mardi 15 novembre 2016

Est-ce que les "pro-choix" ne se soucient pas de la vie?

Oeuvre "L'enfant qui n'est pas né", par Martin Hudaceka qui
soulève la douleur des femmes qui ont eu un avortement.
Quelques jours se sont écoulés depuis l'arrivée à la présidence de Donald Trump. Cette arrivée a semblé être un séisme pour bon nombre de personnes. Je vais laisser aux analystes politiques parler des impacts politiques, sociaux et économiques de cette arrivée au pouvoir. Ma collègue homonyme Sophie D. Morin a écrit un texte sur le site collaboratif Les 3 sex au sujet des impacts sexologiques de cette arrivée au pouvoir pour les Étasunien.ne.s.

Un des aspect qui a été remis de l'avant par Donald Trump est cette position dite de "pro-vie" qu'il défend. Être "pro-vie", dans le langage militant, c'est se positionner contre l'avortement à tout prix. L'aspect "à tout prix" est très important dans la définition, car c'est spécifiquement ce qui la départage de "l'autre camp", c'est-à-dire le camp des "pro-choix". Les "pro-choix" sont les militant.e.s qui prennent position pour que chaque personne fasse ce qu'elle veut de son corps et, dans le cas de l'avortement, comme c'est la femme qui porte un foetus en elle, la décision de mener cette grossesse à terme, ou pas, lui revient.

J'avais envie d'aborder ce sujet aujourd'hui, car l’appellation "pro-vie" laisse sous-entendre que l'autre camp est contre la vie. Comme si, en mettant de l'avant l'importance de laisser le choix à une personne, on prenait pour acquis que ce choix était juvénile et égoïste. Comme si une femme qui devait réfléchir à cette grossesse non-désirée avait nécessairement fait un choix facile. C'est un préjugé qui circule beaucoup cette notion de choix qui rime avec facilité. Pourtant, choisir est souvent plus difficile qu'être contraint, car une personne qui choisit vivra avec les conséquences de son choix. Ce mythe de choix facile vient avec l'idée que si une personne avait fait "le bon choix", elle ne vivrait pas de culpabilité et que si elle se sent coupable, c'est probablement car elle a fait le mauvais choix. 

"Le bon choix" est aussi un choix qui ne prend pas la personne elle-même en considération. Comme si "se prendre en considération", se mettre dans l'équation pour faire un choix était un choix purement égoïste, sans considération pour les autres. Comme s'il fallait choisir: moi ou les autres. S'il y a un peu de "moi" dans l'équation, je ne pense pas assez aux autres, je dois me sentir coupable et "j'ai fait un mauvais choix".

L'image de la femme qui entre dans une clinique d'avortement avec le sourire en disant "je m'en sacre moi. Fuck you bébé. Dans poubelle le bébé!" existe uniquement dans l'imaginaire des personnes qui ont du mal à éprouver de l'empathie pour une personne qui a des valeurs et un point de vue différent. Il existe des dizaines de raisons qui peuvent expliquer pourquoi une femme ne souhaite pas mettre une grossesse à terme. Ces raisons peuvent être les mêmes qui seront évoquées par les femmes qui décident de mettre leur grossesse à terme. Ce que j'observe des femmes qui ont pris cette décision dans leur vie, c'est que ce choix est rarement facile. Facile dans le sens de "Youplaoup! Je n'ai aucun problème avec ça moi l'avortement! Bon, mon épicerie maintenant!" Certaines prendront une décision plus rapide que d'autres, mais ça ne veut pas dire qu'elle vivront de la joie et de la plénitude. Même dans le cas des décisions libres et éclairées, même en sachant qu'il s'agit d'un feotus et non d'un bébé, même si, même si, même si... Prendre la décision de ne pas donner la vie à cet amas de cellules au creux de son ventre ne se fait pas sans vivre d'émotions. Est-ce que certaines femmes vivent aucune émotion? Oui. Bien souvent, des femmes se coupent de se qui se passe à l'intérieur d'elles. Ces émotions sont peut-être déconnectées à ce moment, car elles sont trop intenses ou trop douloureuses et bien souvent, avec les mois ou les années, ces émotions surgiront. 

Est-ce que ces femmes auraient eu une plus belle vie si elles avaient décidé de mettre cette grossesse à terme? Non. Ça ne fonctionne pas comme ça. Ce n'est pas parce que ce choix se fait avec différents niveaux de douleur que cela signifie que le choix était mauvais. Être pro-choix, c'est respecter là où la femme est à ce moment de sa vie. Peut-être que trois mois avant ou après, sa décision aurait été différente. Mais la décision doit se prendre maintenant. Avec qui elle est maintenant. Avec son bagage actuel. Avec ses outils d'aujourd'hui. Pas ceux d'hier ou de demain. Avec ceux de ce jour.

Certaines femmes se disent "pro-choix" et, pour elles-mêmes, ne pourraient pas vivre d’interruption volontaire de grossesse. Elles sont toutefois capable de voir que pour une autre femme, c'est différent. Être pro-choix, ce n'est pas être contre la vie. C'est être pour la vie, mais pas à tout prix. 

jeudi 10 novembre 2016

Est-il possible de trop aimer le sexe?

Voici plus bas mon plus récent article qui a paru dans le Canada Français. J'y donne des pistes de réflexion pour répondre à la question "Est-il possible de trop aimer le sexe?"

Bonne lecture!

lundi 31 octobre 2016

Ne pas comprendre la personne qu'on aime

Discuter des sujets délicats avec son ou sa partenaire, pas toujours chose facile! Voici mon dernier article paru dans le Canada Français. Bonne lecture!

dimanche 30 octobre 2016

Doit-on attendre que nos enfants s'insèrent des objets dans les orifices pour intervenir?

Les récentes histoires d'agressions sexuelles médiatisées ont fait naître un mouvement citoyen plus organisé dans les derniers jours. Plusieurs journalistes se sont intéressés à avoir des avis professionnels sur la façon dont il est possible de prévenir les agressions à caractère sexuel. Françoise David a été celle qui a remis, dans le débat politique, la pertinence de faire de l'éducation à la sexualité dans les écoles québécoises pour prévenir ce phénomène socialement trop rependu. J'ai donc été sollicitée à quelques occasions pour aller parler de la pertinence de ces cours, toujours en soulignant la nécessité de mettre dans l'équation les sexologues, pour que ce projet social puisse prendre un réel envol. J'en ai parlé ici, ici et ici.

En route entre deux rendez-vous, je suis tombée par hasard sur "le lavage de la semaine" de l'émission Médium large, concept où des invité.e.s parlent de leur coup de coeur et de leur coup de gueule de la semaine. J'ai ouvert la radio quelques secondes avant d'entendre madame Gyslaine Desrosiers, présidente du Conseil interprofessionnel du Québec, me citer dans une entrevue de la veille. Dans cette entrevue, j'avais expliqué que j'étais allée dans une pièce de théâtre pour enfants dans laquelle deux des personnages déshabillaient un concombre. Des collègues m'avaient fait remarquer que mon exemple n'était pas clair et qu'ils ne comprenaient pas pourquoi je citais cette banalité. J'avais oublié de spécifier que tous les personnages étaient des légumes. Le monde de l'enfance étant un monde de symbolique et d'images, le réel côtoie l'imaginaire sans distinction. C'était clair pour moi. J'avais tout de même oublié d'accompagner les auditeurs dans mon fil d'idées. De spécifier que, dans les faits, deux des personnages trouvaient drôle de se mettre ensemble et de déshabiller un 3e personnage (le concombre), qui tentait du mieux qu'il pouvait, de se cacher, honteux. 

Toujours est-il que madame Desrosiers cite cet exemple en onde en nommant qu'elle a complètement décroché, que tout se retrouve dans tout, qu'on tombe dans l'exagération et qu'on ne parle pas des vrais problèmes pendant ce temps-là. Je prends donc le temps d'écrire à l'émission pour leur demander de spécifier mon oubli de la veille pour replacer dans son contexte mon exemple. Par chance, mon ajout est lu. Naïvement je m'attendais à "Ha! C'était un personnage. C'est peut-être différent". J'étais loin du compte:"Si c'est ça la culture du viol, je vous assure qu'on s'en va vers une dictature du discours, de la sémantique. Si ça commence par ça, je suis scandalisée!"

J'étais bouche bée. Et en colère pour tout vous dire. J'ai pris 48 heures pour décanter un peu, car je ne savais pas par où partir.

J'en suis venue à plusieurs constats: 1) l'appellation de ce mouvement de "culture du viol" nui probablement à 35 ans de luttes sociales et juridiques pour faire reconnaître les agressions à caractère sexuelles à l'extérieur de la pénétration vaginale forcée par un inconnu et, par le fait même, au soutient par la population du même mouvement 2) La majorité des gens comprennent mal comment fonctionne le développement psychosexuel d'un être humain, de la petite enfance à l'âge adulte, et perçoivent le monde des enfants de l'extérieur avec leurs yeux d'adultes sans le comprendre de l'intérieur et 3) on est dans une société de la dramaturgie où on cherche constamment les éléments dits "graves". Si une situation ne peut pas expliquer à elle seule un problème, elle n'est pas grave et on ne devrait pas lui accorder d'attention et d'importance.

1) Culture du viol ou culture de l'agression sexuelle?
J'ai mis le doigt sur ce qui me chicotait dans le nom du mouvement qui prend d’assaut une partie du Québec en ce moment. C'est l'utilisation du mot "viol". Contrairement à bien des endroits dans le monde, le Québec est un endroit où les luttes féministes ont permis beaucoup d'avancées sociales. Le Québec s'est doté du premier plan d'action gouvernemental contre la violence conjugale il y a près de 30 ans par des actions concertées des groupes d'aide aux hommes violents et aux femmes violentées. Au début des années 80, le code criminel a été modifié pour retirer l’appellation viol pour faire place à l'agression sexuelle. Pourquoi? Parce que le viol était une forme d'agression sexuelle très restrictive. Pour être accusé de viol, un homme devait avoir forcé une femme qui n'était pas son épouse à avoir une pénétration vaginale et il devait y avoir eu éjaculation. Les hommes ne pouvaient pas être victimes, les femmes ne pouvaient pas être agresseure, aucune accusation sur le mari dans un mariage ne pouvait être déposée, la majorité des enfants passaient dans les mailles du filet, car il n'y avait pas eu de pénétration, les attouchements et les fellations forcés ne comptaient pas. Bref, au Québec, depuis 35 ans, on parle d'agressions à caractère sexuel pour représenter le portrait réel de l'agression sexuelle. Cette modification visait aussi à mettre en lumière la multiplicité de formes d'agressions sexuelles et la nécessité de les condamner elles aussi.  

Donc que se passe-t-il si on parle d'agression sexuelle depuis 35 ans pour parler des multiplicités de violences sexuelles et qu'on revient subitement au viol? Ça crée un anachronisme. On sait que les agressions sexuelles ne comportent pas nécessairement de pénétration, et avec "viol", on frappe tout de suite l'imaginaire en voyant mentalement une femme qui se fait immobiliser et forcer à recevoir une pénétration dans une ruelle. L'agression sexuelle peut avoir cette forme. Mais ce n'est pas la forme d'agression sexuelle la plus rependue, loin de là. Ça ne prend pas en considération que la majorité des victimes d'agression sexuelle sont des enfants et que la majorité n'ont pas subit de pénétration. Ont-elles moins de séquelles? Sont-elles moins traumatisé.e.s et meurtries? Non. Car si la violence physique est un des facteurs traumatisant de l'agression sexuelle, c'est davantage le lien de confiance établit entre la victime et l'agresseur, l'abus de pouvoir et la réalisation qu'une personne qu'on aime est en train de nous détruire pour satisfaire un besoin, sans égard à soi qui détruit. Il est là le drame humain pour 90% des victimes d'agression sexuelle. Car 90% des victimes connaissent leur agresseur.

Parler de la culture du viol plutôt que de parler de la culture de l'agression sexuelle nui à la cause elle-même, amène bien des personnes qu'on avait réussit à mieux sensibiliser dans les dernières années à se braquer avant même d'écouter les discours. Lorsqu'on observe les études sur les théories de modification du comportement, choquer pour faire changer les choses, ça ne fonctionne pas. Le choc, ça cause quoi? Ça cause de la sidération. C'est vrai pour les victimes qui se font prendre par surprise. C'est vrai aussi pour les mouvements citoyens et les campagnes de sensibilisation gouvernementales pour faire changer les pratiques ancrées. Les personnes figent et ne savent pas trop quoi faire, car pendant qu'on les juge et les fait se sentir honteuses, on ne les accompagne pas dans leur processus pour les amener à changer de comportements. Est-ce que la sidération fonctionne pour faire cesser un comportement? Parfois. Souvent temporairement. Rarement en comprenant les enjeux réels et en réussissant à prendre ancrage avec les valeurs de la personne. On tombe donc dans la robotisation vide de sens ou alors, on jette le bébé avec l'eau du bain. C'est entre autre ce qui crée le maintien du phénomène qu'on tente d'enrayer.

Est-ce que je crois que le phénomène qui est décrit par appellation "culture du viol" existe? Oui. Je crois toutefois que son nom fait perdre le sens à ce qui a été construit depuis 35 ans. Le nom crée un fossé avec une partie de la population qu'on tente de rallier à la cause. Le nom remet aussi de l'avant la hiérarchisation des agressions sexuelles en fonction de la violence physique plutôt que par les conséquences subies.

2) Le développement psychosexuel des enfants
En se scandalisant comme elle l'a fait, madame Desrosiers m'a rappelé que le développement psychosexuel de l'être humain n'est pas un sujet maîtrisé par tout le monde. À moins d'avoir étudié dans le domaine, on en parle peu et on le comprend mal. 

Il est nécessaire de comprendre que les enfants d'âge préscolaire ne dissocient pas la réalité de la fiction. Dans leur monde, un personnage concombre qui parle, c'est comme un ami de la garderie. Les deux vivent, ont des émotions. C'est pareil. Pour eux. C'est ce qui rend aussi compliqué les interrogatoires avec les enfants lorsqu'il y a accusation d'agression sexuelle. Poser une question qui induit une réponse brouillera les cartes. Comme la question viendra d'un adulte, il prendra pour acquis que ce que l'adulte dit est vrai. Il ne sera alors plus en mesure de différencier son souvenir de la réponse induite par l'adulte. Tout ça deviendra la réalité et se greffera à son souvenir. C'est vrai dans toutes les sphères de la vie d'un enfant. 

Un autre aspect à prendre en considération, est la manière d'apprendre des enfants. Le psychologue Bandura a développé la théorie de l'apprentissage social dans les années 60, car il se questionnait sur l'impact de l'arrivée de la télévision dans la vie des gens et celle des enfants. Il se questionnait si la violence était apprise. Dans ses expériences, qui ont été répliquées, on voit que oui. Un enfant a tendance à reproduire rapidement les comportements violents observés par les personnes qu'il admire, par les adultes. Un extrait de son expérience est disponible ici

Sommes-nous devant une fatalité? Non. Bien sûr que non. C'est ce que j’avançais avec le journaliste qui m'a interviewé. Je nommais l'importance de revenir sur ces situations avec les enfants pour discuter avec eux de ce qu'ils avaient vu. De les questionner sur ce qu'ils avaient compris. D'échanger avec les enfants sur comment pouvaient s'être sentis les personnages dans la pièce de théâtre. De discuter avec eux de comment la scène aurait pu se passer autrement pour que tout le monde soit respecté, etc.

En résumé, l'exemple que j'ai présenté comportait un cocktail dangereux; une situation symbolique d'agression sexuelle (deux amis qui en déshabillent un sans égard au ressenti de l'autre ami, sans présenter d'excuse et reconnaître le geste irrespectueux), la connaissance que les enfants reproduisent ce qu'ils voient, surtout si c'est associé à une charge émotive positive (le rire en est une. Le rire était présent lors de la pièce de théâtre). Et finalement, le non retour avec les enfants sur la pièce de théâtre pour recadrer ce qu'ils avaient vu. Nous avions donc les éléments qui banalisent, voire normalisent une forme d'agression sexuelle. Est-ce que ça banalisait le viol? Non. Ça banalisait l'agression sexuelle. Est-ce que ce seul événement dans la vie d'un enfant fera de lui ou d'elle un.e futur.e. agresseur.e. sexuel? Bien sûr que non. C'est ce qui m'amène à mon troisième point.

3) La maladie du "C'est pas grave"
Dans mon bureau de consultation, des gens qui parlent des situations "pas graves" qu'ils et elles ont vécues dans leur vie, j'en ai tous les jours. Il est plus rapide de compter les personnes qui n'ont pas ce discours que celles qui l'ont. Nous vivons dans une société de rapidité et d'immédiateté où il serait plus facile si on pouvait avoir une seule cause pour expliquer un maux. Les gens tendent à chercher LA chose grave qui est arrivée dans leur vie qui pourrait expliquer ce qu'ils ou elles ont vécu.

Ce qu'on ne réalise pas, c'est que l'être humain a une capacité d'adaptation extraordinaire. L'humain s'adapte tellement bien à toutes les petites choses de la vie, qu'il ne prend pas le temps d'y accorder un sens. Tous ces petits moments sont jugés anodins, donc "pas graves", donc on les jette. On jette le souvenir. Ce qu'on ne réalise pas, c'est que la charge émotive, elle, reste. Elle est souvent petite. C'est pour cette raison qu'on n'y prête pas attention. Elle est trop petite. Une émotion à 2/10 ou 3/10. Bof, ce n'est rien. On passe à autre chose.

Le problème, c'est que les émotions s'additionnent, elles s'accumulent. On accumule les charges émotives graduellement, mais on a jeté les souvenirs associés. Un beau jour, on se réveille avec un sentiment de mal-être qu'on est incapable d'expliquer. Un grand mal-être qui a grandi et qui commence à être vu comme "grave". Mais on n'a pas de cause grave à lui servir. C'est une addition et une multiplication de petites choses qui ont été répétées qui ont créé cette situation. Comment s'en sortir alors? On cherche des causes graves et on ridiculise toutes les petites situations "banales". L'addition de petites situations ne comptent pas et on se scandalise des petites choses banales, comme l'a si bien fait madame Desrosiers.

La réalité, c'est que la vie, ce n'est pas "30 vies" ni "24". On ne vit pas dans un monde de rebondissements trépidants à tous les instants, même si c'est ce que Facebook, Snapchat, Grinder et Instagram souhaitent nous faire croire. On accumule plein de petites choses qui se répètent et les conséquences viennent bien souvent par accumulation de tous les non-dits et de toutes les ficelles qui n'ont pas été rattachées entre les émotions et les événements.

Lorsqu'il est question d'agression sexuelle,  nous passons beaucoup de temps à jouer les juges pour évaluer si une situation est "une vraie agression sexuelle" ou pas, alors que l'agression sexuelle est le crime le plus sous-déclaré au Canada selon le Ministère de la Sécurité publique. C'est moins de 10% des personnes victimes qui dénoncent. Nous vivons dans une société où la majorité des personnes sont contre l'agression sexuelle, mais lorsqu'on tente de définir les différentes formes d'agression sexuelle en donnant des exemples, ça prend moins de 10 secondes pour qu'on se scandalise que le geste x ou y soit inclus dans cette catégorisation. On cherche l'agression grave. On cherche le viol. Celui qu'on a fait disparaître au Québec depuis 35 ans pour parler d'agression à caractère sexuel pour justement, arrêter de chercher la caricature et la victime parfaite.

La prévention de l'agression sexuelle, ça se fait dans les petits gestes du quotidiens, dans l'éducation des enfants, jeunes et moins jeunes. Dans le fait de nommer les situations qui semblent banales pour en faire une occasion d'échange, permettant de recadrer les situations inacceptables, incluant celles où les amies n'ont pas le droit de dévêtir un autre ami pour rire. Pas parce que la situation est grave. Parce que la situation est inacceptable dans une société qui se veut respectueuse de son prochain. Parce qu'on n'attendra pas qu'un ami tente d'insérer un objet dans un orifice de son ami pour intervenir. C'est ainsi qu'on fait de la prévention des agressions sexuelles avec les enfants qui deviendront un jour des adultes. C'est par la répétition de petite interventions au quotidien qu'on réussira à contrer la répétition de petits gestes pseudo-banals qui constituent la culture de la de l'agression sexuelle.

jeudi 27 octobre 2016

Chérie, mets dont un peu de lubrifiant!

Voici un article précédemment publié dans le Canada Français au sujet du lubrifiant dans le cadre des relations sexuelles. Quelles sont les limites du lubrifiant dans les relations sexuelles? A-t-il solution à tout? Bonne lecture!

jeudi 20 octobre 2016

Pourquoi mon homme ne veut pas qu'on parle?

Vous êtes en couple avec un homme et les échanges sont parfois difficiles? Le contexte social dans lequel on habite n'apprend pas aux hommes et aux femmes à échanger et communiquer de la même façon. Voici une réflexion diffusée dans le Canada Français à ce sujet. Bonne lecture!

mercredi 19 octobre 2016

Sexualité plaisir et allaitement

C'est avec beaucoup de fierté que je vais relayer ici mes chroniques parues dans le Journal le Canada Français. Pour avoir les chroniques en primeur, rendez-vous en kiosque pour acheter le journal. Vous aurez ici les chroniques en différé.

Bonne lecture!

mercredi 28 septembre 2016

Quels sont les avantages de la thérapie de couple?

Ma collègue Eugénie Larrivée, sexologue et psychothérapeute, a fait un travail remarquable de synthèse pour présenter de façon simple et imagée les avantages qu'un couple peut avoir à entamer une démarche de thérapie de couple. Je vous présente son travail qui vous permettra peut-être de vous offrir ce cadeau de la thérapie de couple.


mercredi 7 septembre 2016

Non, le sexe n'est pas risqué pour les hommes vieillissants; ma réponse à L'Agence France Presse

Ce matin, une collègue m’écrit : « T’as trouvé ça dans tes recherches?? ». La collègue en question sait que je travaille actuellement sur une formation documentée sur les liens et les risques entre la sexualité et les troubles cardiaques pour les personnes qui ont eu des accidents cardiaques. Son étonnement suivait la lecture d’un article dans La Presse (article provenant de l'Agence France Presse)  qui titrait : « Le sexe risqué pour les hommes vieillissants ». J’admets être allée me préparer une tisane après la lecture de l’article du quotidien. Était-ce là le travail d’un journaliste avide de clics qui usait de sensationnalisme pour se faire un nom? Était-ce une recherche peu sérieuse et mal appuyée scientifiquement? Quoi qu’il en soit, on avançait que la satisfaction sexuelle des hommes âgés et les hommes actifs sexuellement étaient deux fois plus à risque de faire des accidents cardiaques sur une période de cinq ans (entre la première et la 2e prise de mesures). Ces résultats allaient complètement à l’encontre de mes recherches des deux dernières semaines.

Tisane en main, j’ai débuté la lecture de l’article scientifique soi-disant cité.  J’ose ici inscrire « soi-disant », car tisane ou pas, je juge scandaleuse la façon dont l’étude a été vulgarisée. On ne peut même pas parler de vulgarisation; il s’agit davantage de désinformation. J’irai donc en deux étapes : une première pour déconstruire ce qui était avancé dans l'article relayé par La Presse ce matin et une deuxième pour amener des nuances, des bémols et indiquer des faiblesses à l’étude.

Déconstruire les mythes relayés par La Presse

L’activité sexuelle comme facteur de risque pour les hommes vieillissants
Cet énoncé est faux. L’étude visait à comparer les différentes fréquences dans l’activité sexuelle. Il est vrai que des liens ont été faits entre une activité sexuelle plus soutenue, mais une grande partie des hommes de l’étude avaient des activités sexuelles modérées et il n’y avait aucun lien avec des troubles cardiaques. Les auteurs avaient comme hypothèse qu’une grande activité sexuelle pouvait être associée à de la compulsion sexuelle et des « tricheries » dans leur couple, ce qui pouvait faire augmenter le stress, qui causerait les soucis cardiaques. Tout cela reste une hypothèse non fondée par les résultats de l’étude; il est erroné de le présenter comme un fait.

La satisfaction sexuelle comme facteur de risque aux troubles cardiaques
Encore une fois, cet énoncé est faux. Il ne s’agit pas de dire que la satisfaction est un facteur de risque, mais de différencier les hommes qui se disaient extrêmement satisfaits (1 homme sur 3) des hommes satisfaits (2 hommes sur 5), des hommes insatisfaits (moins d’un homme sur cinq). L’aspect « d’extrême » ici méritera d’être regardé, plus loin.

Les femmes aux orgasmes intenses
L’étude ne fait nullement mention de l’intensité des orgasmes. C’est complètement hors sujet. L’étude mesure la satisfaction physique et émotionnelle en excluant l’obligation d’atteindre l’orgasme. La satisfaction pourrait être extrême sans l’atteinte de l’orgasme. L’étude ne fait pas l’utilisation de l’orgasme comme outil de mesure.

Différencier les hypothèses des faits
Dans toutes études scientifiques, les auteurs font des hypothèses, obtiennent des résultats et émettent des hypothèses pour expliquer leurs résultats. Toutefois, une hypothèse n’est pas un résultat. Revenons à nos notions de philosophie sur les sophismes : un chat a quatre pattes, une table a quatre pattes. Le chat est une chaise. Non. Ça ne fonctionne pas comme ça. Il est vrai que les auteurs disent que leurs résultats vont dans le sens de leurs hypothèses, mais certaines de ces hypothèses ne sont pas confirmées. Il est donc faux d’avancer que les stress et l’activité physique qui découlent d’une relation sexuelle a un plus grand impact avec l’âge; ça n’a pas été démontré par l’étude. Il est faux de dire que le taux de testostérone et l’utilisation de médicaments pourraient contribuer aux problèmes cardiaques.

Il est vrai que les auteurs tentent de dire que leurs hypothèses pourraient être vraies, Mais justement : pourraient. Ils ne l’ont pas démontré et ne disent pas non plus que ça a été démontré. Ils nomment que l’extrême satisfaction sexuelle et émotionnelle POURRAIENT être associées aux même personnes qui utilisent des IPDE5 (viagra, cialis, levitra), que ces personnes POURRAIENT utiliser des suppléments, POURRAIENT être celles qui ont des addictions sexuelles, que ces personnes POURRAIENT être sexuellement compulsives et impulsives. Tous ces pourraient POURRAIENT avoir des conséquences sur le système cardiovasculaire. On est loin de la démonstration du lien de cause à effet. Très loin même. Les auteurs ne tentent pas de dire qu’il existe des données scientifiques en ce sens. Il s’agit là d’une liberté journalistique abusive de l’auteur du quotidien.

Bémols de l’étude
S’il est vrai que les faits rapportés ne sont pas représentatifs de l’étude, l’étude, en elle-même, comporte des lacunes. En voici quelques-unes.

La sexualité, c’est quoi?
On parle des impacts de la sexualité pour avancer son lien avec les troubles cardiaques. Toutefois, les auteurs ont inclus uniquement les activités sexuelles avec un.e partenaire. Sont exclus toutes les activités sexuelles en solo et les rêves érotiques pour compiler les données.

Pourtant, ces deux éléments peuvent eux aussi créer de l’excitation et amener l’orgasme. Comment alors peut-on parler du lien entre « sexe » et « incidents cardiaques » si on exclut une bonne partie des activités sexuelles?

On sait, d’après les travaux de Masters et Johnson, que les périodes où la pression artérielle et le rythme cardiaque sont les plus soutenus sont les périodes de l’orgasme et la fin du plateau (période juste avant l’orgasme), et ce, peu importe la position sexuelle. Pourtant, la définition de « relation sexuelle » utilisée inclus tous les types de caresses, avec ou sans orgasme, sans inclure les données cardiaques ou artérielles des participant.e.s. Difficile donc de connaître la sollicitation du corps lors des relations sexuelles et d’en faire des liens sans ces données.

Le nombre de répondant
Un des éléments plutôt étonnant de l’étude était de constater la différence dans le nombre de répondant à l’an 0 et à l’an 5 (les deux périodes étudiées pour faire une comparaison). Pour la majorité des catégories, hommes et femmes ont répondues aux questions. Le taux de « réponse absente » tourne autour de 5% des répondants, ou moins, pour la majorité des questions, à l’exception des questions sur la satisfaction du plaisir physique et du plaisir émotionnel liés à la sexualité. Chez les femmes, 45% d’entre elles n’ont répondues ni à l’une ni à l’autre de ces questions à l’an 5 (période comparative). C’est énorme! Il est difficile de comparer les deux groupes (hommes et femmes) si la moitié d’un des groupes n’a pas répondu à la question. Il est questionnant aussi de voir que ces femems avaient répondues à l’an 0, mais pas à l’an 5. Que s’est-il passé? Bref, il est présomptueux de parler des différences entre les sexes avec un aussi grand manque de données.

L’adhérence à une vision plus traditionnelle de la masculinité?
Les auteurs en parlent eux-mêmes; leur étude fait fi des caractéristiques individuelles des personnes. On parle de leur degré d’éducation, sans parler de l’adhérence des personnes à une vision traditionnelle de la masculinité et de la féminité ou toutes autres caractéristiques personnelles. Les auteurs avancent l’hypothèse que les hommes dans des pratiques sexuelles fréquentes pourraient avoir davantage de compulsions sexuelles (utiliser la sexualité pour répondre à un autre besoin, pour calmer de l’anxiété, etc.) et auraient d’avantage d’activités sexuelles extra-maritales (non consensuelles avec la partenaire). Ce serait donc les risques d’être découvert et le stress qui en résulte davantage que l’activité sexuelle elle-même qui pourrait poser problème, selon les auteurs. Bref, être dans des pratiques sexuelles à risque, une des caractéristiques plus traditionnellement masculine que féminine. J’ai même consulté plusieurs études où on voyait que les hommes qui adhéraient plus strictement aux caractéristiques traditionnellement masculines avaient plus de risque de faire un nouvel incident cardiaque. Il serait nécessaire de regarder du côté de la construction de la masculinité, de la valorisation de la prise de risque, du dénigrement de « prendre soin de soi » lorsqu’on est « un vrai homme » comme facteur de risque. Il manque trop de données pour comprendre « Qui sont ces hommes à risque? » et comprendre « Qui sont ces hommes extrêmement satisfaits de leur sexualité » pour faire un simple lien entre « sexualité » et « trouble cardiaques ». Car si ce lien était une évidence, on le verrait aussi chez les femmes. Or, ce n’est pas le cas.

Modéré ou extrême?
Alors que l’étude relate que les hommes qui qualifient d’extrêmement satisfaisantes leurs relations sexuelles (au niveau physique et émotionnel) avaient plus de risques au niveau cardiaque, ce n’était pas le cas des hommes qui se disaient « très satisfaits ». Les hommes très satisfaisant représentent d’ailleurs plus de 40% des hommes et ne présentent pas davantage de risques d’incident cardiaques. Cette histoire « d’extrêmement » me questionne… Quel est le sens de cette satisfaction extrême? Doit-on en comprendre qu’aucune autre sphère de la vie des hommes amène autant de plaisir? Autant de proximité? Autant d’intimité? Il est difficile de le dire pour cette étude. On sait toutefois que les hommes qui adhèrent traditionnellement aux rôles de la masculinité passent surtout par la génitalité pour créer de l’intimité avec leur partenaire. On sait aussi que ce n’est pas le cas pour les femmes; celles-ci ont davantage de sphères de vie où elles sont capables de créer de l’intimité, y compris lorsqu’elles sont célibataires. En effet, la capacité de vivre des relations vraies avec un échange réel, qu’il soit génital ou pas, amènerait le même sentiment de proximité chez les femmes, que cette relation soit avec un.e ami.e, un enfant, un partenaire ou autre. C’est une hypothèse qui pourrait expliquer que les femmes auraient une perception différente d’une satisfaction extrême et vivraient des impacts différents.

Le sexe comme activité physique
Les auteurs de cette étude prennent le temps de mentionner que le sexe comme activité physique n’est pas suffisant pour expliquer de potentiels troubles cardiovasculaires. Une étude québécoise, effectuées sur des sujets complètement différents (des jeunes adultes) avaient même démontrés qu’une activité physique et une relation sexuelle effectuée avec le même niveau d’intensité sollicitait le système cardiovasculaire complètement différemment; le sexe exigeait deux fois moins du système cardiovasculaire que le jogging pour un même niveau d’intensité.

On sait donc que les hommes qui avaient des relations sexuelles au moins une fois par semaine ont démontrés un risque deux fois plus grand d’avoir des incidents cardiaques. On ne connait toutefois pas le nombre d’incidents cardiaques qui ont eu lieu. Si le nombre total est de 6, il voudrait dire qu’il y en a eu 2 chez les personnes avec des activités sexuelles faibles et modérées et 4 pour les personnes avec une activité sexuelle régulière. Est-ce parce que les chiffres sont trop faibles que les auteurs ne les ont pas inscrits dans leur étude? Parce que le double de 4 sur 1000 participant.e.s, c’est très peu.

En sommes…
L’article original avait pour objectif de réfléchir sur les liens entre une sexualité active et des incidents cardiaques, car peu d’études l’avaient fait avant. Des études traitent des risque de poursuivre dans une vie sexuelle active après un incident cardiaque, d’autres ont mesuré la charge énergétique de la sexualité sur le système cardiovasculaire, les impacts relationnels de l’absence de reprise d’une vie sexuelle après un incident cardiaque sur les hommes, les femmes, les couples, les conjoint.e.s. Plusieurs auteurs se sont intéressés aux liens entre une vie sexuelle active et le retour vers une meilleure santé après un incident cardiaque. Il est vrai que ce sujet n’avait pas été abordé. Il est vrai qu’il est compliqué de faire ce type d’études. Nous savons aujourd’hui que les hommes ont plus de facteurs de risque que les femmes. Il reste maintenant à comprendre « Pourquoi ». Il faudra faire preuve de patience et ne pas prendre des hypothèses pour des faits. Je ne suis toutefois pas prête à jeter le bébé avec l’eau du bain, car les chercheurs semblent avoir fait leur travail dans leur revue de littérature en préparation à la présente étude. Il faut seulement éviter de lui faire dire ce qu’elle ne dit pas. 

lundi 5 septembre 2016

La construction de la masculinité

Le premier cours universitaire auquel j'ai assisté dans mon parcours du BAC en sexologie a été le cours de "Condition masculine". Avec la nouvelle réforme du BAC en sexologie de l'époque, des voix s'étaient élevées pour dire "Si on parle de la condition féminine, il serait pertinent qu'on s'intéresse aussi à la condition masculine. En tant que sexologues, nous travaillons souvent avec les notions d'identité sexuelle. Connaître les enjeux de la construction de l'identité, qu'elle soit féminine ou masculine, est pertinent et important dans notre travail".

Un des éléments qui m'avait marqué dans le cadre de ce cours était de réaliser que les hommes se définissent surtout par une contre-identification à ce qu'ils ne sont pas. Pour être un "vrai homme", un homme ne doit être ni une femme ni un enfant ni un homosexuel. Comment? Par exemple, un homme qui serait en contact avec son monde intérieur, qui ferait preuve de douceur, d'empathie, d'écoute pourrait se faire accuser de ne pas être un homme, car ces qualités sont traditionnellement réservées aux femmes. Un homme qui nommerait des limites, qui exprimerait des difficultés, du découragement ou de la tristesse ne serait pas un homme; ce serait un enfant, car les hommes, ça n'a pas de limites, ça n'a pas de difficultés et ça ne pleure pas. Finalement, un homme se doit de voir ses autres disciples masculins comme des êtres asexués. Un homme doit faire fit de son corps sexué en présence d'autres hommes ne serait-ce que pour essayer de prouver sa supériorité hiérarchique. Ce corps ne doit pas être associé ni à du plaisir ni à du déplaisir sexuel si un autre homme le touche. Pensez aux "blagues" des"vrais gars"; bon nombre de blagues dites hilarantes comportent des éléments sexuels intrusifs, voire violents. Pourtant, peu nombreux sont ceux qui osent nommer ces comportements de "violence sexuelle" de la part des autres hommes. Comme si le seul fait d'associer ces gestes au sexuel signifierait "J'ai pensé que ça pouvait être sexuel", ce qui pourrait être suivi de "t'es tu fif toé calice?".

Faites un inventaire mental des insultes que vous connaissez que les hommes se disent entre eux; bon nombre de celles-là visent à sous entendre qu'un homme est une femme, un enfant ou un homosexuel.

Ce n'est pas évident de construire son identité sexuelle de façon positive lorsque les éléments d'identification à la masculinité sont des éléments de contre-identification. Les balises sont davantage de la sphère de "ce qu'il ne faut pas être". Oui il faut être fort, actif et agressif (dans le sens d'être dans un élan) pour être un "vrai homme", mais ces éléments sont en réponse à ce qu'il ne faut pas être.

Voici une vidéo dans laquelle on présente bien les éléments constitutifs de la masculinité.


Les hommes ont de grands défis pour développer plus de souplesse dans la perception de la masculinité, car la majorité des gestes qui pourraient les amener à moduler ces perceptions sont des atteintes à la masculinité traditionnelle. Il s'agit là d'un enjeux majeur des couples qui consultent en thérapie conjugale, mais aussi pour les hommes qui ont besoin d'aide; le "seul" fait de nommer son besoin d'aide est déjà une étape assez loin dans le processus d'introspection. Apprendre à parler, à nommer ses émotions sont des éléments qui sont perçus par bien des hommes comme des menaces au maintient de leur masculinité. C'est ce qui explique aussi que les hommes attendent très longtemps avant d'aller chercher de l'aide; ils se perçoivent alors comme faibles et sentent leur identité sexuelle fragilisée. C'est ce qui peut aussi expliquer la grande utilisation de la colère de plusieurs hommes en début de thérapie ou lorsqu'ils sont en contact avec leur tristesse; pour maintenir un minimum d'amour propre, ils utilisent une émotion qui permet de garder les gens à distance, car le rapprochement des émotions plus intériorisées, comme la tristesse, les ramènent là aussi à une autre atteinte à leur identité sexuelle, l'intériorité étant une caractéristiques féminine.

Comprendre la construction de la masculinité permet mieux d'intervenir avec les hommes. Le défi reste de pouvoir les accompagner, car leurs demandes d'aide sont peu fréquentes.

lundi 22 août 2016

Comment s'assurer du consentement sexuel de notre partenaire?

Le consentement sexuel fait l'objet de beaucoup de critiques. Une d'entre elle, est la difficulté à l'identifier. "Comment on peut vérifier si notre partenaire consent aux caresses sexuelles?" L'objectif ici n'est pas de fournir un outil juridique permettant de valider, ou non, la culpabilité d'une personne. Mon objectif, en produisant cette vidéo, était d'offrir un outil concret aux personnes de bonne foi qui souhaitent se doter de pistes pour vérifier le consentement de leur partenaire. Il s'agit donc d'un outil de prévention et non d'un outil de condamnation.

Bon visionnement!

dimanche 21 août 2016

À qui sert le concours hommes-femmes victimes de violence conjugale?

Ce matin, j'ai lu le texte de Sophie Allard dans la Presse plus ayant pour titre "Des hommes brisés" au sujet des hommes victimes de violence conjugale. L'ancienne coordonnatrice de la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval en moi avait envie de répondre à cette journaliste, dont le traitement médiatique contribue au problème davantage qu'à la recherche de solutions. Voici le texte que j'ai fait parvenir au journal.

Bonjour,

Mon nom est Sophie Morin. Je suis sexologue et psychothérapeute et anciennement coordonnatrice de la Table de concertation en violence conjugale et agressions à caractère sexuel de Laval (TCVCASL). Je vous écris pour réagir à l’article « Des hommes brisés » de Sophie Allard. Je vais y aller directement; j’en ai marre, mais tellement mare de ce type de couverture médiatique concernant la violence conjugale. Mare de cette espèce de compétition qu’on tente d’établir entre la violence vécue par les hommes et la violence vécue par les femmes. Mare qu’on tente de laisser croire que les organismes féministes minimisent la violence des hommes.

Il faut très peu connaître l’histoire du mouvement des femmes pour tenter de laisser croire è cette compétition et à continuer de véhiculer des mythes et des stéréotypes ainsi. J’étais la coordonnatrice en place à la TCVCASL à son 25e anniversaire. J’ai retracé l’histoire de la création de cette table. La première du genre au Québec, qui regroupait alors uniquement les organismes en violence conjugale. J’ai interviewé les fondateurs.  Cette initiative a vu le jour par des groupes d’hommes qui se questionnaient sur la violence faite aux femmes qui sont allés tendre la main à des organismes pour femmes. C’est lors du premier colloque de la Table que le Ministre de l’époque a annoncé le premier plan d’action gouvernemental contre la violence conjugale. Ce fut là une des premières actions qui a transformé l’appellation « violence faite aux femmes » pour « violence conjugale ». Il s’agissait là d’une décision gouvernementale avec laquelle le mouvement des femmes n’était pas d’accord. Et avec laquelle beaucoup de groupes féministes ne sont pas d’accord, encore aujourd’hui. Quand on remet cette situation en perspective, on comprend mieux que les activistes féministes dans les groupes de femmes militent pour faire reconnaître la violence systémique vécue par les femmes. Elles ont cette lunette. Pour elles, la violence conjugale est l’une des formes de violence vécue par les femmes. Pas la seule.

Il est donc complètement hors propos de comparer la violence conjugale chez les hommes et chez les femmes, car elle n’a pas le même cadre théorique! Pas le même cadre théorique, mais exactement le même problème de socialisation sexiste, par contre. Si les femmes sont victimes de violence conjugale, c’est en grande partie à cause de la socialisation des hommes et des femmes où on juge (de moins en moins) normal qu’une femme réponde aux besoins de son partenaire, à tout prix. Si les hommes sont victimes de violence conjugale et ont du mal à aller chercher de l’aide et à être crus, c’est en grande partie à cause de la socialisation sexiste où on voit les hommes comme fort et invulnérables. Où l’on voit comme une atteinte à la masculinité un homme qui a besoin d’aide et qui serait victime. Même source à des problèmes différents. MÊME SOURCE! Pas des sources extraterrestres et opposées!

Non la violence conjugale n’est pas aussi présente chez les hommes que chez les femmes. Encore moins la violence que certains auteurs appellent « le terrorisme conjugal ». Et alors! Quel est le rapport de les comparer? En quoi ça aide les femmes? En quoi ça aide les hommes? En quoi ça met le focus sur la recherche de solutions? En quoi ça permet de se tendre la main pour que les hommes et les femmes travaillent ensemble? Ça ne sert à rien et à personne. Ça sème la zizanie pour dresser les ressources d’aide les unes contre les autres.

Je rêve du jour où on arrêtera de demander aux féministes qui travaillent à leur cause de changer de cause. Est-ce qu’on demande aux chercheurs qui font de la recherche sur les troubles alimentaires d’élargir leur champ d’expertise à la schizophrénie? Non. Ce serait complètement farfelu de le faire. Ce serait complètement hors sujet de les appeler pour une interview sur la schizophrénie. Pourquoi le fait-on pour un article sur la violence faite aux hommes? C’est hors sujet! Parlez-nous des besoins! Des lacunes! Des solutions! Des hypothèses! Des freins! Arrêtez de parler des ressources pour femmes pour parler de la violence vécue par les hommes. Parlez-nous des enjeux sociaux intrinsèquement liés à la violence vécue par les hommes. Combien de fois ai-je entendu des militantes féministes dire : « Ce n’est pas notre expertise. Nous ne pouvons pas nous avancer sur cette cause ». On reproche à des féministes de ne pas connaître la réalité des hommes. Est-ce qu’on reproche aux chercheurs sur les troubles alimentaires de ne pas avoir d’expertise sur la schizophrénie? Non. C’est la même chose! Arrêtons de comparer des pommes et des oranges. Regardons les oranges et tentons de les comprendre pour développer les ressources nécessaires sans regarder les pommes pour les rendre responsables.

mardi 2 août 2016

Est-ce qu'un.e thérapeute qui passe de psy à amoureuse est réellement un problème?

Peut-être avez-vous-vu passer un article du Journal de Montréal qui couvrait l'histoire d'une psychologue qui a mis fin à un suivi thérapeutique avec son client pour entamer une relation amoureuse et qui a été mise à l'amende par l'Ordre des psychologues? Ce genre de situation est arrivée à quelques reprises dans les dernières années: une psy et son client, une prof et son élève. J'ai souvent vu des façons de rapporter la situation qui banalisaient la situation. Que l'adulte en position d'autorité soit une femme semble être un élément de banalisation supplémentaire. Comme cette couverture médiatique a un impact sur la façon dont le public perçoit les situations, j'ai décidé d'écrire au journaliste qui a écrit l'article. Je vous mets mon message plus bas pour vous aider à comprendre en quoi ce type de relation n'est pas "juste" une histoire amoureuse entre deux humains normaux.

Bonjour Monsieur Prince,

J'espère que vous allez bien. J'ai communiqué plus tôt avec vous concernant votre article de ce jour sur une condamnation d'une psychologue pour inconduite sexuelle.

Je souhaitais prendre le temps de communiquer avec vous, car ce sujet est un thème extrêmement mal compris du grand public... et de bien des thérapeutes. Beaucoup de personnes comprennent mal le problème lorsqu'un.e thérapeute change de rôle pour passer de psychothérapeute à celui ou celle d'amant.e. Je suis convaincu qu'en toute bonne foi, vous avez souhaité présenter les faits comme ils ont été présentés dans les documents officiels. Me permettez-vous de vous expliquer certains aspects?

D'une part, si je vulgarisais le processus de psychothérapie, je dirais que nous offrons deux choses aux client.e.s/patient.e.s: 1) un espace plus "maternant" d'amour inconditionnel, d'écoute, d'empathie, de sollicitude, de compassion. Un espace qui permet aux client.e.s d'aller toucher à leurs blessures, leurs vulnérabilités en toute sécurité pour tenter de comprendre qu'est-ce qui les amènent à souffrir, etc. La deuxième chose offerte en psychothérapie, est un côté plus "paternant", c'est à dire un espace balisé, encadré où les frontières seront posées par le/la thérapeute, un peu comme le ferait un bon parent. Ce côté paternant, c'est la capacité des thérapeutes à mettre des limites aux clients et d'explorer avec lui/elle de qu'elle façon la personne vit avec ces limites et ce cadre. C'est d'accepter la déception, la tristesse, la colère des clients lorsqu'on leur met un cadre en leur nommant qu'ils ont le droit de vivre ces émotions et que nous resterons là quand même. Que nous ne cesseront pas "de les aimer" (au sens thérapeutique et compassionnel). Tous les clients en viennent à vivre de la frustration plus ou moins grande envers leur thérapeute à un moment de la thérapie. Tous. Sans exception. C'est la capacité de résoudre cette impasse qui aura, bien souvent, un très grand rôle à jouer dans la thérapie.

Des thérapeutes qui auront des déclarations d'amour de client.e.s/patient.e.s, c'est assez banal. Tous les thérapeutes le vivront. C'est d'ailleurs un moment extrêmement riche pour la thérapie d'utiliser ces moments pour comprendre, avec le client, quel sens ça a pour lui/elle. Tel un adolescent à la puberté, les clients testent les limites, tout comme les limites de leur séduction. En arriver à séduire, la prof cute, tout comme la thérapeute cute, c'est extrêmement valorisant! On se sent avec de supers pouvoirs de séduction! Et comme thérapeute, tout comme parent ou comme prof, c'est notre responsabilité de personne en position d'autorité de remettre le cadre. De nommer l'impossibilité de cette relation. Par sécurité pour le client. Et de l'utiliser de manière thérapeutique. Par exemple, en n'ignorant pas ses allusions, même si elles sont déstabilisantes. En les nommant, en explorant le sens pour le client de faire ces allusions à sa thérapeute, en questionnant ses attentes par rapport à nous, en questionnant la fréquence de ce type de commentaires avec ses proches, les femmes, les hommes, etc. Le nommer et échanger sur le sujet est thérapeutique pour le client dans son cheminement.

Comme thérapeute, nous avons cette responsabilité. Lorsqu'un.e client.e tente de nous charmer ET que ça fonctionne, la situation est en train de parler de nous. Est-ce qu'en ce moment, je ne me sens pas comblée dans ma relation amoureuse? J'ai des enjeux personnels que mon client comble? Etc. En aucun cas, un client n'est sensé combler des carences de notre vie personnelle. Ni de connaître les carences de notre vie personnelle! Il est de notre responsabilité d'entamer un processus de supervision. D'aller voir un thérapeute senior qui nous aidera à dénouer cette impasse pour rester thérapeutique avec le/la client.e. Car ne l'oublions pas: la personne est venue nous consulter dans un état de détresse. Elle s'attend, à raison, que nous soyons cette personne qui assurera la sécurité de la relation. Y compris lorsque le/la client.e "testera" la relation. Comme les enfants qui testent les limites. Si un thérapeute est dans un état de vulnérabilité trop grand, il devient dangereux et il n'a plus la capacité d'aider son client. Pour aider les autres, il faut être capable de reconnaître ses propres limites et ses propres failles.

Un client qui tombe en amour avec sa thérapeute, c'est une personne qui tombe en amour avec l'image qu'on lui renvoi de lui-même. Cet homme ne connaissait pas cette femme. Il connaissait la thérapeute. Monsieur-madame-tout-le-monde ont du mal à bien comprendre les enjeux de ces subtilités. Cette thérapeute, elle, les connaissaient.

J'imagine que si vous aviez couvert un procès d'une agression sexuelle sur un enfant, il ne vous serait pas venu à l'idée de présenter le cas en parlant de l'enfant comme la personne qui a initié les contacts, comme celui qui a voulu séduire l'adulte, comme une relation d'amour réciproque. Il n'y a pas d'amour réciproque dans une relation asymétrique de rapport de pouvoir. Les cas d'inconduites sexuelles sont l'équivalent des agressions sexuelles sur les mineurs au sens symbolique et juridique. 

Si cette thérapeute avait laissé ses intérêts personnels de côté, elle aurait attendu au moins un an avant de recontacter son ancien client avant de l'appeler pour un café afin d'apprendre à le connaître comme homme et non pas comme client. Dans le cadre de ces "dates", elle aurait aussi dévoilé des pans de sa personnalité de femme et non pas uniquement celle de thérapeute. Ce n'est que sur ces bases qu'une relation amoureuse aurait pu naître. Elle a fait le choix d'escamoter cette étape. On ne peut pas parler d'intérêt pour cet homme dans ce contexte.

Le travail de psychothérapeute est complexe et extrêmement exigeant. J'aurais envie de le mettre en gras et éclairé au néon le mot exigeant. Ce travail demande une connaissance de soi, une capacité à se remettre en question, une capacité à demander de l'aide au besoin, une nécessité d'avoir un équilibre de vie sain. Sans quoi, on glisse, on tombe, on commet des fautes professionnelles et on risque de détruire des vies qui étaient déjà détruites lorsqu'elles ont passées notre porte de bureau. Notre responsabilité est grande et si on fait le choix de ce métier, c'est que nous prenons l'engagement d'être extrêmement à l’affût de la fragilité humaine, y compris de la nôtre, et de prendre les mesures nécessaires pour "éviter de nuire", le premier précepte des sciences de la santé.

Merci beaucoup d'avoir pris le temps de me lire et bonne continuation.

Pour les personnes qui se sont déjà retrouvées dans ce genre de situation et qui cherchez de l'aide, voici un site web avec plusieurs informations qui pourraient vous orienter. 

vendredi 29 juillet 2016

Comment s'impliquer dans la prévention des agressions sexuelles avec mon enfant?

Vous avez des enfants et vous êtes inquiet.ète qu'un jour votre enfant soit victime d'agression sexuelle? Êtes vous conscient.e de l'origine de cette peur? Qu'est-ce qui vous rend inquiet.ète? Avez-vous l'impression que cette inquiétude pourrait prendre une place qui deviendrait contre-productive pour outiller votre enfant? Comment est-il possible d'offrir des outils à votre enfant pour diminuer le risque d'être identifié comme une victime "facile" par un.e pédophile?

Voici une série de deux vidéo où je vous accompagne dans cette réflexion et où je vous propose des outils très concrets pour accompagner votre enfant afin d'être dans la prévention efficace.

Bon visionnement et n'hésitez pas à partager si vous avez apprécié :-)



mardi 12 juillet 2016

Mythe ou réalité que le sperme a des bienfaits pour la santé?

Depuis quelques temps, j'ai souvent vu passer des articles vantant les bienfaits du sperme: pour la santé, comme anti-âge, pour faire maigrir, pour contrer la dépression, pour faire repousser les cheveux, etc. On pourrait facilement dire: "Ce sont des conneries de A à Z", mais en même temps, ma curiosité m'a amenée à vouloir aller plus loin. Je me doutais bien que la majorité de ces idées étaient plutôt fausses, mais d'où tirent-elles leurs origines? Et si certaines de ces affirmations étaient vraies? Quels sont les raccourcis intellectuels qui ont été fait pour en arriver à ces pseudo-vérité? Car il devait bien y avoir une vérité de base qui a été un peu déformée, non? C'est ce qui a donné cette vidéo! Voici les mythes et réalités (car oui, il y a des réalités) sur les bienfaits du sperme.

Bon visionnement!

jeudi 23 juin 2016

Chaîne Youtube Sophie Sexologue

Je suis assez fière de vous présenter ma nouvelle chaîne Youtube! Et oui! J'ai décidé d'utiliser ce médium pour répondre à certaines questions, commenter l'actualité, etc. Vous pouvez donc communiquer avec moi par courriel pour me soumettre des questions qui courent la chance d'être sélectionnées pour une capsule! Voici ma première capsule à propos du malaise de plusieurs personnes à parler ou d'entendre parler de sexualité. Cette vidéo est plus longe, car tenter de décortiquer la sexualité, ce n'est pas si simple! Les prochaines capsules seront probablement autour de 5 minutes!

Au plaisir de recevoir vos commentaires! Vous pouvez aussi vous abonner à la chaîne pour être avisés de mes nouvelles vidéos. 

Au plaisir!


samedi 11 juin 2016

Comment engager un processus de changement pour devenir plus heureux?

Avez-vous déjà songé à entamer un processus de changement? Vous engager dans une démarche vous permettant d'être plus heureux.euse, plus satisfait.e, que ce soit en lien avec la sexualité ou avec tout autre aspect de votre vie?

Certaines personnes vantent des remèdes miracles, des "méthodes faciles", mais est-ce efficace? Qu'est-ce qui fait que certaines personnes réussissent mieux à accéder au bonheur?

C'est le pari que s'est donné l'équipe de production de "J'ai décidé d'être heureux"; prendre six personnes qui se disaient moins heureuses que la moyenne des Français et tenter de les amener à se sentir plus heureux.euses dans un délai de 8 semaines. Attention, je dis "équipe de production", mais en fait, le concept s'appui sur des recherches récentes réelles, notamment, sur le modèle théorique de la psychologie positive et de la pleine conscience (issue du cadre théorique de la thérapie cognitivo-comportementale, fortement inspirée du modèle humaniste). Le processus parcouru par les participant.e.s était codifié et analysé par des outils de mesures scientifiquement développés par des chercheurs universitaires. De plus, les participant.e.s ont été suivi pendant six mois à la suite de l'aventure pour évaluer si les acquis étaient maintenus. Plutôt rigoureux comme télé-réalité!

Je vous présente cette série-documentaire, car il est intéressant de voir de quelle façon il est possible d'entamer un processus de changement visant un sentiment de mieux-être dans ce qui ressemble le plus à un processus de psychothérapie. Bien sûr, ces participant.e.s sont encadré.e.s par plusieurs professionnel.le.s, ils ont beaucoup de soutien. Il est toutefois intéressant de constater que le changement et ce sentiment de bien-être se cultive et part de soi, mais surtout, COMMENT c'est possible. Il est intéressant aussi de voir différents types de personnes et de personnalités cheminer chacune à leur rythme, en fonction de leurs défis personnels et comment ils et elles arrivent à les surmonter.

Cette série de quatre épisodes de 85 minutes (chaque épisode est l'équivalent de deux semaines de vie) est accompagné d'un site web où il est possible de trouver tous les outils utilisés par les participant.e.s.

Et vous comment entrevoyez-vous une démarche de changement? Est-ce que le visionnement de la série vous donne envie de commencer ce processus?

 

mardi 1 mars 2016

Je ne suis pas étonnée de la distanciation de Lise Thériault avec le féminisme

C'est la fête de Lise Thériault depuis quelques jours. La Ministre de la Condition féminine a voulu se distancer de l'étiquette féministe. Plusieurs féministes, militantes ou non, ont été échaudées par ses déclarations. Contrairement à certaines collègues, je ne me voyais pas capable de réagir "on the spot" à ses déclarations. Une partie de moi fronçait des sourcils et une autre était parfaitement capable de comprendre ce qui était en train de se passer. Car pour moi, les déclarations d'hier ne sont pas le début d'une histoire, mais la continuité d'une autre, survenue il y a quelques mois. Cette même partie de moi se remémorait de nombreuses discussions avec différent.e.s collègues lorsque je travaillais dans le milieu communautaire. Car ce discours, je l'ai souvent entendu. Il a été au coeur des débats sur les orientations organisationnelles de plusieurs organismes pour lesquels j'ai travaillé dans les dernières années; faut-il passer de féministe à humaniste? Et pourquoi?

Mon premier souvenir, est celui d'un organisme pour les victimes d'agression sexuelle qui souhaitait offrir des services aux hommes victimes d'agression sexuelle. Historiquement, ces ressources ont été mises en place par des femmes regroupées dans les Centres de femmes partout au Québec. À cette époque, la loi ne reconnaissait pas qu'un mari pouvait agresser sa femme; la femme devait remplir son devoir conjugal. À cette même époque, la loi ne reconnaissait pas l'agression sexuelle; elle reconnaissait uniquement le viol, c'est-à-dire, la pénétration d'un pénis dans un vagin. Les attouchements ou pénétrations autres (orale ou anale), les femmes auteures d'agression sexuelle et les hommes victimes d'agression sexuelle n'existaient pas aux yeux de la loi. C'est dans ce contexte que les Centres de femmes ont mis en place des ressources complémentaires et indépendantes pour les femmes victimes d'agression sexuelle. Puis les lois ont changé, les mœurs ont tranquillement commencé à se modifier et des hommes ont aussi commencé à se dire victimes d'agression sexuelle. La large majorité de ces hommes avaient été victimes durant l'enfance ou le début de l'adolescence, par des adultes en position d'autorité (très majoritairement des hommes). Les ressources pour femmes victimes d'agression sexuelle avaient des listes d'attente et pas assez de ressources financières pour développer de nouveaux services. Puis certaines ressources se sont mises à réfléchir:"Oui, mais les hommes qui demandent de l'aide ont très souvent été victimes du même système sociétal que les femmes. Ces hommes se retrouvent isolés, car on s'attend des hommes qu'ils soient forts, capables de se défendre et ne pas être des victimes. Cette vision stéréotypée des hommes rend difficile pour les hommes d'aller chercher de l'aide. Ces enfants garçons sont tout autant victimes de la socialisation faites aux garçons et aux filles. Et ces garçons, dont l'enfance a été brisée, sont devenus des hommes. La philosophie d'intervention féministe est tout aussi pertinente pour aider les hommes que les femmes, car c'est le même système qui crée ce problème." Des ressources en agression sexuelle se disant féministes dans leurs interventions se sont vues octroyer du financement pour offrir des services aux hommes, sans problème. D'autres ressources ont fait la même demande, et certaines Agence de santé et de services sociaux, ont refusé le financement: "Vous êtes une ressource féministe. Vous ne pouvez pas offrir de services aux hommes." BANG. C'est arrivé comme une tonne de briques. Après des discussions d'équipe houleuses, les intervenantes ont choisi de modifier leur énoncé de mission pour ne plus se dire féministes, mais pour se dire humanistes. Pas parce qu'elles avaient changées d'idée. Pas parce que l'humanisme est mieux. Parce que les décideurs politiques remettaient en question leur capacité d'aider des hommes si leur intervention prenait aussi en considération le mode de socialisation des garçons et des filles dans leur enfance, en plus de prendre en considération les qualités individuelles de la personne. Car la distinction principale entre le féminisme et l'humanisme, c'est que l'humanisme ne prend pas en considération le contexte social dans lequel la personne a évolué. Tout devient une question de responsabilité individuelle.

Revenons à madame Thériault. Il n'y a pas si longtemps, elle a été reconnue pour faire une "job de bras" à la CCQ, dans un milieu d'hommes. Elle a osé brasser la cage du "boys club" en mettant des balises faisant ainsi diminuer l'intimidation dans ce milieu de testostérone où la violence psychologique, verbale et parfois même physique règne. Certain.e.s diront qu'elle a agi "en homme". Elle a été applaudie et saluée pour son audace. Mais apparemment, l'audace doit être canalisée dans la rigidité pour être applaudie. Il y a quelques mois, l'émission "Enquête" diffusait un reportage sur les femmes autochtones de la région de Val d'Or se disant victimes de violence, dont de violence sexuelle de la part de policiers. Madame Thériault, alors Ministre de la Sécurité publique, s'est montrée publiquement bouleversée. Elle n'est pas restée dans la colère ou la révolte, émotions assez bien acceptées dans le milieu politique. Elle est allée aussi dans un autre registre: celui des larmes. Celui de la fragilité humaine. Je ne peux pas parler pour madame Thériault pour expliquer le sens de ses larmes. Mais elle les a versées. Puis, elle est partie en congé. Forcé? Des rumeurs disent que oui. À son retour, il y a eu un remaniement ministériel et on lui a confié le Ministère de la Condition féminine. À une ère politique où le gouvernement coupe dans tous les budgets concernant directement et indirectement les femmes, l'octroi du Ministère de la Condition féminine s'apparente davantage à une punition qu'à une promotion. Madame Thériault, qui a "osé" pleurer publiquement s'est vue rappeler qu'elle n'était qu'une femme. Le genre de femmes qu'on regarde de haut. Qu'on voit comme faible parce qu'elle a osé exposer son humanité.

Est-ce que je suis étonnée que Madame Thériault tente de se distancer du mouvement féministe dans ce contexte politique? Non. Pas du tout. À l'heure actuelle, les acteurs sociaux qui tentent de démontrer au gouvernement que ses mesures politiques font reculer les droits des femmes sont complètement ignorés. Ces allégations sont niées. Madame Thériault a réussi à se rapprocher du sommet en brassant la cage du "boys club" et dégringole maintenant les échelons, car elle s'est montrée proche de ses émotions, un pôle traditionnellement reconnu aux femmes, le temps d'une conférence de presse. Mon hypothèse est que Madame Thériault n'a jamais voulu prendre la responsabilité de ce Ministère. Non seulement elle ne s'identifie pas à ce mouvement, mais elle semble l'associer au recul de sa carrière. Celle qu'elle associe à son travail individuel. Peut-on réellement lui en vouloir? Si on est honnête, le milieu politique aussi doit considérer qu'il s'agit d'un recul dans sa carrière. Et une partie de la société aussi.

Cette situation illustre bien comment la socialisation différente des garçons et des filles nous amène à biaiser notre façon de regarder les femmes et les hommes. Encore aujourd’hui, on associe la féminité à la fragilité, à la faiblesse, à l'incapacité de prendre des décisions difficiles. Comme si, être conscient de ses émotions rendait impossible de prendre des décisions éclairées. Cette même réalité renforce le stéréotype qui concerne les hommes: les hommes, les vrais, ne touchent pas à leurs émotions et encore moins à celles qui pourraient les montrer vulnérables. Si vous voulez être vus et reconnus, coupez-vous de votre sensibilité. Cette réalité est sociale. Bien évidemment, individuellement, les parents peuvent tenter de présenter d'autres valeurs à leurs enfants. Mais les valeurs sociales, elles, restent. Un n'annule pas l'autre. Et le gouvernement a la responsabilité de mettre en place des mesures sociales et non individuelles. Parmi ces mesures sociales, je suggère un programme d'éducation à la sexualité abordant les stéréotypes sexuels qu'on présente aux hommes et aux femmes et une réflexions sur les avantages et inconvénients à suivre ce modèle. Car les hommes aussi auraient avantage à ce que ces stéréotypes disparaissent.

dimanche 28 février 2016

Accompagner un enfant dans son développement psycho-sexuel par la lecture

Lorsque j'ai fait mon BAC il y a quelques années, on nous avait fait lire un texte qui résumait une
étude sur l'estime de soi des jeunes filles. On apprenait qu'il y avait une différence sur l'estime de soi des jeunes filles en fonction du type de lectures qu'elles avaient effectuées dans leur jeunesse. En gros, les jeunes filles à qui on avait lu majoritairement des histoires de princesses avaient une estime d'elles-mêmes moins grande que celles à qui on avait lu des histoires plus variées. On pouvait comprendre que les histoires de princesses présentent majoritairement des filles et des femmes dans des rôles passifs, en attente qu'un homme arrive pour que leur vie se mette enfin en branle, qu'un homme leur vienne en aide, etc. Avec des histoires plus variées, il y avait plus de possibilités que des filles et des femmes soient présentées dans différents rôles avec des caractéristiques plus actives où elles avaient du pouvoir sur ce qui leur arrivait. L'idée n'était pas de dire qu'il ne fallait pas lire de livres de princesses, mais que si la majorité des modèles présentés aux jeunes filles était des femmes passives sans trop de pouvoir sur leur vie en attente d'un homme pour se mettre à vivre, les jeunes filles développaient une estime d'elles moins fortes.

Plusieurs parents ont cette préoccupation de présenter des livres variés à leur fille et à leur garçon pour les exposer à différentes possibilités de modèles. Car il ne s'agit pas ici de dire que ce sont seulement les fillettes qui ont besoin d'être exposées à ce type d'ouvrage; un garçon à qui on présente des modèles de filles fortes sans que ce soit en ridiculisant les garçons est tout aussi bénéfique pour eux. Il n'est toutefois pas toujours évident de sélectionner des livres où on voit des filles actives et des garçons qui sont tristes sans tomber dans la caricature ou ridiculiser ces modèles moins traditionnels. Le Y des femmes de Québec a mis en place un projet pour répondre à cette préoccupation de beaucoup de parents et d'enfants et a répertorié 200 livres pour enfants. Le projet s'appelle Kaléidoscope - Livres jeunesse pour un monde égalitaire. Sur cette plate-forme interactive, vous pourrez faire une recherche par groupe d'âge (de 0 à 12 ans), par thème (égalité des sexes, affirmation de soi, diversité corporelle, diversité culturelle, diversité familiale, diversité fonctionnelle, diversité sexuelle ou de genre, sociétés) ou par titre. Le site propose une courte description de chacun des livres répertoriés pour vous permettre d'identifier si un livre correspond à votre recherche. Une version pdf est aussi disponible sur le site.

Que ce soit parce que l'égalité et la diversité fasse partie de vos valeurs ou que vous cherchiez ponctuellement un livre sur un thème en lien avec la sexualité, cette plate-forme pourrait vous être utile comme parent (ou tante, oncle, grand-parents, éducateurs, etc.).  Il n'est pas aisé de trouver les mots justes pour expliquer comment ça se fait que le petit Nicolas a deux papas ou comment ça se peut que le papa de Jérémie est devenu une maman. Ces thèmes sont délicats pour beaucoup d'adultes et ce répertoire vous permettra d'accompagner l'enfant en fonction d'où il est dans son développement psycho-sexuel.

Bonne lecture!

jeudi 25 février 2016

Comment faire de l'éducation à la sexualité aux enfants sans érotiser l'enfance?

J'ai pris position à maintes reprises sur la pertinence d'aborder la sexualité auprès des enfants dès la maternelle. Les moins de cinq ans ont une curiosité débordante qu'il vaut mieux canaliser que nier afin d'assurer un développement psycho-sexuel sain et adapté à leur âge. Toutefois, plusieurs parents continuent d'être réfractaires d'aborder la sexualité avec les enfants de peur que l'éducation les lancent dans des compulsions sexuelles inadaptées à leur âge ou qu'ils se mettent à expérimenter une génitalité adulte. À ce sujet, des études ont démontrées que faire de l'éducation à la sexualité auprès des enfants les amènent à adopter des comportements moins compulsifs, plus responsables et retarde le moment de la première relation sexuelle à l'adolescence.

Par contre, je me dois d'être honnête: aborder la sexualité avec les enfants ne signifie pas que l'éducation à la sexualité soi saine et adaptée à l'âge des enfants. Certains ouvrages ont fait parler d'eux dans les dernières années pour leur inadaptation au public cible. Certains ouvrages peuvent être marrants pour des adultes, mais il n'y a rien d'éducatif à jouer à mettre son doigt dans un trou et de transformer son doigt en jouet plus ou moins agressif et intrusif. Il n'y a rien d'éducatif non plus de voir un gamin dire à sa mère qu'elle doit arrêter de manger pour faire attention à sa ligne, pour réaliser qu'elle avait un bébé dans son ventre... lorsqu'il naît... Ce n'est pas parce que la sexualité est à l'honneur qu'elle devient éducative pour les enfants; elle peut même avoir l'effet inverse. Les ouvrages qui ne contextualisent pas la sexualité dans un univers d'enfant, en respect et dans la compréhension du développement psycho-sexuel des enfants continuent d'alimenter la crainte de certains parents et cristallise leur position de ne pas aborder la sexualité avec leurs enfants.

Ce matin, j'ai pris connaissance d'un autre exemple d'éducation à la sexualité inadapté, plus subtile, mais qui contribue à l'érotisation des petites filles. Dans sa dernière édition de Popi version Québec, Bayard propose de regarder différents aspects du corps avec les moins de 3 ans (le sport, la propreté, le corps). Dans la section de l'imagier, on propose une petite fille et un petit garçon, nus, pour apprendre le nom des parties du corps. Ma première réaction en voyant le pénis et la vulve identifiés fut: "Wow!", car dans plusieurs livres pour enfants qui dénomment les différentes parties du corps, on s'en tient à "sexe", sans différenciation pour parler de l'anatomie génitale des garçons et des filles. En m'attardant quelques secondes, je porte attention à la disposition des corps. Voyez par vous-même:

Image tirée du livre Popi Québec, mars 2016

Que constatez-vous de différent dans la position du corps de la fillette et de celle du garçon? Nous pouvons voir un garçon qui sort du bain, avec sa serviette et son bateau. Un garçon dans un contexte d'enfant nu qui sort du bain. Puis on regarde la fillette: une main sur les hanches, le dos cambré, les fesses ressorties. A-ton une image d'une petite fille qui sort du bain? Qui vient de jouer? Qui est dans une nudité de fillette de 2 ans, c'est-à-dire une nudité de type "nature" et non de type "suggestive et séduisante"? On voit plutôt une fillette qui pose, dont les attributs sexuels sont mis en évidence. "Oui, mais on voulait nommer les fesses". Oui, d'accord. Mais en quoi cette position spécifique représente la vie d'un enfant de deux ans? La fillette aurait pu être représentée de côté, en train de regarder dans le bain, en train de s'essuyer, en train de faire une folie, de rire, de jouer.

Représenter un enfant de côté peut très bien se faire en présentant des enfants dans un contexte d'enfant.

Je peux comprendre des parents réticents à ce qu'on aborde la sexualité avec leurs enfants lorsqu'on érotise l'enfance sans que plus personne ne s'en rende réellement compte. La nudité, la sexualité et l'érotisme ne sont pas des synonymes. La sexualité des enfants n'a rien à avoir avec l'érotisme, l'anticipation et la séduction des adultes. Beaucoup d'adultes semblent avoir de la difficulté à différencier ces thèmes et présentent, sans se poser de questions, des bambins dans des contextes pseudo-érotiques. C'est inapproprié. La nomination des parties du corps aux enfants ne devrait pas inclure des enfants dans des positions autres que celles qui appartiennent au monde des enfants. C'est ainsi qu'une éducation à la sexualité pourra avoir lieu avec les enfants sans qu'on la rattache constamment à l'érotisme du monde des adultes. Présenter des enfants dans des contextes suggestifs rend contradictoire de leur expliquer par la suite que leur corps leur appartient. 

Cette situation me ramène au programme d'éducation à la sexualité proposé par le Ministère de l'Éducation qui sera enseigné par des intervenant.e.s qui ne sont pas formé.e.s pour faire de l'éducation à la sexualité et qui n'ont pas de formation sur le développement psycho-sexuel des enfants. Demander à des intervenant.e.s de faire de l'intervention de groupe avec des enfants qui ne sont pas les leurs, avec qui ils n'auront pas l'occasion de reprendre individuellement, au besoin, les enseignements demande une grande connaissance des enjeux psycho-sexuels pour éviter des bourdes élémentaires. Pas simplement une formation de quelques heures. Le programme actuellement proposé ne fera qu’accroître le nombre de parents apeurés qui refuseront que leurs enfants participent à des programmes d'éducation à la sexualité, car les dérapages s'accumuleront. Plutôt que de cultiver la connaissance à propos de la sexualité des enfants, ce sera la peur qui sera cultivée à grand coup de maladresses, comme on peut le voir ici dans Popi, un livre produit par des spécialistes des enfants... Mais pas par des spécialistes de la sexualité des enfants...