samedi 24 juillet 2010

Mesures de protection contre les drogues du viol?

Des scientifiques ont réussi à inventer un test qui permettrait à une personne qui le souhaiterait de détecter la présence de drogues du viol dans son verre (GHB, kétamine et bénzodiadépines). Le procédé est simple; il suffit de mettre quelques gouttes de ce qui se trouve dans votre verre sur une bande spéciale; si celle-ci change de couleur, c’est que votre verre contient une des trois drogues du viol énuméré plus haut.

Ces gadgets contiennent certaines lacunes. La première chose qu’on oublie, c’est que la principale « drogue du viol », c’est l’alcool. Payer un, deux, huit verres à une personne pour l’amener à perdre ses inhibitions et son sens du jugement peut être très efficace pour entraîner une personne sans son consentement et avoir des relations sexuelles avec elle. Donc dans ce cas, les bandes ne sont d’aucune utilité.

Ensuite, on sait que la majorité des personnes qui mettent de la drogue dans un verre en mettent dans le verre d’une personne qu’elles connaissent; un(e) ami, l’ami(e) d’un(e) ami(e), une connaissance et parfois même un(e) client(e) (par le barman ou la barmaid). Comme je le disais à propos des condoms anti-viol ici, nous n’avons pas tendance à mettre en place des mesures de protection pour nous protéger des personnes qu’on connaît et en qui on a confiance. Il faut arrêter de croire que les personnes qui utilisent la drogue du viol sont majoritairement de méchants inconnus; c’est plutôt le contraire.

Ensuite, une personne qui boirait une consommation qui contient de la drogue risque davantage d’en prendre conscience le lendemain (lorsqu’elle ne sait pas comment elle est entrée chez elle, a un black-out à propos de parties de la soirée, etc) qu’au moment où elle le boit, parce que ces drogues affectent le jugement.

Le problème avec ce genre de gadget, c’est qu’il nous donne un faux sentiment de sécurité; c’est bien beau avoir une de ces bandes dans son sac, mais si notre jugement est affecté, aurons-nous la capacité de penser à l’utiliser?

vendredi 23 juillet 2010

L'avenir du sexe sans risque selon Pat Califia


Vous connaissez Pat Califia? Ou Patrick Califia? En fait, il s’agit de la même personne. Cette femme, qui a choisi de vivre en homme depuis plusieurs années, a participé activement au mouvement féministe et au mouvement gai qui a émergé à San Francisco dans les années 70. Dans son recueil de textes « Sexe et utopie » (dont je vous parlerai plus longuement dans un prochain post), Califia fait exploser les limites de nos perceptions de la sexualité. Souvent confrontante, mais rarement ennuyante, sa réflexion nous amène à réfléchir à l’extérieur de la boîte » dans laquelle on place souvent la sexualité.

Afin de vous initier à sa réflexion à propos de la sexualité, je vous présente les quarante-deux choses que Pat Califia croit que vous pouvez faire pour rendre l’avenir du sexe sans risque. N’hésitez pas à laisser vos commentaires!

- Prendre la défense d’une clinique qui pratique l’avortement. Aider les femmes à franchir les piques de manifestants de la Droite et rentrer dans le bâtiment;
- Rédiger une petite annonce à caractère sexuel;
- Quand vous lisez dans le journal que la police sévit contre la prostitution, appelez-la et dites-lui que vous n’aimez pas qu’elle dépense votre argent pou arrêter les putes. Puis écrivez au journal pour dire la même chose. Exhortez le gouvernement à dépénaliser la prostitution. Personne ne devrait aller en prison en essayant de gagner sa vie;
- Écrivez une lettre hebdomadaire à vos députés. Demandez-leur d’abroger les lois RICO (lois fédérales ayant trait au racket et à la corruption aux États-Unis), de voter contre la peine obligatoire pour trafic de drogue, d’affecter plus d’argent aux services de désintoxication et du planning familial, de développer la recherche contre le cancer du sein et contre le sida, et arrêter la campagne contre la prostitution du Ministère de la Justice. Rappelez à ces riches ennemis du trou du cul qu’être pauvre n’est pas un crime. L’argent que nous dépensons actuellement à la construction de nouvelles prisons devrait être utilisée pour créer des emplois au cœur des villes et à construire de meilleures écoles. La « League of Women Voters » (organisation encourageant l’information et la participation active des citoyens à la vie politique) peut vous dire qui sont vos représentants et vous donner leur adresse. N’oubliez pas d’en envoyer une copie à notre plouc de Président;
- Étudiez le sexe;
- Écrivez une lettre hebdomadaire à votre maire, aux adjoints de votre ville, aux élus régionaux et aux députés. Dites-leur que vous vous opposez aux lois contre la sodomie, les lois pour lesquelles l’incitation est illégale et qui obligent les auteurs d’un délit sexuel à se présenter à la police. Dites-leur que vous votez;
- Votez;
- Opposez-vous aux tentatives visant à ce que les États adoptent un standard de seuil d’obscénité moins élevé (comme le Miller test; standard mis au point en 1973 par la Cour Suprême, visant à déterminer si un mot ou une expression peut être jugé obscène ou non. Si le mot ou l’expression est jugé obscène, il échappe au Premier Amendement de la Constitution des États-Unis et peut être interdit).
- Donnez du plaisir;
- Rejoignez un groupe comme la American Civil Liberties Union » (union des libertés civiles américaines), Californians Against Censorship Together (groupe californien contre le censure), Feminist for Free Expression, National Campain for Freedom of Expression, Planned Parenthood Federation of America, ou Coyote Ces groupes se battent pour votre liberté sexuelle. Pensez à joindre une enveloppe timbrée à votre demande d’information;
- Trouvez un nouveau fantasme;
- Si une supérette de quartier est bloquée par des manifestants parce qu’on y trouve des magazines pour adultes, rentrez et achetez-en un. Dites au gérant que vous soutenez sa décision de proposer des articles demandés par les consommateurs;
- Faites de l’art sur les impressions que vous procure le sexe;
- Si un groupe de personnes anti-pornographie prend en photo les clients d’un sex shop, venez avec un Polariod et photographiez-les;
- Écrivez une lettre d’amour à une partie mal-aimée de votre corps;
- Pensez à examiner régulièrement vos testicules et vos seins;
- Apprenez à quelqu’un à jouir avec un préservatif;
- Si votre ville lance des répressions contre les bains ou les clubs échangistes, écrivez à vos élus et envoyez une copie de votre lettre au journal local. Dites aux gens au pouvoir que vous souhaitez un lieu propre et bien éclairé où faire des rencontres hasardeuses avec des inconnus excités. N’oubliez pas de leur rappeler qu’il est beaucoup plus sûr d’avoir des rapports protégés dans un lieu public que d’avoir des rapports non protégés chez soi dans l’intimité de sa propre chambre;
- Mesurez le haut degré moral de revendications. Soyez authentiques dans votre indignation;
- Si quelqu’un essaie d’interdire un livre dans une école ou en bibliothèque, faites-vous entendre. Vous seriez surpris de voir combien il est facile de gagner ces batailles seulement en se montrant et en prenant la parole. Proposer des livres qui parlent de sexe dans les bibliothèques est encore plus important que dans les magasins parce qu’ils sont gratuits et davantage de personnes peuvent les consulter (particulièrement les jeunes);
- Regardez un col de l’utérus.
- Renseignez-vous sur les programmes d’éducation sexuelle des écoles de votre ville. Si vous pensez qu’il est inadapté, exprimez votre inquiétude aux responsables de l’école. Il n’est pas nécessaire d’être parent d’élève pour cela. Nous payons tous des impôts pour l’éducation nationale, nous avons donc tous le droit de façonner la politique publique. Les jeunes ont besoin d’entendre parler du contrôle des naissances, des rapports protégés et de l’homosexualité;
- Regardez vos organes génitaux;
- Dites dans les magasins de disque que vous ne voulez pas de nom de label sur votre musique. Dites à votre député que vous ne voulez pas de lois qui limitent les différentes sortes de musique dans les bacs;
- N’ayez pas honte. Ne vous laissez pas envahir par la peur;
- Si votre pharmacie met les préservatifs derrière le comptoir, demandez à ce qu’ils soient présentés là où les gens peuvent les acheter sans avoir à les demander. Dites au pharmacien qu’il en vendra plus si le client peut éviter d’être dans l’embarras. Demandez des gants en latex. Demandez des digues dentaires. Demandez des lubrifiants à base d’eau. Demandez des prospectus sur le sida et les rapports protégés;
- Écrivez à un prisonnier;
- Appelez à ABC, NBC et CBS (antennes nationales et régionales aux USA). Dites que vous voulez voir des publicités sur les préservatifs aux heures de grande audience;
- Dites aux organisations gaies que vous aimeriez qu’elles soutiennent le Premier Amendement (« le Congrès ne pourra faire aucune loi ayant pour objet l’établissement d’une religion ou interdisant son libre exercice, de limiter la liberté de parole ou de presse, ou le droit des citoyens de s’assembler pacifiquement et d’adresser des pétitions au gouvernement pour qu’il mette fin aux abus ») et qu’elles fassent la chasse aux affaires d’obscénité. Dites-leur que vous aimeriez qu’elles soutiennent les partisans des seringues à usage unique. Dites-leur que vous voulez qu’elles défendent les travailleurs du sexe qui sont arrêtés. Dites-leur qu’il est temps de remettre du sexe dans l’homosexualité;
- Enlevez vos œillères;
- Travestissez-vous;
- Parlez à des travailleurs du sexe, des personnes transgenres, des célibataires, des sadomasochistes, des hétérosexuels – des personnes dont l’identité sexuelle ou les pratiques diffèrent des vôtres;
- Masturbez-vous en prenant votre temps;
- Dites dans les magasins de vidéos que vous appréciez de pouvoir louer des vidéos à caractère pornographique;
- Cessez d’essayer de contrôler les goûts sexuels des autres. Vous aurez alors plus de temps pour vous occuper des vôtres;
- Fabriquez ou achetez un godemiché;
- Portez-vous volontaire dans un centre d’aide aux victimes de viol, dans un refuge pour femmes battues ou dans un centre d’appel sur le sida;
- Distribuez des seringues et des préservatifs gratuitement. Si vous ne pouvez pas le faire, donnez de l’argent aux personnes qui le feront pour vous;
- Organisez des rondes de quartier. Faites savoir aux fouteurs de merde qu’ils ne s’en sortiront pas avec de la haine et de la violence sur votre territoire;
- Vivez longtemps en vous faisant remarquer. Notre passage sur terre devrait consister à « Jouer les troubles fêtes » et non à « Faire semblant d’être déjà mort. »

Au-delà du fait que plusieurs de ces choses sont exclusives aux États-Unis, d’autres sont transférables ou sont carrément applicables. Questions? Commentaires? Exprimez-vous!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

jeudi 22 juillet 2010

Connaître d'où on vient pour savoir où on va...

Des chercheurs mettent six singes dans une cage. Dans cette même cage, on retrouve une échelle avec, au bout, un régime de bananes. À un certain moment, un des singes décide de grimper l’échelle pour aller se chercher une banane. Au moment où le singe touche les bananes, les cinq autres singes au sol se font donner une décharge électrique. Puis le temps passe… Le singe ayant grimpé à l’échelle est remplacé par un nouveau singe. Au bout d’un moment, le nouveau singe voit les bananes et tente de grimper à l’échelle; tous les autres singes se jettent sur lui pour l’empêcher de grimper, car ils ne souhaitent pas se faire électrocuter. Ce singe ne saura pas pourquoi, mais il apprendra qu’il ne doit pas grimper à l’échelle. L’expérience se poursuit et tour à tour, les singes qui se sont fait électrocuter sont remplacés par un nouveau singe. À chaque fois, c’est pareil; le nouveau singe tentera de grimper à l’échelle et tous les autres singes (y compris ceux qui ne se sont pas fait électrocuter, mais qui ont tenté de grimper l’échelle) se lancent sur le singe pour l’empêcher de grimper. À la fin de l’expérience, aucun des cinq singes ne s’est fait électrocuter, mais ils empêchent tous le sixième de grimper à l’échelle. Pourquoi? Ils n’en ont aucune idée, mais c’est ce qu’ils ont appris.

Cette réalité est vraie dans plusieurs contextes, mais l’est davantage dans l’histoire des luttes sociales qui ont et sont encore menées aujourd’hui. Nous nous devons de connaître l’histoire de ces luttes et les luttes féministes font parties de l’héritage culturel québécois à connaître.


« Ma vie en trois actes », l’autobiographie de Janette Bertrand, pourrait bien vous éclairer sur cet aspect historique en plus d'être tout à fait divertissant. Dans la mesure où madame Bertrand a participé à déconstruire plusieurs tabous, notamment plusieurs tabous en lien avec la sexualité, elle a une grande place dans l’histoire du Québec, dans l’évolution des mœurs, mais aussi dans la remise en question du modèle conventionnel de la famille et de la place de l’homme et de la femme dans ces familles québécoises.

Dans son autobiographie, on comprend mieux le contexte social avant l’émergence des luttes féministes; celui des femmes et des hommes, mais aussi celui des canadiens-français et du « peuple » comme on l’appelait à l’époque. En même temps, on apprend que Janette Bertrand a failli mourir plusieurs fois, qu’elle est une grande dépendante affective et qu’elle a une relation de culpabilité en lien avec l’argent. « Ma vie en trois actes » nous apprend à mieux connaître l’auteure et la femme, mais aussi à présenter l’histoire des femmes à laquelle Janette Bertrand a grandement participé.

Ma seule tristesse à la fin de ce livre, c’est d’apprendre que Janette Bertrand, cette grande dame qui a tellement contribué à toutes sortes de causes sociales au Québec a été mise de côté par l’industrie médiatique qui ne souhaite plus faire appel à elle… Janette Bertrand est une grande pédagogue, une femme humaine, à l’écoute des autres qui possède une capacité extraordinaire à saisir une réalité et à la mettre en mots et en images à l’écran. Mettre Janette Bertrand de côté, c’est se priver d’une source de sensibilisation grand public extraordinairement efficace.

samedi 17 juillet 2010

La beauté présentée par l'industrie de la mode

"Je suis trop grosse, je suis laide, je n'aime pas mon nez, je suis trop vieille..." sont des choses qu'on entend régulièrement de femmes qui ne se trouvent pas belles. Le modèle de beauté est jeune, sexy, mince... et blanc.

L'office national du film a produit le documentaire "La couleur de la beauté" qui met en scène une jeune femme noire qui tente de percer dans le monde du mannequinat. Alors qu'elle correspond à tous les autres critères de beauté que l'on connaisse, semblerait-il qu'elle n'ait pas la bonne couleur de peau pour correspondre aux critères de beauté.

Déjà que ces trois premiers critères de beauté sont questionnables, il est triste de voir que le milieu de la mode est xénophobe...

Par contre, le milieu de la mode est sensible aux critiques du public. Il y a u an et demi, la compagnie de chaussures Brown avait publié un catalogue présentant des images de femmes stéréotypées et sexistes. La coalition nationale contre les publicités sexistes (CNCPS) avait fait une sortie publique pour dénoncer ce catalogue. Et bien cette dénonciation a porté fruits, car leur catalogue printemps-été 2010 est très chouette. À ce sujet, la CNCPS a cru bon de nommer le bon coup de la compagnie en diffusant publiquement une lettre de félicitations. On l'oublie, mais le renforcement positif peut être très efficace! Pensez-y la prochaine fois que vous achèterez un vêtement!

Pour lire la lettre de la CNCPS, cliquez ici.

Mon passage à l'émission "C'est fou le désir"

La radio de Radio-Canada présente depuis déjà trois semaines une émission qui a pour titre "C'est fou le désir". Dans les premières émissions, les animateurs Serge Bouchard, Jean-Philippe Pleau et Marie-Michèle Giguère ont défini le désir, se sont penchés sur les lieux du désir et sur le temps du désir.

Cette semaine, l'équipe a choisi d'explorer la tension du désir en amitié. Lors de l'émission qui sera diffusée dimanche le 18 juillet 2010 à 20h00, vous pourrez m'entendre expliquer certains concepts en ce qui concerne le désir, plus spécifiquement distinguer le désir sexuel du désir amoureux. Je parlerai aussi du contexte social qui teinte nos perceptions de la place que devrait prendre le désir dans nos relations amicales.

Si vous avez manqué l'émission, vous pouvez vous rendre sur le site Web de "c'est fou le désir" pour écouter l'émission en cliquant ici (mon entrevue a lieu tout de suite après l'introduction).

Bonne écoute!

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

vendredi 16 juillet 2010

Le conseil de presse du Québec prend position contre les commentaires homophobes


Lors des jeux Olympiques de Vancouver, j'avais rédigé quelques billets à propos de commentaires homophobes tenus par deux commentateurs sportifs ici, ici et ici.

Les commentateurs avaient fait de timides excuses le lendemain, mais rien qui ne semblait réellement sincère.

Cette semaine, le conseil de presse du Québec a rendu sa décision et blâme les deux commentateurs. 

Pour consulter la décision rendue par le conseil à ce sujet, cliquez ici.


La violence conjugale enseignée aux enfants

Il importe de connaître l'histoire et de savoir d'où on vient; qu'est-ce qui a construit notre société, notre culture et nos valeurs, etc. Mais on ne se le cachera pas, certains éléments qui font partie de l'histoire sont peu reluisants.

Jusqu'où doit-on aller pour transmettre l'héritage culturel? Devrions-nous mettre certaines limites? Devrions-nous laisser de côté certains éléments qui ont fait partie de l'enfance de nos parents et nos grands-parents, parce que nous prenons conscience de leur barbarie?

Lorsque je travaillais dans les camps de vacances, une amie s'était insurgée qu'on chante "j'ai ramené du fond du Zimbabwe" qui avait un caractère raciste et xénophobe et souhaitait que nous cessions de la chanter; avait-elle raison de faire une telle demande?

Aujourd'hui, je viens d'être confrontée à une comptine pour enfant qui banalise la violence conjugale, et ce, très ouvertement. Une compagnie l'a même endisquée et en a fait une comptine illustrée et animée. La voici:


Croyez-vous que, sous prétexte qu'une chanson fait partie de l'héritage culturel (l'héritage culturel français si j'ai bien compris), nous devrions continuer de la chanter à nos enfants? Devrions-nous faire pression sur les compagnies de disque et les éditeurs de livres pour enfants pour leur rappeler leur rôle social?

jeudi 15 juillet 2010

Allez, même pas chiche!

On trouve parfois des trucs fascinants!

Truc fascinant du jour; ces sous-vêtements en.... verre!

Il y en a pour hommes et pour femmes; n'est-ce pas fantastique?

Est-ce que vous oseriez?

:-D

Sophie Morin, Sexologue-Consultante

Artiste: Dr Boris Shpeizman

dimanche 11 juillet 2010

Les Québécois ne veulent plus draguer et encore moins séduire; enfin ma critique!


Ça fait plusieurs mois que je vous avais annoncé la venue de ma critique du livre « Les Québécois ne veulent plus draguer et encore moins séduire ». J’ai amorcé cette lecture il y a presque un an et je viens tout juste de la terminer Il y a d’ailleurs une raison à ça : plusieurs passages de l’essai m’ont fait complètement sauter au plafond. J’avais donc décidé de mettre cette lecture de côté le temps de digérer un peu tout ça et je l’ai repris il y a quelques jours. Par contre, ces mois de repos n’ont pas changé ma perception; les mêmes propos m’ont toujours fait autant sauter au plafond! J

Ce qui est réellement étrange, c’est que plusieurs réflexions à propos du contexte de séduction au Québec sont réellement intéressantes! Mais plusieurs autres ont pour trame de fond « c’est à cause des féministes que les hommes sont si mêlés aujourd’hui ». Ah les méchantes féministes! Comme elles ont le dos large! 

Mais au-delà des féministes fautrices de trouble, les auteurs de l’essai nous font réfléchir sur des aspects très intéressants à propos des relations hommes femmes. On nous parle des prétextes utilisés pour ne pas séduire (la paresse, la peur du rejet, l’orgueil, etc.), de la problématique que cause l’opposition dans laquelle on place constamment les hommes et les femmes où l’accent est mis sur leurs différences, plutôt que sur leurs ressemblances plus grandes en nombre. On nous présente aussi le défi de la séduction dans un contexte où certaines femmes ont un besoin de contrôler la situation, laissent peu de place à l’imprévu, à la surprise et surtout, au laissé aller.

Toute une section est accordée aux impacts possibles de la pornographie sur les relations entre les hommes et les femmes, notamment sur les sites hard en constante augmentation sur le net où le corps est réduit à l’état de chose, d’objet uniquement destiné au plaisir égoïste où il est logiquement permis de le détruire. On nous parle aussi des modèles de la porno auxquels se réfèrent les hommes et au modèle Walt Disney du prince et de la princesse auquel se réfèrent les femmes.

Certains extraits méritent d’ailleurs d’être cités :
  • Dans l’intensité de l’émotion sentimentale, dans l’ambiguïté des perceptions amoureuses, il n’y a aucune égalité (…) Lorsqu’ils sont sous la domination du sentiment amoureux, les hommes et les femmes ne sont pas égaux. Ils sont profondément déstabilisés, mais complémentaires.
  • Les mythes (ne pas pleurer, de toujours être fort), les empêche (les hommes) de vivre pleinement leur potentiel dans les rapports avec eux-mêmes et avec les autres.
  • Ils (les hommes) doivent non pas trouver la place que les femmes voudraient qu’ils prennent, mais eux, trouver leur propre place. Il faut que les hommes puissent se redéfinir.
  • Nous vivons à une époque où, pour être « in », il faut aspirer à la perfection instantanée et, idéalement, sans effort.
On ne peut le nier: la séduction est un défi à relever. Que ce soit dans les relations hétérosexuelles ou homosexuelles (aspect complètement évacué de ce livre), ce n’est pas toujours évident. Alors que les auteurs nous ont présenté des réflexions intéressantes, ils en présentent d’autres complètement archaïques et préhistoriques. J’ai sélectionné quelques passages que je souhaite commenter :

Le spectre du harcèlement sexuel : Il faut insister sur une particularité québécoise : la lutte acharnée au harcèlement sexuel. Il est bien sûr nécessaire de réprimer les comportements harcelants, mais la définition du harcèlement peut ratisser tellement large qu’elle finit par englober des comportements de séduction.
Dans le reste du passage, les auteurs font carrément preuve de mauvaise foi dans les exemples cités. La séduction n’est certainement pas synonyme de harcèlement sexuel. Une personne peut tenter de séduire une autre personne, mais si cette autre personne envoie un signal de désintérêt ou met une limite, si la personne continue ses gestes ou ses paroles, ça devient du harcèlement sexuel. Il ne s'agit pas du geste, mais du contexte dans lequel ce geste a eu lieu qui nous permet de déterminer s'il s'agit de harcèlement ou non.

Les auteurs s’indignent, car la définition de harcèlement sexuel inclus qu’un seul geste peut être considéré comme du harcèlement sexuel. Mais pour que ce seul geste soit considéré comme du harcèlement, on ne parle pas d’un regard furtif! On pense à une personne qui empoignerait les fesses de son ou sa collègue « pour rire », d’une réunion durant laquelle une personne s’adresserait à une collègue en s’adressant volontairement à ses seins ou autres situations du genre.

Tenter de faire croire aux lecteurs(rices) qu’un sourire ou une tentative d’entrer en contact est considéré comme du harcèlement sexuel n’est rien d’autre que de la mauvaise foi et une méconnaissance du phénomène et des impacts du harcèlement sexuel chez les personnes qui en sont victimes.

Le féminisme a fait perdre de vue le plaisir de la drague.
Depuis quand les féministes sont contre la séduction? La majorité des féministes sont contre la banalisation du harcèlement sexuel et du « c’est juste une blague » de la part des personnes qui outre passent les limites. Mais la séduction, ça reste agréable et ce n'est absolument pas en contradiction avec les valeurs féministes.

L’art d’avoir l’air bête et l’anti-manuel de séduction : À l’écrit, toujours mieux s’exprimer avec aisance et originalité de manière à humilier le lecteur mâle.
Ok, donc une femme qui aurait étudié en littérature ou amoureuse de la langue ne pourrait écrire une lettre avec aisance et originalité? Est-ce réellement à une femme de niveler par le bas en n'utilisant pas ses forces pour séduire un homme de peur de blesser son orgueil ou à l’homme de savoir être séduit par une femme qui a une force qu’il n’a pas lui-même? Parce que ce que je comprends ici, c'est qu'une femme ne doit pas être plus intelligente qu’un homme pour ne pas le blesser… Bienvenue en 1950…

La vraie séduction, c’est de se faire désirer, ne pas montrer qu’on désire l’autre.
Je suis en désaccord avec ce postulat; je trouve que ça devient schizophrénique et aliénant! Cacher notre désir pour l’autre en souhaitant se faire désirer, c’est de la manipulation, mais c’est aussi avoir peur de perdre le contrôle. Et dans une relation saine entre deux personnes, il ne devrait pas y avoir de lutte de pouvoir de cette façon.

Au restaurant, il est monnaie courante que deux tourtereaux insistent pour diviser la note en part égale. Cette habitude, d’une impolitesse crasse, est un legs du mouvement féministe.
Je connais plusieurs personnes qui, au cours des premiers rendez-vous, préfèrent payer leur part. Il est évident que si l'autre personne souhaite vous inviter, il faut savoir accepter l’invitation. Mais est-ce qu'une femme doit s'attendre à ce que l’homme paye la note au restaurant? Je ne crois pas. Et si la femme souhaite inviter, l’homme devrait aussi accepter l’invitation sans s’insurger. Le féminisme prône effectivement l’égalité et je ne vois pas pourquoi il reviendrait aux hommes de payer et en quoi ça sabote la séduction.

Les femmes valorisent donc tout ce qui est féminin, et malgré leur amour pour les hommes, elles vont dévaloriser ce qui est masculin. C’est ce qu’on entend dans le discours féministe depuis 45 ou 50 ans; tout ce qui est considéré comme masculin, la compétition, la rationalité, etc. est même dévalorisé et même diabolisé.
Les féministes diabolisent la rationalité? Ça se passe de commentaire…

Les gars n’ont plus le droit d’être des gars.
Cet aspect est réellement intéressant, mais on ne définit nul par c’est quoi être un gars! Quand j’étais à l’université, j’ai fait le cours qui s'intitulait « La condition masculine » où nous nous étions penchés sur cette question. La conclusion à laquelle nous nous étions arrêtés, c’était que les hommes ne se définissent pas parce qu’ils sont, mais par ce qu’ils ne sont pas, soit ne pas être des femmes, ne pas être des enfants et ne pas être des homosexuels. Donc jusqu’à ce qu’une personne me définisse c’est quoi être un gars, il faut arrêter de dire que les femmes et les féministes empêchent les gars d’être des gars!

Je pourrais encore citer des dizaines d’exemples machistes et réducteurs présents dans ce livre, mais je vais m'arrêter ici.

Dans leur livre, les auteurs défendent la séduction et militent pour l’intégration de la séduction dans le mode de vie des Québécois et des Québécoises, mais ne semblent pas distinguer « séduire » et « aspirer à avoir des relations sexuelles ». Il y a là pour moi une contradiction si l'objectif est d'amener les Québécois à savoir séduire par plaisir et présenter la séduction dans un contexte qui vise surtout à avoir des relations sexuelles.

De plus, les auteurs nous présentent une panoplie d’auteurs qui disent militer pour la cause des hommes alors qu’une bonne partie d’entre eux militent surtout contre les féministes.

J'ai une question pour vous: est-ce que le contexte de la séduction est si catastrophique au Québec? Devrions-nous envier le contexte de séduction français ou Sud américain? Est-ce une mauvaise chose que plus de femmes participent activement au processus de séduction et n'attendent pas passivement que les hommes viennent les aborder? Je suis d'accord qu'il y a des améliorations à apporter: les hommes auraient avantage à reprendre confiance en eux et en leurs moyens et les femmes auraient avantage à apprendre à décliner sans mépris les avances d'une personne qui ne les intéresse pas. Mais sincèrement, je n'envie rien au contexte français où "mettre ses limites" devant un homme trop insistant nous attire des insultes telles "sale pute mal baisée". Et encore moins au contexte Sud américain où des soldats armés faisant le contrôle des routes se permettent d'arrêter 3 femmes pour les contrôler.... et en profite pour les questionner sur l'absence de leurs copains et essayer de leur soutirer leur numéro de téléphone (cette histoire m'est personnellement arrivée).

En bref, la trame de fond de ce livre présente plusieurs réflexions et solutions constructives noyées sous une mer de réflexions barbares qui m’ont trop souvent fait décrocher. Je ne crois pas que les auteurs soient anti-féministes, mais le choix des auteurs qu'ils citent dans leur ouvrage oriente la réflexion en ce sens.