dimanche 25 février 2018

Je souhaiterais avoir un couple ouvert


Est-ce que vivre dans un couple ouvert peut régler certains de vos problèmes de couple? Alors que certains croient qu’un couple ouvert est la plaie d’un couple solide, d’autres jurent que c’est ce qui leur permet de rester ensemble. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question, mais il y a probablement une réponse mieux adaptée à votre situation. Voici certains des critères à prendre en considération pour mieux être en mesure de prendre une décision éclairée.

Combler quoi?Quel a été l’élément déclencheur qui vous a amené à vous poser cette question? Êtes-vous actuellement en couple? Si oui, comment se porte votre couple? Est-ce que ce questionnement est survenu alors que votre relation se passe bien, que vous vous sentez proche de votre partenaire, que vous êtes comblé.e amoureusement et sexuellement? Est-ce que ce questionnement est en réponse à une insatisfaction ou une frustration? Est-ce que le couple ouvert est en réponse à la naissance de cette insatisfaction? Comment avez-vous tenté d’aborder la question avec votre partenaire? L’idée ici n’est pas de porter un jugement sur la raison qui a fait émerger ce questionnement, mais de réfléchir à la question « Suis-je en train de déplacer le problème? » Si cette idée de couple ouvert vise à éviter d’aborder un sujet délicat, votre insatisfaction risque d’émerger à nouveau dans une autre sphère de votre vie et le couple ouvert risque d’exacerber la situation que vous vivez.

Et l’autre?Que pense votre partenaire de cette idée de couple ouvert? Est-ce que ce questionnement a émergé conjointement? Est-ce que chacun de vous a eu l’opportunité d’exprimer réellement ce qu’il et elle pensait de cette idée, que ce soit par rapport aux bons et aux mauvais côtés? Est-ce que vous avez eu tendance à regarder uniquement les bons côtés ou les mauvais côtés? Pour être en mesure de prendre une décision éclairée, il est nécessaire d’avoir un portrait global, soit de voir les aspects positifs et négatifs de cette décision. Si un des partenaires ne participe pas franchement à cette discussion, les probabilités qu’un couple ouvert soit un échec sont grandes. Un manque d’authenticité dans ce type de réflexion fait en sorte que vous ou votre partenaire ou tous les deux cachez des parties de ce que vous pensez et de ce que vous ressentez. Il pourrait être difficile de revoir le tir à moyen et long terme dans ces conditions. Il est possible qu’une des personnes ait le sentiment « qu’il est trop tard pour s’exprimer » et que plutôt que de revenir sur l’entente, décide de mettre fin à la relation.

Les règlesTous les couples ouverts n’ont pas les mêmes règles. Il n’y a pas de type de règles qui sont garantes d’une réussite. Par contre, omettre de mettre des règles claires et d’être tous les deux d’accord sur ces règles est souvent un pas vers l’échec du couple ouvert. Mentir par omission peut causer bon nombre de conflits dans le futur. Si votre souhait est de maintenir la relation actuelle, cette tactique n’est probablement pas la meilleure. De plus, il est possible qu’une règle ait été mise en place et ne convienne plus à un des partenaires dans le futur. Une question importante à se poser est « Qu’est-ce qui est le plus important? » Est-ce de maintenir votre vie de couple? De pimenter votre vie? De ne pas sentir de barrière dans votre vie sexuelle? La réponse à cette question orientera votre décision, mais le maintien de la relation de couple ne sera pas automatique selon votre priorité.

Bonne réflexion!

samedi 24 février 2018

Est-ce que la nudité est toujours érotique?


Avez-vous entendu parler des controverses à propos du monokini par les femmes dans les centres aquatiques canadiens cet été? Des femmes ont souhaité aller aux glissades d’eau en conformité avec la réglementation de la ville et de la province en couvrant leurs organes génitaux avec leur maillot de bain. Elles se sont fait dire que ce n’était pas suffisant et que, contrairement aux hommes, elles devaient obligatoirement cacher leurs seins. Des plaintes ont été formulées par ces femmes et l’affaire est maintenant entre les mains des tribunaux. Parallèlement, plusieurs centres aquatiques réfléchissent à leurs valeurs, aux droits des femmes et aux droits des enfants pour tenter de donner une orientation à la réglementation de leur centre. L’éléphant dans la pièce au cœur du débat est sans contredit la sexualité et les valeurs québécoises concernant la sexualité. Voici quelques non-dits qui ont été soulevés par cette situation.

Enfants vs adultesUn des principaux points soulevés dans le débat concerne les enfants. « Le parc aquatique est un parc thématique pour les enfants et les familles. Si c’était pour les adultes, ce serait différent ». Le sous-entendu ici concerne l’érotisme, mais surtout, la nudité associée à l’érotisme. Dans l’imaginaire collectif québécois, la nudité est à peu près toujours associée à l’érotisme. Un corps nu est un corps excitant. Et l’excitation vient en partie du fait que ce soit interdit et caché. Si vous consultez la littérature d’il y a 150 ans, vous pourrez lire des récits ou la vue d’une cheville était absolument érotique. À d’autres époques, c’était les cheveux qui suscitaient cet éveil sexuel, alors qu’à d’autres, c’était la vue d’un genou ou du ventre. Ces sources d’excitation étaient associées aux mœurs de l’époque et à ce qui était interdit ou permis de voir.

On souhaite donc protéger les enfants de l’érotisme en présumant qu’un corps nu est automatiquement érotique. D’une part, nous avons du mal à voir un corps nu pour ce qu’il est : un corps nu. Un corps naturel. Un corps sans artifice. D’autre part, nous percevons l’érotisme comme quelque chose de dangereux. La conséquence logique est de vouloir protéger les enfants du danger en les gardant loin du danger. L’érotisme et le corps nu étant, pour plusieurs, indissociables, on s’affaire à cacher les corps nus. Et moins on en voit, plus la nudité reste interdite et excitante. Bref, cacher le corps et en faire un interdit est principalement ce contribue à le rendre érotique; ce n’est pas le corps comme tel qui est excitant; c’est le sens qu’on lui donne.

En utilisant les enfants pour interdire la nudité, on dévie en fait la question de base : la relation des adultes avec l’érotisme et le corps. Les enfants pourront être affectés par cette situation si les adultes de leur entourage leur ont présenté la nudité comme quelque chose de tabou et de mal. Si, depuis qu’il est petit, l’enfant se fait dire de se cacher et que tout le monde cache son corps dans des contextes naturels (moments d’hygiène, sortie du bain, de la piscine, changement de vêtements, etc.), il associera la nudité à un problème. Ce n’est pas sa croyance à lui; c’est ce qu’on lui a transmis. Un enfant qui aura évolué dans un contexte où la nudité naturelle est naturelle ne sera pas choqué à la vue de seins. En sommes, il est préférable de distinguer les questions d’érotisme et de nudité et de ne pas présumer qu’elles sont indissociables. Reste maintenant à réfléchir aux questions sur nos perceptions des corps dits féminins ou masculins pour poursuivre le débat. Bonne réflexion!

**Texte original paru dans le journal Le Canada Français

vendredi 23 février 2018

En relation, êtes-vous chêne, pollen ou roseau?

Photo d'André Baechler 
https://a-baechler.net/
Comment accueillez-vous les nouvelles propositions amoureuses et sexuelles? Êtes-vous du type à avoir une idée très fixe sur les caresses ou les pratiques acceptables? Ou encore, avez-vous tendance à accepter toutes les propositions qui viennent à vous? Ou est-ce que vous connaissez bien vos limites et vos goûts et vous acceptez d’explorer un peu à l’extérieur de ces frontières, dans le plaisir? C’est tout un art d’être en relation sainement en étant capable à la fois de se prendre en considération et de prendre en considération les autres. Voici trois façons d’être en relation que j’appellerai les chênes, les pollens et les roseaux. Dans lequel vous retrouvez-vous?

Les chênesLes chênes sont des personnes qui sont perçues de l’extérieure comme fortes et solides; rien n’a l’air de les ébranler. Leurs choix, leurs goûts, leur direction sont clairs et précis. Elles nomment ce qu’elles souhaitent et ce qu’elles ne souhaitent pas, ce qui est souvent accompagné de « Ben moi j’suis de même. Je n’ai pas l’intention de changer. Si ça ne fait pas ton affaire, tu peux t’en aller ». Les chênes s’attendent à ce que ce soit leur environnement qui s’adapte à eux. Autant la force des chênes est une formidable qualité, elle peut devenir un réel défi dans les tempêtes fortes ou elles risquent de se briser sous la force du vent. Dans cette métaphore, le vent représente l’environnement de la personne. Pour les chênes, seule une force inouïe peut les amener à bouger, ce qui n’arrive pas sans des dommages importants. Comment les chênes pourront-ils passer au travers les petites tempêtes comme la maladie, l’arrivée d’un enfant, un nouveau travail ou les désirs fluctuants de son ou sa partenaire? Le chêne devra envisager s’assouplir un peu pour éviter que sa rigidité l’amène à se déraciner ou à se briser.

Les pollensLes pollens sont les personnes qui sont constamment en train de s’adapter; elles vont là où le vent leur dicte d’aller, sans résistance. Lorsqu’on les questionne sur leurs goûts et leurs préférences, leur automatisme est de répondre : « Ça ne me dérange pas; c’est comme tu veux ». Pour les pollens; c’est parfait que ce soit les autres qui décident. Leur légèreté et leur capacité à changer de direction rapidement facilitent leur contact avec leur environnement, car sans résistance, la vie est plus douce. Toutefois, se laisser porter par le vent a la qualité de son défaut; ces personnes n’ont pas de racines. Quel est leur centre? Qui sont-elles? Que souhaitent-elles? Quels sont leurs désirs? Quel est leur refuge lorsqu’elles auront besoin de se recentrer? Pour l’instant, ces questions restent plus ou moins sans réponse. Les pollens ont ainsi le sentiment d’être libres. Mais cette liberté ne leur appartient pas; elle appartient au vent qui dicte leur direction. Le défi pour les pollens est « d’être » en relation; pour ce faire, il faut d’abord « être ». Cette capacité de mieux se définir en déterminant aussi ses frontières permet ensuite de choisir quelles sont les pratiques sexuelles qu’elles aiment et qu’elles aiment moins. Ces choix permettront de faire pousser des racines plutôt que de devoir se soumettre au vent.

Les roseauxLes roseaux sont les personnes qui vont avoir développé suffisamment de racines pour rester bien en place lorsque la tempête se lèvera. Elles auront aussi suffisamment de souplesse pour leur permettre de voguer dans le vent sans se briser. Bien sûr, elles n’ont pas la force du chêne ni la très grande légèreté du pollen. Les roseaux seront décoiffés par la tempête, mais leur identité ne sera pas déformée. Les roseaux pourront vivre des périodes difficiles ou avoir des pratiques sexuelles moins satisfaisantes, et ce, sans remettre en question la relation. Et quoique la métaphore ne fonctionne plus à ce stade, le roseau a aussi la possibilité de se transplanter dans un environnement moins hostile, au besoin. Car personne n’a à tolérer des tempêtes à répétition venant du même environnement.

**Texte original publié dans le Journal le Canada Français.