vendredi 21 août 2015

Le "viagra féminin"; pour qui pourra-t-il fonctionner (ou non) et pourquoi?

Le fameux "viagra féminin" fait couler beaucoup d'encre depuis quelques jours. Est-ce qu'un médicament existerait bel et bien pour faire naître le désir sexuel chez les femmes? Est-ce possible? Si on lit de nombreux articles sur le web, on croirait que oui. Mais s'il y a une chose que je tente de mettre en application le plus souvent possible, c'est de ne pas me fier aux articles populaires pour me faire un avis sur un nouveau médicament miracle. J'ai donc pris le temps d'aller lire une des études scientifiques qui a été faite sur le fameux "viagra féminin" (la flibansérine) afin de connaître sur quoi elle agissait et sur qui elle avait été testée afin de vérifier si ce miracle existait réellement.
Ce qu'il faut premièrement savoir, c'est que le médicament a été découvert par hasard, tout comme le viagra masculin. La flibansérine était un médicament qui avait été développé pour contrer la dépression majeure. Au fil des études cliniques, les chercheurs réalisaient que l'efficacité sur la dépression n'était pas prouvée et qu’étonnamment, le médicament avait un impact positif sur le désir sexuel des femmes. Pourquoi étonnamment? Parce que la dépression ET les antidépresseurs sont reconnus scientifiquement pour avoir un impact négatif sur le désir sexuel, la capacité d'entrer dans un état d'excitation sexuelle et pour atteindre l'orgasme. Il était donc étonnant de voir qu'un des effets du médicament amenait l'effet inverse, mais un autre antidépresseur avait aussi cette caractéristique (le bupoprion). 

Parenthèse sur la dépression
Il faut tout d'abord savoir que les causes de la dépression sont encore aujourd'hui controversées. Non pas qu'on remette en cause que la dépression existe réellement, mais il n'est pas évident de savoir s'il y a une seule cause qui la déclenche ou non. À l'heure actuelle, une majorité de scientifiques semble s'entendre sur le fait que les causes sont multifactorielles et qu'il faut continuer la recherche pour mieux comprendre le trouble. Une des hypothèses explicatives concerne un débalancement de certaines composantes du corps (sérotonine, dopamine et noradrénaline) et que ces composantes ont un rôle de messager vers le cerveau à jouer en ce qui concerne les messages de plaisir et de désir. Les médicaments tentent de rebalancer les quantités nécessaires pour faire cesser la dépression. Ce que les scientifiques n'arrivent pas à expliquer, c'est pourquoi le rebalancement de ces structures a lieu en quelques jours, mais que les impacts souhaités du médicament mettent des semaines avant d'agir sur l'état dépressif. Quoi qu'il en soit, l'industrie pharmaceutique continue de surfer sur cette hypothèse fort lucrative.

Maintenant, quel lien entre la dépression et le viagra féminin? Le médicament miracle agit sur les mêmes structures débalancées des personnes dépressives (la sérotonine et à la noradrénaline). L'hypothèse des chercheurs et que la baisse de désir sexuel chez les femmes peut s'expliquer par ce débalancement et qu'un rééquilibre permettrait de faire augmenter  le désir sexuel.

"Wow! Je comprends maintenant pourquoi j'ai moins de désir sexuel; ma sérotonine et ma noradrénaline fonctionnent mal! Vite! Je veux le médicament!" J'aimerais tellement vous dire que c'est surement le cas, mais avant d'en arriver à cette conclusion, laissez-moi vous parler de comment les candidates de l'étude, sur qui le médicament a partiellement fonctionné, ont été sélectionnées.

Ces femmes devaient être en relation stable depuis au moins 1 an avec un homme (on exclut ici les femmes lesbiennes). Le manque de désir sexuel devait avoir été acquis (sont exclues toutes les femmes qui n'ont jamais eu de désir sexuel). Le manque de désir devait aussi être présent dans toutes les sphères de la vie (pas de rêves érotiques, pas de fantasmes sur un voisin, pas de désir de se masturber). Ensuite, ces femmes devaient avoir une réponse sexuelle fonctionnelle, c'est-à-dire qu'elle pouvait ne pas avoir envie d'avoir des relations sexuelles, mais que si elles en avaient, elles n'avaient pas de difficulté à devenir lubrifiées, à avoir du plaisir et à atteindre l'orgasme.

Déjà là, on exclut pas mal de femmes. Mais l'étude continue d'en exclure. Les femmes devaient avoir plus de 18 ans, mais ne pas avoir entamé le processus de ménopause, elles ne devaient pas être enceintes ou allaiter, elles ne devaient pas avoir été en psychothérapie dans les trois derniers mois, ne devaient pas avoir vécues d'événements majeurs ou stressants dans leur vie dans les trois derniers mois, ne devaient pas avoir des signes dépressifs, ne devaient pas prendre de médicaments en lien avec des troubles de l'humeur, ne devaient pas avoir eu des idéations suicidaires au cours de leur vie.

Il reste encore des femmes qui n'ont pas été exclues. Mais attention, les critères d'exclusions massue arrivent; les femmes ne devaient pas avoir des difficultés relationnelles qui pouvaient expliquer la baisse de désir et le partenaire devait avoir eu une bonne réaction à la baisse de désir sexuel. 

La question qui me reste est la suivante: comment ils sont arrivés à trouver 600 femmes qui cadrent dans ces critères? TOUS les conflits relationnels peuvent avoir un impact sur la sexualité! TOUS! Mais bon, admettons qu'il existe 600 dalaï-lamas au féminin et que les chercheurs ont réussi à toutes les trouver. Ce que je comprends de l'étude, c'est qu'une fois qu'à peu près tous les éléments qui peuvent avoir un impact sur le désir sexuel ont été exclus, qu'il y a certainement un problème au niveau du fonctionnement du corps. Dans leur étude, le médicament a fonctionné sur environ 15% des femmes (les femmes dalaï-lamas, on s'entend).

Pourquoi autant d'exclusions?
La science, c'est compliqué. Si on veut mesurer cette petite partie précise, il faut s'assurer de mesurer la bonne chose en évitant d'inclure des éléments qui pourraient fausser les résultats. Ce que tous ces critères d'exclusions nous indiquent, c'est que le désir sexuel est réellement fragile et qu'il peut être influencé par une très grande série de facteurs. Si, au niveau scientifique, il est nécessaire d'exclure toutes ces femmes, au niveau pratique, il ne reste plus grand femmes pour qui on peut croire que le médicament va fonctionner.

Je suis consciente que beaucoup de femmes diront "Moi aussi au début, avec mon chum, j'avais du désir, mais plus maintenant". Je vous crois. Le point est que c'est le cas pour une grande majorité de couples. Au début, on se laisse séduire, on séduit, on accepte de sortir de sa zone de confort et on y prend plaisir. Ces éléments contribuent au désir sexuel. Mais avec le temps, la nouveauté s'estompe et on choisit la sécurité affective, car on a peur "d'avoir l'air nulle" devant l'autre en proposant de nouvelles choses. On souhaite se protéger, et ça fonctionne, mais ça joue aussi sur le désir sexuel. Ce besoin de se protéger passe aussi par la recherche de solution extérieure à soi; la pilule miracle est la meilleure solution extérieure qui existe: "Ce n'est pas moi-nous le problème; c'est mon corps qui est débalancé". Le hic est que nous savons que les antidépresseurs n'ont aucun effet sur les personnes qui ne sont pas en dépression. Il est donc irréaliste de croire que le "viagra féminin" aura un quelconque impact chez les femmes qui n'ont pas de problème de régulation de leur sérotonine et de leur noradrénaline (c'est-à-dire une très très grande majorité de femmes).

Ce médicament est donc une bonne nouvelle pour une poignée de femmes dont ce débalancement ne les a pas amenées à vivre de la dépression et s'est limité à leur désir sexuel. Mais ces femmes sont très certainement en infériorités numériques partout dans le monde.

vendredi 22 mai 2015

L'humiliation pour faire cesser des comportements sexuels chez les enfants

Depuis les années 2000, on parle beaucoup de l'hypersexualisation, de la sexualisation de l'espace public et de l'érotisation de l'enfance. Une industrie incroyable s'est créée autour de ce phénomène. En fait, il serait plus juste de dire que le phénomène a émergé à la suite d'une industrie qui a mis sur le marché des produits pour les fillettes afin qu'elles deviennent des mini femmes sexy. Ce phénomène émergeant au côté de l'accessibilité au wold wide web sans réel cours d'éducation aux médias ni de cours d'éducation à la sexualité formels est suffisant pour inquiéter bien des parents.

On les comprend les parents; ils sont inquiets pour leurs enfants. Ils sont inquiets que ceux-ci, ou plutôt celles-ci tombent dans les griffes de prédateurs sexuels présents sur le Web. Il existe tellement de reportages et d'émissions sur le sujet que les parents ont peur pour leurs enfants. De ce que j'observe, la peur et l'impuissance semblent des émotions bien difficiles à gérer et sujettes à la justification de comportements irrationnels "pour le bien des enfants". C'est exactement ce qui s'est passé récemment dans un état américain. Une mère a filmé une vidéo qui est devenue virale afin de décourager sa fille, et surtout, les potentiels prédateurs sexuels de l'approcher. Dans la vidéo, la mère oblige sa fille à dire à la caméra qu'elle a 13 ans et non 19 ans, qu'elle a un couvre-feu et une heure de coucher, qu'elle écoute encore le Disney chanel, que le maquillage et les sous-vêtements en dentelles qu'elle portait sur la photo ne lui appartenaient pas, etc. La vidéo dure de longues minutes et la mère oblige sa fille à répéter plusieurs fois les mêmes informations, malgré les pleurs de sa fille, car "c'est pour son bien".

Certains parents diront: "C'est efficace! Ça va la décourager et elle ne recommencera pas". C'est fort possible. Mais la question qui m'intéresse ici est: "Mais à quel prix?" L'humiliation est très souvent utilisée comme "technique éducative" auprès des enfants pour "s'assurer que le message passe". Par contre, ce n'est pas parce qu'un comportement cesse que le message qui a passé est celui qu'on croit. La réaction de la mère, dans cet exemple, témoigne de sa crainte qu'il arrive quelque chose de fâcheux à sa fille. Sa réaction parle aussi de sa crainte de voir sa petite fille devenir une femme, car elle martèle plusieurs exemples concernant le fait qu'elle soit une enfant (Disney Chanel, heure de coucher, etc.). La mère indique même que la jeune fille sera une enfant jusqu'à ce qu'elle quitte la maison. 

Il est vrai qu'il est insécurisant pour beaucoup de parents de constater que leur enfant grandit, que celui-ci quitte tranquillement le monde de l'enfance pour glisser vers celui de l'adolescence. Cette puberté naissante est le premier signe visible pour beaucoup d'adultes que leurs enfants ont une sexualité. Celle-ci devient de plus en plus visible et il n'est plus possible de la nier. Du côté des enfants en transformation, les hormones chamboulent leur corps et ils ne savent pas toujours comment gérer ce trafic. Leur maturation sexuelle arrive plus rapidement que leur capacité de gérer cette sexualité. Et encore plus rapidement que la capacité des parents de gérer le fait que leurs enfants auront (trop) rapidement une sexualité active. 

Mais il est important de se rappeler ceci: il est tout à fait normal pour un.e adolescent.e de tester son pouvoir de séduction, y compris avec les adultes. Il est de la responsabilité des adultes de recadrer cette situation. Mais recadrer ne veut pas dire humilier. Il ne s'agit pas de décourager un.e adolescent.e de souhaiter trouver l'amour et un.e partenaire amoureux et érotique, mais de lui indiquer les balises où c'est possible de le faire.

Par exemple, un père pourrait très bien dire à sa fille: "Tu es magnifique! Si j'étais un garçon de ton école, je te proposerais d'aller voir un film!" Il ne s'agit pas ici d'un commentaire pervers de la part d'un père. Il s'agit d'une façon d'indiquer à sa fille qu'elle est séduisante et que c'est correct qu'elle le soit. Ce père indiquerait aussi à sa fille qu'il est acceptable qu'un garçon de son âge s'intéresse à elle et qu'elle n'a pas à avoir peur des garçons. Les mères aussi peuvent s'impliquer en faisant elles aussi des compliments à leurs filles, afin que celles-ci ne se sentent pas en compétition avec leur mère. De plus, il est important de parler à ses enfants de la sexualité en termes positifs. Leur indiquer que la sexualité est agréable et pas simplement "un mauvais moment à passer". Beaucoup de mères tentent de prévenir leur fille que la sexualité, "ça fait mal" ou "que les hommes sont tous des cochons", mais ces remarques témoignent plus du vécu des parents que de la réalité.

Sans s'en rendre compte, plusieurs parents démonisent la sexualité auprès de leur fille. Ils tentent de la protéger d'elle-même et des prédateurs pour prévenir les agressions sexuelles. Mais en même temps, ces agissements ne permettent pas à leur fille de développer et de découvrir la sexualité dans un contexte sain et sécuritaire. Une jeune fille qui se fait humilier à propos de comportements de séduction qu'elle a tenté de mettre en place va probablement arrêter ces comportements. Mais c'est surtout la communication et la confiance dans la relation avec ses parents qui sera brisée. Ces parents indiquent alors: "j'ai le droit de te faire du mal si c'est pour ton bien" et coupent le canal de communication. Que se passera-t-il si cette jeune fille est victime d'agression sexuelle un jour? Osera-t-elle se tourner vers ses parents?

Françoise Dolto avait une magnifique façon de parler de l'adolescence; elle parlait du "complexe du homard".  "Au moment de la mue, le homard reste un moment sans carapace, le temps d’en bâtir une autre.  Le homard est alors vulnérable et fragile, tout comme l’adolescent qui se détache de ses parents pour partir à la recherche de son identité et que son corps est en plein changement". 


L'adolescence, c'est un dur moment à passer pour les enfants et les parents. Mais je vous invite à toujours voir votre enfant comme ce homard en période de mue avant de tenter des interventions à propos de la sexualité. Invitez-les à une réflexion, parlez-leur de vos inquiétudes et de vos peurs plutôt que d'essayer de leur transmettre vos peurs. Le meilleur outil dans la vie d'un individu est le développement de sa capacité à réfléchir de façon critique. Jesper Juul dit: "Un enfant blessé dans son intégrité ne cesse pas d'aimer ses parents. Il cesse de s'aimer lui-même".

vendredi 6 mars 2015

Le harcèlement n'est pas de la bisbille interne Monsieur Barrette

Hier soir, je voyais passer sur mon fil de nouvelle la lettre de démission du PDG du CHUM, Monsieur Jacques Turgeon. Dans sa lettre, Monsieur Turgeon invoque que le ministre Barrette et le cabinet du ministre lui demandent de maintenir en poste un cadre accusé de harcèlement et d'intimidation, le docteur Harris. Monsieur Turgeon invoque aussi que deux comités de sélection se sont penchés sur la candidature de monsieur Harris et que chacun de ces deux comités a recommandé, à l'unanimité, de ne pas reconduire le contrat de Monsieur Harris.

Lors d'un point de presse, le ministre Barrette a parlé de la situation comme "d'une guerre de clans" et défend son ingérence en défendant l'idée que son projet de loi 10 nécessitait une transition harmonieuse et, par le fait même, le maintien des cadres en place pour faciliter cette transition. Je me garderai de commenter en détail les impacts du projet de loi 10 sur la population, sur les structures, sur les personnes travaillant dans le réseau de la santé et des services sociaux, car ce n'est pas là mon expertise. Je me contenterai de dire que ce projet de loi est une catastrophe annoncée par à peu près tous les acteurs au sein du réseau, comme en fait mention ici le député de Rosemont, Monsieur Jean-François Lisée (transparence totale: Monsieur Lisée est mon parrain). Par contre, ce que je prendrai le temps de commenter, c'est à quel point l'incapacité de Monsieur Barrette de faire la distinction entre "une chicane" et "une dynamique de violence" m'horrifie.

Une guerre de clan ou de la violence?
Je constate depuis de nombreuses années que beaucoup de personnes dans la population ne font pas tellement la différence entre "des chicanes", des conflits et des dynamiques de violence. Ce fut mon travail durant de longues années de faire de la sensibilisation dans différents milieux pour traiter de ces différences et sensibiliser les gens aux nuances importantes à apporter. Il arrive que les gens soient confondus, car dans les deux cas, le ton peut monter et des insultes peuvent être proférées. De plus, dans chacune des situations, il est possible que les personnes de part et d'autre ne se sentent pas bien. Par contre, il y a plusieurs différences majeures à amener pour distinguer les deux types de situations, car si en apparence, elles peuvent sembler pareilles, les intensions et les conséquences sont complètement différentes.

Dans le cas d'un conflit ou d'une chicane, chacune des parties présente son point et souhaite convaincre l'autre d'adhérer à son avis. Lorsque l'autre ne se range pas à sa position, un conflit peut émerger. Dans le cas de la violence, une des personnes est prête à tout pour "gagner le point". La personne qui souhaite gagner perçoit qu'il doit y avoir un gagnant et un perdant et que ce perdant devra se soumettre à lui ou elle.   La différence, c'est qu'en cas de conflit, il peut y avoir une grande charge émotionnelle associée à la situation, mais c'est le sujet de la discussion qui est l'enjeu et non d'avoir le contrôle de la situation. La dynamique relationnelle dans les deux situations est donc complètement différente entre les individus concernés. Dans le cas de la violence, il y a un rapport de force, car il ne s'agit pas de vouloir être dans la même équipe que l'autre et de partager le même avis, comme dans le cas d'un conflit, mais d'être le chef d'équipe qui décide et que les autres acceptent son pouvoir et se soumettent à sa volonté.

Harcèlement de la part d'un patron?
Il n'est pas rare qu'on observe, dans des milieux de travail, des situations de harcèlement de la part des patrons. Plusieurs personnes ont du mal à identifier ces situations, car il existe, dans la gestion hiérarchique, plusieurs situations qui s'apparentent au harcèlement. Dans la gestion hiérarchique, plus une personne est dans le haut de la pyramide, plus elle a de pouvoir décisionnel dans un organisme. Un patron a donc plus de pouvoir décisionnel dans l'organisme que l'employé à sa charge, par exemple, sur l'organisation des horaires, sur la charge de travail, sur les politiques à mettre en place, etc. Par contre, ce n'est pas parce que le patron a le pouvoir sur les décisions concernant la gestion qu'il a tous les pouvoirs.  Un patron est une personne qui a plus de responsabilités de gestions, mais il n'a pas nécessairement plus de compétences. Par exemple, une personne avec un diplôme en gestion n'a pas les compétences d'une personne en soins infirmiers, en sexologie ou en psychologie. Ce gestionnaire a donc la responsabilité de questionner son "équipe soignante" pour vérifier si les politiques de gestions sont cohérentes avec les soins à fournir, les codes de déontologie des différents Ordres professionnels, etc. Dans une équipe où la gestion est saine, il existera un travail d'aller-retour entre un patron et son équipe: le patron sera en mesure d'entendre la réalité du terrain et les personnes sur le terrain seront en mesure de respecter certaines considérations administratives. La décision finale reviendra au patron et il est possible que l'équipe émette des insatisfactions. Il peut même y avoir des conflits à propos de certaines politiques et il sera possible d'en discuter sainement, même si un conflit surgit.

Dans le cas où un patron aura mal saisi les limites de son pouvoir, celui-ci pourra tenter d'élargir son pouvoir en tentant de soumettre les individus plutôt qu'en acceptant que son rôle comporte la part indigne d'entendre et de recevoir les insatisfactions des employés. Un patron qui outrepassera son pouvoir pourrait croire qu'il peut se permettre de parler aux gens de n'importe quelle façon, car son titre de patron lui permet. Un patron pourrait essayer de "casser" des individus pour que ceux-ci se soumettent, et ce, à n'importe quel prix. L'objectif pour ce type de patron n'est pas qu'il y ait un retour à l'harmonie, mais une compréhension que "c'est lui le boss et que les autres n'ont pas à remettre en question son autorité". Ce désir de "casser" un employé peut se présenter de toutes sortes de façon: tenter d'isoler la personne qui remet en question les politiques en la méprisant, en l'isolant, en remettant en question son professionnalisme, etc. Le but de la manœuvre vise à soumettre la ou les personnes qui ont un avis différent et non de les convaincre de se rallier à lui.

Maintenir en place un patron intimidant pour faciliter la transition?
Le ministre Barrette propose donc de maintenir en poste un homme qui est accusé de harcèlement et d'intimidation pour assurer le suivi. D'une part, je dois reconnaître que je n'ai pas participé à ce dossier et que je n'ai pas moi-même analysé les faits concernant l'histoire de harcèlement. Par contre, ce que je sais, c'est que la majorité des situations de harcèlement restent muettes. Je sais aussi qu'il est extrêmement difficile de monter un dossier pour accuser une personne de harcèlement, car souvent, les personnes qui harcèlent le font de façon sournoise, lorsqu'il y a moins de témoins, etc. Dans la majorité des cas, lorsqu'un organisme réussit à monter un dossier de harcèlement, c'est qu'il y a BEAUOUP de preuves pour étoffer l'accusation. Je ne remets donc pas en doute que cette situation est réelle et que le docteur Harris ait bel et bien harcelé et intimider des collègues de travail, dont des employés à sa charge.

Dans ce cas, comment est-il possible de croire que le maintien en poste d'une personne qui exerce de la violence sur son équipe de travail puisse contribuer à la transition harmonieuse des pratiques professionnelles dans la reconfiguration majeure de l'organisation? Il n'existe pas de lien de confiance entre un harceleur et ses victimes. Un harceleur n'est pas un leader; les gens ne le suivent pas pour son charisme et la confiance qu'ils ont en lui. S'ils le suivent (et je dis bien "si"), c'est parce qu'ils ont peur des représailles qui pourraient survenir s'ils ne le suivent pas.

Ce que le ministre Barrette est en train de dire à la population en demandant que Monsieur Harris reste en place, c'est qu'il prône la violence pour arriver à ses fins. Que tous les moyens sont bons pour arriver à ses fins, y compris la violence, et qu'il est de bon augure qu'une personne qui a efficacement démontré qu'elle utilisait la violence soit en poste pour cette transition.

Il est horrifiant de constater qu'un ministre qui a en charge le secteur des services sociaux, le secteur qui s'occupe d'offrir des services psychologiques à la population, notamment à la population qui vit du harcèlement et de la violence de toutes formes, prône la violence. Quel avenir le ministre réserve-t-il aux organismes qui font de la prévention et de l'intervention par rapport à la violence s'il valorise l'utilisation de la violence? Je ne serais pas étonnée que le ministre annonce des coupes dans ces services dans les prochains mois, car pour lui, la violence ne semble pas un problème à éradiquer, mais un outil de gestion efficace à promouvoir s'il permet de faire des économies.

mercredi 4 mars 2015

"Love has no label"

Quelle belle idée! "Love has no label" se passe de mots; les images créent l'émotion :-)


vendredi 27 février 2015

Est-il adéquat de parler de pénétration anale en 6e année du primaire?

Cette semaine a été lancé le nouveau programme d'éducation physique et santé en Ontario et on m'a demandé de commenter la section concernant l'éducation à la sexualité. Le programme, de plus de 250 pages, s'adresse aux élèves de la première année jusqu'à l'équivalent de notre secondaire deux. Le contenu du programme a fait beaucoup parler et plusieurs hommes politiques, journalistes, commentateurs se sont questionnés sur les contenus inclus dans le programme d'éducation à la sexualité. Les thèmes qui ont suscité controverse et malaise? L'homosexualité, la masturbation et la pénétration anale, entre autres.
 
 
Comme je l'effleurais dans cette entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes, j'observe plusieurs difficultés lorsque vient le temps d'aborder l'éducation à la sexualité avec des enfants. D'une part, le sujet est extrêmement émotif, car qui dit "éducation à la sexualité", dit aussi "éducation aux valeurs". Certains parents sont inquiets que les valeurs transmises dans les cours d'éducation à la sexualité aillent dans un autre sens que les valeurs transmises à la maison. Cet élément fait en sorte que le débat devient très rapidement émotif. Aussi, un des éléments qui entre en ligne de compte, c'est qu'une bonne majorité d'adultes voit la sexualité exclusivement avec leurs yeux d'adultes. La majorité des adultes n'ont pas eu de cours d'éducation à la sexualité lorsqu'ils étaient enfants, donc n'ont pas vraiment de notions de "comment peut-on faire de l'éducation à la sexualité avec les enfants". Beaucoup d'adultes projettent leur compréhension de la sexualité sur les enfants en ne soustrayant pas l'aspect fantasmatique et érogène de la sexualité, et c'est là le nœud du problème. Une des distinctions entre les adultes et les enfants, c'est que les enfants ont une idée très réduite de ce qu'est la sexualité. Les conceptions de "faire l'amour" sont très abstraites. Ça va de "deux personnes qui se donnent un bisou" à "deux personnes qui dorment dans le même lit" à "deux adultes qui se frottent ensemble". Mais les notions de désir, de tension sexuelle, de fantasmes érotiques et de plaisir sexuel sont des notions presque impossibles à saisir pour eux. Ces éléments ne font pas partie de leur univers. Même si la réponse sexuelle a pu être expérimentée par des pressions, des touchers, etc., ces gestes, même s'ils peuvent avoir amené un enfant à expérimenter le plaisir, ne sont ni anticipés ni associés à un imaginaire érotique. L'expérience aura eu lieu dans le "ici et maintenant", mais n'a pas été planifiée.
 
 
Comme ces éléments ne font pas partie de l'univers des enfants, il est encore plus important d'aborder certaines notions de sexualité pour prévenir, par exemple, les agressions sexuelles. Pourquoi? Par exemple, si un adulte, dans l'univers de la vie de l'enfant (90% des agressions sexuelles sont commises par des proches) fait des attouchements sexuels à l'enfant, celui-ci n'a pas la capacité de comprendre ce qui se passe. L'enfant est capable de ressentir qu'il n'aime pas les gestes, mais qu'il aime la personne qui les pose. Cette double émotion peut être complètement déroutante pour lui. La situation peut être d'autant plus déroutante si le corps de l'enfant réagit (ce qui n'est pas rare dans le cas d'agression sexuelle). Cela étant dit, ces notions peuvent nous permettre de comprendre pourquoi il est important de parler de plaisir à un jeune enfant. On peut lui nommer qu'il y a des "touchers qui font oui" et d'autres "touchers qui font non" et que si une personne  la touche d'une façon qui lui fait non, qu'elle peut dire non, même si le toucher vient d'une personne qu'elle aime. On peut aussi lui parler des différentes façons d'aimer: l'amour entre deux adultes amoureux, l'amour entre un parent et un enfant, l'amour entre deux amis. Par la même occasion, on lui nomme qu'un adulte et un enfant ne peuvent pas être des amoureux. Qu'il est impossible qu'un enfant et un adulte puissent former un couple. Qu'un adulte peut aimer très fort un enfant, mais que cet amour n'est pas celui de deux amoureux. Ces façons d'aborder la sexualité sont platoniques, mais elles sont au cœur de la prévention des agressions sexuelle. Ces notions sont aussi à la base de l'apprentissage du concepts de consentement. Un enfant à qui ont a appris que son corps lui appartenait sera un enfant qui, une fois à l'adolescence, sera capable de négocier ses limites avec un partenaire amoureux et sexuel. Cette habileté permettra aussi de négocier l'utilisation des moyens de contraception. Ces notions peuvent être abordées avec des enfants à partir de 18 mois et au fur et à mesure que l'enfant grandira, nous pourrons ajouter des informations pour nuancer et pour compléter sa compréhension de la sexualité. Un enfant avec qui la discussion à propos de la sexualité a été entamée dès le jeune âge aura la capacité de poser des questions à ses parents pour mieux comprendre. Un enfant avec qui la sexualité n'est jamais abordée comprend que c'est un sujet tabou, voir inacceptable, pour ses parents et risque de ne pas lui-même aborder les questions. Il souhaitera très probablement que ses parents abordent le sujet, mais, comme ses parents, il sera trop mal à l'aise pour le faire.
 
 
Donc pour ce qui est d'aborder la pénétration anale avec un enfant de 6e année, il y a plusieurs nuances à amener. Tout d'abord, le programme d'éducation à la sexualité en Ontario aborde les infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) en 6e année. C'est via ce thème que pourrait être abordée la pénétration anale. Il ne s'agit donc pas d'aborder cette pratique d'un point de vue moral (est-ce que c'est bien ou mal?) ou encore de l'aborder d'un point de vue du plaisir (est-ce agréable ou non?). La pénétration anale est mentionnée, car une des façons, dont une ITSS peut être contractée, c'est via la muqueuse anale. On peut se questionner à plusieurs effets: est-ce que la 6e année est trop tôt pour aborder les ITSS? Ne devrait-on pas attendre plus tard avant d'aborder ce thème? Est-il nécessaire d'aborder cette voie de transmission? À toutes ces questions, nous pourrions répondre non, tout dépend de notre tolérance au risque.
 
 
Les ITSS (comme la toxicomanie d'ailleurs) sont abordés en 6e année, car l'entrée au secondaire est, pour bien des adolescents, un moment où peuvent survenir les premières expériences de consommation de drogue et de contacts sexuels. Est-il souhaitable que ces premières expériences surviennent à 13 ans? Non. Par contre, croyons-nous qu'il soit préférable qu'un jeune connaisse les différents risques associés à une pratique, s'il choisit d'adopter une pratique? Je crois que oui. Plus nous attentons pour aborder un thème, plus le risque est grand qu'un adolescent ait expérimenté cette situation avant qu'on lui en ait parlé. Le risque est donc plus grand aussi que l'expérimentation ait eu lieu sans prendre en considération les risques, car l'adolescent ne connaît probablement les risques, car nous ne lui en avons pas parlé. Pour plusieurs cultures où la virginité est importante, par exemple, il arrive que des jeunes filles fassent le choix d'expérimenter la sexualité via la pénétration anale pour conserver cette virginité. Est-ce que ces pratiques sont la norme? Non. Mais comment être en mesure de cibler les personnes qui pourraient avoir des croyances erronées? À ce sujet, saviez-vous qu'il est scientifiquement documenté que plus un enfant est exposé à une éducation sexuelle adéquate, plus l'âge des premières relations sexuelles est repoussé? Il est donc erroné de croire que l'éducation à la sexualité amène les jeunes à expérimenter la sexualité; c'est plutôt le contraire. L'éducation à la sexualité permet aux adolescentes de pouvoir prendre des décisions libres et éclairées. C'est une façon de les responsabiliser par rapport à leur propre vie.
 
 
Si je reviens à la pénétration anale, il n’est à mon sens pas du tout utile d'aborder la pénétration anale comme telle pour aborder les ITSS. Il serait tout à fait possible d'expliquer d'abord qu'est-ce qu'une infection pour ensuite parler des différents risques de transmission avec leurs différents niveaux de risque, incluant les poignées de main, partager la même toilette et les activités sexuelles. Il est alors possible d'indiquer que les pratiques sexuelles sont des pratiques qui ont lieu entre deux personnes consentantes (on le souhaite!) dans le but d'avoir du plaisir (cette façon de faire aborde indirectement la prévention des agressions sexuelles par le fait même). Lors des activités sexuelles qui sont souhaitées, le vagin des femmes sera davantage lubrifié et le pénis des hommes pourra produire des liquides (liquide pré-éjaculatoire et le sperme). Il est donc possible d'indiquer que l'ITSS peut se transmettre si ces fluides corporels se retrouvent en contact avec les muqueuses du corps de notre partenaire, y compris si un de ces fluides est sur nos doigts et qu'on touche à une muqueuse de notre partenaire. C'est à ce moment qu'on peut nommer les différentes muqueuses du corps humain: le nez, les yeux, la bouche, le vagin, la vulve, le gland du pénis et l'anus. Est-ce que cette énumération risque de faire rire? Bien sûr. Est-il nécessaire de se mettre à nommer toutes les positions sexuelles dans lesquelles ça pourrait arriver? Bien sûr que non. Plusieurs jeunes seront d'ailleurs mal à l'aise par rapport à ces sujets et il est possible de le nommer: "Vous savez, il est normal de trouver que c'est étrange de souhaiter avoir des pratiques sexuelles. C'est une réalité qui appartient davantage au monde des adultes. Nous vous en parlons maintenant, car nous croyons qu'il est préférable que vous ayez toutes les informations nécessaires pour le jour où ça arrivera. Il est possible que ce jour soit dans de nombreuses années. Le plus important à se souvenir, au-delà des risques d'infection, c'est que peu importe les comportements que vous essayerez d'expérimenter, le plus important est d'être à l'aise et de ne pas faire des choses que vous ne souhaitez pas faire. Écoutez votre voix intérieure et si vous vous sentez mal, demandez à votre partenaire qu'il ou elle arrête. Dans le même ordre d'idée, il est extrêmement important d'être à l'écoute de votre partenaire. Si vous sentez que votre partenaire hésite, arrêtez-vous et demandez-lui si ça va, s’il ou elle souhaite ralentir. La sexualité, c'est une des choses les plus intimes qu'une personne a; il faut en prendre soin et ne pas aller au-delà de ce qu'on souhaite ni au-delà de ce que l'autre souhaite".

vendredi 20 février 2015

Intégrité physique, sexualité et fouille à nue

Depuis deux jours est sur toutes les lèvres le cas d'une adolescente qui aurait subi une fouille à nue à son école. Je ne suis pas une spécialiste de la gestion scolaire ni une juriste, donc je m'abstiendrai de prendre position sur ces aspects.  En tant que sexologue, les réflexions que j'ai depuis 2 jours sont sur l'éthique et sur le rôle de l'école dans l'éducation à la sexualité. Pour beaucoup de personnes, il est plus facile de se cacher derrière l'argument "j'ai le droit!" que de se questionner sur la situation en se demandant: "Est-ce souhaitable?"
 
J'ai travaillé durant plusieurs années sur les problématiques d'agression sexuelle. J'ai même débuté ma carrière en faisant le tour du Québec pour rencontrer des moniteurs de camp de vacances pour faire de la formation sur l'agression sexuelle. Je suis donc extrêmement sensible aux enjeux et à l'importance du respect de l'intégrité physique d'une personne. L'intégrité physique est probablement ce qu'une personne a de plus intime et de plus précieux, sans compter que c'est une chose qui ne s'achète pas. L'intégrité physique est une des composantes qui le plus souvent attaquée dans des crimes où l'autre cherche à avoir le pouvoir, comme dans la violence conjugale et dans l'agression sexuelle. Saviez-vous qu'un des crimes de guerre considérés comme le plus terrible est celui où des soldats vont dans des villages pour violer les femmes du peuple ennemi? Ce n'est pas sans raison; bafouer l'intégrité physique et sexuelle d'une personne, c'est frapper là où ça fait le plus mal.
 
Lorsqu'on fait de la prévention des agressions sexuelles auprès des parents, un des éléments qu'on leur explique est l'importance du respect des limites et des frontières physiques de l'enfant. Par exemple, qu'il faut éviter d'insister pour que l'enfant donne un bec à sa grand-mère s'il n'a pas envie ou qu'il faut arrêter de chatouiller un enfant lorsqu'il dit "non", même s'il rigole. La raison est bien simple: il faut lui envoyer le message qu'il a le droit de mettre des limites pour préserver son intégrité physique. Si un parent explique à son enfant qu'il a le droit de dire non "si on le touche d'une façon qui fait non", mais que le parent exempte les proches de cette règle, il n'y a pas de cohérence. L'enfant comprend que le droit à son intégrité physique est limité et il aura du mal à dénoncer une agression sexuelle qui provient de la part d'un proche (90% des agressions sexuelles sont commises de la part d'un proche).Mais est-ce que cette règle devrait être contournée pour le "bien-être de l'enfant"? Ou pour le "bien-être collectif"?  Il y a quelques années, j'assistais à un colloque sur la sexualité des adolescents et un pédiatre nous racontait le cas d'un enfant qui refusait de subir un examen médical pour recueillir des preuves d'une agression sexuelle, mais que les parents insistaient pour que l'examen ait lieu.  Le médecin leur demanda : "Si je comprends bien, vous me demandez d'agresser sexuellement votre enfant à nouveau?" Sa question avait eu son effet et les parents avaient accepté de respecter la volonté de l'enfant, même s'ils avaient légalement le droit de le contraindre à cet examen.
 
Revenons maintenant au cas de l'adolescente de Québec en ayant ces informations en tête: quel message envoi-t-on aux jeunes lorsque l'autorité suprême de l'école a "le droit" de procéder à des fouilles à nu des élèves? On leur dit que le respect de leur intégrité physique est limité et que la recherche de vérité prime. On en revient à dire que la recherche de vérité peut se réaliser à tout prix et que le prix à payer est la violation de l'intégrité physique dans ce qu'elle a de plus intime. On leur dit que la recherche de drogue justifie la mise à nue... Il y aurait là des liens intéressants à faire entre la prostitution et la consommation de drogue dans le message que ça envoie, mais là n'est pas le sujet de ce billet.
 
L'autre question qu'on pourrait se poser c'est "Est-ce que le fait d'exaspérer les enseignant.e.s et la direction d'école devrait restreindre la possibilité de préserver son intégrité physique?" Il est plus facile de répondre "non" pour bien des gens lorsqu'on imagine un élève gentil, poli, doué et populaire que lorsqu'on imagine un élève à problème, multipoqué.e et impoli. Mais c'est justement ici que ça devient intéressant. Si on a plus de facilité à dire que la fouille à nu est méritée pour l'élève "à problème", l'argument va dans le même sens que celui de dire que l'agression sexuelle est parfois justifiée... et méritée! On le voit comme une punition et on dira que la personne a "couru après". Mais la violation de l'intégrité physique ne devrait jamais être perçue comme une punition acceptable, peu importe le crime. Jamais. Et encore moins dans une école, un lieu d'éducation, de formation et de transmission de valeurs.

dimanche 15 février 2015

Pourquoi je ne jugerai pas les spectateurs de 50 shades of Grey

Le film 50 shades of Grey est sorti officiellement depuis moins de 2 jours et le nombre de critiques qui "spinnent" sur le sujet est impressionnant. J'ai moi-même fait une critique de la sortie du film en deux billets   ici et ici. Je trouvais pertinent de revenir sur certains débordements que la sortie du film suscite, notamment en ce qui concerne l'implication des journalistes dans le débat et la place qu'on accorde aux femmes dans le sadomasochisme.
 
Les critiques culturels, éditorialistes et journalistes
Être journaliste demande une très grande culture générale. J'admire beaucoup le travail des journalistes parce qu'il faut couvrir des sujets pour lesquels les personnes ne sont pas expertes en rendant les nouvelles digestibles pour les lecteurs, auditeurs, etc. Ce n'est pas toujours évident, j'en conviens. Par contre, je constate, pour la couverture de ce film, un grand manque de rigueur journalistique. Ce que je constate de la part de plusieurs journalistes aujourd'hui, je le constate aussi de la part de certaines personnes dans les écoles et les commissions scolaires, de plusieurs parents et d'intervenants dans les organismes communautaires lorsqu'on aborde le dossier de l'éducation à la sexualité à l'école. Plusieurs de ces acteurs semblent se dire "Moi j'ai une sexualité, donc mon avis et mon expérience personnelle de la sexualité sont des expertises; ma sexualité est un outil de formation et un baromètre social sur ce qui est acceptable ou non". Une personne restera toujours l'experte de sa propre vie sexuelle. Mais avoir une vie sexuelle ne fait pas d'une personne une experte en la matière. Faire de l'éducation à la sexualité, critiquer un phénomène sexuel, amener les gens à réfléchir sur un thème sexologique en étant capables de prendre une distance par rapport à sa propre sexualité, ce n'est pas inné. C'est pour cette raison qu'il existe une formation au baccalauréat en sexologie: c'est pour acquérir cette expertise. Avec 180 collègues, nous en avions parlé ici.
 
Tout le monde a droit à son avis personnel. Tout le monde a droit et ses goûts. Mais il faut être capable de faire la distinction entre "Moi ça ne me convient pas, mais maintenant que c'est dit, voici mon avis sur le sujet:..." comme le fait la femme dans ce débat à Bazzo.tv. Malheureusement, une bonne proportion de journalistes et de chroniqueur en sont allés de leur avis sans avoir fait de recherche sur la sous-culture sadomasochiste. J'ai entendu des journalistes et des chroniqueurs dire: "Je n'ai rien contre le sadomasochisme, mais soumettre une femme dans des relations sexuelles, on es-tu revenus dans les années 50?"; ce que ces journalistes décrivent comme étant dérangeant, C'EST du sadomasochisme. En contrepartie, je n'ai entendu aucun journaliste dire "Je suis contre les pratiques sadomasochistes" Je ne vois pas quel est le problème à dire "Je suis contre le sadomasochisme". On dirait que les journalistes se sont donné le mandat d'avoir l'air cool et ouverts aux sexualités, mais qu'en même temps, leur prise de position et leur discours sont complètement contradictoires. Est-ce parce qu'ils n'ont pas pris le temps de faire de recherche pour comprendre en quoi consistait le sadomasochisme ou parce qu'ils ne sont pas capables de prendre de distance par rapport à leur propre vie? Je ne sais pas. Mais le résultat reste le même: il s'est dit beaucoup de n'importe quoi sur le sadomasochisme. Il s'est aussi dit beaucoup de n'importe quoi sur le film et le livre par des gens qui n'avaient ni lu l'un ni vu l'autre.
 
Critiquer un film pour sa direction photo, sa réalisation et le jeu des acteurs en tant que chroniqueur culturel, c'est parfait. Mais aborder l'aspect sexuel du film en maintenant un niveau acceptable de professionnalisme nécessite de faire des recherches sur le thème et de faire appel à des gens qui le connaissent pour être en mesure de bien le présenter, le nuancer et le critiquer.
 
Le sadomasochisme et les femmes
Un autre aspect que je trouve dérangeant dans cette couverture médiatique, c'est qu'encore une fois, on dit "Je n'ai rien contre le sadomasochisme. Mais..." Mais on est dérangé par le fait que la personne masochiste dans la dyade soit une femme. Faut-il que le sadomasochisme concerne un homme soumis et une femme dominatrice pour qu'il soit acceptable? Si c'est la femme qui est soumise et l'homme qui est dominateur, revient-on nécessairement 50 ans en arrière ou sommes-nous automatiquement en présence d'une dynamique de violence conjugale? Je suis tout à fait consciente que les frontières entre ces différents phénomènes sont très minces. Il est toujours plus facile de rester dans les exemples caricaturaux où tout est blanc ou noir. Mais la vie, sans vouloir faire de jeux de mot poche, est plus souvent faite de nuances de gris.
 
J'ai déjà parlé des fantasmes chez les femmes, dont le fantasme de soumission volontaire, communément appelé le "fantasme du viol", qui figue parmi les trois fantasmes les plus populaires chez les femmes (Crépault, 2007). J'en ai longuement parlé dans ce billet pour expliquer que fantasmer sur le viol ne signifiait pas "souhaiter se faire violer", bien au contraire. Il semble choquant pour beaucoup de personnes d'accepter que des femmes fantasment sur la soumission ou aiment baiser. Pas faire l'amour, mais baiser. Il semblerait qu'il soit acceptable que les femmes fassent l'amour tendrement, mais pas d'avoir des relations sexuelles très crues. J'écrivais un billet récemment qui traitait des échecs du mouvement féministe à rendre la vie sexuelle des femmes complètement libre. Malgré qu'on dise que les femmes ont le droit de décider pour elles-mêmes, on peut s'interposer dans leur vie sexuelle lorsqu'on juge qu'elles ne devraient pas aimer ce type ou cet autre type de pratiques, pour les protéger d'elles-mêmes et de la société. Ce double discours est aliénant et contribue davantage à garder les femmes dans un rôle sexuel conservateur que de se libérer des racines patriarcales.
 
J'ai souvent entendu des femmes dire "J'aime ça me faire donner des claques sur les fesses! J'aime la baise animale! Je trouve ça excitant!" Est-ce que ça veut dire que ces femmes sont brainwashées? Est-ce que ce type de relations sexuelles sont malsaines? Ça dépend. Ça dépend, d'une part si les deux personnes ont consenti librement et de façon éclairée et d'autre part, s'il s'agit de la seule méthode pour atteindre le plaisir sexuel. Si la pratique est consentie et fait partie d'un large registre de pratiques sexuelles pour atteindre du plaisir, on ne peut pas parler d'une sexualité malsaine. Si cette pratique est la seule qui permet d'atteindre l'excitation et le plaisir sexuel, la situation est différente. Quant au consentement, s'il est absent, on parle alors d'agression sexuelle.
 
Je souhaiterais simplement attirer l'attention sur l'importance de laisser les femmes libres de prendre des décisions pour elles-mêmes, même si leur décision va à l'encontre de nos valeurs.
 
L'érotisation de la douleur
Ce qui semble incompréhensible pour certaines personnes, c'est d'accepter que d'autres personnes aient du plaisir sexuel en incluant différentes formes des violences et de soumission. Il existe un exemple commun qui s'apparente aux sensations recherchées dans le sadomasochisme: le sport. Vous avez surement déjà entendu des personnes pratiquer un sport expliquant à quel point ils aiment se pousser à bout, aller au-delà de leurs limites, se dépasser. Plusieurs sportifs considèrent qu'il est nécessaire que ça fasse mal lors de l'entrainement pour que ce soit un bon entraînement. Le flux d'hormones qui circule dans leur corps est jouissif pour plusieurs d'entre eux et le soulagement qui survient après, immense. C'est un discours très commun dans le milieu du sport. Personne ne dit qu'il faille pratiquer le sport avec ce niveau d'intensité. Mais il s'agit là d'une des façons de pratiquer le sport qui n'est ni mieux ni pire que la personne qui fait des balades en vélo en ne faisant pas augmenter son rythme cardiaque.
 
C'est la même chose pour les pratiques sadomasochistes, dont j'ai traité longuement dans ce billet. Il ne s'agit pas ici de tomber dans la morale "Est-ce bien ou mal de pratiquer le sadomasochisme?" Il s'agit plutôt de dire que ces pratiques sexuelles existent et que si elles sont pratiquées par des personnes qui ont donné leur consentement libre et éclairé, elles peuvent être saines. Maintenant, est-ce que comme sexologue clinicienne, je pourrais "prescrire" ce type de pratiques à des couples qui viendraient me consulter? Non. Je serais extrêmement étonnée que ça arrive un jour. La pratique du sadomasochisme, c'est comme la pratique de l'escalade sans corde; il est extrêmement risqué de s'adonner à ces pratiques sans avoir une très bonne connaissance de ses limites psychologiques et corporelles. On ne décide pas un matin  d'escalader une falaise de 100 pieds sans corde si on n'a jamais essayé l'escalade. C'est la même chose pour le sadomasochisme; il s'agit d'une pratique qui peut être saine lorsqu'elle est pratiquée par deux personnes capables de nommer leurs limites et respecter celles de l'autre. Faire le choix d'instaurer ce type de pratiques dans le cas où une situation de couple va mal et que la communication est difficile est un suicide relationnel et une porte ouverte vers beaucoup de souffrances psychologiques. Le canal de communication avec l'autre doit être limpide et la capacité de rester alerte aux limites de l'autre primordial pour que la pratique du sadomasochisme soit saine et sécuritaire. Sans quoi, ce ne serait plus du sadomasochisme: ce serait un sadique qui agresse une personne qui n'a pas consenti. Comme ça semble être le cas dans l'histoire Gomeshi.

jeudi 12 février 2015

Ma critique sexologique du film 50 shades of Grey

Les romans ont fait couler beaucoup d'encre. Plusieurs féministes ont dénoncé les livres en invoquant la banalisation et l'érotisation d'une dynamique de violence conjugale. D'autres ont soulevé la question du libre choix des femmes pour leur sexualité qui se trouve à être un des apports des luttes féministes. Il y a aussi une bonne quantité de personnes qui se sont prononcées sur le phénomène sans l'avoir lu en présumant du contenu qui s'y trouvait. Personnellement, en lisant le premier roman, j'ai compris pourquoi il était aussi populaire: il était écrit avec un rythme s'apparentant au "Da Vinci Code" sur une trame de roman de Danièle Steel avec un personnage féminin qui découvre l'extase sexuelle en jouissant en un seul claquement de doigts. Wow! On avait là plusieurs ingrédients pour mener vers un succès. Le livre n'aurait probablement pas fait autant parler de lui si la pratique sexuelle mise de l'avant dans le roman n'avait pas été le sadomasochisme (j'en ai parlé plus longuement dans un précédent billet). Pourtant, l'auteure E.L. James n'est pas la première à mettre en scène le rôle d'une femme vulnérable qui se fait initier au sadomasochisme par un homme puissant.  Paolo Coelho a écrit le roman "onze minutes" où le personnage principal est beaucoup plus enclin à adhérer au sado-masochisme, mais son roman a beaucoup moins fait parler. Ironiquement, les critiques du livre de Coelho banalisent très certainement l'aspect sadomasochiste du livre pour n'en faire à peu près pas mention.
Il est important que je mentionne que la trame du film est similaire et différente à la fois de celle du tome 1 de la trilogie des livres. Similaire, car ce qui a été gardé se trouvait bel et bien dans le livre, mais différent, car le film étant grand public et non pornographique, plusieurs aspects importants  se rapportant aux scènes sexuelles ont été coupés. Il est très difficile de rendre à l'écran la charge érotique qui peut se trouver dans une scène sadomasochiste sans laisser planer certaines longueurs pour démontrer l'érotisation de l'attente (élément important dans le sadomasochisme). Ensuite, à la lecture du livre, on sent beaucoup d'ambivalence de la part du personnage d'Anastasia à s'engager dans des pratiques sadomasochistes. On sent aussi beaucoup de peur, d'incertitude et de naïveté ingénue. Il est étonnant de lire dans le tome 1 qu'une jeune femme n'ayant jamais eu de relation sexuelle, ne s'étant jamais masturbée, n'ayant jamais démontré d'intérêt pour la sexualité obtient son premier orgasme lors de sa première relation sexuelle en se faisant caresser les seins. Il est étonnant aussi de voir qu'elle pratique des fellations "gorge profonde" naturellement et qu'elle est multiorgasmique dès ses premières relations sexuelles. Mais ces éléments ne sont pas présents dans le film, ce qui amène un éclairage différent de cette idylle.
La journaliste de Radio-Canada me demandait à la sortie du film si 50 shades of Grey était une représentation saine de la sexualité. J'admets que je ne savais pas trop quoi répondre... J'hésitais pour plusieurs raisons; d'une part, le sujet du sadomasochisme est extrêmement délicat, d'autre part parce que des collègues féministes avaient crié au scandale, mais surtout, parce que le film (si on fait abstraction des livres)... n'était pas si pire que ça d'un point de vue sain de la sexualité. Sain, car presque la moitié des scènes érotiques nous présentent des échanges sexuels passionnés, sans plus ni  moins que bien des films. D'autre part, car on voit une jeune femme qui s'adonne à ce jeu vraiment pour ce qu'elle perçoit: un jeu. Elle semble s'amuser des caprices de son nouveau partenaire, car elle voit cette relation comme beaucoup plus globale que seulement des pratiques sadomasochistes. Pour elle, il ne s'agit pas d'un mode de vie, mais bien d'un jeu dans lequel elle a mis ses limites en négociant un contrat. La situation semble saine aussi, car elle la questionne et met ses limites lorsque ça ne lui convient plus. La situation peut ne pas convenir à tout le monde, mais malsaine? Je ne peux pas dire ça.
Par contre, si on regarde la situation d'un point de vue relationnel, on peut mettre beaucoup de bémols; l'homme souhaite non seulement avoir des pratiques sexuelles sadomasochistes, mais l'inclure dans un mode de vie. Il est à savoir que ce n'est pas du tout le cas de la majorité des personnes qui s'adonnent aux pratiques sadomasochistes. Le fait de ne pas réellement faire de coupures entre les pratiques sexuelles et la vie quotidienne lorsque le sadomasochiste s'inscrit dans le cadre d'une dynamique de couple peut devenir extrêmement malsain, voire, devenir une dynamique de violence conjugale. Pat Califia, auteur prolifique sur la déconstruction des genres a plusieurs fois abordé ces questions dans ses écrits.
Bien de choses s'expliquent; on peut comprendre qu'un homme qui a vécu les 4 premières années de sa vie dans un milieu dysfonctionnel empreint de violence et de négligence développe une sexualité où se côtoient amour et haine, douleur et plaisir. Par contre, ce n'est pas parce qu'un phénomène s'explique qu'il est légitime. Dans "50 shades of Grey", nous n'assistons pas seulement à la mise en scène d'un homme qui a des pratiques sexuelles sadomasochistes. Nous assistons à la mise en scène d'un homme qui a besoin de tout contrôler pour ne pas sentir que le monde s'écroule sous ses pieds, y compris le contrôle de sa partenaire dans toutes les sphères de sa vie: sa sexualité, son alimentation, ses allées et venues, etc. Le contrôle, c'est probablement ce qui l'a gardé en vie, lorsqu'il était enfant. Mais devenu adulte, ce contrôle n'est plus une fatalité, mais un choix qu'il fait. En ce sens, on ne peut pas parler d'une relation saine entre deux adultes.
Vivre une vie de couple saine, c'est développer la capacité de partager une intimité avec l'autre. Avoir des relations sexuelles n'implique pas nécessairement de l'intimité avec une personne, car l'intimité se développe par la capacité de montrer son côté vulnérable à l'autre. Dans "50 shades of Grey", le personnage d'Anastasia semble accepter la proposition de Grey de s'adonner à des pratiques sadomasochistes dans le but de construire une intimité, ce qui n'est pas le cas de Grey lui-même. Le besoin de contrôle en tout temps rend impossible l'atteinte d'une intimité. De mon point de vue, le sadomasochisme est un prétexte pour aborder ce thème qui est au cœur de toutes les relations amoureuses. Je suis convaincue que tout le monde serait capable de faire des liens avec sa propre vie en écoutant ce film.
Finalement, je ne suis pas certaine que je recommanderais le film pour la St-Valentin. Bien sûr, la première partie contient une bonne charge érotique qui pourrait donner envie à certaines personnes de s'éclipser vers les toilettes pour soulager la tension. Mais la deuxième partie contient son lot d'ambivalence, de pratiques sadomasochistes (qui ne conviennent pas à tout le monde), de contrôle et de cassures. Ce genre de films peut très certainement susciter des discussions sur les valeurs au sein d'un couple. Dépendamment de votre capacité à entretenir une discussion avec votre partenaire sur un sujet sur lequel vous aurez peut-être des points de vue divergeant, peut-être serait-il plus sage de ne pas aller voir ce film pour la St-Valentin si vous souhaitez terminer votre soirée dans l'harmonie. À vous de juger!

"50 shades of Grey" et les pratiques sadomasochistes

Cette semaine, Radio-Canada m'a demandé d'aller visionner le film "50 shades of Grey" en avant-première pour donner mon avis professionnel sur le film tant attendu. On m'avait tellement parlé de ce phénomène que l'an dernier,  j'ai décidé de lire le livre pour me faire une tête. Restait à voir si le film allait être similaire ou non.

Je ne peux pas parler du film sans d'abord parler des pratiques sadomasochistes qui font tant couler d'encre. Voici donc le premier de deux billets; le premier portera sur les pratiques sexuelles sadomasochistes et le second sera ma critique sexologique du film en tant que tel.

Les gens connaissent très mal les pratiques sadomasochistes. La plupart des gens croient que donner une claque sur les fesses de son partenaire est du sadomasochisme, mais ce n'est pas le cas. Les personnes qui se qualifient de sadomasochistes sont des personnes qui éprouvent du plaisir sexuel à donner ET à recevoir des pratiques humiliantes, que ce soit par de la violence verbale, physique, psychologique ou sexuelle, et ce, dans un contexte de MUTEL consentement libre et éclairé. Si une personne n'est pas encline à interchanger les rôles, elle n'est pas sadomasochiste; elle est soit sadique (éprouve du plaisir sexuel et érotique à humilier et dominer) ou masochiste (éprouve du plaisir sexuel et érotique à être humiliée et dominée). Les sadiques purs sont plutôt rares pour une raison pratique: les masochistes purs sont aussi plutôt rares et difficiles à trouver. Alors que les spécialistes de la santé mentale classifient les sadiques et les masochistes de personnes détenant une paraphilie (un trouble déviant de la sexualité), les personnes sadomasochistes, non. Le fait d'avoir la capacité d'interchanger les rôles en n'étant pas encarcané dans un seul script et un seul rôle sexuel exempte les personnes ayant des pratiques sadomasochistes d'un diagnostic de paraphilie.

Les gens qui ont des paraphilies, sont des personnes pour qui l'excitation sexuelle est possible sans être en relation avec une personne, ou plutôt, ne sont pas réellement capables d'entrer en relation avec les autres; l'autre devient un accessoire à son plaisir sexuel et érotique. Le sadique, par exemple, est excité par le sentiment qu'il a d'être Dieu, car il a le pouvoir de vie et de mort sur l'autre. C'est ce pouvoir qui est excitant et non la relation avec l'autre. Ce serait la même chose pour une personne qui est fétichiste des souliers: cette personne n'aurait plus besoin que sa partenaire porte le soulier; le soulier seul amène l'excitation. Par contre, toutes les personnes qui sont excitées lorsque leur partenaire porte des souliers à talons ne sont pas fétichistes. Le fétichisme, le masochisme et le sadisme deviennent des paraphilies lorsqu'elles sont ESSENTIELLES à la sexualité et au plaisir sexuel et érotique.  Si le soulier ou la fessée font partie d'un large registre sexuel et érotique, il ne s'agit pas de paraphilie.

Soit dit en passant, les personnes qui ont ce type de pratiques vont plus rarement consulter en sexologie clinique. Étonnant n'est-ce pas? Mais attention, ne faites pas de raccourci intellectuel; le sadomasochisme n'est pas LA pratique qui règle tous les problèmes. Il n'y a pas d'étude qui donne de réponse claire sur ce sujet, mais il est possible d'avancer des hypothèses.

Le consentement
Dans le livre et dans le film "50 shades of Grey", il est clairement mis de l'avant que le personnage de Grey propose un contrat à Anastasia et que les pratiques sexuelles acceptables ou non pour l'avenir sont le fruit d'une discussion et d'une négociation. Les deux personnes doivent donner leur consentement libre et éclairé sur les pratiques sexuelles. C'est exactement ce qui se passe dans le monde sadomasochiste: les personnes établissent des contrats écrits ou verbaux pour convenir de ce qui est acceptable et conviennent aussi d'un mot de code à énoncer si le ou la dominante excède la limite de la personne dominée. Si la personne masochiste énonce le mot de code, la personne dominante cesse.
 
On peut être d'accord ou non avec les pratiques sadomasochistes, on peut les comprendre ou non, mais on ne peut pas nier qu'il y a plus de consentement libre et éclairé dans ce type de pratiques que dans la majorité des pratiques sexuelles dites "normales" dans la population générale. Rares sont les personnes qui prennent le temps de discuter des pratiques qu'elles acceptent et celles qu'elles n'acceptent pas. Combien de fois j'ai entendu des femmes raconter que leur partenaire avait éjaculé dans leur bouche sans qu'elles le souhaitent? Qu'ils leur tapaient les fesses sans qu'elles le souhaitent? Qu'ils tentaient la pénétration anale sans qu'elles le souhaitent? Souvent. Très souvent. Si je n'en ai pas parlé dix fois sur ce blogue, je n'en ai pas parlé une fois: ce qui distingue une agression sexuelle d'une relation sexuelle, c'est la notion de consentement libre et éclairé. Et dans les pratiques sadomasochistes, les vraies, le consentement est là. D'ailleurs, les personnes qui pratiquent le sadomasochisme sont souvent plus à l'affut des réactions de leur partenaire pour s'assurer que les limites ne sont pas dépassées. C'est exactement pour cette raison aussi que l'argument de Gomeshi invoquant ses pratiques sexuelles sadiques avec les femmes qui ont porté plainte contre lui ne tient pas la route. S'il avait vraiment été un adepte du sadomasochiste, il aurait eu des ententes avec ses partenaires et celles-ci y airaient consenties, car les ententes auraient été mutuellement négociées.

Avoir la capacité de poser ses limites et de les négocier est clairement un avantage pour vivre une vie sexuelle épanouie et satisfaisante. Ce ne serait donc pas le fait de pratiquer le sadomasochisme qui serait l'ingrédient gagnant d'une vie sexuelle épanouie, mais la capacité de ces adeptes de nommer et de négocier leurs limites. Une personne qui a de la difficulté à nommer ce qu'elle aime et ce qu'elle n'aime pas ne devrait pas pratiquer le sadomasochisme, car elle se met ainsi à risque de blessures morales et physiques importantes.

Plusieurs personnes ont la pensée magique de croire que l'autre devrait savoir ce qu'elles aiment et ce qu'elles n'aiment pas, sans avoir à le nommer, et ce, dans la vie de tous les jours comme dans leur sexualité. S'attendre à ce que l'autre devine et fasse don de télépathie est s'exposer à beaucoup de frustrations et d'insatisfactions. Bien sûr, nommer ses besoins et ses attentes, c'est aussi se rendre vulnérable: vulnérable au sentiment de rejet si l'autre refuse ou si l'autre s'indigne de notre demande. Mais la réelle intimité, c'est aussi celle dans laquelle deux personnes ont la capacité de se montrer vulnérables et de se faire confiance. C'est vrai pour l'expérimentation de pratiques sadomasochistes, mais c'est surtout vrai dans les pratiques sexuelles de tous les jours dites "normales".

Donc si je peux me permettre un conseil: avant de songer expérimenter des pratiques sexuelles qui éprouveront vos limites physiques et psychologiques, assurez-vous d'être en présence d'une personne en qui vous avez confiance, avec qui vous vous sentirez capable de nommer vos goûts et vos limites, mais surtout, dont vous avez confiance que ces limites seront respectées en tout temps.

lundi 9 février 2015

La beauté? Surtout une question d'attitude

Tout de suite lorsqu'on pense au corps, on pense aux corps qu'on voit, ceux sur les panneaux publicitaires, ceux dans les magazines de mode, ceux qui nous font rêver et celui qu'on aimerait avoir! Malgré le fait que l'être humain possède 5 sens, c'est celui de la vue qui domine largement notre vie.
 
Il est fascinant de constater que le modèle de beauté corporelle présenté aux femmes ne comporte pas beaucoup de variations. Très souvent, la beauté est représentée par une femme très jeune et très mince dans des poses suggestives. Mais est-ce que la beauté ne peut revêtir qu'un seul visage? Je ne tomberai pas dans le cliché de "la vraie beauté est celle du coeur". Bien évidemment, la beauté n'est pas que physique. Mais lorsqu'on fait référence au corps et à la beauté physique, peut-on réellement dire que la beauté puisse s'opérationnaliser en une série de critères précis?
De mon point de vue, la beauté physique réfère en grande partie à l'attitude et à la confiance en soi. "Est-ce que je me trouve belle?" Si vous êtes incapable de répondre oui, ça se représentera dans votre corps, dans votre façon de vous tenir, dans votre façon de vous présenter, et ce, même si vous détenez tous les critères inscris dans la liste que vous vous êtes dressé des critères de beauté! Prenons, par exemple, Cameron Diaz. Si vous faites une recherche pour trouver des photos d'elle dans le film "Triple alliance", puis ensuite, pour le film "Dans la peau de John Malkovitch", vous aurez droit à deux femmes complètement différentes. La capacité de se trouver beau ou belle et d'être fière de soi s'appelle le narcissisme sain; chaque individu a intérêt à développer son narcissisme sain pour être bien dans sa peau et dans son corps. C'est ce que nous démontre ici l'artiste Gracie Hagan dans son oeuvre "Illusions of the body". Allez y jeter un coup d'oeil; c'est fascinant!

dimanche 1 février 2015

Réflexion sur le fantasme

Ah les fantasmes! Ce sont eux qui font vagabonder notre esprit lorsque nous sommes éveillés. À la différence des rêves, les fantasmes surviennent à l'état d'éveil; nous avons la possibilité de les contrôler, de les modifier et de les moduler. Certaines personnes hésitent parfois à parler de leurs fantasmes avec des amis ou avec leur partenaire de peur d'être jugées. Une des raisons souvent évoquées en lien avec cette peur d'être jugé, c'est la croyance qu'un fantasme est une situation qu'on souhaiterait vivre dans la réalité. Mais ce n'est pas toujours le cas.
 
Par exemple, une personne pourrait fantasmer d'avoir des relations sexuelles avec plusieurs partenaires. Dans le fantasme, l'activité sexuelle est certainement excitante et agréable. Probablement que les orgasmes multiples sont au rendez-vous. Mais dans la réalité, il n'est pas dit qu'il sera possible de se sentir suffisamment en confiance avec toutes ces personnes pour se laisser-aller à des activités sexuelles et de s'abandonner suffisamment pour atteindre l'orgasme. Pour certaines personnes, cette situation restera du domaine du fantasme dans lequel elles se sentiront hyperséduisantes de créer l'excitation sexuelle d'autant de personnes. Pour d'autres, le fantasme leur permettra de vivre une activité sexuelle qu'elles n'osent pas expérimenter, ou encore, qu'elles n'osent pas, pour le moment, suggérer à leur partenaire. Bref, le même fantasme n'aura pas la même signification d'une personne à une autre. Un fantasme n'est pas malsain en soi. Il est même possible d'avoir des fantasmes au cours d'une relation sexuelle avec un partenaire.
 
Le seul drapeau jaune à l'horizon au sujet des fantasmes au cours des relations sexuelles avec un partenaire est le suivant: avez-vous besoin de toujours fantasmer sur autre chose que la relation sexuelle en cours? Si oui, il est possible que votre partenaire vous dise tôt ou tard qu'il ou elle ne vous sent pas très présente et ça peut occasionner des conflits. Les fantasmes sont sains, mais il ne faut pas que ça vous coupe de la réalité n'ont plus.

jeudi 29 janvier 2015

Peut-on réellement évincer l'aspect sexuel et érotique du pole dancing?

Dimanche dernier a été publié un reportage dans le Journal de Montréal sur 3 générations qui pratiquaient le pole dancing. J'ai d'ailleurs écrit un premier article sur ce blogue pour nuancer certains propos extrêmes aperçus sous l'article. Depuis, certains acteurs ont pris la parole sur la place publique, notamment à l'émission de Denis Lévesque où l'émotivité était au rendez-vous. Comme à l'habitude, lorsqu'il est question de sexualité et d'enfant, le sujet est rapidement devenu émotif. Ce qui continue de m'étonner en 2015, c'est que lorsqu'il est question de femme et d'érotisme, on continue de sentir un malaise. Vous n'êtes pas d'accord? Voici ce que j'observe avec le débat autour du pole dancing (sans vouloir faire de jeu de mots douteux).
 
Ce que j'observe, c'est d'une part, des personnes qui posent un regard très méprisant sur des femmes qui font le choix d'exprimer leur fibre érotique via le pole dancing. À ce que je constate, le fait qu'il y ait eu un enfant dans le reportage est un catalyseur justifiant la violence des commentaires et qu'il s'agit là d'un prétexte pour mettre au grand jour la croyance qu'une femme qui assume pleinement sa sexualité et son érotisme a quelque chose de honteux. Plusieurs personnes expriment leur désir que ces femmes aient honte de pratiquer cette activité.
 
Dans le même ordre d'idée, mais qui s'exprime de façon différente, j'observe des femmes qui pratiquent le pole dancing et qui aiment profondément leur activité, mais qui n'assument pas la partie érotique de leur activité. Je crois que c'est cet aspect du débat qui m'étonne le plus. Plusieurs femmes s'époumonent de convaincre la population que le pole dancing est une activité comme une autre, une simple activité gymnastique. Dans un texte que j'ai lu sur Facebook, j'ai même eu envie de le croire, jusqu'à ce que je tombe sur ce bout de phrase: "... une discipline qui permet de développer la musculature de façon féminine".  À partir du moment où on genre une activité (homme-femme), il est impossible de nier l'aspect sexuel d'une situation.  Il serait faux de dire que "féminité" réfère au seul fait d'être née avec un vagin. Quand il est question de féminité, il est question de rapport de séduction. La féminité, c'est la façon d'être une femme pour être/se sentir belle dans le regard de l'autre. Il ne s'agit pas de dire ici si la féminité est bien ou mal, mais simplement de la replacer dans son contexte social. Il est fondamentalement humain de souhaiter plaire, que ce soit lorsqu'une personne est en couple (hétérosexuel ou homosexuel, ça n'a pas d'importance) ou lorsqu'elle se cherche un ou une partenaire. C'est dans ce contexte que vient se placer la "féminité". Il existe toute une panoplie de comportements, de biens de consommation, d'attitude et autre qui sont considérés plus ou moins féminins. Il n'y a pas nécessairement un seul modèle de féminité, mais de façon générale, la femme qui se fera traiter de "garçon manqué" ne se fera pas dire qu'elle est féminine; on dira plutôt qu'elle manque de féminité.
 
Pour revenir au pole dancing, une collègue m'expliquait que 99% de sa pratique était anérotique, car elle exerçait sa musculature pour arriver à faire les positions sur la pole. En effet, il s'agit d'une activité extrêmement exigeante, mais est-ce que l'activité devient alors dépourvue d'érotisme pour autant? J'ai eu un questionnement similaire en écoutant un documentaire sur les coulisses des productions pornographiques. À un moment, une des actrices nomme qu'il est impossible d'obtenir du plaisir sexuel lors des tournages, car les scènes sont coupées au 5 minutes pour repositionner les caméras, changer de positions, replacer certains éléments, et qu'au final, ça reste très technique. Dans un cas comme dans l'autre, j'entends et je comprends tous les efforts physiques et corporels que ça demande, mais ça n'implique pas que la sexualité et l'érotisme (ou la pornographie, dans le cas du documentaire) n'existent plus. Ça ne retire pas non plus le fait que l'objectif principal, dans le cas du pole dancing, EST d'être capable de faire des figures érotiques et féminines et que ce soit joli (donc qu'on voit le geste et non l'effort). Bien sûr que ça demande de la pratique, de la discipline, de la force, etc., mais ça ne retire pas l'aspect érotique et sexuel de la pratique.
 
Maintenant, ma question est "mais quel est le problème de faire une activité qui vise à parfaire ses capacités érotiques? Pourquoi, même les femmes qui pratiquent cette activité, tentent de nier et de minimiser cet aspect?" Je crois que c'est une des parties du débat que j'ai du mal à saisir. Je crois qu'encore en 2015, beaucoup de monde, y compris beaucoup de femmes, ont du mal à accepter et à intégrer qu'une femme en pleine capacité de ses moyens, y compris de sa sexualité et de sa jouissance sexuelle, est une femme "bien" et respectable. Il semble y avoir encore un réflexe de mépriser les femmes qui sont bien dans leur sexualité et qui n'ont pas honte d'en parler. Il semble tabou de pouvoir être à la fois une femme érotique et une maman, comme s'il fallait être un ou l'autre. Comme si à partir du moment où une femme avait porté un enfant, elle devait cacher la partie érotique d'elle-même, la maintenir dans son intimité et s'assurer que personne ne la voit. Il semble épeurant ou louche qu'une femme puisse assumer sa sexualité et avoir d'autres qualités. Je constate que dans l'univers populaire, les femmes bien dans leur sexualité devraient uniquement exister dans l'univers pornographique et ne devraient pas vivre "dans la vraie vie". Même si les hommes fantasment sur les femmes actives sexuellement et que les femmes consomment des revues qui leur proposent mille et un trucs érotiques, lorsque vient le temps de le mettre en pratique, c'est loin d'être assumé et intégré.
 
Je trouve dommage de constater que plusieurs femmes qui pratiquent le pole dancing tentent d'évincer l'aspect érotique de la pratique de cette activité pour justifier le bien-fondé de l'existence de cette activité. Le mouvement de libération sexuelle qui est survenu dans les années 60 visait entre autres à laisser les femmes gérer leur sexualité comme elles le souhaitaient. Il me semble qu'il serait temps de laisser la possibilité aux femmes de faire le choix de faire du pole dancing sans qu'elles aient à se justifier. Sans avoir à se justifier, il faudrait par contre apprendre à assumer cette sexualité ;-) 
 
Le pole dancing et les enfants?
Dans le cadre de ce débat, est-il possible qu'il soit difficile d'assumer l'aspect érotique de la pratique, car il y avait une enfant de présente dans les studios de pole dancing? Pour un enfant, une pole verticale n'a rien d'érotique. Un enfant pourra jouer des heures à tournoyer autour d'un poteau et y grimper pour s'amuser. Par contre, il y a une différence entre jouer avec ses enfants autour d'une pole à faire des acrobaties et laisser assister son enfant à une classe de pole dancing ou à la pratique d'une chorégraphie intégrant des mouvements érotiques. Les enfants n'ont pas toujours la capacité de comprendre ce qui se passe dans leur environnement ni à mettre des limites par rapport à certaines situations. Sur le coup, il est possible que certains enfants voient cette situation comme un jeu. C'est souvent à l'adolescence ou à l'âge adulte que ces enfants réalisent qu'ils ont assisté à des situations où leurs limites ont été transgressées, mais qu'ils n'avaient pas la capacité de comprendre et de mettre des limites à cette époque. Il ne s'agit pas ici de tomber dans la tragédie grecque en stipulant que ces enfants tomberont dans l'univers de la drogue et dans la prostitution. Mais il est possible qu'un enfant ait ensuite du mal avec les frontières; en mettre ou respecter celles des autres. En connaissant cet aspect de l'enfance, il serait probablement plus sage de laisser les enfants à la maison lors des cours et de ne pas les laisser assister à vos chorégraphies si celles-ci comprennent des éléments érotiques et langoureux. Si votre enfant a de la fascination pour la pole, il y a peut-être des écoles de cirque dans votre coin où les mouvements enseignés sur la pole seront adaptés à votre enfant et à son développement psychosexuel.

Est-ce que faire l'amour est un art?


Sculpture "Sève" d'Isabelle Jeandot
On parle souvent de "l'art de faire l'amour", mais peut-on réellement parler d'un art? Étant perplexe, je suis allée consultée la définition que le Larousse donne de l'art: " Ensemble des procédés, des connaissances et des règles intéressant l'exercice d'une activité ou d'une action quelconque". Est-ce qu'avec cette définition, on peut dire que faire l'amour est un art? Oui et non.
 
Bien évidemment, avoir des connaissances à propos de l'anatomie, la physiologie, la réponse sexuelle, les zones érogènes aidera à avoir une vie sexuelle satisfaisante. Par contre, il ne faut pas croire que ça implique qu'il existe une recette parfaite pour assurément atteindre l'extase sexuelle. Une série de geste et d'enchaînement peut avoir été sublime une journée et complètement désagréable la semaine suivante. La raison est fort simple: la "chorégraphie sexuelle" n'est pas suffisante pour assurer le succès. D'autres facteurs entre en ligne de compte comme l'état d'esprit dans lequel vous arrivez (le vôtre et celui de votre partenaire).
 
L'ambiance au travail, la santé des enfants, le contexte financier familial, les relations avec les amis et la famille peuvent tous être des éléments qui prédisposent favorablement aux activités sexuelles ou, au contraire, y nuire. Pour certaines personnes, l'art de faire l'amour réside à trouver 6 minutes dans la journée pour aller à la rencontre de l'autre! Pour d'autres, il s'agit de réussir à s'abandonner, malgré le stress et la rapidité du quotidien.
 
Rappelez-vous que pour vivre une sexualité satisfaisante, il faut être capable de "descendre dans son corps", ce qui implique, pour un instant, de mettre sa tête de côté (les listes de choses à faire, les tracas, les soucis, etc.) et d'aller à la rencontre de votre partenaire. Pour beaucoup de personnes et particulièrement pour beaucoup de femmes, c'est là que réside l'art de faire l'amour!

dimanche 25 janvier 2015

Pour ou contre le pole dancing?

Aujourd'hui, j'ai vu un article dans le Journal de Montréal qui faisait mention de trois générations de femmes qui faisaient du pole dancing; la grand-mère (43 ans) la mère (24 ans) et la fille (3 ans). La grand-mère a décidé d'ouvrir un studio en Montérégie et enseigne plusieurs classes de pole fitness. Sous l'article, on peut lire plusieurs commentaires très polarisés, mais très peu de commentaires nuancés. Ça va de "C'es vraiment épouvantable d'enseigner ça à une fillette! À quand la danse à 5$?! Où s'en va le monde!!" à "Bande d'hypocrites! C'est un sport comme un autre! Elles sont plus en forme que la majorité des gens et au moins elles ne restent pas assises sur leur cul à manger des frites et à se laisser grossir parce qu'elles ont eu un enfant". Je dois admettre que les commentaires de l'extrême comme de l'autre m'ont fait écarquiller les yeux.
 
Dans les derniers mois, je me suis souvent posé la question à propos de cette nouvelle activité-sport à la mode. J'en avais d'ailleurs discuté avec une collègue qui, en plus d'être titulaire d'un BAC en sexologie, pratique le mat chinois et enseigne le pole dancing dans un grand studio de Montréal.  Je me suis demandée: "En tant que sexologue féministe, c'est-à-dire en tant que sexologue qui prône et souhaite que les femmes s'approprient leur sexualité pour LEUR plaisir, de quel œil je vois cette activité issue d'une industrie lucrative ayant pour but la marchandisation des femmes (l'industrie du sexe)?" J'en suis venue à la conclusion qu'il était impossible d'avoir un avis unilatéral sur la question, et ce, pour plusieurs raisons.
 
Traitons d'abord du côté féministe de la question: comment pourrais-je m'élever contre une pratique qui peut sembler (et j'insiste sur "peut sembler") réductrice des femmes alors qu'elle est pratiquée par des femmes libres et consentantes? Non seulement elles sont libres et consentantes, mais elles paient pour cette activité. Le féminisme a permis aux femmes de s'émanciper sur beaucoup de points, mais il faut reconnaître que sur le point de la sexualité, le féminisme n'a pas réussi à permettre aux femmes de vivres une sexualité réellement libérée. D'un côté, le féminisme dit aux femmes qu'elles ont le loisir de faire ce qu'elles veulent de leur corps et de leur sexualité et de l'autre, lorsque certaines femmes exposent leur érotisme, les féministes (les mêmes? D'autres? Ce n'est pas clair...) s'insurgent que les femmes sont les esclaves d'une société qui les objectives... Comment se fait-il que les femmes soient en mesure de prendre des décisions en ce qui concerne leur vie, mais que lorsqu'il est question de leur sexualité, elles n'aient plus la capacité de consentir librement?
 
Plusieurs féministes ont du mal à accepter que des femmes choisissent d'exposer ainsi leur sexualité, ou plutôt, elles contestent que ce choix soit réellement libre et éclairé. Selon plusieurs féministes, le choix n'est pas libre, car l'image de la femme véhiculée dans les médias et dans la sphère sociale est celle d'une femme toujours plus jeune, mince et sexy. Pour être considéré comme une belle femme, il faut entrer dans ces critères. Donc est-ce que les femmes font le libre choix d'aspirer à rester/devenir mince et sexy en pratiquant le pole dancing? Plusieurs féministes croient que non. Mais est-ce que ces féministes ont nécessairement raison? Qu'est-ce que le libre choix au fond? Est-ce que le libre choix n'est pas la possibilité de décider des actions à prendre dans sa vie, y compris les décisions qui vont parfois nous attirer des ennuis ou que nous regretterons? Parce que soyons honnêtes; il existe des femmes qui vont s'inscrire dans ces cours et se juger de l'avoir fait en se disant qu'elles n'ont pas à s'imposer cette norme sociale. D'autres femmes diront qu'il s'agit de la plus belle chose qu'elles auront faite dans leur vie. La même action, la même activité aura des impacts complètement différents d'une femme à l'autre et ce n'est pas possible de mettre tout le monde dans le même bateau.
 
Maintenant, en ce qui concerne l'aspect sexuel de la pratique. J'admets que lorsque je lis des commentaires invoquant que le pole dancing n'est pas nécessairement érotique et que ça n'a pas rapport, ça me fait sourire. Loin de moi le début du commencement d'une pensée que le pole dancing est une activité facile; il s'agit d'une activité excessivement difficile physiquement. Il ne s'agit pas de placer "la difficulté physique" et "l'aspect érotique" de part et d'autre d'un continuum. C'est difficile, c'est exigeant et ça peut permettre de garder la forme. C'est maintenant réglé :-)
 
Je ne sais pas si certaines personnes sont déjà allées au cirque, mais il existe une discipline qui s'appelle "le mat chinois". Cette discipline s'articule autour d'une pole verticale et comme dans les autres aspects du cirque, elle n'inclut pas principalement d'aspects érotiques, se pratique généralement nue pied par les hommes et par les femmes. J'admets ne pas avoir fait de recherches, mais je ne suis pas certaine qu'il s'agit d'une discipline qui a explosé depuis les 10 dernières années. Par contre, dans les dernières années, nous avons pu voir une multiplication des studios de danse qui offrent des cours de pole dancing. Lorsqu'on épluche les sites web de ces studios, ont voit une grande quantité de photos de femmes (rarement des hommes) avec des bottes et des talons très hauts (mais pas toujours non plus), des propositions de cours de groupe privé pour des "bachelorette" et des vidéos comme celles-ci et celle-ci sortent en premier sur YouTube. Qu'est-ce qui fait que des femmes choisissent de s'inscrire à un cours de pole dancing plutôt qu'à un cours de cirque de mat chinois? À ce que je comprends, c'est le désir de toucher AUSSI à des aspects érotiques dans l'activité, sans nécessairement que ce soit uniquement autour de cet aspect. Mon objectif n'est absolument pas de démoniser les studios de pole dancing. Je crois par contre, qu'il faut reconnaître qu'il s'agit d'une discipline qui inclus plusieurs aspects érotiques et qu'il ne s'agit pas uniquement de dépenser des calories dans le plaisir. Il y a de ça, bien sûr, mais il n'y a pas que ça.
 
S'il y a un point que je saisis mal, c'est pourquoi certaines femmes mettent beaucoup d'énergie à défendre le fait qu'il n'est pas érotique d'onduler langoureusement en talons hauts... Ma première question est "Qu'est-ce qui est problématique dans le fait que ça ait une connotation érotique?" Parce que s'il y a une chose avec laquelle je ne suis pas d'accord, c'est que la génitalité ne soit jamais impliquée dans cette activité, car il est impossible que cette prise de contact avec le bassin ne réveille à aucun moment la sphère sexuelle d'une personne. En fait,  c'est possible si une personne se dissocie complètement son corps. Mais quel intérêt y a-t-il à se dissocier de cette façon? Pourquoi tenter de reproduire des mouvements très érotiques en éliminant la charge érotique associée? 
 
Dans le même ordre d'idées, j'ai parfois parlé avec des femmes (pas toutes) qui pratiquaient cette activité en me disant qu'elle ne voulait absolument pas que leur chum (ou leur blonde) soit là lorsqu'elles pratiquaient. J'ai aussi observé que la capacité à reproduire les mouvements langoureux à la perfection n'était absolument pas proportionnelle à la capacité d'avoir une vie sexuelle épanouie et excitante. J'ai cru comprendre que pour certaines femmes, c'était même anxiogène que leur chum devient excité à les voir, car elles ne souhaitaient pas nécessairement devoir "gérer" cette excitation. Un peu comme si ça activait à la fois un besoin de se rassurer d'être encore belle et désirable et une crainte de ne pas être à la hauteur dans sa sexualité avec son partenaire. Ce sont principalement ces aspects que je trouve intéressant, voire fascinant en tant que sexologue. Non pas que je ne les comprends pas, mais ces contradictions me font sourire.
 
Je ne porte pas et ne porterai pas de jugement envers les femmes qui font le choix de pratiquer cette activité. Je constate par contre que cette activité est à l'image de la sexualité de beaucoup de femmes en 2015; beaucoup d'entre elles maitrisent parfaitement le "savoir-faire" sexuel, mais n'ont pas nécessairement atteint l'étape de transférer le savoir-faire au savoir-être et au savoir-vivre (dans le sens de "intégré") de la sexualité. Leur sexualité.