mardi 28 août 2012

Aborder l'homosexualité avec un jeune enfant


Il n’est pas rare que je reçoive des courriels de parents qui se questionnent sur la façon d’aborder la sexualité avec leur enfant : « À partir de quel âge aborde-t-on la sexualité? Quels thèmes peut-on aborder avec eux? Jusqu’où aller? Comment en parler? » L’éducation à la sexualité des enfants rend plusieurs parents anxieux et s’il y a un thème qui semble rendre beaucoup de parents inquiets, c’est l’homosexualité. Certains parents se questionnent sur l’impact que ça peut avoir sur leur enfant : « Est-il prêt? Va-t-il comprendre? Est-ce que ça peut faire en sorte qu’il devienne gai? » Ce questionnement existe aussi chez les parents dont un enfant plus vieux a fait son coming-out : « Que devons-nous dire au petit frère ou à la petite sœur? ». Derrière ces questionnements se trouve toujours la même inquiétude : celle d’être un bon parent pour ses enfants et la crainte de « faire la mauvaise affaire ».

Une des craintes que je constate est celle associée à la compréhension des enfants de la sexualité. Plusieurs adultes ont l’impression que parler de sexualité avec leur enfant « va leur mettre des images dans la tête ». Il faut surtout se souvenir de départager les notions « orientation sexuelle », « activité sexuelle » et « faire des bébés » lorsqu'on leur parle de sexualité, car même si ces concepts sont parfois liés, c'est faux de dire qu'ils sont toujours associés. De plus, si on veut aborder l’homosexualité avec les enfants, si tous ces concepts sont mélangés, ils auront du mal à comprendre.

Tout d’abord, vous pouvez aborder l’aspect relationnel en expliquant simplement : « Une personne homosexuelle, qu'on peut aussi appeler « gai » quand c'est un homme » ou « lesbienne » quand c'est une femme, c'est une personne qui est amoureuse et qui est attirée par une personne du même sexe qu'elle. Moi tu vois, je suis hétérosexuelle (si c'est le cas). Hétérosexuelle, ça signifie être amoureuse et attirée par une personne de l'autre sexe. Et il y a aussi des personnes qui peuvent tomber amoureuses et être attirées par des personnes du même sexe qu'elles et par des personnes de l'autre sexe. On appelle ça la « bisexualité ».

Parfois, les enfants ont des points d'interrogation dans les yeux et abordent la question des bébés : « Oui, mais deux filles ou deux gars, ça ne peut pas faire des bébés? ». Ce à quoi on peut répondre : « Tu as tout à fait raison! Pour faire des bébés, ça prend un homme et une femme, car ça prend une petite graine de l'homme, qu'on appelle spermatozoïde, qui va rejoindre une petite graine d'une femme, qu'on appelle l'ovule. Le mélange du spermatozoïde et de l'ovule va créer un bébé 9 mois plus tard. Mais tu sais, même si deux femmes ensemble ou deux hommes ensemble ne peuvent pas créer de bébé, ça ne les empêche pas de s'aimer et de former un couple. C'est comme (nommer un couple hétérosexuel sans enfants de votre entourage) : ils n'ont pas d'enfant, mais ils s'aiment très fort et sont bien ensemble. Et aussi, tu sais, si un couple ne peut pas créer un bébé, qu'il soit hétérosexuel ou homosexuel, il est toujours possible d'en adopter un (vous pouvez même ajouter « comme... » si des enfants dans votre entourage ont été adoptés). Il y a donc des enfants qui ont deux papas, d’autres deux mamans et d’autres comme toi qui ont un papa et une maman. Et tu sais quoi? Tous les parents aiment leurs enfants ».

Pour les enfants, surtout chez les plus jeunes, ils n’associent pas l’aspect sexuel et érotique à un couple d’amoureux. Pour eux, être en couple réfère à des comportements comme se tenir la main ou à se donner des bisous. Même si certains enfants rigolent en parlant de « faire l’amour », la sphère sexuelle reste une énigme pour eux. À moins d’avoir été exposés à du matériel pornographique ou avoir surpris leurs parents, ils n’auront pas de représentation de la sexualité, et ce, jusqu’à la fin du primaire (De La Vega et Thériault, 2001). Les enfants ont une vague idée de ce qu'implique « avoir des relations sexuelles » et il est souvent surprenant de voir ce qu’ils ont compris lorsqu’on discute avec eux (certaines confusions, informations manquantes et partielles et parfois, incompréhension totale). Les adultes ont tendance à transférer leur compréhension d’adulte de la sexualité sur les enfants. Par contre, il n’est pas pertinent de parler de l’aspect génital d’une relation amoureuse à un enfant, à moins qu’il vous questionne directement sur le sujet, ce qui est rarement le cas pour les raisons évoquées plus haut. C’est vrai pour parler de l’homosexualité et c’est vrai pour parler d’hétérosexualité.

Comme adulte, nous savons qu'il existe beaucoup de préjugés et de violence envers l'homosexualité. Les enfants n'auront pas spontanément ces préjugés : c'est plutôt les propos négatifs d'autres adultes qu'ils entendront qui risquent de faire en sorte qu'ils développent une attitude homophobe. Si la façon de présenter l'homosexualité d’un de vos enfants à vos autres enfants est positive, pleine d'amour et de non-jugement, vos enfants cadets risquent de prendre la même attitude.

Pour plus d’informations concernant la façon d’aborder la sexualité avec vos enfants, je vous suggère de consulter l'excellent livre « Parlez-leur d'amour... et de sexualité » rédigé par la sexologue Jocelyne Robert.

dimanche 17 juin 2012

Pour ou contre la prostitution? Pas si simple!

Aaaah la prostitution!

S'il y a bien un sujet qui ne fait pas consensus au sein de la population, c'est bien la prostitution! Même au sein du mouvement féministe, il n'y a aucun consensus. Une bonne partie de la population est dans la même situation d'ailleurs en voyant des bons et des moins bons côtés à la prostitution.

En tant que femme d'opinion, j'admet avoir du mal à prendre une position ferme à ce sujet. D'un côté, je crois que la prostitution n'est pas souhaitable. Je crois que si les personnes qui la pratique avaient un réel choix, celui d'avoir un autre travail avec le même revenu et des conditions de travail acceptables, mais sans avoir à vendre leur corps, une faible minorité choisirait de se prostituer. Je crois aussi que beaucoup de personnes qui pratiquent la prostitution ont eu une initiation inadéquate à la sexualité; plusieurs ont été victimes d'agression sexuelle, entre autre. Je pense aussi que dans un monde idéal, dans un monde où il y aurait une réelle égalité entre les êtres humains, la sexualité aurait lieu entre deux adultes consentants et que l'argent n'achèterait pas le consentement d'une des deux personnes. De plus, je ne suis pas de celles qui croient que la prostitution diminue le nombre d'agression sexuelle et que les prostituées permettent aux hommes d'assouvir leurs pulsions sexuelles sans violer d'autres femmes. D'une part parce que l'argent d'un client ne lui permet pas de faire tout ce qu'il veut et d'autre part, parce qu'un grand nombre de prostituéEs témoignent des agressions sexuelles qu'ils et elles ont vécuEs par des clientEs.

D'un autre côté, pour l'instant, la prostitution existe. Même si on passait les meilleures lois au monde, elle ne s’enrayerait pas demain matin. Plusieurs lois rendent les personnes qui se prostituent très vulnérables face à la violence des consommateurs de prostitution, mais aussi par le système mis en place par le gouvernement (système de santé, de lois, de police, etc). Une décision de la Cour en Ontario a d'ailleurs prouvé que ces lois allaient à l'encontre des droits et libertés de la personne.

Ouf!

Pas facile de s'y retrouver, n'est-ce pas?

À ce sujet, je vous propose deux documents à lire pour vous aider à vous faire une tête.

Le premier: un avis d'un Conseil du statut de la femme qui prend position plutôt contre la prostitution.


Bonne lecture!

samedi 16 juin 2012

Les patrons de Radio-Canada aussi préfèrent que le mot « vagin » ne soit pas mentionné sur leurs ondes


Aux États-Unis, il y a quelques jours, une élue démocrate s'est vue interdire son droit de parole sur un dossier politique quelconque. Pourquoi? Parce que la veille, elle a pris la parole dans le cadre d'un projet de loi qui tente de limiter aux femmes l'accès à l'avortement. Dans son plaidoyer contre ce projet de loi, elle s'est dit flattée qu'on s'intéresse à son vagin, mais que « non » veut dire « non ».

Les Républicains, majoritaires en chambre, ont été renversés d'entendre le mot vagin dans le cadre de discussions politiques et c'est ce qui a « justifié » que l'élue démocrate, Lisa Brown, se fasse retirer son droit de parole. Même après avoir plaidé que le mot « vagin » était le mot médical correct à employer dans le contexte, que les éluEs se trouvaient entre adultes et qu'il paraissait farfelu de tenter de légiférer le vagin des femmes sans qu'on aille même le droit de le nommer, rien n'y a changé.

Scandaleux n'est-ce pas? Je suis assez d'accord avec vous. C'est tellement absurde que le mot absurde a l'air ridicule tellement il n'exprime pas l'ampleur de la situation dans ce contexte!

Nous avons souvent l'impression, ici au Québec/Canada, que nous sommes loin de ce genre d'idées ridicules à propos de la sexualité (quoi qu'au Canada, on vient de vivre une situation similaire avec le ministre de la culture qui a interdit que les ados aient accès à « Sexe, l'expo qui dit tout », une expo très bien construite et adaptée POUR les ados... ».

Mais saviez-vous qu'au Québec aussi, on préfère parfois que le mot « vagin » ne soit pas utilisé, car il est trop vulgaire? Oui, oui! Je vous jure! J'ai même un fantastique exemple à vous fournir à ce sujet.

Il y a quelques années, dans le cadre d'un cours à la maîtrise, on nous avait demandé de réfléchir à la sexualité à travers un art. J'avais décidé de choisir « l'humour » et la question de base de mon travail était « Est-il possible de faire de l'éducation à la sexualité par l'humour? ». Je me demandais si le stand-up comique ou la comédie pouvait être un outil d'éducation à la sexualité. Afin de m'aider à brainstormer sur la question, je suis entrée en contact avec Louis Morissette, l'auteur de « C.A. », alors que la série en était à sa première année à la télé. Louis Morissette a été très généreux et nous avons discuté longuement de cette question. Nous avons aussi débordé de la question en discutant de nos observations sur la sexualité dans la société québécoise.

Je ne sais pas si vous vous souvenez de C.A., cette série-télé qui a abordé toutes sortes de thèmes en lien avec la sexualité? Tout un jargon avait été développé pour aborder la sexualité; on parlait d'une « collation » au lieu de « fellation », d'un « chantier » au lieu d'un « vagin », etc. À l'époque, j'avais été dérangée par ce jargon. Je trouvais assez ridicule qu'on ne puisse parler de sexualité sans être capable de nommer « pénis, vagin, masturbation »! J'ai donc profité d'avoir Louis Morissette en face de moi pour lui demander ce qui avait motivé son choix. J'ai été absolument renversée par sa réponse : « Lorsque j'ai présenté mes textes à Radio-Canada, j'utilisais les vrais termes, mais on m'a dit que c'était trop vulgaire, qu'on ne pouvait pas dire « vagin » avec les taxes des QuébécoisEs. J'ai donc modifié les textes et créer ce jargon ».

!!!

C'est renversant non? À la direction de la télé de Radio-Canada, on a jugé qu'il était moins vulgaire de parler d'un vagin en disant « chantier » qu'en disant « vagin »!

La question qui m'habite est la suivante : est-ce que l'équipe de Radio-Canada est trop stuck-up ou est-ce que cette équipe est assez branchée avec la population québécoise et est capable d'anticiper le déferlement de plaintes qui auraient été envoyées s'ils avaient permis à un auteur de parler de sexualité avec humour en employant les vrais termes sur leurs ondes?

Et vous, qu'en pensez-vous?