lundi 29 octobre 2018

La sexualité des gens doués

La douance est un diagnostic méconnu attribué à la suite d’une évaluation rigoureuse par des neuropsychologues ou psychologues spécialisés. Certains les appellent « Les zèbres », les personnes à haut potentiel ou les talentueux-euses. À une autre époque, on parlait « des bollés ». Les doués regroupent des personnes aux profils très hétérogènes et représentent moins de 10% de la population (entre 1% et 10% selon les définitions utilisées).La douance, en plus d’impliquer un développement précoce de plusieurs habiletés, dont celle du langage, implique une intelligence plus développée que la moyenne et une organisation du cerveau différente dont découle une grande créativité. Alors que la douance de certaines personnes se retrouvera dans les résultats académiques, pour d’autres, elle se retrouvera dans une diversité de domaines de compétences. Il est donc possible qu’une personne douée ait eu des difficultés scolaires.

Les personnes douées ont souvent des difficultés à entrer en relation avec les autres personnes, car leurs champs d’intérêt sont parfois très précis et pointus. Est-ce pour cette raison que plusieurs personnes douées se qualifient de « sapiosexuelle », soit, attiré par l’intelligence de l’autre? Au niveau des dysfonctions sexuelles, les personnes douées vivraient plus de troubles du désir et les femmes douées auraient plus de difficulté à atteindre l’orgasme que la moyenne du reste de la population. Voici quelques pistes de réflexion.

Une des caractéristiques des personnes douées est ce qu’on appelle « la pensée en arborescence ». Cette configuration du cerveau fait en sorte qu’une idée en amène dix autres, qui en amènent 10 autres et ainsi de suite. Il s’avère parfois difficile pour ces personnes d’atteindre un niveau de lâcher-prise et de lenteur pour vivre des moments de tendresse, ou encore, d’atteindre l’orgasme. Cette pensée en arborescence peut compliquer de s’abandonner afin de se connecter avec les sensations de son corps en faisant abstraction des autres sources de stimulation. Pour certains, l’intensité des stimuli devra être très grande pour les amener à se connecter avec ces sensations; parfois, elles auront besoin de violence pour ressentir. D’autres devront s’intoxiquer volontairement pour forcer un lâcher-prise. En sommes, plus les personnes douées ont du mal à lâcher prise, plus elles ont tendance à avoir des troubles sexuels. La pratique de la méditation pleine conscience qui cultive l’instant présent sera un outil utile, tout comme le sport qui permet un meilleur état général de lâcher-prise. La créativité peut aussi s’avérer pratique pour explorer l’univers fantasmatique et favoriser la montée de l’excitation sexuelle via l’imaginaire érotique.

Pour d’autres, la sexualité impliquant largement le corps sera perçue comme indigne d’intérêt, car trop associée à une partie animale et archaïque de l’homme. Certaines personnes douées percevront qu’elles régressent lorsqu’elles se connectent à leur sexualité, ce qui n’est pas tout à fait faux, car les pulsions et fantasmes tirent leur origine de la partie la plus archaïque du cerveau. Pour ces personnes, l’exploration d’une sexualité plus spirituelle, tel le tantrisme, impliquant d’autres parties plus évoluées du cerveau est parfois une voie privilégiée.

Comorbidité
La comorbidité est le terme utilisé pour parler de deux situations qui se côtoient. Dans le cas des personnes douées, elles sont aussi très souvent hypersensibles; plusieurs de leurs sens sont très réactifs. Cette situation comporte des avantages et des inconvénients en ce qui a trait à la sexualité. Les situations peuvent parfois être perçues plus intenses lorsque les personnes arrivent à lâcher prise, donc accès à un plaisir décuplé. Pour d’autres, des caresses, odeurs ou sons seront carrément intolérables et les sensations sont perçues comme désagréables et agressantes.

N’hésitez pas à communiquer avec moi pour plus d’informations sur le sujet.

mercredi 17 octobre 2018

Comment parler des premières menstruations?

Pour beaucoup de parents, les premières menstruations sont le signe que leur fillette n’est plus une enfant. Mais est-ce vraiment le cas? Comment et quand parler des premières règles avec ses enfants? Et devons-nous en parler uniquement aux filles?

Statistiques
L’âge de la puberté survient en moyenne entre l’âge de 10 et 14 ans et ce processus peut durer de 3 à 5 ans. À ce sujet, les filles amorcent habituellement leur puberté plus rapidement que les garçons. Toutefois, on observe que la puberté est de plus en plus précoce et que des fillettes de 7 ou 8 ans peuvent amorcer ce processus (pilosité, seins). Plusieurs hypothèses sont avancées à ce sujet; contact avec des perturbateurs endocriniens, obésité, diabète. Par contre, même avec une puberté plus tôt, l’âge des règles reste habituellement autour de 12 ans et demi. Mais qui dit « moyenne » dit aussi que certaines petites filles auront leurs menstruations beaucoup plus tôt ou beaucoup plus tard.

Une femme?
Dans l’imaginaire collectif, les menstruations sont associées à « l’entrée dans la vie des femmes ». Mais est-ce réellement souhaitable de maintenir cette association avec une puberté survenant aussi tôt dans l’enfance? Probablement pas. Surtout que la « puberté psychologique » n’a jamais été aussi longue (adulescence jusqu’à 25 ans)! Mieux vaut parler du corps qui change et qui semble pressé de mettre la machine en marche pour se préparer à avoir des bébés. Mais de la même façon qu’il y a une voiture dans la cour et qu’ils ne s’en servent pas à 10 ans, ça peut être exactement la même chose pour leur utérus fonctionnel; il n’y a pas de presse, et ensemble, vous pourrez prendre le temps de regarder les choses une à la fois. Associer puberté-menstruation et vie adulte peut être traumatisant pour des enfants qui entrent dans la puberté de façon précoce et même chez plusieurs fillettes qui ne se sentent pas du tout prêtes (avec raison) à devenir des adultes.

Quand?
À partir de quand peut-on parler des menstruations aux enfants? Il ne pourra jamais être trop tôt. Il est possible que vos enfants aient vu des tampons, serviettes hygiéniques ou coupe menstruelle à la maison, au magasin ou ailleurs. Peut-être ont-elles-ils même joué avec ces objets dans des situations plus ou moins gênantes! Pas de souci. Avec des touts petits, vous pourrez leur dire que lorsqu’ils étaient dans le ventre de maman, ils étaient dans une petite maison pour les bébés. Qu’il n’y a pas toujours des bébés dans la maison, mais que la maison est toujours prête à recevoir des bébés. Et que lorsqu’il n’y a pas de bébé dans la maison, la petite maison se défait et se refait. Que les tampons, serviettes ou autres servent à ce que la petite maison ne salisse pas les vêtements. Plus votre enfant sera vieux-vielle, plus vous pourrez ajouter des détails en fonction de la curiosité de vos enfants.

Les garçons
Doit-on parler des menstruations en présence des garçons? Oui. Car il existe encore beaucoup de préjugés et de mythes en lien avec les menstruations et ces stéréotypes sont entre autres alimentés par la méconnaissance de ce qu’elles sont. Il serait pertinent que les garçons puissent entendre autre chose qu’ils doivent se tenir tranquille lorsque les filles « sont dans leur semaine ». Les systèmes hormonaux mâles et femelles sont complètement différents; maux vaut connaître les forces de chacun plutôt que de juger celui des filles comme un problème une partie du mois.

Et le sexe?
Parler des menstruations ne nécessite pas de parler d’une vie sexuelle active dans la même discussion. Une chose à la fois; c’est probablement votre malaise et votre peur qui vous amène à parler des deux en même temps. Soyez à l’écoute de vos enfants; vous pourrez y revenir lorsque vous sentirez son intérêt pour la sexualité s’éveiller.

***Texte originalement paru dans le journal "Le Canada Français"