vendredi 27 février 2015

Est-il adéquat de parler de pénétration anale en 6e année du primaire?

Cette semaine a été lancé le nouveau programme d'éducation physique et santé en Ontario et on m'a demandé de commenter la section concernant l'éducation à la sexualité. Le programme, de plus de 250 pages, s'adresse aux élèves de la première année jusqu'à l'équivalent de notre secondaire deux. Le contenu du programme a fait beaucoup parler et plusieurs hommes politiques, journalistes, commentateurs se sont questionnés sur les contenus inclus dans le programme d'éducation à la sexualité. Les thèmes qui ont suscité controverse et malaise? L'homosexualité, la masturbation et la pénétration anale, entre autres.
 
 
Comme je l'effleurais dans cette entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes, j'observe plusieurs difficultés lorsque vient le temps d'aborder l'éducation à la sexualité avec des enfants. D'une part, le sujet est extrêmement émotif, car qui dit "éducation à la sexualité", dit aussi "éducation aux valeurs". Certains parents sont inquiets que les valeurs transmises dans les cours d'éducation à la sexualité aillent dans un autre sens que les valeurs transmises à la maison. Cet élément fait en sorte que le débat devient très rapidement émotif. Aussi, un des éléments qui entre en ligne de compte, c'est qu'une bonne majorité d'adultes voit la sexualité exclusivement avec leurs yeux d'adultes. La majorité des adultes n'ont pas eu de cours d'éducation à la sexualité lorsqu'ils étaient enfants, donc n'ont pas vraiment de notions de "comment peut-on faire de l'éducation à la sexualité avec les enfants". Beaucoup d'adultes projettent leur compréhension de la sexualité sur les enfants en ne soustrayant pas l'aspect fantasmatique et érogène de la sexualité, et c'est là le nœud du problème. Une des distinctions entre les adultes et les enfants, c'est que les enfants ont une idée très réduite de ce qu'est la sexualité. Les conceptions de "faire l'amour" sont très abstraites. Ça va de "deux personnes qui se donnent un bisou" à "deux personnes qui dorment dans le même lit" à "deux adultes qui se frottent ensemble". Mais les notions de désir, de tension sexuelle, de fantasmes érotiques et de plaisir sexuel sont des notions presque impossibles à saisir pour eux. Ces éléments ne font pas partie de leur univers. Même si la réponse sexuelle a pu être expérimentée par des pressions, des touchers, etc., ces gestes, même s'ils peuvent avoir amené un enfant à expérimenter le plaisir, ne sont ni anticipés ni associés à un imaginaire érotique. L'expérience aura eu lieu dans le "ici et maintenant", mais n'a pas été planifiée.
 
 
Comme ces éléments ne font pas partie de l'univers des enfants, il est encore plus important d'aborder certaines notions de sexualité pour prévenir, par exemple, les agressions sexuelles. Pourquoi? Par exemple, si un adulte, dans l'univers de la vie de l'enfant (90% des agressions sexuelles sont commises par des proches) fait des attouchements sexuels à l'enfant, celui-ci n'a pas la capacité de comprendre ce qui se passe. L'enfant est capable de ressentir qu'il n'aime pas les gestes, mais qu'il aime la personne qui les pose. Cette double émotion peut être complètement déroutante pour lui. La situation peut être d'autant plus déroutante si le corps de l'enfant réagit (ce qui n'est pas rare dans le cas d'agression sexuelle). Cela étant dit, ces notions peuvent nous permettre de comprendre pourquoi il est important de parler de plaisir à un jeune enfant. On peut lui nommer qu'il y a des "touchers qui font oui" et d'autres "touchers qui font non" et que si une personne  la touche d'une façon qui lui fait non, qu'elle peut dire non, même si le toucher vient d'une personne qu'elle aime. On peut aussi lui parler des différentes façons d'aimer: l'amour entre deux adultes amoureux, l'amour entre un parent et un enfant, l'amour entre deux amis. Par la même occasion, on lui nomme qu'un adulte et un enfant ne peuvent pas être des amoureux. Qu'il est impossible qu'un enfant et un adulte puissent former un couple. Qu'un adulte peut aimer très fort un enfant, mais que cet amour n'est pas celui de deux amoureux. Ces façons d'aborder la sexualité sont platoniques, mais elles sont au cœur de la prévention des agressions sexuelle. Ces notions sont aussi à la base de l'apprentissage du concepts de consentement. Un enfant à qui ont a appris que son corps lui appartenait sera un enfant qui, une fois à l'adolescence, sera capable de négocier ses limites avec un partenaire amoureux et sexuel. Cette habileté permettra aussi de négocier l'utilisation des moyens de contraception. Ces notions peuvent être abordées avec des enfants à partir de 18 mois et au fur et à mesure que l'enfant grandira, nous pourrons ajouter des informations pour nuancer et pour compléter sa compréhension de la sexualité. Un enfant avec qui la discussion à propos de la sexualité a été entamée dès le jeune âge aura la capacité de poser des questions à ses parents pour mieux comprendre. Un enfant avec qui la sexualité n'est jamais abordée comprend que c'est un sujet tabou, voir inacceptable, pour ses parents et risque de ne pas lui-même aborder les questions. Il souhaitera très probablement que ses parents abordent le sujet, mais, comme ses parents, il sera trop mal à l'aise pour le faire.
 
 
Donc pour ce qui est d'aborder la pénétration anale avec un enfant de 6e année, il y a plusieurs nuances à amener. Tout d'abord, le programme d'éducation à la sexualité en Ontario aborde les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) en 6e année. C'est via ce thème que pourrait être abordée la pénétration anale. Il ne s'agit donc pas d'aborder cette pratique d'un point de vue moral (est-ce que c'est bien ou mal?) ou encore de l'aborder d'un point de vue du plaisir (est-ce agréable ou non?). La pénétration anale est mentionnée, car une des façons, dont une ITSS peut être contractée, c'est via la muqueuse anale. On peut se questionner à plusieurs effets: est-ce que la 6e année est trop tôt pour aborder les ITSS? Ne devrait-on pas attendre plus tard avant d'aborder ce thème? Est-il nécessaire d'aborder cette voie de transmission? À toutes ces questions, nous pourrions répondre non, tout dépend de notre tolérance au risque.
 
 
Les ITSS (comme la toxicomanie d'ailleurs) sont abordés en 6e année, car l'entrée au secondaire est, pour bien des adolescents, un moment où peuvent survenir les premières expériences de consommation de drogue et de contacts sexuels. Est-il souhaitable que ces premières expériences surviennent à 13 ans? Non. Par contre, croyons-nous qu'il soit préférable qu'un jeune connaisse les différents risques associés à une pratique, s'il choisit d'adopter une pratique? Je crois que oui. Plus nous attentons pour aborder un thème, plus le risque est grand qu'un adolescent ait expérimenté cette situation avant qu'on lui en ait parlé. Le risque est donc plus grand aussi que l'expérimentation ait eu lieu sans prendre en considération les risques, car l'adolescent ne connaît probablement les risques, car nous ne lui en avons pas parlé. Pour plusieurs cultures où la virginité est importante, par exemple, il arrive que des jeunes filles fassent le choix d'expérimenter la sexualité via la pénétration anale pour conserver cette virginité. Est-ce que ces pratiques sont la norme? Non. Mais comment être en mesure de cibler les personnes qui pourraient avoir des croyances erronées? À ce sujet, saviez-vous qu'il est scientifiquement documenté que plus un enfant est exposé à une éducation sexuelle adéquate, plus l'âge des premières relations sexuelles est repoussé? Il est donc erroné de croire que l'éducation à la sexualité amène les jeunes à expérimenter la sexualité; c'est plutôt le contraire. L'éducation à la sexualité permet aux adolescentes de pouvoir prendre des décisions libres et éclairées. C'est une façon de les responsabiliser par rapport à leur propre vie.
 
 
Si je reviens à la pénétration anale, il n’est à mon sens pas du tout utile d'aborder la pénétration anale comme telle pour aborder les ITSS. Il serait tout à fait possible d'expliquer d'abord qu'est-ce qu'une infection pour ensuite parler des différents risques de transmission avec leurs différents niveaux de risque, incluant les poignées de main, partager la même toilette et les activités sexuelles. Il est alors possible d'indiquer que les pratiques sexuelles sont des pratiques qui ont lieu entre deux personnes consentantes (on le souhaite!) dans le but d'avoir du plaisir (cette façon de faire aborde indirectement la prévention des agressions sexuelles par le fait même). Lors des activités sexuelles qui sont souhaitées, le vagin des femmes sera davantage lubrifié et le pénis des hommes pourra produire des liquides (liquide pré-éjaculatoire et le sperme). Il est donc possible d'indiquer que l'ITSS peut se transmettre si ces fluides corporels se retrouvent en contact avec les muqueuses du corps de notre partenaire, y compris si un de ces fluides est sur nos doigts et qu'on touche à une muqueuse de notre partenaire. C'est à ce moment qu'on peut nommer les différentes muqueuses du corps humain: le nez, les yeux, la bouche, le vagin, la vulve, le gland du pénis et l'anus. Est-ce que cette énumération risque de faire rire? Bien sûr. Est-il nécessaire de se mettre à nommer toutes les positions sexuelles dans lesquelles ça pourrait arriver? Bien sûr que non. Plusieurs jeunes seront d'ailleurs mal à l'aise par rapport à ces sujets et il est possible de le nommer: "Vous savez, il est normal de trouver que c'est étrange de souhaiter avoir des pratiques sexuelles. C'est une réalité qui appartient davantage au monde des adultes. Nous vous en parlons maintenant, car nous croyons qu'il est préférable que vous ayez toutes les informations nécessaires pour le jour où ça arrivera. Il est possible que ce jour soit dans de nombreuses années. Le plus important à se souvenir, au-delà des risques d'infection, c'est que peu importe les comportements que vous essayerez d'expérimenter, le plus important est d'être à l'aise et de ne pas faire des choses que vous ne souhaitez pas faire. Écoutez votre voix intérieure et si vous vous sentez mal, demandez à votre partenaire qu'il ou elle arrête. Dans le même ordre d'idée, il est extrêmement important d'être à l'écoute de votre partenaire. Si vous sentez que votre partenaire hésite, arrêtez-vous et demandez-lui si ça va, s’il ou elle souhaite ralentir. La sexualité, c'est une des choses les plus intimes qu'une personne a; il faut en prendre soin et ne pas aller au-delà de ce qu'on souhaite ni au-delà de ce que l'autre souhaite".

vendredi 20 février 2015

Intégrité physique, sexualité et fouille à nue

Depuis deux jours est sur toutes les lèvres le cas d'une adolescente qui aurait subi une fouille à nue à son école. Je ne suis pas une spécialiste de la gestion scolaire ni une juriste, donc je m'abstiendrai de prendre position sur ces aspects.  En tant que sexologue, les réflexions que j'ai depuis 2 jours sont sur l'éthique et sur le rôle de l'école dans l'éducation à la sexualité. Pour beaucoup de personnes, il est plus facile de se cacher derrière l'argument "j'ai le droit!" que de se questionner sur la situation en se demandant: "Est-ce souhaitable?"
 
J'ai travaillé durant plusieurs années sur les problématiques d'agression sexuelle. J'ai même débuté ma carrière en faisant le tour du Québec pour rencontrer des moniteurs de camp de vacances pour faire de la formation sur l'agression sexuelle. Je suis donc extrêmement sensible aux enjeux et à l'importance du respect de l'intégrité physique d'une personne. L'intégrité physique est probablement ce qu'une personne a de plus intime et de plus précieux, sans compter que c'est une chose qui ne s'achète pas. L'intégrité physique est une des composantes qui le plus souvent attaquée dans des crimes où l'autre cherche à avoir le pouvoir, comme dans la violence conjugale et dans l'agression sexuelle. Saviez-vous qu'un des crimes de guerre considérés comme le plus terrible est celui où des soldats vont dans des villages pour violer les femmes du peuple ennemi? Ce n'est pas sans raison; bafouer l'intégrité physique et sexuelle d'une personne, c'est frapper là où ça fait le plus mal.
 
Lorsqu'on fait de la prévention des agressions sexuelles auprès des parents, un des éléments qu'on leur explique est l'importance du respect des limites et des frontières physiques de l'enfant. Par exemple, qu'il faut éviter d'insister pour que l'enfant donne un bec à sa grand-mère s'il n'a pas envie ou qu'il faut arrêter de chatouiller un enfant lorsqu'il dit "non", même s'il rigole. La raison est bien simple: il faut lui envoyer le message qu'il a le droit de mettre des limites pour préserver son intégrité physique. Si un parent explique à son enfant qu'il a le droit de dire non "si on le touche d'une façon qui fait non", mais que le parent exempte les proches de cette règle, il n'y a pas de cohérence. L'enfant comprend que le droit à son intégrité physique est limité et il aura du mal à dénoncer une agression sexuelle qui provient de la part d'un proche (90% des agressions sexuelles sont commises de la part d'un proche).Mais est-ce que cette règle devrait être contournée pour le "bien-être de l'enfant"? Ou pour le "bien-être collectif"?  Il y a quelques années, j'assistais à un colloque sur la sexualité des adolescents et un pédiatre nous racontait le cas d'un enfant qui refusait de subir un examen médical pour recueillir des preuves d'une agression sexuelle, mais que les parents insistaient pour que l'examen ait lieu.  Le médecin leur demanda : "Si je comprends bien, vous me demandez d'agresser sexuellement votre enfant à nouveau?" Sa question avait eu son effet et les parents avaient accepté de respecter la volonté de l'enfant, même s'ils avaient légalement le droit de le contraindre à cet examen.
 
Revenons maintenant au cas de l'adolescente de Québec en ayant ces informations en tête: quel message envoi-t-on aux jeunes lorsque l'autorité suprême de l'école a "le droit" de procéder à des fouilles à nu des élèves? On leur dit que le respect de leur intégrité physique est limité et que la recherche de vérité prime. On en revient à dire que la recherche de vérité peut se réaliser à tout prix et que le prix à payer est la violation de l'intégrité physique dans ce qu'elle a de plus intime. On leur dit que la recherche de drogue justifie la mise à nue... Il y aurait là des liens intéressants à faire entre la prostitution et la consommation de drogue dans le message que ça envoie, mais là n'est pas le sujet de ce billet.
 
L'autre question qu'on pourrait se poser c'est "Est-ce que le fait d'exaspérer les enseignant.e.s et la direction d'école devrait restreindre la possibilité de préserver son intégrité physique?" Il est plus facile de répondre "non" pour bien des gens lorsqu'on imagine un élève gentil, poli, doué et populaire que lorsqu'on imagine un élève à problème, multipoqué.e et impoli. Mais c'est justement ici que ça devient intéressant. Si on a plus de facilité à dire que la fouille à nu est méritée pour l'élève "à problème", l'argument va dans le même sens que celui de dire que l'agression sexuelle est parfois justifiée... et méritée! On le voit comme une punition et on dira que la personne a "couru après". Mais la violation de l'intégrité physique ne devrait jamais être perçue comme une punition acceptable, peu importe le crime. Jamais. Et encore moins dans une école, un lieu d'éducation, de formation et de transmission de valeurs.

dimanche 15 février 2015

Pourquoi je ne jugerai pas les spectateurs de 50 shades of Grey

Le film 50 shades of Grey est sorti officiellement depuis moins de 2 jours et le nombre de critiques qui "spinnent" sur le sujet est impressionnant. J'ai moi-même fait une critique de la sortie du film en deux billets   ici et ici. Je trouvais pertinent de revenir sur certains débordements que la sortie du film suscite, notamment en ce qui concerne l'implication des journalistes dans le débat et la place qu'on accorde aux femmes dans le sadomasochisme.
 
Les critiques culturels, éditorialistes et journalistes
Être journaliste demande une très grande culture générale. J'admire beaucoup le travail des journalistes parce qu'il faut couvrir des sujets pour lesquels les personnes ne sont pas expertes en rendant les nouvelles digestibles pour les lecteurs, auditeurs, etc. Ce n'est pas toujours évident, j'en conviens. Par contre, je constate, pour la couverture de ce film, un grand manque de rigueur journalistique. Ce que je constate de la part de plusieurs journalistes aujourd'hui, je le constate aussi de la part de certaines personnes dans les écoles et les commissions scolaires, de plusieurs parents et d'intervenants dans les organismes communautaires lorsqu'on aborde le dossier de l'éducation à la sexualité à l'école. Plusieurs de ces acteurs semblent se dire "Moi j'ai une sexualité, donc mon avis et mon expérience personnelle de la sexualité sont des expertises; ma sexualité est un outil de formation et un baromètre social sur ce qui est acceptable ou non". Une personne restera toujours l'experte de sa propre vie sexuelle. Mais avoir une vie sexuelle ne fait pas d'une personne une experte en la matière. Faire de l'éducation à la sexualité, critiquer un phénomène sexuel, amener les gens à réfléchir sur un thème sexologique en étant capables de prendre une distance par rapport à sa propre sexualité, ce n'est pas inné. C'est pour cette raison qu'il existe une formation au baccalauréat en sexologie: c'est pour acquérir cette expertise. Avec 180 collègues, nous en avions parlé ici.
 
Tout le monde a droit à son avis personnel. Tout le monde a droit et ses goûts. Mais il faut être capable de faire la distinction entre "Moi ça ne me convient pas, mais maintenant que c'est dit, voici mon avis sur le sujet:..." comme le fait la femme dans ce débat à Bazzo.tv. Malheureusement, une bonne proportion de journalistes et de chroniqueur en sont allés de leur avis sans avoir fait de recherche sur la sous-culture sadomasochiste. J'ai entendu des journalistes et des chroniqueurs dire: "Je n'ai rien contre le sadomasochisme, mais soumettre une femme dans des relations sexuelles, on es-tu revenus dans les années 50?"; ce que ces journalistes décrivent comme étant dérangeant, C'EST du sadomasochisme. En contrepartie, je n'ai entendu aucun journaliste dire "Je suis contre les pratiques sadomasochistes" Je ne vois pas quel est le problème à dire "Je suis contre le sadomasochisme". On dirait que les journalistes se sont donné le mandat d'avoir l'air cool et ouverts aux sexualités, mais qu'en même temps, leur prise de position et leur discours sont complètement contradictoires. Est-ce parce qu'ils n'ont pas pris le temps de faire de recherche pour comprendre en quoi consistait le sadomasochisme ou parce qu'ils ne sont pas capables de prendre de distance par rapport à leur propre vie? Je ne sais pas. Mais le résultat reste le même: il s'est dit beaucoup de n'importe quoi sur le sadomasochisme. Il s'est aussi dit beaucoup de n'importe quoi sur le film et le livre par des gens qui n'avaient ni lu l'un ni vu l'autre.
 
Critiquer un film pour sa direction photo, sa réalisation et le jeu des acteurs en tant que chroniqueur culturel, c'est parfait. Mais aborder l'aspect sexuel du film en maintenant un niveau acceptable de professionnalisme nécessite de faire des recherches sur le thème et de faire appel à des gens qui le connaissent pour être en mesure de bien le présenter, le nuancer et le critiquer.
 
Le sadomasochisme et les femmes
Un autre aspect que je trouve dérangeant dans cette couverture médiatique, c'est qu'encore une fois, on dit "Je n'ai rien contre le sadomasochisme. Mais..." Mais on est dérangé par le fait que la personne masochiste dans la dyade soit une femme. Faut-il que le sadomasochisme concerne un homme soumis et une femme dominatrice pour qu'il soit acceptable? Si c'est la femme qui est soumise et l'homme qui est dominateur, revient-on nécessairement 50 ans en arrière ou sommes-nous automatiquement en présence d'une dynamique de violence conjugale? Je suis tout à fait consciente que les frontières entre ces différents phénomènes sont très minces. Il est toujours plus facile de rester dans les exemples caricaturaux où tout est blanc ou noir. Mais la vie, sans vouloir faire de jeux de mot poche, est plus souvent faite de nuances de gris.
 
J'ai déjà parlé des fantasmes chez les femmes, dont le fantasme de soumission volontaire, communément appelé le "fantasme du viol", qui figue parmi les trois fantasmes les plus populaires chez les femmes (Crépault, 2007). J'en ai longuement parlé dans ce billet pour expliquer que fantasmer sur le viol ne signifiait pas "souhaiter se faire violer", bien au contraire. Il semble choquant pour beaucoup de personnes d'accepter que des femmes fantasment sur la soumission ou aiment baiser. Pas faire l'amour, mais baiser. Il semblerait qu'il soit acceptable que les femmes fassent l'amour tendrement, mais pas d'avoir des relations sexuelles très crues. J'écrivais un billet récemment qui traitait des échecs du mouvement féministe à rendre la vie sexuelle des femmes complètement libre. Malgré qu'on dise que les femmes ont le droit de décider pour elles-mêmes, on peut s'interposer dans leur vie sexuelle lorsqu'on juge qu'elles ne devraient pas aimer ce type ou cet autre type de pratiques, pour les protéger d'elles-mêmes et de la société. Ce double discours est aliénant et contribue davantage à garder les femmes dans un rôle sexuel conservateur que de se libérer des racines patriarcales.
 
J'ai souvent entendu des femmes dire "J'aime ça me faire donner des claques sur les fesses! J'aime la baise animale! Je trouve ça excitant!" Est-ce que ça veut dire que ces femmes sont brainwashées? Est-ce que ce type de relations sexuelles sont malsaines? Ça dépend. Ça dépend, d'une part si les deux personnes ont consenti librement et de façon éclairée et d'autre part, s'il s'agit de la seule méthode pour atteindre le plaisir sexuel. Si la pratique est consentie et fait partie d'un large registre de pratiques sexuelles pour atteindre du plaisir, on ne peut pas parler d'une sexualité malsaine. Si cette pratique est la seule qui permet d'atteindre l'excitation et le plaisir sexuel, la situation est différente. Quant au consentement, s'il est absent, on parle alors d'agression sexuelle.
 
Je souhaiterais simplement attirer l'attention sur l'importance de laisser les femmes libres de prendre des décisions pour elles-mêmes, même si leur décision va à l'encontre de nos valeurs.
 
L'érotisation de la douleur
Ce qui semble incompréhensible pour certaines personnes, c'est d'accepter que d'autres personnes aient du plaisir sexuel en incluant différentes formes des violences et de soumission. Il existe un exemple commun qui s'apparente aux sensations recherchées dans le sadomasochisme: le sport. Vous avez surement déjà entendu des personnes pratiquer un sport expliquant à quel point ils aiment se pousser à bout, aller au-delà de leurs limites, se dépasser. Plusieurs sportifs considèrent qu'il est nécessaire que ça fasse mal lors de l'entrainement pour que ce soit un bon entraînement. Le flux d'hormones qui circule dans leur corps est jouissif pour plusieurs d'entre eux et le soulagement qui survient après, immense. C'est un discours très commun dans le milieu du sport. Personne ne dit qu'il faille pratiquer le sport avec ce niveau d'intensité. Mais il s'agit là d'une des façons de pratiquer le sport qui n'est ni mieux ni pire que la personne qui fait des balades en vélo en ne faisant pas augmenter son rythme cardiaque.
 
C'est la même chose pour les pratiques sadomasochistes, dont j'ai traité longuement dans ce billet. Il ne s'agit pas ici de tomber dans la morale "Est-ce bien ou mal de pratiquer le sadomasochisme?" Il s'agit plutôt de dire que ces pratiques sexuelles existent et que si elles sont pratiquées par des personnes qui ont donné leur consentement libre et éclairé, elles peuvent être saines. Maintenant, est-ce que comme sexologue clinicienne, je pourrais "prescrire" ce type de pratiques à des couples qui viendraient me consulter? Non. Je serais extrêmement étonnée que ça arrive un jour. La pratique du sadomasochisme, c'est comme la pratique de l'escalade sans corde; il est extrêmement risqué de s'adonner à ces pratiques sans avoir une très bonne connaissance de ses limites psychologiques et corporelles. On ne décide pas un matin  d'escalader une falaise de 100 pieds sans corde si on n'a jamais essayé l'escalade. C'est la même chose pour le sadomasochisme; il s'agit d'une pratique qui peut être saine lorsqu'elle est pratiquée par deux personnes capables de nommer leurs limites et respecter celles de l'autre. Faire le choix d'instaurer ce type de pratiques dans le cas où une situation de couple va mal et que la communication est difficile est un suicide relationnel et une porte ouverte vers beaucoup de souffrances psychologiques. Le canal de communication avec l'autre doit être limpide et la capacité de rester alerte aux limites de l'autre primordial pour que la pratique du sadomasochisme soit saine et sécuritaire. Sans quoi, ce ne serait plus du sadomasochisme: ce serait un sadique qui agresse une personne qui n'a pas consenti. Comme ça semble être le cas dans l'histoire Gomeshi.

jeudi 12 février 2015

Ma critique sexologique du film 50 shades of Grey

Les romans ont fait couler beaucoup d'encre. Plusieurs féministes ont dénoncé les livres en invoquant la banalisation et l'érotisation d'une dynamique de violence conjugale. D'autres ont soulevé la question du libre choix des femmes pour leur sexualité qui se trouve à être un des apports des luttes féministes. Il y a aussi une bonne quantité de personnes qui se sont prononcées sur le phénomène sans l'avoir lu en présumant du contenu qui s'y trouvait. Personnellement, en lisant le premier roman, j'ai compris pourquoi il était aussi populaire: il était écrit avec un rythme s'apparentant au "Da Vinci Code" sur une trame de roman de Danièle Steel avec un personnage féminin qui découvre l'extase sexuelle en jouissant en un seul claquement de doigts. Wow! On avait là plusieurs ingrédients pour mener vers un succès. Le livre n'aurait probablement pas fait autant parler de lui si la pratique sexuelle mise de l'avant dans le roman n'avait pas été le sadomasochisme (j'en ai parlé plus longuement dans un précédent billet). Pourtant, l'auteure E.L. James n'est pas la première à mettre en scène le rôle d'une femme vulnérable qui se fait initier au sadomasochisme par un homme puissant.  Paolo Coelho a écrit le roman "onze minutes" où le personnage principal est beaucoup plus enclin à adhérer au sado-masochisme, mais son roman a beaucoup moins fait parler. Ironiquement, les critiques du livre de Coelho banalisent très certainement l'aspect sadomasochiste du livre pour n'en faire à peu près pas mention.
Il est important que je mentionne que la trame du film est similaire et différente à la fois de celle du tome 1 de la trilogie des livres. Similaire, car ce qui a été gardé se trouvait bel et bien dans le livre, mais différent, car le film étant grand public et non pornographique, plusieurs aspects importants  se rapportant aux scènes sexuelles ont été coupés. Il est très difficile de rendre à l'écran la charge érotique qui peut se trouver dans une scène sadomasochiste sans laisser planer certaines longueurs pour démontrer l'érotisation de l'attente (élément important dans le sadomasochisme). Ensuite, à la lecture du livre, on sent beaucoup d'ambivalence de la part du personnage d'Anastasia à s'engager dans des pratiques sadomasochistes. On sent aussi beaucoup de peur, d'incertitude et de naïveté ingénue. Il est étonnant de lire dans le tome 1 qu'une jeune femme n'ayant jamais eu de relation sexuelle, ne s'étant jamais masturbée, n'ayant jamais démontré d'intérêt pour la sexualité obtient son premier orgasme lors de sa première relation sexuelle en se faisant caresser les seins. Il est étonnant aussi de voir qu'elle pratique des fellations "gorge profonde" naturellement et qu'elle est multiorgasmique dès ses premières relations sexuelles. Mais ces éléments ne sont pas présents dans le film, ce qui amène un éclairage différent de cette idylle.
La journaliste de Radio-Canada me demandait à la sortie du film si 50 shades of Grey était une représentation saine de la sexualité. J'admets que je ne savais pas trop quoi répondre... J'hésitais pour plusieurs raisons; d'une part, le sujet du sadomasochisme est extrêmement délicat, d'autre part parce que des collègues féministes avaient crié au scandale, mais surtout, parce que le film (si on fait abstraction des livres)... n'était pas si pire que ça d'un point de vue sain de la sexualité. Sain, car presque la moitié des scènes érotiques nous présentent des échanges sexuels passionnés, sans plus ni  moins que bien des films. D'autre part, car on voit une jeune femme qui s'adonne à ce jeu vraiment pour ce qu'elle perçoit: un jeu. Elle semble s'amuser des caprices de son nouveau partenaire, car elle voit cette relation comme beaucoup plus globale que seulement des pratiques sadomasochistes. Pour elle, il ne s'agit pas d'un mode de vie, mais bien d'un jeu dans lequel elle a mis ses limites en négociant un contrat. La situation semble saine aussi, car elle la questionne et met ses limites lorsque ça ne lui convient plus. La situation peut ne pas convenir à tout le monde, mais malsaine? Je ne peux pas dire ça.
Par contre, si on regarde la situation d'un point de vue relationnel, on peut mettre beaucoup de bémols; l'homme souhaite non seulement avoir des pratiques sexuelles sadomasochistes, mais l'inclure dans un mode de vie. Il est à savoir que ce n'est pas du tout le cas de la majorité des personnes qui s'adonnent aux pratiques sadomasochistes. Le fait de ne pas réellement faire de coupures entre les pratiques sexuelles et la vie quotidienne lorsque le sadomasochiste s'inscrit dans le cadre d'une dynamique de couple peut devenir extrêmement malsain, voire, devenir une dynamique de violence conjugale. Pat Califia, auteur prolifique sur la déconstruction des genres a plusieurs fois abordé ces questions dans ses écrits.
Bien de choses s'expliquent; on peut comprendre qu'un homme qui a vécu les 4 premières années de sa vie dans un milieu dysfonctionnel empreint de violence et de négligence développe une sexualité où se côtoient amour et haine, douleur et plaisir. Par contre, ce n'est pas parce qu'un phénomène s'explique qu'il est légitime. Dans "50 shades of Grey", nous n'assistons pas seulement à la mise en scène d'un homme qui a des pratiques sexuelles sadomasochistes. Nous assistons à la mise en scène d'un homme qui a besoin de tout contrôler pour ne pas sentir que le monde s'écroule sous ses pieds, y compris le contrôle de sa partenaire dans toutes les sphères de sa vie: sa sexualité, son alimentation, ses allées et venues, etc. Le contrôle, c'est probablement ce qui l'a gardé en vie, lorsqu'il était enfant. Mais devenu adulte, ce contrôle n'est plus une fatalité, mais un choix qu'il fait. En ce sens, on ne peut pas parler d'une relation saine entre deux adultes.
Vivre une vie de couple saine, c'est développer la capacité de partager une intimité avec l'autre. Avoir des relations sexuelles n'implique pas nécessairement de l'intimité avec une personne, car l'intimité se développe par la capacité de montrer son côté vulnérable à l'autre. Dans "50 shades of Grey", le personnage d'Anastasia semble accepter la proposition de Grey de s'adonner à des pratiques sadomasochistes dans le but de construire une intimité, ce qui n'est pas le cas de Grey lui-même. Le besoin de contrôle en tout temps rend impossible l'atteinte d'une intimité. De mon point de vue, le sadomasochisme est un prétexte pour aborder ce thème qui est au cœur de toutes les relations amoureuses. Je suis convaincue que tout le monde serait capable de faire des liens avec sa propre vie en écoutant ce film.
Finalement, je ne suis pas certaine que je recommanderais le film pour la St-Valentin. Bien sûr, la première partie contient une bonne charge érotique qui pourrait donner envie à certaines personnes de s'éclipser vers les toilettes pour soulager la tension. Mais la deuxième partie contient son lot d'ambivalence, de pratiques sadomasochistes (qui ne conviennent pas à tout le monde), de contrôle et de cassures. Ce genre de films peut très certainement susciter des discussions sur les valeurs au sein d'un couple. Dépendamment de votre capacité à entretenir une discussion avec votre partenaire sur un sujet sur lequel vous aurez peut-être des points de vue divergeant, peut-être serait-il plus sage de ne pas aller voir ce film pour la St-Valentin si vous souhaitez terminer votre soirée dans l'harmonie. À vous de juger!

"50 shades of Grey" et les pratiques sadomasochistes

Cette semaine, Radio-Canada m'a demandé d'aller visionner le film "50 shades of Grey" en avant-première pour donner mon avis professionnel sur le film tant attendu. On m'avait tellement parlé de ce phénomène que l'an dernier,  j'ai décidé de lire le livre pour me faire une tête. Restait à voir si le film allait être similaire ou non.

Je ne peux pas parler du film sans d'abord parler des pratiques sadomasochistes qui font tant couler d'encre. Voici donc le premier de deux billets; le premier portera sur les pratiques sexuelles sadomasochistes et le second sera ma critique sexologique du film en tant que tel.

Les gens connaissent très mal les pratiques sadomasochistes. La plupart des gens croient que donner une claque sur les fesses de son partenaire est du sadomasochisme, mais ce n'est pas le cas. Les personnes qui se qualifient de sadomasochistes sont des personnes qui éprouvent du plaisir sexuel à donner ET à recevoir des pratiques humiliantes, que ce soit par de la violence verbale, physique, psychologique ou sexuelle, et ce, dans un contexte de MUTEL consentement libre et éclairé. Si une personne n'est pas encline à interchanger les rôles, elle n'est pas sadomasochiste; elle est soit sadique (éprouve du plaisir sexuel et érotique à humilier et dominer) ou masochiste (éprouve du plaisir sexuel et érotique à être humiliée et dominée). Les sadiques purs sont plutôt rares pour une raison pratique: les masochistes purs sont aussi plutôt rares et difficiles à trouver. Alors que les spécialistes de la santé mentale classifient les sadiques et les masochistes de personnes détenant une paraphilie (un trouble déviant de la sexualité), les personnes sadomasochistes, non. Le fait d'avoir la capacité d'interchanger les rôles en n'étant pas encarcané dans un seul script et un seul rôle sexuel exempte les personnes ayant des pratiques sadomasochistes d'un diagnostic de paraphilie.

Les gens qui ont des paraphilies, sont des personnes pour qui l'excitation sexuelle est possible sans être en relation avec une personne, ou plutôt, ne sont pas réellement capables d'entrer en relation avec les autres; l'autre devient un accessoire à son plaisir sexuel et érotique. Le sadique, par exemple, est excité par le sentiment qu'il a d'être Dieu, car il a le pouvoir de vie et de mort sur l'autre. C'est ce pouvoir qui est excitant et non la relation avec l'autre. Ce serait la même chose pour une personne qui est fétichiste des souliers: cette personne n'aurait plus besoin que sa partenaire porte le soulier; le soulier seul amène l'excitation. Par contre, toutes les personnes qui sont excitées lorsque leur partenaire porte des souliers à talons ne sont pas fétichistes. Le fétichisme, le masochisme et le sadisme deviennent des paraphilies lorsqu'elles sont ESSENTIELLES à la sexualité et au plaisir sexuel et érotique.  Si le soulier ou la fessée font partie d'un large registre sexuel et érotique, il ne s'agit pas de paraphilie.

Soit dit en passant, les personnes qui ont ce type de pratiques vont plus rarement consulter en sexologie clinique. Étonnant n'est-ce pas? Mais attention, ne faites pas de raccourci intellectuel; le sadomasochisme n'est pas LA pratique qui règle tous les problèmes. Il n'y a pas d'étude qui donne de réponse claire sur ce sujet, mais il est possible d'avancer des hypothèses.

Le consentement
Dans le livre et dans le film "50 shades of Grey", il est clairement mis de l'avant que le personnage de Grey propose un contrat à Anastasia et que les pratiques sexuelles acceptables ou non pour l'avenir sont le fruit d'une discussion et d'une négociation. Les deux personnes doivent donner leur consentement libre et éclairé sur les pratiques sexuelles. C'est exactement ce qui se passe dans le monde sadomasochiste: les personnes établissent des contrats écrits ou verbaux pour convenir de ce qui est acceptable et conviennent aussi d'un mot de code à énoncer si le ou la dominante excède la limite de la personne dominée. Si la personne masochiste énonce le mot de code, la personne dominante cesse.
 
On peut être d'accord ou non avec les pratiques sadomasochistes, on peut les comprendre ou non, mais on ne peut pas nier qu'il y a plus de consentement libre et éclairé dans ce type de pratiques que dans la majorité des pratiques sexuelles dites "normales" dans la population générale. Rares sont les personnes qui prennent le temps de discuter des pratiques qu'elles acceptent et celles qu'elles n'acceptent pas. Combien de fois j'ai entendu des femmes raconter que leur partenaire avait éjaculé dans leur bouche sans qu'elles le souhaitent? Qu'ils leur tapaient les fesses sans qu'elles le souhaitent? Qu'ils tentaient la pénétration anale sans qu'elles le souhaitent? Souvent. Très souvent. Si je n'en ai pas parlé dix fois sur ce blogue, je n'en ai pas parlé une fois: ce qui distingue une agression sexuelle d'une relation sexuelle, c'est la notion de consentement libre et éclairé. Et dans les pratiques sadomasochistes, les vraies, le consentement est là. D'ailleurs, les personnes qui pratiquent le sadomasochisme sont souvent plus à l'affut des réactions de leur partenaire pour s'assurer que les limites ne sont pas dépassées. C'est exactement pour cette raison aussi que l'argument de Gomeshi invoquant ses pratiques sexuelles sadiques avec les femmes qui ont porté plainte contre lui ne tient pas la route. S'il avait vraiment été un adepte du sadomasochiste, il aurait eu des ententes avec ses partenaires et celles-ci y airaient consenties, car les ententes auraient été mutuellement négociées.

Avoir la capacité de poser ses limites et de les négocier est clairement un avantage pour vivre une vie sexuelle épanouie et satisfaisante. Ce ne serait donc pas le fait de pratiquer le sadomasochisme qui serait l'ingrédient gagnant d'une vie sexuelle épanouie, mais la capacité de ces adeptes de nommer et de négocier leurs limites. Une personne qui a de la difficulté à nommer ce qu'elle aime et ce qu'elle n'aime pas ne devrait pas pratiquer le sadomasochisme, car elle se met ainsi à risque de blessures morales et physiques importantes.

Plusieurs personnes ont la pensée magique de croire que l'autre devrait savoir ce qu'elles aiment et ce qu'elles n'aiment pas, sans avoir à le nommer, et ce, dans la vie de tous les jours comme dans leur sexualité. S'attendre à ce que l'autre devine et fasse don de télépathie est s'exposer à beaucoup de frustrations et d'insatisfactions. Bien sûr, nommer ses besoins et ses attentes, c'est aussi se rendre vulnérable: vulnérable au sentiment de rejet si l'autre refuse ou si l'autre s'indigne de notre demande. Mais la réelle intimité, c'est aussi celle dans laquelle deux personnes ont la capacité de se montrer vulnérables et de se faire confiance. C'est vrai pour l'expérimentation de pratiques sadomasochistes, mais c'est surtout vrai dans les pratiques sexuelles de tous les jours dites "normales".

Donc si je peux me permettre un conseil: avant de songer expérimenter des pratiques sexuelles qui éprouveront vos limites physiques et psychologiques, assurez-vous d'être en présence d'une personne en qui vous avez confiance, avec qui vous vous sentirez capable de nommer vos goûts et vos limites, mais surtout, dont vous avez confiance que ces limites seront respectées en tout temps.

lundi 9 février 2015

La beauté? Surtout une question d'attitude

Tout de suite lorsqu'on pense au corps, on pense aux corps qu'on voit, ceux sur les panneaux publicitaires, ceux dans les magazines de mode, ceux qui nous font rêver et celui qu'on aimerait avoir! Malgré le fait que l'être humain possède 5 sens, c'est celui de la vue qui domine largement notre vie.
 
Il est fascinant de constater que le modèle de beauté corporelle présenté aux femmes ne comporte pas beaucoup de variations. Très souvent, la beauté est représentée par une femme très jeune et très mince dans des poses suggestives. Mais est-ce que la beauté ne peut revêtir qu'un seul visage? Je ne tomberai pas dans le cliché de "la vraie beauté est celle du coeur". Bien évidemment, la beauté n'est pas que physique. Mais lorsqu'on fait référence au corps et à la beauté physique, peut-on réellement dire que la beauté puisse s'opérationnaliser en une série de critères précis?
De mon point de vue, la beauté physique réfère en grande partie à l'attitude et à la confiance en soi. "Est-ce que je me trouve belle?" Si vous êtes incapable de répondre oui, ça se représentera dans votre corps, dans votre façon de vous tenir, dans votre façon de vous présenter, et ce, même si vous détenez tous les critères inscris dans la liste que vous vous êtes dressé des critères de beauté! Prenons, par exemple, Cameron Diaz. Si vous faites une recherche pour trouver des photos d'elle dans le film "Triple alliance", puis ensuite, pour le film "Dans la peau de John Malkovitch", vous aurez droit à deux femmes complètement différentes. La capacité de se trouver beau ou belle et d'être fière de soi s'appelle le narcissisme sain; chaque individu a intérêt à développer son narcissisme sain pour être bien dans sa peau et dans son corps. C'est ce que nous démontre ici l'artiste Gracie Hagan dans son oeuvre "Illusions of the body". Allez y jeter un coup d'oeil; c'est fascinant!

dimanche 1 février 2015

Réflexion sur le fantasme

Ah les fantasmes! Ce sont eux qui font vagabonder notre esprit lorsque nous sommes éveillés. À la différence des rêves, les fantasmes surviennent à l'état d'éveil; nous avons la possibilité de les contrôler, de les modifier et de les moduler. Certaines personnes hésitent parfois à parler de leurs fantasmes avec des amis ou avec leur partenaire de peur d'être jugées. Une des raisons souvent évoquées en lien avec cette peur d'être jugé, c'est la croyance qu'un fantasme est une situation qu'on souhaiterait vivre dans la réalité. Mais ce n'est pas toujours le cas.
 
Par exemple, une personne pourrait fantasmer d'avoir des relations sexuelles avec plusieurs partenaires. Dans le fantasme, l'activité sexuelle est certainement excitante et agréable. Probablement que les orgasmes multiples sont au rendez-vous. Mais dans la réalité, il n'est pas dit qu'il sera possible de se sentir suffisamment en confiance avec toutes ces personnes pour se laisser-aller à des activités sexuelles et de s'abandonner suffisamment pour atteindre l'orgasme. Pour certaines personnes, cette situation restera du domaine du fantasme dans lequel elles se sentiront hyperséduisantes de créer l'excitation sexuelle d'autant de personnes. Pour d'autres, le fantasme leur permettra de vivre une activité sexuelle qu'elles n'osent pas expérimenter, ou encore, qu'elles n'osent pas, pour le moment, suggérer à leur partenaire. Bref, le même fantasme n'aura pas la même signification d'une personne à une autre. Un fantasme n'est pas malsain en soi. Il est même possible d'avoir des fantasmes au cours d'une relation sexuelle avec un partenaire.
 
Le seul drapeau jaune à l'horizon au sujet des fantasmes au cours des relations sexuelles avec un partenaire est le suivant: avez-vous besoin de toujours fantasmer sur autre chose que la relation sexuelle en cours? Si oui, il est possible que votre partenaire vous dise tôt ou tard qu'il ou elle ne vous sent pas très présente et ça peut occasionner des conflits. Les fantasmes sont sains, mais il ne faut pas que ça vous coupe de la réalité n'ont plus.