspésie.

Un des éléments qu'elles dénoncent est l'appellation de cette institution qui pourrait porter à croire que les personnes délinquantes sexuelles sont malades (à cause de l'appellation hôpital). J'admets que sur ce point, on pourrait débattre. En effet, les personnes qui commettent des agressions sexuelles sont beaucoup plus "monsieur-madame" (surtout monsieur) tout-le-monde que des malades mentaux. Certaines de ces personnes ont des troubles de santé mentale, mais ce sont des cas plus rares. Bien sûr, les personnes qui commettent des agressions sexuelles ont des distorsions cognitives et tentent de se convaincre que ce qu'elles font est correct. Ces personnes ont besoin d'un traitement, d'une thérapie. Est-ce pour cette raison qu'on appelle le centre "prison-hôpital"? J'imagine. Cette appellation ne me choque pas particulièrement, mais il est vrai que ça peut maintenir certains mythes.

Par contre, le reste du communiqué est aberrant:


Comment peut-on être contre le traitement des personnes délinquantes sexuelles et travailler auprès des victimes d'agression sexuelle? Comment peut-on souhaiter mettre uniquement de l'argent sur des programmes de prévention, sans prendre en considération qu'il faut quand même continuer de faire de l'intervention? Comment croit-on qu'on contrera la récidive des personnes qui commettent des agressions sexuelles sans encadrement adéquat?

Je trouve ce genre de discours complètement aberrant et complètement irresponsable. Les groupes qui travaillent avec les délinquants sexuels sont très peu financés et c'est une bonne nouvelle que le gouvernement prenne conscience de l'importance d'investir de l'argent pour travailler auprès des délinquants sexuels. Il faut travailler avec une approche globale de la problématique et injecter de l'argent uniquement pour les victimes et la prévention n'est pas suffisant. 

Dans un monde utopique, il n'y aurait pas d'agressions sexuelles et nous n'aurions pas besoin d'injecter de l'argent pour les délinquants sexuels... mais nous ne sommes pas dans un monde utopique.

11 commentaires:

Martin PM a dit…

«[...] par ailleurs, le fait que la thérapie offerte aux délinquants sexuels soit sur une base volontaire et qu’elle ne traduise qu’un mirage de sécurité pour les victimes.»

J'aimerais bien que tous suivent une thérapie, mais concrètement, peut-on forcer quelqu'un à suivre une thérapie dont l'échec serait garanti par le fait même?

Valérie-Ann a dit…

C'est que la prévention, on essaye déjà de la faire, et ça marche pas plus qui faut... Je suis d'accord avec vous, Sophie, que miser sur la thérapie est une bonne chose...

Sophie sexologue a dit…

@Martin PM: Non en effet, forcer une personne à faire un suivi thérapeutique risque d'avoir très peu d'effet. Par contre, en ce qui concerne la prison de Gaspé, les personnes qui ont eu une sentence d'agression sexuelle doivent accepter de se rendre dans cette prison; elles ne sont pas obligées de s'y rendre; si elles ne veulent pas de suivi, elles peuvent rester dans un autre pénitencier. Les personnes qui iront sont les personnes qui veulent avoir accès à des services spécialisés, car les intervenant(e)s qui y travailleront seront spécialisé(e)s en traitements thérapeutiques pour les personnes qui ont commis des agressions sexuelles.

@Valérie-Ann: La prévention peut fonctionner, mais se mesure plus difficilement. Je suis convaincue qu'il faut continuer d'en faire. Mais que les personnes qui font de la prévention et qui travaillent auprès des victimes tentent de soutirer le maigre financement des personnes qui travaillent en délinquance me fait halluciner! Il faut savoir que le financement en prévention n'a pas été coupé pour construire ce centre à Gaspé.

Ce communiqué de presse est donc gratuit est "cheap shot" à mon sens.

Anonyme a dit…

êtes-vous bel et bien sûr que la thérapie de gaspé est sur une base volontaire??? Je connais quelqu'un qui y a été transféré même après son refus... Est-ce que ça aurait changé? Jamais cette personne n'a accepté de se faire tranférer à cet endroit, mais pourtant, il y est maintenant! Et maintenant, il est forcé d'y rester... Car il est menacé de plusieurs façon s'il demande d'être transférer... Est-ce normal?

Eve M a dit…

Je connais aussi quelqu'un qui a été soliciter pour ce programme et on ne parle pas de quelq'un qui a commis une agression sexuel mais un détournement de mineure.Il lui a été confirmer pas son avocat que c'étais sur une basse volontaire.Lorsqu'il a fais part de sa décision de refuser cette option on lui a immédiateemnt dis que de toute façon la demande serait envoyer avec mention de motivation de la part du détenu.
Bien de chose de louche on été faite depuis qu'on lui a parler de la prison de Gaspé, comme lui refuser le droit d'appeler son avocat sur place pour lui demander conseille en lui disant que ça changerais rien ,le menacer de relation plus agressive si il insistait. Je suis pour le projet de la prison de Percé, mais avec une capacité de 96 détenus par année me semble qu'ils devraient s'attarder au cas lourd d'agression sexuel et de pédophili.

Sophie sexologue a dit…

@Anonyme et Ève: les informations que vous amenez m'étonnent, mais ne sont pas impossibles.

Les personnes détenues ont elles aussi des droits; je vous invite à les encourager à porter plainte; si personne ne le fait, on continuera de bafouer leurs droits... :-(

Eve M a dit…

Nous débutons les démarches pour la plainte aujourd'hui même avec l'aide d'un avocat abasourdi par les démarches faite par les services correctionels. Pour ce qui est de Percé, après quelques recherche , seulement 2 détenus sur 8 ont démontré une réponse positive au traiment ou thérapie qui leurs a été donné. Il est certain que ce service est ouvert seulement depuis 10 mois mais ça m'oblige a me poser quelques questions sur son efficacité.

Sophie sexologue a dit…

Je comprends que la situation qui vous concerne est questionnante. Par contre, il ne faudrait pas mélanger les choses.

Une des conditions essentielles pour qu'une thérapie fonctionne est que la personne qui a commis une agression sexuelle souhaite changer!

Même si Percé regroupait les meilleurEs intervenantEs en délinquance sexuelle de tout l'univers, si les personnes y étant incarcérées ne souhaitaient pas éviter la récidive, ça ne changerait rien. Il faut que la personne reconnaisse que son comportement est problématique est souhaite changer.

Percé n'est pas le miracle pour régler la problématique d'agression sexuelle; c'est une institution qui regroupe des services adaptés. Services adaptés n'égale pas miracle sur la 34e rue! ;-)

Sophie sexologue a dit…

Au fait, je viens de relire votre commentaire et j'avais mal lu: l'appellation "détournement de mineurs" n'existe pas au Canada; ce n'est pas un chef d'accusation. Il est donc IMPOSSIBLE que la personne dont vous nous parlez ait été incarcérée pour ce chef d'accusation.

Avoir des contacts sexuels avec une personne mineure est considérée comme une agression à caractère sexuelle, car on considère qu'une personne mineure (avant l'âge légal pour consentir à des relations sexuelles était de 14 ans, et depuis 3 ans, de 16 ans) n'a pas la maturité nécessaire pour consentir à des contacts sexuels avec unE adulte.

Il appartient à unE adulte de savoir qu'unE enfant ou unE adolescentE n'est pas son égalE et qu'une relation d'autorité existe.
Cette personne a abusé de la confiance de cet enfant/adolescent pour commettre une agression sexuelle.

Les conséquences de l'agression sexuelle durent toute une vie; plus la personne est jeune au moment de l'agression (et être mineur, c'est jeune), plus grandes risquent d'être les conséquences). Donc contrairement à ce que vous tentez de dire, les conséquences ne sont pas moindres, mais pires.

Je suis donc désolée si cette personne s'est fait bafouer ses droits (ce sera à la justice de le déterminer), mais en aucun cas je ne vous permettrai de tenter de minimiser une agression sexuelle commise de la part d'unE adulte sur unE enfant/adolescentE sur mon blogue.

Eve M a dit…

Je suis vraiment désolé si l'impression que j'ai donné étais que je minimise ce problême et il est vrai que le terme détournement de mineur n'étais pas le bon c'est juste que je n'ai pas pris le temps d'aller chercher le vrai terme qui est : contact sexuel avec une adolescente(ceci est le chef d'accusation inscrit dans le procès verbale). Je m'en veux d'autant plus que je suis consiente que c'est un gros problême de notre société que de minimiser ce genre de crime. Je m'exuse encore énormément de ne pas avoir fait plus attention a ce que j'ai écris. ET vous faites bien de défendre ces travailleurs qui veulent le bien de notre société et qui malheureusement ce fond mettre des bâton dans les roues par des gens qui pourtant devraient les apuyer.

Anonyme a dit…

Mon conjoint a été transféré à 10 minutes d'avis à Percé, au mois de novembre, malgré avoir clairement énoncé son refus à l'agente de probation qui s'occupait de son dossier. Malgré la pression pour rester là-bas, il a signé le refus de rester et il est revenu.
Depuis, il paie la note puisqu'on lui reproche ce refus ne tenant aucunement compte des raisons de ce refus.
L'isolement total, aucune chance pour le soutien et les relations familiales. Le contexte fait que cette thérapie est punitive et non constructive...