jeudi 29 janvier 2015

Peut-on réellement évincer l'aspect sexuel et érotique du pole dancing?

Dimanche dernier a été publié un reportage dans le Journal de Montréal sur 3 générations qui pratiquaient le pole dancing. J'ai d'ailleurs écrit un premier article sur ce blogue pour nuancer certains propos extrêmes aperçus sous l'article. Depuis, certains acteurs ont pris la parole sur la place publique, notamment à l'émission de Denis Lévesque où l'émotivité était au rendez-vous. Comme à l'habitude, lorsqu'il est question de sexualité et d'enfant, le sujet est rapidement devenu émotif. Ce qui continue de m'étonner en 2015, c'est que lorsqu'il est question de femme et d'érotisme, on continue de sentir un malaise. Vous n'êtes pas d'accord? Voici ce que j'observe avec le débat autour du pole dancing (sans vouloir faire de jeu de mots douteux).
 
Ce que j'observe, c'est d'une part, des personnes qui posent un regard très méprisant sur des femmes qui font le choix d'exprimer leur fibre érotique via le pole dancing. À ce que je constate, le fait qu'il y ait eu un enfant dans le reportage est un catalyseur justifiant la violence des commentaires et qu'il s'agit là d'un prétexte pour mettre au grand jour la croyance qu'une femme qui assume pleinement sa sexualité et son érotisme a quelque chose de honteux. Plusieurs personnes expriment leur désir que ces femmes aient honte de pratiquer cette activité.
 
Dans le même ordre d'idée, mais qui s'exprime de façon différente, j'observe des femmes qui pratiquent le pole dancing et qui aiment profondément leur activité, mais qui n'assument pas la partie érotique de leur activité. Je crois que c'est cet aspect du débat qui m'étonne le plus. Plusieurs femmes s'époumonent de convaincre la population que le pole dancing est une activité comme une autre, une simple activité gymnastique. Dans un texte que j'ai lu sur Facebook, j'ai même eu envie de le croire, jusqu'à ce que je tombe sur ce bout de phrase: "... une discipline qui permet de développer la musculature de façon féminine".  À partir du moment où on genre une activité (homme-femme), il est impossible de nier l'aspect sexuel d'une situation.  Il serait faux de dire que "féminité" réfère au seul fait d'être née avec un vagin. Quand il est question de féminité, il est question de rapport de séduction. La féminité, c'est la façon d'être une femme pour être/se sentir belle dans le regard de l'autre. Il ne s'agit pas de dire ici si la féminité est bien ou mal, mais simplement de la replacer dans son contexte social. Il est fondamentalement humain de souhaiter plaire, que ce soit lorsqu'une personne est en couple (hétérosexuel ou homosexuel, ça n'a pas d'importance) ou lorsqu'elle se cherche un ou une partenaire. C'est dans ce contexte que vient se placer la "féminité". Il existe toute une panoplie de comportements, de biens de consommation, d'attitude et autre qui sont considérés plus ou moins féminins. Il n'y a pas nécessairement un seul modèle de féminité, mais de façon générale, la femme qui se fera traiter de "garçon manqué" ne se fera pas dire qu'elle est féminine; on dira plutôt qu'elle manque de féminité.
 
Pour revenir au pole dancing, une collègue m'expliquait que 99% de sa pratique était anérotique, car elle exerçait sa musculature pour arriver à faire les positions sur la pole. En effet, il s'agit d'une activité extrêmement exigeante, mais est-ce que l'activité devient alors dépourvue d'érotisme pour autant? J'ai eu un questionnement similaire en écoutant un documentaire sur les coulisses des productions pornographiques. À un moment, une des actrices nomme qu'il est impossible d'obtenir du plaisir sexuel lors des tournages, car les scènes sont coupées au 5 minutes pour repositionner les caméras, changer de positions, replacer certains éléments, et qu'au final, ça reste très technique. Dans un cas comme dans l'autre, j'entends et je comprends tous les efforts physiques et corporels que ça demande, mais ça n'implique pas que la sexualité et l'érotisme (ou la pornographie, dans le cas du documentaire) n'existent plus. Ça ne retire pas non plus le fait que l'objectif principal, dans le cas du pole dancing, EST d'être capable de faire des figures érotiques et féminines et que ce soit joli (donc qu'on voit le geste et non l'effort). Bien sûr que ça demande de la pratique, de la discipline, de la force, etc., mais ça ne retire pas l'aspect érotique et sexuel de la pratique.
 
Maintenant, ma question est "mais quel est le problème de faire une activité qui vise à parfaire ses capacités érotiques? Pourquoi, même les femmes qui pratiquent cette activité, tentent de nier et de minimiser cet aspect?" Je crois que c'est une des parties du débat que j'ai du mal à saisir. Je crois qu'encore en 2015, beaucoup de monde, y compris beaucoup de femmes, ont du mal à accepter et à intégrer qu'une femme en pleine capacité de ses moyens, y compris de sa sexualité et de sa jouissance sexuelle, est une femme "bien" et respectable. Il semble y avoir encore un réflexe de mépriser les femmes qui sont bien dans leur sexualité et qui n'ont pas honte d'en parler. Il semble tabou de pouvoir être à la fois une femme érotique et une maman, comme s'il fallait être un ou l'autre. Comme si à partir du moment où une femme avait porté un enfant, elle devait cacher la partie érotique d'elle-même, la maintenir dans son intimité et s'assurer que personne ne la voit. Il semble épeurant ou louche qu'une femme puisse assumer sa sexualité et avoir d'autres qualités. Je constate que dans l'univers populaire, les femmes bien dans leur sexualité devraient uniquement exister dans l'univers pornographique et ne devraient pas vivre "dans la vraie vie". Même si les hommes fantasment sur les femmes actives sexuellement et que les femmes consomment des revues qui leur proposent mille et un trucs érotiques, lorsque vient le temps de le mettre en pratique, c'est loin d'être assumé et intégré.
 
Je trouve dommage de constater que plusieurs femmes qui pratiquent le pole dancing tentent d'évincer l'aspect érotique de la pratique de cette activité pour justifier le bien-fondé de l'existence de cette activité. Le mouvement de libération sexuelle qui est survenu dans les années 60 visait entre autres à laisser les femmes gérer leur sexualité comme elles le souhaitaient. Il me semble qu'il serait temps de laisser la possibilité aux femmes de faire le choix de faire du pole dancing sans qu'elles aient à se justifier. Sans avoir à se justifier, il faudrait par contre apprendre à assumer cette sexualité ;-) 
 
Le pole dancing et les enfants?
Dans le cadre de ce débat, est-il possible qu'il soit difficile d'assumer l'aspect érotique de la pratique, car il y avait une enfant de présente dans les studios de pole dancing? Pour un enfant, une pole verticale n'a rien d'érotique. Un enfant pourra jouer des heures à tournoyer autour d'un poteau et y grimper pour s'amuser. Par contre, il y a une différence entre jouer avec ses enfants autour d'une pole à faire des acrobaties et laisser assister son enfant à une classe de pole dancing ou à la pratique d'une chorégraphie intégrant des mouvements érotiques. Les enfants n'ont pas toujours la capacité de comprendre ce qui se passe dans leur environnement ni à mettre des limites par rapport à certaines situations. Sur le coup, il est possible que certains enfants voient cette situation comme un jeu. C'est souvent à l'adolescence ou à l'âge adulte que ces enfants réalisent qu'ils ont assisté à des situations où leurs limites ont été transgressées, mais qu'ils n'avaient pas la capacité de comprendre et de mettre des limites à cette époque. Il ne s'agit pas ici de tomber dans la tragédie grecque en stipulant que ces enfants tomberont dans l'univers de la drogue et dans la prostitution. Mais il est possible qu'un enfant ait ensuite du mal avec les frontières; en mettre ou respecter celles des autres. En connaissant cet aspect de l'enfance, il serait probablement plus sage de laisser les enfants à la maison lors des cours et de ne pas les laisser assister à vos chorégraphies si celles-ci comprennent des éléments érotiques et langoureux. Si votre enfant a de la fascination pour la pole, il y a peut-être des écoles de cirque dans votre coin où les mouvements enseignés sur la pole seront adaptés à votre enfant et à son développement psychosexuel.

Est-ce que faire l'amour est un art?


Sculpture "Sève" d'Isabelle Jeandot
On parle souvent de "l'art de faire l'amour", mais peut-on réellement parler d'un art? Étant perplexe, je suis allée consultée la définition que le Larousse donne de l'art: " Ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité ou d'une action quelconque". Est-ce qu'avec cette définition, on peut dire que faire l'amour est un art? Oui et non.
 
Bien évidemment, avoir des connaissances à propos de l'anatomie, la physiologie, la réponse sexuelle, les zones érogènes aidera à avoir une vie sexuelle satisfaisante. Par contre, il ne faut pas croire que ça implique qu'il existe une recette parfaite pour assurément atteindre l'extase sexuelle. Une série de geste et d'enchaînement peut avoir été sublime une journée et complètement désagréable la semaine suivante. La raison est fort simple: la "chorégraphie sexuelle" n'est pas suffisante pour assurer le succès. D'autres facteurs entre en ligne de compte comme l'état d'esprit dans lequel vous arrivez (le vôtre et celui de votre partenaire).
 
L'ambiance au travail, la santé des enfants, le contexte financier familial, les relations avec les amis et la famille peuvent tous être des éléments qui prédisposent favorablement aux activités sexuelles ou, au contraire, y nuire. Pour certaines personnes, l'art de faire l'amour réside à trouver 6 minutes dans la journée pour aller à la rencontre de l'autre! Pour d'autres, il s'agit de réussir à s'abandonner, malgré le stress et la rapidité du quotidien.
 
Rappelez-vous que pour vivre une sexualité satisfaisante, il faut être capable de "descendre dans son corps", ce qui implique, pour un instant, de mettre sa tête de côté (les listes de choses à faire, les tracas, les soucis, etc.) et d'aller à la rencontre de votre partenaire. Pour beaucoup de personnes et particulièrement pour beaucoup de femmes, c'est là que réside l'art de faire l'amour!

dimanche 25 janvier 2015

Pour ou contre le pole dancing?

Aujourd'hui, j'ai vu un article dans le Journal de Montréal qui faisait mention de trois générations de femmes qui faisaient du pole dancing; la grand-mère (43 ans) la mère (24 ans) et la fille (3 ans). La grand-mère a décidé d'ouvrir un studio en Montérégie et enseigne plusieurs classes de pole fitness. Sous l'article, on peut lire plusieurs commentaires très polarisés, mais très peu de commentaires nuancés. Ça va de "C'es vraiment épouvantable d'enseigner ça à une fillette! À quand la danse à 5$?! Où s'en va le monde!!" à "Bande d'hypocrites! C'est un sport comme un autre! Elles sont plus en forme que la majorité des gens et au moins elles ne restent pas assises sur leur cul à manger des frites et à se laisser grossir parce qu'elles ont eu un enfant". Je dois admettre que les commentaires de l'extrême comme de l'autre m'ont fait écarquiller les yeux.
 
Dans les derniers mois, je me suis souvent posé la question à propos de cette nouvelle activité-sport à la mode. J'en avais d'ailleurs discuté avec une collègue qui, en plus d'être titulaire d'un BAC en sexologie, pratique le mat chinois et enseigne le pole dancing dans un grand studio de Montréal.  Je me suis demandée: "En tant que sexologue féministe, c'est-à-dire en tant que sexologue qui prône et souhaite que les femmes s'approprient leur sexualité pour LEUR plaisir, de quel œil je vois cette activité issue d'une industrie lucrative ayant pour but la marchandisation des femmes (l'industrie du sexe)?" J'en suis venue à la conclusion qu'il était impossible d'avoir un avis unilatéral sur la question, et ce, pour plusieurs raisons.
 
Traitons d'abord du côté féministe de la question: comment pourrais-je m'élever contre une pratique qui peut sembler (et j'insiste sur "peut sembler") réductrice des femmes alors qu'elle est pratiquée par des femmes libres et consentantes? Non seulement elles sont libres et consentantes, mais elles paient pour cette activité. Le féminisme a permis aux femmes de s'émanciper sur beaucoup de points, mais il faut reconnaître que sur le point de la sexualité, le féminisme n'a pas réussi à permettre aux femmes de vivres une sexualité réellement libérée. D'un côté, le féminisme dit aux femmes qu'elles ont le loisir de faire ce qu'elles veulent de leur corps et de leur sexualité et de l'autre, lorsque certaines femmes exposent leur érotisme, les féministes (les mêmes? D'autres? Ce n'est pas clair...) s'insurgent que les femmes sont les esclaves d'une société qui les objectives... Comment se fait-il que les femmes soient en mesure de prendre des décisions en ce qui concerne leur vie, mais que lorsqu'il est question de leur sexualité, elles n'aient plus la capacité de consentir librement?
 
Plusieurs féministes ont du mal à accepter que des femmes choisissent d'exposer ainsi leur sexualité, ou plutôt, elles contestent que ce choix soit réellement libre et éclairé. Selon plusieurs féministes, le choix n'est pas libre, car l'image de la femme véhiculée dans les médias et dans la sphère sociale est celle d'une femme toujours plus jeune, mince et sexy. Pour être considéré comme une belle femme, il faut entrer dans ces critères. Donc est-ce que les femmes font le libre choix d'aspirer à rester/devenir mince et sexy en pratiquant le pole dancing? Plusieurs féministes croient que non. Mais est-ce que ces féministes ont nécessairement raison? Qu'est-ce que le libre choix au fond? Est-ce que le libre choix n'est pas la possibilité de décider des actions à prendre dans sa vie, y compris les décisions qui vont parfois nous attirer des ennuis ou que nous regretterons? Parce que soyons honnêtes; il existe des femmes qui vont s'inscrire dans ces cours et se juger de l'avoir fait en se disant qu'elles n'ont pas à s'imposer cette norme sociale. D'autres femmes diront qu'il s'agit de la plus belle chose qu'elles auront faite dans leur vie. La même action, la même activité aura des impacts complètement différents d'une femme à l'autre et ce n'est pas possible de mettre tout le monde dans le même bateau.
 
Maintenant, en ce qui concerne l'aspect sexuel de la pratique. J'admets que lorsque je lis des commentaires invoquant que le pole dancing n'est pas nécessairement érotique et que ça n'a pas rapport, ça me fait sourire. Loin de moi le début du commencement d'une pensée que le pole dancing est une activité facile; il s'agit d'une activité excessivement difficile physiquement. Il ne s'agit pas de placer "la difficulté physique" et "l'aspect érotique" de part et d'autre d'un continuum. C'est difficile, c'est exigeant et ça peut permettre de garder la forme. C'est maintenant réglé :-)
 
Je ne sais pas si certaines personnes sont déjà allées au cirque, mais il existe une discipline qui s'appelle "le mat chinois". Cette discipline s'articule autour d'une pole verticale et comme dans les autres aspects du cirque, elle n'inclut pas principalement d'aspects érotiques, se pratique généralement nue pied par les hommes et par les femmes. J'admets ne pas avoir fait de recherches, mais je ne suis pas certaine qu'il s'agit d'une discipline qui a explosé depuis les 10 dernières années. Par contre, dans les dernières années, nous avons pu voir une multiplication des studios de danse qui offrent des cours de pole dancing. Lorsqu'on épluche les sites web de ces studios, ont voit une grande quantité de photos de femmes (rarement des hommes) avec des bottes et des talons très hauts (mais pas toujours non plus), des propositions de cours de groupe privé pour des "bachelorette" et des vidéos comme celles-ci et celle-ci sortent en premier sur YouTube. Qu'est-ce qui fait que des femmes choisissent de s'inscrire à un cours de pole dancing plutôt qu'à un cours de cirque de mat chinois? À ce que je comprends, c'est le désir de toucher AUSSI à des aspects érotiques dans l'activité, sans nécessairement que ce soit uniquement autour de cet aspect. Mon objectif n'est absolument pas de démoniser les studios de pole dancing. Je crois par contre, qu'il faut reconnaître qu'il s'agit d'une discipline qui inclus plusieurs aspects érotiques et qu'il ne s'agit pas uniquement de dépenser des calories dans le plaisir. Il y a de ça, bien sûr, mais il n'y a pas que ça.
 
S'il y a un point que je saisis mal, c'est pourquoi certaines femmes mettent beaucoup d'énergie à défendre le fait qu'il n'est pas érotique d'onduler langoureusement en talons hauts... Ma première question est "Qu'est-ce qui est problématique dans le fait que ça ait une connotation érotique?" Parce que s'il y a une chose avec laquelle je ne suis pas d'accord, c'est que la génitalité ne soit jamais impliquée dans cette activité, car il est impossible que cette prise de contact avec le bassin ne réveille à aucun moment la sphère sexuelle d'une personne. En fait,  c'est possible si une personne se dissocie complètement son corps. Mais quel intérêt y a-t-il à se dissocier de cette façon? Pourquoi tenter de reproduire des mouvements très érotiques en éliminant la charge érotique associée? 
 
Dans le même ordre d'idées, j'ai parfois parlé avec des femmes (pas toutes) qui pratiquaient cette activité en me disant qu'elle ne voulait absolument pas que leur chum (ou leur blonde) soit là lorsqu'elles pratiquaient. J'ai aussi observé que la capacité à reproduire les mouvements langoureux à la perfection n'était absolument pas proportionnelle à la capacité d'avoir une vie sexuelle épanouie et excitante. J'ai cru comprendre que pour certaines femmes, c'était même anxiogène que leur chum devient excité à les voir, car elles ne souhaitaient pas nécessairement devoir "gérer" cette excitation. Un peu comme si ça activait à la fois un besoin de se rassurer d'être encore belle et désirable et une crainte de ne pas être à la hauteur dans sa sexualité avec son partenaire. Ce sont principalement ces aspects que je trouve intéressant, voire fascinant en tant que sexologue. Non pas que je ne les comprends pas, mais ces contradictions me font sourire.
 
Je ne porte pas et ne porterai pas de jugement envers les femmes qui font le choix de pratiquer cette activité. Je constate par contre que cette activité est à l'image de la sexualité de beaucoup de femmes en 2015; beaucoup d'entre elles maitrisent parfaitement le "savoir-faire" sexuel, mais n'ont pas nécessairement atteint l'étape de transférer le savoir-faire au savoir-être et au savoir-vivre (dans le sens de "intégré") de la sexualité. Leur sexualité.

jeudi 22 janvier 2015

Fréquenter une star du X? Beaucoup de préjugés...

Je suis vraisemblablement dans une semaine d'expression de malaises, parce que j'en ai un deuxième à partager en moins de 7 jours.
 
Aujourd'hui, un ami a commenté la page Facebook d'un youtuber que je ne connaissais ni d'Ève ni d'Adam. Son commentaire m'a donné accès à une vidéo qui est devenue virale. Il s'agit d'une vidéo d'un jeune homme qui annonce qu'il a décidé de canceller "une date" avec une femme qu'il a rencontré sur le réseau social "Tinder". Pour faire une histoire courte, le jeune homme a réalisé que sa future "date" avait fait un (des? On ne sait pas) film pornographique... en surfant sur le site web "youporn"...
 
Il décide donc d'appeler en direct la jeune femme pour canceller le rendez-vous. Jusque là, d'accord. Il n'est pas le premier ni le dernier homme qui ne souhaite pas fréquenter une femme qui travaille dans l'industrie X. Plusieurs personnes ont un malaise à partager une intimité sexuelle avec une femme qui gagne sa vie avec le sexe. Plusieurs personnes conçoivent que l'intimité sexuelle est un univers sacré, ce qui explique qu'encore aujourd'hui, certaine personnes souhaitent se présenter à leur mariage en n'ayant jamais eu de relation sexuelle; leur souhait est d'offrir cet univers érotique à la personne avec qui ils ou elles passeront leur vie.
 
Vous croyez peut-être que j'exagère en faisant un parallèle avec la virginité avant le mariage, mais dans les faits, il s'agit exactement du même phénomène, mais qui se situe à un niveau différent du continuum. D'autres personnes, sur ce continuum, ont de la difficulté à accepter que leur nouveau chum ou leur nouvelle blonde ait déjà eu d'autres partenaires amoureux ou sexuels. Pour ces couples, il existe un certain "Omerta" où les discussions à propos des relations sexuelles passées avec d'autres partenaires ne doivent pas avoir lieu.
 
On peut être d'accord ou non avec cette façon de vivre son intimité sexuelle. Une personne pourrait être à l'aise ou non de partager sa vie avec une actuelle ou ancienne star du X. Tout le monde a le choix de ses critères pour son ou sa partenaire que ce soit dans la sphère amoureuse, affective, relationnelle ou sexuelle Là n'est pas mon point. Mon point est plutôt le suivant: en quoi une personne est-elle légitime d'essayer de culpabiliser une autre personne de ne pas entrer dans ses critères? Cette femme fait de la porno? D'accord. Ça ne te convient pas? D'accord. Pourquoi tu l'appelle pour essayer de l'humilier en essayant de la choquer et de la faire sentir coupable?
 
Je traite ici d'un exemple aperçu sur YouTube, mais cette question s'adresse à tout le monde qui essaye de culpabiliser une autre personne de ne pas cadrer dans SES critères. Ce n'est pas parce qu'une personne ne cadre pas dans vos critères qu'elle devrait se sentir coupable d'être qui elle est ou de ce qu'elle fait. Ce n'est pas parce qu'une personne ne cadre pas dans vos critères qu'elle "mérite" d'être humiliée, traitée de folle ou toute autre insulte que vous auriez envie de lui balancer.
 
L'autre aspect de cette situation qui me rend mal à l'aise, c'est que le jeune homme a pris conscience que la jeune femme faisait de la porno... en regardant de la porno... J'admet que ce genre de situation me fait un peu sourire. Être pour la porno en tant que consommateur, mais refuser complètement la possibilité qu'une femme qui ait déjà fait de la porno fasse partie de sa vie, ça signifie quoi? Quelle est la perception de ces personnes des êtres humains qui jouent dans les films pornographiques? Qui devraient être les personnes qui jouent dans les films pornographiques? Les acteurs porno devraient exister seulement dans les films, mais disparaître entre les tournages? Il ne faudrait pas que ces personnes existent dans la "vraie vie"?
 
Je vais donner un exemple caricatural, mais ça me donne l'impression qu'il faudrait qu'on puisse élever des êtres humains dans des petites boîtes exprès pour la porno et qu'on puisse sortir ces personnes pour faire des tournages X et les remettre ensuite dans leur petite boîte afin qu'ils ne dérangent pas notre quiétude. L'exemple est un peu caricatural, mais ça reste un peu l'idée que certaines personnes semble se faire, car plusieurs d'entre elles n'acceptent pas que les acteurs X aient une vie. En fait, ils l'acceptent, tant que ces personnes n'entrent pas dans LEUR vie. Cette perception de voir certains être humains, c'est "objectiver" les êtres humains. Il s'agit là de dire qu'une personne peut être utilisée comme objet sexuel, mais qu'elle n'a pas vraiment le droit d'avoir des sentiments, des projets de vie, des relations humaines, etc.
 
Je n'essaye pas ici de faire un discours "pro" porno. J'essaye de soulever les incohérence que certaines personnes se disant "pour la porno" présentent. Une personne réellement "pour" la porno devrait être en mesure d'entrevoir la possibilité que les personnes dans l'univers de la porno existent à l'extérieur de la porno. Je comprends mal qu'une personne se choque d'apprendre qu'une personne dans la "vraie vie" ait participé à l'univers de la porno, mais que cette même personne consomme de la porno.
 
La pornographie n'est pas une fatalité et n'est pas incontournable. La pornographie n'est ni fondamentalement saine ni fondamentalement mauvaise. Par contre, si vous faites le choix de faire entrer la porno dans votre vie, il faudrait savoir l'assumer jusqu'au bout en ne dénigrant pas les personnes qui participent à cette industrie. Si vous méprisez cette industrie, votre imagination est sans limite et vous avez la possibilité de fantasmer sans être devant un écran.
 
Si vous êtes contre la porno ou le fait de partager votre vie avec une personne qui y participe, c'est tout à fait correct. Mais ça ne vous donne pas le droit d'insulter cette personne qui ne vous doit rien, ne vous a rien fait et ne vous a pas menti. C'est lorsqu'on voit des vidéos comme celle que j'ai vue qu'on peut comprendre que des stars du X hésitent avant de parler de leur travail à n'importe quel inconnu qui vient d'entrer dans leur vie: parce que les préjugés sont grands et les insultes faciles.

vendredi 16 janvier 2015

Est-ce que la caméra annule la possibilité de donner un consentement à un contatc sexuel?


J'ai un malaise... Ça fait déjà un bout de temps, et on dirait que je ne sais pas exactement comment
l'exprimer. Comment est-il possible d'exprimer un malaise à propos de personnes tellement aimées? Que j'aime beaucoup comme artistes d'ailleurs. Est-il possible d'exprimer à la fois de l'amour et de l'admiration envers un artiste et avoir des réserves en ce qui concerne certains de ses comportements? Je vais tenter de le faire ici.

Alors voilà. Depuis plusieurs années, je suis sensible à la problématique de l'agression sexuelle, à ses conséquences individuelles et sociales. Plusieurs éléments contribuent au maintien de cette problématique, dont la banalisation des gestes à caractère sexuel envers une autre personne sans que l'autre personne ait consenti, sous le couvert de l'humour. J'ai plusieurs fois parlé du consentement pour différencier une relation sexuelle de l'agression sexuelle. J'ai même parlé de l'utilisation de l'humour comme excuse. Mais où nous situons-nous lorsque ces gestes à caractère sexuel ont lieu sur une scène? Devant une caméra? En live? Certaines personnes, dans leur métier, ont le mandat de faire rire. L'humour au Québec, ça fait vendre même plus que le sexe. Mais si on fait une joke de sexe, on a une combinaison gagnante. Je ne suis pas contre ça. Les sexologues aussi peuvent trouver drôles les jokes de sexe :-)

Là où je me mets à avoir un malaise, c'est lorsque les sketchs se mettent à déraper pour aboutir sur des contacts sexuels non désirés par l'autre personne-comédien-acteur-humoriste. Lorsqu'une des deux personnes souhaite faire rire ou réagir le public.

J'avais un certain malaise lorsque je visionnais certaines émissions ou spectacles d'humour qui utilisaient ce créneau pour faire rire. Je trouvais ça vraiment limite. Mais j'avoue que cette semaine, j'ai écarquillé les yeux lorsque j'ai vu l'extrait de SNL Québec mettant en vedette Antoine Bertrand et Pier-Luc Funk: le massothérapeute. Le sketch commence à dégénérer lorsqu'Antoine Bertrand fait le bouche-à-bouche avec la langue à Pier-Luc Funk. Mais l'escalade se rend au point où Antoine Bertrand insère ses doigts dans les fesses de Pierre-Luc Funk au travers de ses sous-vêtements, tire très fort sur ses sous-vêtements et essaye de les enlever. Pierre-Luc Funk finit par être capable de se jeter en bas de la table de massage pour que ça cesse, tout en restant professionnel et dans son rôle.
Je ne suis pas Pier-Luc Funk et je ne peux pas m'exprimer à sa place; ni ne dire comment il s'est senti, ni ne dire comment il aurait dû se sentir. Peu importe les conséquences vécues, ce que j'ai vu dans cette scène, c'est une agression à caractère sexuel dans le but de faire rire le public. Et ça a fonctionné; le sketch est celui qui a récolté le plus de votes pour cette émission.

Comment un comédien ou une comédienne pourrait réagir autrement sur un plateau de tournage ou dans une émission live? Comment dire non à Antoine Bertrand, cette bête de scène comique du Québec? Comment un artiste qui se rend sur un plateau peut-il dire non lorsqu'un des co-animateurs insiste pour l'embrasser? Comment réagir lorsque ça devient la norme du spectacle?  La pression doit être plutôt forte. Peut-on alors parler d'un consentement libre et éclairé? J'ai beaucoup de difficulté à voir la réelle liberté d'un tel consentement.

Ce que je constate dans mon environnement, dans ma pratique, c'est qu'il est excessivement difficile pour les adolescents, les jeunes hommes et même pour les hommes de dire non lorsqu'un autre "budy" lui touche le pénis pour "faire une joke". Tolérer la violence sexuelle, ça semble presque faire partie de la définition de la masculinité. "Il n'y a rien là! C'est pas grave", je l'ai entendu souvent. C'est comme si le corps des hommes ne leur appartenait pas; leurs amis ont le droit de leur pogner "le paquet" pour rire et leurs amies de fille ont le droit de leur enlever leur chandail dans un party en criant aigu.

J'ai eu une réflexion cette semaine sur un sujet connexe: est-ce que l'agression sexuelle devrait être un sujet comme les autres duquel on devrait pouvoir rire? Personnellement, j'ai du mal à répondre oui. Mais dans la situation dont je parle, il ne s'agit même pas de savoir si nous devrions rire du sujet de l'agression sexuelle, mais de se questionner sur le fait que nous trouvions drôle qu'une personne, en état de vulnérabilité plus ou moins grande, subisse des gestes à caractère sexuel sans y avoir consenti. À mon sens, caméra ou pas, public ou pas, ce genre de geste ne devrait pas être tolérés ni sur un plateau de télé, ni dans l'intimité.