mardi 18 septembre 2018

C’est de la violence? C’est une dynamique de violence?

S’il y a un tabou que je vois souvent dans mon bureau, c’est celui de la violence. Ce mot fait peur, fait mal et fait honte. En théorie, les gens sont contre la violence. Mais lorsque vient le temps de la définir, beaucoup sont prêts à la défendre, la justifier, la minimiser… surtout si cette violence fait référence à des comportements, des propos et des paroles qu’ils ou elles ont tenus.

Allié de la violence
La violence et la transgression de frontières sont des alliés. Moins une personne se connait, plus elle risque de subir et de produire de la violence, car elle connait mal ses limites. Il devient alors difficile de reconnaître que ses frontières ont été dépassées et si elles le sont depuis longtemps. Plus une personne se connait, plus elle sera en mesure de sentir que les limites de sa tolérance sont sur le point d’être dépassées, de prendre les dispositions nécessaires pour prendre soin d’elle et se protéger lorsqu’elle sentira qu’une autre personne est intrusive.

Tout le monde n’a pas le même rapport avec la violence. Selon leurs personnalités, les personnes qui connaissent mal leurs limites peuvent subir la violence des autres alors que d’autres deviendront violent.e.s pour tenter de protéger leur espace. Parallèlement, les personnes qui connaissent leurs frontières développent plus d’outils pour communiquer leurs limites aux autres et prendre soin d’elles quand la pression monte.

La violence dure
Comment se fait-il que la violence perdure dans une relation lorsqu’une personne connaît ses limites et les nomme à l’autre? Peut-être êtes-vous en relation avec une personne qui se connait mal et qui devient violente lorsque ses frontières sont transgressées. Dans ce premier cas, vous avez probablement un rôle à jouer dans cette dynamique, car la violence émerge lorsque vous transgressez des frontières. Rappelez-vous qu’une frontière sert aussi à protéger; si vous la dépassez, la personne de l’autre côté est probablement vulnérable et vous activez son sentiment de danger. Dans ces situations, il est important de rester à une saine distance pour garder le contact pacifique. Vous pouvez vous questionner sur ce qui fait que vous ne voyez pas ou que vous ne voulez pas voir les frontières des autres et que vous les transgressez.

Une autre possibilité, c’est que vous êtes en relation avec une personne qui ne veut pas voir vos frontières; si vous en mettez, elle donne un coup de pied dedans pour tenter de les faire disparaître. Ce type de relation est dangereuse pour vous. Surtout si vous tentez de maintenir une saine distance pour garder le contact pacifique et que l’autre ne cherche qu’à s’approcher pour abattre ces limites. Rappelez-vous que vous êtes important.e et que la sécurité psychique, affective et physique dans une relation est primordiale; abattre les limites de l’autre ce n’est pas de l’amour; c’est de la violence. Et ça devient une dynamique de violence lorsque l’autre tente de détruire systématiquement chaque balise que vous mettez en place.

Reconnaître?
Avoir la capacité de reconnaître la violence en soi nécessite de différencier qui l’on est de ce que l’on fait. Sans cette distinction primordiale, la personne se verra comme une mauvaise personne et pourra lutter contre cette image en niant sa violence. Pourtant, une personne n’est pas ses comportements; elle n’est pas bonne la journée ou elle fait du bénévolat et mauvaise la journée ou elle touche son-sa partenaire sans son consentement. Une personne est un tout complexe avec des côtés lumineux et des côtés sombres. Et chaque personne a le pouvoir de choisir quelle partie d’elle elle souhaite alimenter dans sa relation avec les autres. Mais vous ne pourrez jamais faire ce choix pour l’autre.

mercredi 5 septembre 2018

Connecter ou fusionner avec les autres?

Il y a deux semaines, je vous parlais de ce qu’était l’intimité, que ce soit dans les relations avec les autres ou dans la relation avec soi-même. Ce texte a amené plusieurs interrogations et demandes de clarification sur la façon d’être en relation. « Je les entends les mots que tu dis Sophie. Mais je suis pas trop sûr de comprendre concrètement comment on fait ça. Être proche sans être proche… Ça veut dire quoi? On fait ça comment être proche en étant loin? »

Tout d’abord, l’idée n’est pas d’être proches en étant loin, mais d’être proche en étant différents. Être proche sans être proche, c’est ce que j’appellerai ici la fusion. La fusion, c’est d’éviter ou de refuser de voir les différences qu’il y a dans les relations, de les voir comme une menace. Donc comme les différences sont une menace, les personnes dans ce type de relation portent leur regard uniquement sur ce qu’il y a de pareil. Ou encore, tentent de se convaincre que ces différences n’en sont pas vraiment et que ça revient à être pareil. Les conflits surviennent généralement lorsque les différences sont mises en lumière et qu’au moins une des personnes souhaiterait que cette différence disparaisse pour laisser place à l’uniformité.

La fusion est donc intimement liée à la peur de perdre les personnes significatives. Les personnes fusionnelles tenteront donc de mettre en place toutes sortes de stratégies pour mettre fin à cette peur qu’elles n’arrivent pas à tolérer : éviter certains sujets, nier une partie de soi, se soumettre, dominer l’autre, se sauver, éviter d’être dans des relations significatives, etc. Il n’est pas rare que le « désir sexuel » chez les couples fusionnels émerge à la suite d’une situation qui a remis en question la relation. Quel beau véhicule fusionnel que celui d’avoir des contacts sexuels, surtout des contacts sexuels avec pénétration, lorsqu’on a besoin de se sentir proche de quelqu’un.

Le défi pour les couples fusionnels est donc de maintenir le désir sexuel lorsque la relation est harmonieuse, s’ils n’ont pas développé d’autres contextes que la peur pour susciter leur désir érotique.

Un outil plus adapté et moins destructeur pour la qualité du lien dans la relation est d’apprendre à connecter plutôt qu’à fusionner. La connexion permet d’être avec l’autre, de partager du temps avec elle tout en tolérant une saine distance. Prenons l’exemple d’un repas entre ami.e.s pour illustrer cette idée : tout le monde partagera la même table, chacun pourra avoir amené un plat qu’il a lui-même cuisiné et les autres auront le loisir de choisi la quantité d’aliments à mettre dans leur assiette. Et vous remarquerez que malgré cette table partagée, tout le monde mange sur des chaises individuelles. Ni ces chaises individuelles ni les intérêts parfois différents pour les plats ne remettront en question la capacité des convives d’échanger pleinement.

Il en va de même au quotidien dans les relations. Les intérêts divergents, les différences et les opinions qui ne vont pas dans le même sens n’ont pas à être évincés. Certains sujets sensibles resteront toujours, mais le plaisir vient de l’échange, du temps passé ensemble, du processus… et des périodes ou les gens ne sont pas ensemble! Le désir sexuel émergera alors du plaisir de se retrouver, à la capacité de tolérer l’anxiété et même de s’exciter de cette anxiété qui survient lorsque des propositions sexuelles typiques ou nouvelles sont avancées. Un refus ne sera pas perçu comme un rejet, mais plutôt comme une limite de l’autre et la possibilité de trouver d’autres options de connecter.

***Texte originalement paru dans le journal Le Canada Français

lundi 3 septembre 2018

Suis-je dépendant.e affectif.ive?

Expérience de Harlow avec la mère fil de métal 
et la mère chiffon
Qu’est-ce que ça veut dire au final « la dépendance affective »? Cette expression n’est pas un diagnostic de trouble psychologique. Il s’agit plutôt d’une expression fourre-tout qui couvre un large spectre de défis relationnels que peut rencontrer une personne. Le problème, c’est que cette expression englobe tout et n’importe quoi de façon imprécise. Mais ce qui est central, ce sont les défis relationnels.

Trouble?
Il y a quelque chose de particulier dans cette expression, vous ne trouvez pas? 
« Dépendance affective ». Cette proposition sous-entend qu’on pourrait dépendre de l’affection qui signifie « attachement et tendresse ». L’expression signifie qu’il y a un problème lorsqu’une personne chercher à s’attacher aux gens tendrement. Ce serait l’équivalent de dire qu’une personne est dépendante à l’air de qualité. N’est-ce pas curieux?

L’affection, en soi, n’est pas néfaste. La recherche de liens tendres avec les autres est souhaitable. Il ne s’agit donc pas d’un problème d’affection, au contraire. Des études atroces à l’époque médiévale ont même démontré qu’en cas d’absence de contacts, les bébés mouraient. Harlow, un chercheur américain, a reproduit cette expérience cruelle sur des bébés singes dans les années 60. Il souhaitait savoir si les bébés singes, séparés de leur mère, iraient davantage vers la poupée en métal qui leur donnait de la nourriture ou vers la poupée en chiffon, pour être rassurés. Le résultat? Les bébés singes allaient vers la poupée en métal uniquement lorsqu’ils avaient besoin de manger et restaient avec la poupée chiffon le reste du temps. Cars ils avaient besoin d’un contact tendre pour être rassurés. Les impacts sur ces singes à l’âge adulte? Des décès prématurés, des difficultés à trouver un.e partenaire pour se reproduire, car ils n’arrivaient pas à créer des liens sainement, un manque d’intérêt pour trouver un.e partenaire et beaucoup moins de reproduction, car les femelles démontraient peu d’intérêt pour l’accouplement.

En gros, le problème, ce n’est pas le surplus d’affection ou la dépendance à l’affection. C’est une carence importante d’affection dans l’enfance qui a des conséquences désastreuses sur la capacité d’une personne à créer des liens sains dans le futur. Les personnes carencées ne connaissent pas ce que c’est un lien sain et tendre. Elles se lancent donc dans toutes sortes de relations, car elles ont besoin d’être rassurées. Elles n’ont pas eu ce sentiment d’apaisement intérieur dans leur enfance, leur système nerveux est constamment activé, elles sont agitées et ne savent pas comment s’apaiser. Et ces personnes diront : « Je n’ai manqué de rien quand j’étais enfant. J’avais un toit, je mangeais 3 fois par jour et j’avais des cadeaux à Noël. » Ces personnes avaient accès à une poupée métal qui les a nourries. Mais elles n’ont pas ou peu reçu d’affection.

Donc non, vous n’êtes pas dépendant.e.s affectif.ive.s. Vous vivez les séquelles de carences dans votre enfance. Et pour l’instant, vous ne savez pas comment combler ces carences. Et je suis sincèrement et profondément désolée pour vous. Cessez de vous taper sur la tête et de croire que vous êtes le problème. Vous avez des défis importants pour combler vos besoins de base. Mais ce n’est pas vous le problème. N’hésitez pas à aller chercher de l’aide; vous en valez la peine.

***Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français

mardi 19 juin 2018

Apprendre des techniques pour mieux séduire?


Vous êtes célibataire ou en couple et vous peinez à mettre de la magie dans vos relations avec la personne que vous désirez? Vous avez l’impression de ne pas être à la hauteur de cette personne séduisante qui réussit à charmer tout le monde? S'il y a un domaine où l'on peut parler d'art, c'est bien celui de la séduction. Comme dans tout art, il est possible d’apprendre, de peaufiner ses habiletés et de développer ses compétences. Toutefois, la séduction est loin de se limiter à un paquet de "p'tits trucs" à mettre en place un à la suite de l'autre pour arriver à un résultat précis.

J'ai souvent vu des personnes souhaiter faire appel à un coach en séduction pour "développer des techniques de charme". Les coachs, comme les thérapeutes, sont diversifiés et ils.elles ont des niveaux différents de compétences et d’habiletés. Certains pourraient vous proposer des avenues intéressantes à intégrer à votre personnalité pour mieux lire et mieux approcher les autres. Ces techniques peuvent toutefois comporter leur lot de limites si ces recettes « toutes faites » visent à vous apprendre à devenir une autre personne.

Il n’est pas dit que ces recettes sont inefficaces pour créer un contact. Peut-être que les techniques fonctionnent pour attirer l'être désiré.e. Mais que restera-t-il ensuite? Une fois le but atteint? Si les techniques apprises sont incohérentes avec votre personnalité, comment assurer un lien entre ces techniques et vous?

Gardez en tête que les techniques pourront vous aider. Mais si vous souhaitez éviter de vous retrouver à la case départ, car vos techniques ne vous ressemblent pas du tout, il sera nécessaire de faire coïncider votre attitude avec vos valeurs. L'art de la séduction, c'est l'art du savoir-être et du savoir-vivre. C'est l'art d'accepter de ne pas tout contrôler. C'est l'art d'accepter d'être déstabilisé par la situation, par l'autre, et ce, sans se sentir complètement submergé ou en danger. C’est l’art d’apprendre à prendre plaisir au déséquilibre. C'est l'art aussi de s'intéresser réellement à l'autre personne non pas pour ce qu'elle peut vous apporter, mais pour ce qu'elle est.

C’est votre attitude et votre intention qui départageront la séduction, le charme de la manipulation et de la prédation. Alors que la personne qui séduit cherche à jouer AVEC l’autre et tentera de garder un contexte égalitaire dans cette joute de charme, l’utilisation de la manipulation pour amener l'autre là où on souhaiterait que cette personne soit est plutôt du domaine de la prédation. Pour que la séduction reste un jeu, vous devriez toujours vous poser ces deux questions "Est-ce que je me sens ok?" et "Est-ce que l'autre personne se sent ok?". Si vous êtes capable de répondre oui à ces deux questions en même temps, amusez-vous! Si vous n'êtes pas en mesure de répondre oui pour le confort de l'autre personne, celle-ci pourrait très bien se sentir agressée et n'est certes pas en train de jouer au même jeu que vous.

La séduction est un jeu. Et comme pour tous les jeux, ce n'est pas tout le monde qui y prend plaisir. Et vous, comment prenez-vous plaisir à jouer? Trouver des réponses à cette question vous permettra de mettre un peu plus de vous dans votre façon de séduire pour que ce soit efficace et cohérent.

Bonne joute!

*** Ce texte est originalement paru dans le journal Le Canada Français

vendredi 15 juin 2018

Sexualité et état de conscience modifié


Si vous avez déjà eu une activité sexuelle qui vous a permis de ressentir une excitation rendant possible l’atteinte de l’orgasme, vous savez qu’à un certain moment, votre façon d’être change. Votre contact avec la réalité change. Cet état d’excitation sexuelle vous amène dans un état qui se dissipera quelques minutes après l’orgasme ou après la diminution de l’excitation. Et cet état est le fruit d’une modification observable dans le cerveau via des lectures en imagerie de résonnance magnétique obtenues en 2016.

Cet état de conscience modifié est un indicateur que la réponse sexuelle est pleinement déclenchée. Il s’agit de cet état ou les règles du jeu changent. Cet état ou, la personne morale et mature que vous êtes, que vous avez appris à être en société accepte de transgresser des règles qui ne le seraient pas durant un souper de famille. Cet état vous permet de prendre plaisir à mettre des objets dans votre bouche alors que ce n’est pas sensé, à vous salir et vous enduire, alors que ce n’est pas supposé, à prendre des positions qui vous rendent vulnérables, à vous dire des choses interdites. Cet état modifié vous permet de jouer avec les règles socialement établies, à les transgresser, un peu, et à en faire un divertissement. Pour plusieurs personnes, la transgression de ces règles une fois devenu.e.s adultes est difficile, voire impossible, ce qui rend l’accès à la sexualité érotique compliquée.

Cet état différent de la conscience est précisément celui qui inquiète beaucoup de personnes qui ont peu de désir sexuel ou qui ont du mal à atteindre l’orgasme. Si, au cours de vos activités sexuelles, vous réfléchissez à votre travail, à vos tâches, à ce que vous allez faire après l’activité sexuelle, c’est précisément que vous n’avez pas atteint cet état modifié de votre conscience créé par l’excitation sexuelle. Si vous utilisez un lubrifiant, car votre niveau d’excitation sexuelle ne permet pas une lubrification vaginale suffisante, observez d’abord si vous vous sentez pleinement dans cet instant sexuel, car il est possible que la lubrification ne soit pas réellement le problème.

Une récente étude scientifique sur le sujet de cet état modifié de la conscience est à l’image du problème de cet état. Les auteurs utilisent le terme « état altéré de conscience » qui, en soi, a une consonance morale négative qui réfère à quelque chose de « changé en mal ». Qu’est-ce qui fait que ce niveau de conscience différent, moins axé sur la sphère cognitive de l’intellect est jugé inférieur? Qu’est-ce qui fait que cette partie à l’intérieure de chaque être humain qui permet d’accéder à une forme de jeu différente est jugée comme « une forme altérée »?

Cet état de conscience n’est ni bon ni mauvais ni altéré. Il est. Il n’est pas utile de lui donner une connotation morale, mis à part si on souhaite regarder la sexualité avec un regard moral ou on présume qu’une grande excitation sexuelle survient « quand on est pas réellement nous-même ». Cet état met l’emphase sur d’autres priorités qui ne font pas de vous de bonnes ou de mauvaises personnes, y compris si cette excitation est incohérente avec des valeurs que vous avez lorsque vous n’êtes pas excité.e.s sexuellement.

Prenez le temps de vous accueillir dans votre incohérence. Le respect de soi ne passe pas par se voir comme « une bonne personne ». Le respect de soi est de s’accorder du respect avec ses imperfections et ses incohérences, dans la limite des frontières des autres qui nous entourent.

*Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français

samedi 9 juin 2018

Le Festivulve, ou célébrer la vulve en juin


Oui, oui. Vous avez bien lu; il s’agit bel et bien d’une proposition de célébrer les organes génitaux externes femelles durant 2 jours les 9 et 10 juin 2018. D’où vient cette idée? Le projet a été lancé par Mel Goyer, une jeune femme dynamique et passionnée qui a décidé, en 2016, de mettre plusieurs plates-formes web en place afin de pouvoir parler un peu plus des organes génitaux féminins. Depuis 2016, son projet initial, « le vagin connaisseur », a pris de l’ampleur; la vague #MoiAussi a eu lieu et Mel a eu envie de créer un événement qui permettrait de parler de la sexualité féminine autrement que par la lunette des violences que les femmes subissent dans leur sexualité. Elle a sollicité des personnes de divers horizon pour parler de sexualité féminine de façon positive et inspirante et est née la programmation du Festivulve qui s’échelonnera sur 2 jours.

Depuis l’annonce de l’événement, plusieurs moqueries ont circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias traditionnels. Certains ont rebaptisé l’événement pour le décrédibiliser, d’autres se sont à moitié outrés, prétextant que si le Festivulve existait, le « Carnaval de la graine » devrait être lancé. Mais ce que j’observe, ce que cet événement ne laisse pas les gens indifférents. Serait-ce parce que, justement, on parle très peu de sexualité féminine finalement? On la met en scène depuis la nuit des temps, principalement du point de vue des hommes hétérosexuels. Mais la sexualité féminine vue par les femmes, pour les femmes? Cette sexualité centrée sur le plaisir des femmes. Le plaisir érotique, oui, mais d’autres formes de plaisir sensuel? Regarder ce sexe et s’en émerveiller, en faire un sujet de projets artistiques, théâtraux, apprendre à réellement le connaître, y compris chez les personnes qui ne sont pas nées femmes et qui le sont devenues, ou pour ceux qui sont nées femmes, qui ont toujours une vulve, mais qui sont devenues homme. C’est le défi que souhaitait relever Mel Goyer.

Malgré la vocation à la fois éducative, ludique et populaire, beaucoup de commentaires dénigrants se disent au sujet de cet événement. Mais pourquoi? Parce que ça fait peur? Les femmes qui s’approprient leur corps font peur? On les préfère fragiles et vulnérables et une femme qui assume aller dans un événement qui porte le nom de Festivulve en repartant avec un moulage en plâtre de sa vulve sous le bras est jugée suspecte? C’est aussi ce qu’on disait des femmes qu’on appelait « sorcières »; elles étaient trop autonomes, avaient trop d’autodétermination et étaient trop autosuffisantes. Il était jugé préférable de les pendre que de prendre le risque qu’elles prennent le contrôle de leur vie et convainquent d’autres femmes d’en faire de même. Peut-être qu’en 2018, il serait possible de faire cheminer les perceptions qu’on a au sujet des femmes et de leur sexualité?

Peut-être que pour certain.e.s d’entrevous, repousser vos limites sera d’aller jeter un œil à cette programmation sur le site web de l’événement, dans le confort de votre foyer. Pour d’autres, ce sera de vous présenter à l’événement pour rencontrer les festivalier.ères, participer aux activités de formations, aux événements ludiques et artistiques. Je souhaite que pour vous tous, la tenue de cet événement vous amène à amorcer une réflexion personnelle sur votre perception du sexe féminin à l’extérieur de la pénétration vaginale.

Quand : Les 9 et 10 juin 2018
Ou : Loft hôtel, 334 Terrasse Saint-Denis, Montréal
Pour plus d’informations : festivulve.com

*** Texte originalement publié dans le journal Le Canada Français

jeudi 15 mars 2018

Parler de désir avec ses jeunes enfants

Avez-vous déjà songé parler de désir avec vos enfants, y compris à vos touts petits? Comme adulte, lorsqu’on parle de désir, on a tendance à l’associer à la sexualité. Mais le désir fait partie de nos vies et il est loin d’être uniquement associé à l’érotisme.

Le désir, c’est cet élan qui amène un tout petit à prendre le jouet dans les mains de l’ami à côté de lui : il désirait le jouet. Le désir, c’est ce qui amène un enfant à demander s’il peut avoir un bonbon lorsqu’il vous accompagne à la caisse pour payer votre essence; il désire une sucrerie. Le désir, c’est lorsque la princesse voit le prince arriver et qu’elle nomme « je suis tombée amoureuse ».

Je prends le temps d’aborder cette question importante, car j’observe très régulièrement une confusion entre le désir et l’amour et cette confusion commence à s’installer dès la tendre enfance.

Reprenons l’exemple des histoires de princesses, de princes et de coup de foudre. À tout coup, ou presque, on nous présente le prince et la princesse qui tombèrent amoureux au premier regard. Ces scènes ne sont pas des scènes d’amour. Ce sont des scènes de désir. Les personnages se sont vus, ils ont été attirés un vers l’autre. À ce moment même, ils ne se connaissent pas. Ils n’ont aucune idée de qui est cette personne attractive. Les personnages peuvent être attirés par des caractéristiques physiques, la personnalité l’aura, le statut social, etc. Cette envie d’être proche de l’autre, de la toucher, de la connaître, de la faire rire, de passer du temps avec elle (beaucoup de temps avec elle); cette description est celle du désir. C’est formidable le désir! C’est cette capacité de rêvasser, d’imaginer des scénarios agréables de ce qu’on souhaite faire, être, construire. Mais le désir n’est pas de l’amour. Le désir parle de qui JE suis; de ce que j’aime et de ce que JE projette sur une autre personne, sur une chose, sur un pays, sur un travail, etc. Bref, c’est l’image idéalisée que je me fais d’une personne, d’un lieu ou d’une chose.

L’amour, c’est le sentiment qui émerge concernant une personne, une chose ou un lieu que je connais. J’aime quelque chose ou quelqu’un qui existe. Je suis capable de décrire pourquoi j’aime ces caractéristiques parce que je les connais. Quand j’aime, j’aime CETTE PERSONNE-LÀ. L’amour concerne l’autre personne alors que le désir parle de moi.

Donc non, on ne tombe pas amoureux ou amoureuse d’une personne inconnue. On la voit et un désir émerge. Avec le temps passé avec cette personne, peut-être que ce désir se transformera en sentiment amoureux. Mais pour le savoir, il faut prendre le temps de connaître cette personne-là, cette chose ou ce lieu.

Confondre le désir et l’amour fera naître de la frustration, car les personnes croiront que leurs désirs devraient devenir réels. Elles perdent de vue que c’était un souhait et non un droit. Cette perte de contact avec la réalité peut s’envenimer si la personne s’acharne à ce que ce désir devienne réel et se mette à utiliser des formes de violence.

Il est donc important d’aborder les distinctions entre l’amour et le désir dès l’enfance pour recadrer certaines situations qui surviennent dans leur quotidien. Désirer, c’est sain et ça fait déjà partie de leur vie. Mais avant de parler d’amour, il est important d’apprendre à connaître la personne. C’est ainsi qu’on verra si on a envie de continuer à être proche de cette personne ou non. Distinguer le désir de l’amour permettra aussi de proposer une vision plus réaliste des relations humaines et ne construira pas une vision erronée de la façon d’établir des relations saines avec une personne.

Texte originalement paru dans le Canada Français.

vendredi 2 mars 2018

Comment parlez-vous de votre sexualité?


Quels sont vos intérêts sexuels? Vos goûts? Vos désirs? Les caresses que vous aimez et celles qui vous irritent? Un des premiers défis que j’observe dans mon bureau est le défi que certaines personnes ont à identifier ce qui les anime, ou pas, dans la sexualité. « Ben, comme tout le monde, là. Normal. J’aime ça». Avez-vous remarqué ces mots fourre-tout? « Ça », « là », « normal ». J’en entends plusieurs autres aussi dans mon bureau comme « c’est correct » ou « ça va ».

J’attire votre attention sur ces mots fourre-tout, car ils semblent complets et illustrer une évidence qui, finalement, n’en est pas une. Comment la personne avec qui vous aurez des contacts sexuels peut saisir ce que vous aimez si, vous-même, vous avez du mal à les décrire? « J’aime ça ». D’accord. De quoi sommes-nous en train de parler? De « ça » l’endroit où tu es en train de me caresser? « Ça » la pression avec laquelle tu me fais une caresse? « Ça », le moment qu’on est en train de passer ensemble? L’ambiance? La chimie qu’il y a entre nous? Les mots que tu utilises en même temps? Il peut y avoir une foule de significations à ce « ça ».

L’objectif ici n’est pas de trouver le mot accepté par l’Office de la langue française qui illustre très précisément le terme « qu’il faudrait utiliser ». Vous pouvez utiliser vos mots, ceux qui ont du sens pour vous, vos images, votre jargon. L’important n’est pas de savoir si vous direz clitoris, bouton, clicli, rosette, bourgeon, point ou gland. L’important, c’est que vous utilisiez des mots qui ont le même sens pour vous et pour l’autre pour vous assurer que vous êtes en train de parler de la même chose.

Beaucoup de conflits et d’irritations dans ce qui se passe dans une dynamique sexuelle surviennent lorsque deux personnes perçoivent que ce qu’elles sont en train de dire est une évidence et ne se rendent pas compte que ce n’est pas vraiment clair finalement. Ces situations arrivent régulièrement lorsqu’on utilise ces mots fourre-tout qui veulent tout et rien dire à la fois.

« J’aime pas ça! Je lui ai dit plein de fois, pis il continue! » Et si on mettait des mots sur ce « ça ». Vous souhaitez lui dire quoi? Qu’est-ce qu’il y a dans ses gestes, son rythme, son approche, le contexte que vous n’aimez pas? Et lorsque vous dites que vous « n’aimez pas ça », vous faites allusion à quoi? Vous vous sentez agressée? Vous êtes gênée? Vous êtes dégoûtée? Vous avez de la douleur physique? Vous vous sentez humilié.e? Les ajustements ne seront pas les mêmes si vous dites que ça vous gêne lorsque votre partenaire vous embrasse dans le cou, parce que vous ne savez pas comment recevoir son désir sexuel ou si vous dites que vous vous sentez agressé.e lorsque votre partenaire vous embrasse dans le cou, parce qu’il-elle est rude et choisi des moments inappropriés à des rapprochements sexuels.

Si vous vivez des défis dans votre dynamique amoureuse ou sexuelle, prenez le temps de réfléchir à comment vous en parler à l’autre; moins vous serez précis.e.s, plus les risques d’interprétations, et de mauvaise interprétation, sont grands… Ce qui accentue aussi les risques de conflits. Bonne réflexion!

jeudi 1 mars 2018

J'ai peur; un pédophile rôde dans le quartier

« Fais attention, il y a des monsieurs pas fins qui se promènent dans le quartier. Ne parle pas aux inconnus! ». Parler de pédophilie avec ses enfants est un sujet délicat. Il est pertinent d'être prudent dans notre façon d'aborder la question avec nos enfants. Voici quelques suggestions pour guider les échanges avec eux.

D’une part, il n'est pas souhaitable de transmettre aux enfants la peur des inconnus. Les inconnu.e.s, ça peut aussi être la personne qui va aider si l’enfant se perd, s’il a peur, s’il a besoin de retrouver ses parents. Ce ne sont pas tous les inconnus qui sont des dangers. Le risque n’est donc pas de parler aux étrangers; c’est que l’enfant se rende dans un endroit sans que le parent ou l'adulte qui s'occupe de lui soit au courant. C’est vrai si la personne en question est connue ou inconnue. Parler avec un adulte dans le parc ou sur la rue, ce n'est pas un problème. C'est de suivre cette personne sans qu'un adulte soit au courant qui est un risque.

Bons ou mauvais?
On ne peut pas demander aux enfants de faire la distinction entre les "bons inconnus" et "les mauvais inconnus". Il sera plus aidant de décrire ce que vous attendez d’eux : « Si tu t’arrêtes ou que tu vas ailleurs qu’à la maison, je souhaite que tu m’avises avant, peu importe avec qui tu es. C’est moi ton parent, c’est moi qui suis responsable de toi. Je dois savoir où tu te trouves pour ta sécurité. » Cette règle devient universelle pour toutes les situations et ne nécessite pas d’entretenir la peur des pédophiles. Cette attitude devient un facteur de protection, car elle s’intègrera plus facilement si elle appliquée dans toutes les situations. Cette règle renforce aussi le sentiment de sécurité de l’enfant, car les adultes qui s’occupent de lui se préoccupent de sa sécurité.

Si vous jugez que votre enfant est trop petit pour évaluer une situation de dangerosité et pour prendre les mesures appropriées pour s’occuper de sa sécurité, il est préférable de ne pas le laisser seul dans un endroit qui comporte des risques. Trop souvent, c'est pour se décharger de leurs responsabilités que certains parents permettent aux enfants certaines latitudes; on ne peut remettre aux enfants la responsabilité de notre déresponsabilisation.

Comme parent, vous pouvez être inquiet.ète et il peut être sain de nommer aux enfants cette inquiétude. La ligne à ne pas franchir est d’éviter de leur faire porter la responsabilité de s'occuper de votre inquiétude. C'est un beau moment pour ouvrir l'échange, leur demander ce qu'ils ont entendu sur le sujet, comment ils vivent cette situation, ce qu'ils en comprennent et comment vous pouvez les aider.

Prévention
Voici quelques mesures qui peuvent être mises en place lorsqu’il y a un rôdeur dans le quartier : aller porter et chercher les enfants à l'école directement, discuter avec les autres parents pour faire du covoiturage, inscrire l'enfant au service de garde si vous ne souhaitez pas qu'ils se baladent seuls dans les rues, organiser, en collaboration avec les familles du quartier, des groupes de marche pour que les enfants se déplacent ensembles, discuter avec les enfants des moyens qui peuvent être mis en place s'ils ne se sentent pas en sécurité, réfléchir à la possibilité de devenir "Parent-Secours", de l'afficher, de le publiciser et d'encourager d'autres familles à faire de même pour augmenter le sentiment de sécurité dans le quartier. Je vous recommande aussi le livre de Jocelyne Robert : "Te laisse pas faire!". Ce livre aborde l'agression sexuelle, s’adresse en partie aux parents et certains segments sont lus avec les enfants. Bonne suite!

mercredi 28 février 2018

Quand le sexe n'est pas sexuel


Vous êtes-vous déjà demandé « À quoi sert le sexe dans ma vie? ». Il s’agit d’une question que j’adresse régulièrement aux personnes qui viennent me voir. Plusieurs sont étonnées de la question. Comme s’il s’agissait d’une évidence. « Ben… comme tout le monde là… Normal… », ce à quoi je réponds : « Dans mon bureau, ça ne signifie pas grand-chose être normal. Pouvez-vous me parler de comment ça se passe pour vous? ».

Ce serait faux de croire que la sexualité vise toujours un plaisir solitaire, en couple, en groupe ou une façon de célébrer la vie. La sexualité sert parfois aussi à combler d’autres besoins relationnels : une façon de se réconcilier, un moyen d’acheter la paix, un outil de marchandage, un mécanisme pour éviter les conflits. La sexualité sert parfois à combler son désir amoureux, cette envie d’être proche et de faire qu’un avec l’autre. Parfois, la sexualité sert à jouer, à explorer ses limites, à célébrer le corps en éveil érotique. La sexualité peut aussi viser à se couper de ses souffrances, à évacuer un stress, à diminuer les tensions ou à tenter de s’endormir.

Est-ce qu’il existe des mauvaises façons d’utiliser le sexe? Mis à part s’il sert à détruire les autres au sens propre comme au figuré, non. Certaines personnes vont utiliser le sexe pour plusieurs fonctions, en même temps ou une après l’autre. Quand les gens sont conscients des besoins qu’ils sont en train de combler et que les autres personnes impliquées savent aussi de quoi il est question et que tout le monde est d’accord, c’est parfait. Les défis arrivent lorsque les gens ne prennent pas conscience des besoins qu’ils sont en train d’essayer de combler. Et ces problèmes arrivent souvent lorsque les besoins à combler ne sont pas sexuels.

Les émotions et le sexe
Les sensations ressenties lors de la sexualité peuvent être très fortes. Les hormones relâchées dans le corps lors des relations sexuelles et de l’orgasme permettent de ressentir un grand plaisir et un relâchement des tensions. La sexualité peut alors agir comme une drogue et donner un « shoot » d’hormones rapide pour soulager les tensions et amener une sensation agréable. Le défi arrive lorsqu’une personne a un grand vide émotionnel et n’arrive pas à le remplir. Certaines personnes utilisent la sexualité pour remplir le trou en elle sans avoir trouvé des bouchons pour que cette sensation reste, sans avoir à chercher un nouveau « shoot » quelques instants plus tard. Les personnes ont alors le sentiment d’avoir « une grosse libido » alors que dans les faits, ce n’est pas une question de désir sexuel. C’est l’équivalent de manger quand on se sent triste, car le poids de la nourriture donne l’impression que l’émotion est moins grande. On se trompe sur ce qu’on est en train de remplir.

Un des indices que le sexe n’a pas de fonction sexuelle est si vous avez des contacts sexuels seul.e ou avec une autre personne dans le seul but de relâcher une tension le plus rapidement possible. Que vous n’avez pas de fantasme, pas d’images, pas de scénario. Ces situations présentent souvent le sexe comme une façon de diminuer une émotion qui prend trop de place : le stress, l’anxiété, l’ennui ou une sensation de vide intérieur.

S’il s‘agit d’une situation qui vous parle et que vous avez envie d’explorer ce qui se passe à l’intérieur de vous, communiquez avec moi ou avec un.e autre sexologue; nous regarderons ensemble comment la sexualité peut devenir un peu plus sexuelle.

**Article originalement diffusé dans le Journal le Canada Français

mardi 27 février 2018

L'art de présenter des excuses


Un des deuils que vous aurez peut-être à faire au cours de votre vie est d’accepter que vous soyez un être imparfait. En tant qu’être imparfait, vous trébucherez, vous ferez des erreurs et vous blesserez des gens. Peut-être parce que vous souhaiterez réellement blesser l’autre. Peut-être aussi que ces blessures arriveront par manque d’écoute de l’autre. Au bout de la ligne, que cette blessure ait été intentionnelle ou pas, si cette relation est importante pour vous, le mieux sera de reconnaître votre erreur, de présenter des excuses et de voir comment vous pourrez consolider le lien dans la relation qui a été fragilisé.

L’erreur
Une des choses que j’observe souvent dans mon bureau lorsque des blessures émotionnelles et relationnelles ont lieu, c’est la difficulté de reconnaître son erreur. Ce défi arrive surtout lorsque la personne n’avait pas l’intention de blesser l’autre. « Ben là! Si j’ai essayé de t’approcher pour faire l’amour, c’est parce que j’ai du désir et que tu es excitante! Je ne voulais pas te forcer. Tu ne m’as rien dit, je ne pouvais pas savoir ». Dans les relations, nous ne sommes pas dans un tribunal; il n’y a pas un coupable et une victime. Il y a deux êtres humains dans une relation qui ont chacun leur part de responsabilité dans la relation.

Dans l’exemple, la personne tente de se déresponsabiliser en nommant que c’est à l’autre de dire si elle a envie des caresses sexuelles ou non. C’est vrai. Cette personne a une part de responsabilité. En même temps, est-ce que la personne qui initie les contacts sexuels est à l’écoute de son ou sa partenaire? Comment a-t-elle observé et vérifié si l’autre avait envie de ces contacts? La part de responsabilité de la personne qui initie des contacts sexuels est d’observer et d’être à l’écoute de l’autre. Avez-vous vérifié si l’autre avait l’air disposée à ces rapprochements? Avez-vous vérifié avec votre partenaire comment vous pouviez participer à ce que l’autre puisse être disposé à ces rapprochements? Non? Elle est là l’erreur; vous avez manqué d’écoute pour votre partenaire.

L’excuse
Habituellement, lorsque l’erreur a adéquatement été identifiée, l’étape des excuses se fait plus facilement. Une des erreurs les plus fréquentes que j’observe est la suivante : « Je suis désolée que tu te sois senti.e mal quand je t’ai approché ». Vous n’êtes pas responsable des émotions des autres. En fait, les émotions des autres ne vous appartiennent pas. Vous n’avez pas à vous blâmer ou vous féliciter des émotions des autres. Les émotions vécues par les autres peuvent être causées par des raisons mixtes; son histoire de vie, ce qu’elle a vécu d’autre dans sa journée, etc. Vous excuser pour ces émotions, c’est un peu croire que le problème dans la situation, ce sont les émotions de l’autre. Les émotions ne sont pas un problème. C’est un signal. S’excuser pour les émotions de l’autre contribue davantage au problème qu’il ne va le régler. Des excuses adéquates est de reconnaître qu’est-ce que vous avez fait, activement ou passivement, qui a été irritant pour l’autre : « Je suis désolée. J’ai fait des approches sexuelles sans observer si tu étais réceptive. J’ai été intrusif ».

La réparation
La réparation, c’est de prendre conscience que les excuses sont une partie de la solution, mais ce n’est pas le terminus. Si la relation a été fragilisée parce que vous avez manqué d’écoute, comment pouvez-vous réparer cette situation? Comment pouvez-vous démontrer à l’autre que vous souhaitez faire des efforts pour mieux être à l’écoute? Des fleurs, du chocolat ou une sortie au spa peuvent être sympathiques. Elle n’adresse toutefois pas la situation en cause; votre écoute. Prenez le temps de réfléchir à comment vous pouvez changer des choses à ce sujet. Pour éviter de refaire constamment les mêmes erreurs. Car une erreur qui revient constamment, ce n’est plus une erreur; c’est un choix. Souhaitez-vous choisir de rester intrusif et agressant?

Article originalement paru dans le Journal le Canada Français

lundi 26 février 2018

La fragilité du désir sexuel


Le sujet du désir sexuel est une des raisons de consultation les plus fréquentes qu’on voit dans les bureaux de sexologues. Le désir sexuel, c’est quelque chose qui peut être assez fragile et qui peut facilement être englouti par toute une liste de choses « à faire ». À force de « faire » des choses, on s’éloigne souvent de l’essentiel; ce que nous sommes. Avez-vous déjà remarqué qu’on se définit davantage par les possessions qu’on a (une maison, des enfants, un travail, du matériel) plutôt que par les caractéristiques qui nous définissent au plus profond de nous?

Posséder des choses, ce n’est pas un problème en soi. Ce qui devient difficile, c’est lorsqu’on possède des choses sans que ça aille un sens, ou lorsque le sens est « parce qu’il faut », « parce que c’est comme ça ». Les défis arrivent lorsque le sens que vous donnez à votre vie est le sens que vous croyez que les autres ou la société attendent de vous. Parce qu’un adulte accompli, un homme ou une femme accompli.e.s est une personne qui correspond à une liste de critères précis. Les défis arrivent lorsque vous ne vous posez pas la question sur ces critères, sur le fait de savoir s’ils vous conviennent, s’ils sont cohérents avec vos valeurs, si vous avez envie de les endosser. Tous ces « il faut » viennent se poser sur vos désirs, sur vos souhaits et sur ce qui vous connecte avec votre désir d’être en vie. Petit à petit, vous vous déconnectez de vous-même parce que ce qui vous définit comme personne est complètement englouti par cette liste de « il faut ».

Ce manque de contact avec soi peut amener un faible désir sexuel ou l’utilisation de la sexualité en réponse à ce manque de connexion avec soi-même. Souvent, on observe que ces personnes ont eu très peu de contacts avec leurs désirs, parce que depuis toujours, on leur a dit « qu’il faut » et « qu’on doit » sans qu’il y ait d’espace pour autre chose. Bien sûr, le quotidien amène certaines obligations. Mais y a-t-il autant d’obligations que vous le croyez? Est-ce que toutes ces obligations que vous voyez sont nécessaires? Quel est votre espace de jeu? Quel est votre espace où vous vous retrouvez et que vous vous connectez avec ce que vous aimez? Arrivez-vous à créer une saine tension entre les aléas de la vie et vos désirs?

Il est aussi fréquent de voir que des personnes avec peu de désir sexuel sont en couple avec des personnes qui ont beaucoup de demandes sexuelles. Ces personnes ont souvent les mêmes failles et les mêmes défis; elles confondent « désir » et « besoin ». Elles confondent aussi « expression d’un désir » à « l’autre doit répondre à l’expression de mon désir ». Alors que les premières restent plutôt passives dans leurs actions, les deuxièmes sont intrusives avec leurs demandes. Mais dans les deux cas, chacune développe des frustrations de voir ses besoins incomblés. Dans un cas comme dans l’autre, les partenaires ont du mal à se retrouver dans ce qu’ils ont de plus intime. Ni un ni l’autre n’est connecté à son réel désir ni à son besoin en carence. Souvent, chacun se sent vulnérable et tente de protéger sa vulnérabilité en restant loin de son univers émotif. C’est aussi cet éloignement qui rend difficile la rencontre entre les partenaires.

Voici un scénario type d’une dynamique sexuelle de ces couples: 1) la personne avec une tension sexuelle approche l’autre sans valider les désirs de l’autre, donc, est intrusive dans sa façon d’approcher l’autre, 2) la personne avec moins de désir se referme, car elle se sent envahie dans son espace et ne sent pas que l’autre est à l’écoute, 3) la personne avec plus de désir est frustrée de voir que l’autre est fermée et exprime sa frustration de plusieurs moyens (bouderie, rejet, colère, blâme, etc.), 4) la personne avec moins de désir a du mal à expliquer ce qui se passe pour elle, car elle est peu connectée avec elle-même. Elle peut se blâmer, chercher des excuses, avoir l’impression d’être le problème, devenir frustrée, etc., 5) de l’espace se crée entre les partenaires, 6) un stress s’installe à l’idée d’un nouveau contact sexuel et la tension augmente.

Plutôt que d’identifier ce qui se passe pour qu’une tension saine donne naissance au désir sexuel, le repli sur soi des deux partenaires installe une tension malsaine entre eux et il se crée une distance pour éviter d’être blessé encore. Dans les faits, ni un ni l’autre des partenaires est suffisamment connecté avec lui ou elle pour nommer ce qui se passe, car les désirs sont engloutis sous les « il faut » et les « je dois » sans identifier quels sont les enjeux réellement en place. Le défi de ces couples est d’apprendre à s’occuper individuellement d’eux-mêmes pour mieux aller vers l’autre dans un esprit de partage et de support plutôt que dans un esprit de « l’autre me doit quelque chose ». Vous reconnaissez-vous dans ce type de couple?

Article paru originalement dans le journal Le Canada Français.

dimanche 25 février 2018

Je souhaiterais avoir un couple ouvert


Est-ce que vivre dans un couple ouvert peut régler certains de vos problèmes de couple? Alors que certains croient qu’un couple ouvert est la plaie d’un couple solide, d’autres jurent que c’est ce qui leur permet de rester ensemble. Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse à cette question, mais il y a probablement une réponse mieux adaptée à votre situation. Voici certains des critères à prendre en considération pour mieux être en mesure de prendre une décision éclairée.

Combler quoi?
Quel a été l’élément déclencheur qui vous a amené à vous poser cette question? Êtes-vous actuellement en couple? Si oui, comment se porte votre couple? Est-ce que ce questionnement est survenu alors que votre relation se passe bien, que vous vous sentez proche de votre partenaire, que vous êtes comblé.e amoureusement et sexuellement? Est-ce que ce questionnement est en réponse à une insatisfaction ou une frustration? Est-ce que le couple ouvert est en réponse à la naissance de cette insatisfaction? Comment avez-vous tenté d’aborder la question avec votre partenaire? L’idée ici n’est pas de porter un jugement sur la raison qui a fait émerger ce questionnement, mais de réfléchir à la question « Suis-je en train de déplacer le problème? » Si cette idée de couple ouvert vise à éviter d’aborder un sujet délicat, votre insatisfaction risque d’émerger à nouveau dans une autre sphère de votre vie et le couple ouvert risque d’exacerber la situation que vous vivez.

Et l’autre?
Que pense votre partenaire de cette idée de couple ouvert? Est-ce que ce questionnement a émergé conjointement? Est-ce que chacun de vous a eu l’opportunité d’exprimer réellement ce qu’il et elle pensait de cette idée, que ce soit par rapport aux bons et aux mauvais côtés? Est-ce que vous avez eu tendance à regarder uniquement les bons côtés ou les mauvais côtés? Pour être en mesure de prendre une décision éclairée, il est nécessaire d’avoir un portrait global, soit de voir les aspects positifs et négatifs de cette décision. Si un des partenaires ne participe pas franchement à cette discussion, les probabilités qu’un couple ouvert soit un échec sont grandes. Un manque d’authenticité dans ce type de réflexion fait en sorte que vous ou votre partenaire ou tous les deux cachez des parties de ce que vous pensez et de ce que vous ressentez. Il pourrait être difficile de revoir le tir à moyen et long terme dans ces conditions. Il est possible qu’une des personnes ait le sentiment « qu’il est trop tard pour s’exprimer » et que plutôt que de revenir sur l’entente, décide de mettre fin à la relation.

Les règles
Tous les couples ouverts n’ont pas les mêmes règles. Il n’y a pas de type de règles qui sont garantes d’une réussite. Par contre, omettre de mettre des règles claires et d’être tous les deux d’accord sur ces règles est souvent un pas vers l’échec du couple ouvert. Mentir par omission peut causer bon nombre de conflits dans le futur. Si votre souhait est de maintenir la relation actuelle, cette tactique n’est probablement pas la meilleure. De plus, il est possible qu’une règle ait été mise en place et ne convienne plus à un des partenaires dans le futur. Une question importante à se poser est « Qu’est-ce qui est le plus important? » Est-ce de maintenir votre vie de couple? De pimenter votre vie? De ne pas sentir de barrière dans votre vie sexuelle? La réponse à cette question orientera votre décision, mais le maintien de la relation de couple ne sera pas automatique selon votre priorité.

Bonne réflexion!

samedi 24 février 2018

Est-ce que la nudité est toujours érotique?


Avez-vous entendu parler des controverses à propos du monokini par les femmes dans les centres aquatiques canadiens cet été? Des femmes ont souhaité aller aux glissades d’eau en conformité avec la réglementation de la ville et de la province en couvrant leurs organes génitaux avec leur maillot de bain. Elles se sont fait dire que ce n’était pas suffisant et que, contrairement aux hommes, elles devaient obligatoirement cacher leurs seins. Des plaintes ont été formulées par ces femmes et l’affaire est maintenant entre les mains des tribunaux. Parallèlement, plusieurs centres aquatiques réfléchissent à leurs valeurs, aux droits des femmes et aux droits des enfants pour tenter de donner une orientation à la réglementation de leur centre. L’éléphant dans la pièce au cœur du débat est sans contredit la sexualité et les valeurs québécoises concernant la sexualité. Voici quelques non-dits qui ont été soulevés par cette situation.

Enfants vs adultes
Un des principaux points soulevés dans le débat concerne les enfants. « Le parc aquatique est un parc thématique pour les enfants et les familles. Si c’était pour les adultes, ce serait différent ». Le sous-entendu ici concerne l’érotisme, mais surtout, la nudité associée à l’érotisme. Dans l’imaginaire collectif québécois, la nudité est à peu près toujours associée à l’érotisme. Un corps nu est un corps excitant. Et l’excitation vient en partie du fait que ce soit interdit et caché. Si vous consultez la littérature d’il y a 150 ans, vous pourrez lire des récits ou la vue d’une cheville était absolument érotique. À d’autres époques, c’était les cheveux qui suscitaient cet éveil sexuel, alors qu’à d’autres, c’était la vue d’un genou ou du ventre. Ces sources d’excitation étaient associées aux mœurs de l’époque et à ce qui était interdit ou permis de voir.

On souhaite donc protéger les enfants de l’érotisme en présumant qu’un corps nu est automatiquement érotique. D’une part, nous avons du mal à voir un corps nu pour ce qu’il est : un corps nu. Un corps naturel. Un corps sans artifice. D’autre part, nous percevons l’érotisme comme quelque chose de dangereux. La conséquence logique est de vouloir protéger les enfants du danger en les gardant loin du danger. L’érotisme et le corps nu étant, pour plusieurs, indissociables, on s’affaire à cacher les corps nus. Et moins on en voit, plus la nudité reste interdite et excitante. Bref, cacher le corps et en faire un interdit est principalement ce contribue à le rendre érotique; ce n’est pas le corps comme tel qui est excitant; c’est le sens qu’on lui donne.

En utilisant les enfants pour interdire la nudité, on dévie en fait la question de base : la relation des adultes avec l’érotisme et le corps. Les enfants pourront être affectés par cette situation si les adultes de leur entourage leur ont présenté la nudité comme quelque chose de tabou et de mal. Si, depuis qu’il est petit, l’enfant se fait dire de se cacher et que tout le monde cache son corps dans des contextes naturels (moments d’hygiène, sortie du bain, de la piscine, changement de vêtements, etc.), il associera la nudité à un problème. Ce n’est pas sa croyance à lui; c’est ce qu’on lui a transmis. Un enfant qui aura évolué dans un contexte où la nudité naturelle est naturelle ne sera pas choqué à la vue de seins. En sommes, il est préférable de distinguer les questions d’érotisme et de nudité et de ne pas présumer qu’elles sont indissociables. Reste maintenant à réfléchir aux questions sur nos perceptions des corps dits féminins ou masculins pour poursuivre le débat. Bonne réflexion!

**Texte original paru dans le journal Le Canada Français

vendredi 23 février 2018

En relation, êtes-vous chêne, pollen ou roseau?

Photo d'André Baechler 
https://a-baechler.net/
Comment accueillez-vous les nouvelles propositions amoureuses et sexuelles? Êtes-vous du type à avoir une idée très fixe sur les caresses ou les pratiques acceptables? Ou encore, avez-vous tendance à accepter toutes les propositions qui viennent à vous? Ou est-ce que vous connaissez bien vos limites et vos goûts et vous acceptez d’explorer un peu à l’extérieur de ces frontières, dans le plaisir? C’est tout un art d’être en relation sainement en étant capable à la fois de se prendre en considération et de prendre en considération les autres. Voici trois façons d’être en relation que j’appellerai les chênes, les pollens et les roseaux. Dans lequel vous retrouvez-vous?

Les chênes
Les chênes sont des personnes qui sont perçues de l’extérieure comme fortes et solides; rien n’a l’air de les ébranler. Leurs choix, leurs goûts, leur direction sont clairs et précis. Elles nomment ce qu’elles souhaitent et ce qu’elles ne souhaitent pas, ce qui est souvent accompagné de « Ben moi j’suis de même. Je n’ai pas l’intention de changer. Si ça ne fait pas ton affaire, tu peux t’en aller ». Les chênes s’attendent à ce que ce soit leur environnement qui s’adapte à eux. Autant la force des chênes est une formidable qualité, elle peut devenir un réel défi dans les tempêtes fortes ou elles risquent de se briser sous la force du vent. Dans cette métaphore, le vent représente l’environnement de la personne. Pour les chênes, seule une force inouïe peut les amener à bouger, ce qui n’arrive pas sans des dommages importants. Comment les chênes pourront-ils passer au travers les petites tempêtes comme la maladie, l’arrivée d’un enfant, un nouveau travail ou les désirs fluctuants de son ou sa partenaire? Le chêne devra envisager s’assouplir un peu pour éviter que sa rigidité l’amène à se déraciner ou à se briser.

Les pollens
Les pollens sont les personnes qui sont constamment en train de s’adapter; elles vont là où le vent leur dicte d’aller, sans résistance. Lorsqu’on les questionne sur leurs goûts et leurs préférences, leur automatisme est de répondre : « Ça ne me dérange pas; c’est comme tu veux ». Pour les pollens; c’est parfait que ce soit les autres qui décident. Leur légèreté et leur capacité à changer de direction rapidement facilitent leur contact avec leur environnement, car sans résistance, la vie est plus douce. Toutefois, se laisser porter par le vent a la qualité de son défaut; ces personnes n’ont pas de racines. Quel est leur centre? Qui sont-elles? Que souhaitent-elles? Quels sont leurs désirs? Quel est leur refuge lorsqu’elles auront besoin de se recentrer? Pour l’instant, ces questions restent plus ou moins sans réponse. Les pollens ont ainsi le sentiment d’être libres. Mais cette liberté ne leur appartient pas; elle appartient au vent qui dicte leur direction. Le défi pour les pollens est « d’être » en relation; pour ce faire, il faut d’abord « être ». Cette capacité de mieux se définir en déterminant aussi ses frontières permet ensuite de choisir quelles sont les pratiques sexuelles qu’elles aiment et qu’elles aiment moins. Ces choix permettront de faire pousser des racines plutôt que de devoir se soumettre au vent.

Les roseaux
Les roseaux sont les personnes qui vont avoir développé suffisamment de racines pour rester bien en place lorsque la tempête se lèvera. Elles auront aussi suffisamment de souplesse pour leur permettre de voguer dans le vent sans se briser. Bien sûr, elles n’ont pas la force du chêne ni la très grande légèreté du pollen. Les roseaux seront décoiffés par la tempête, mais leur identité ne sera pas déformée. Les roseaux pourront vivre des périodes difficiles ou avoir des pratiques sexuelles moins satisfaisantes, et ce, sans remettre en question la relation. Et quoique la métaphore ne fonctionne plus à ce stade, le roseau a aussi la possibilité de se transplanter dans un environnement moins hostile, au besoin. Car personne n’a à tolérer des tempêtes à répétition venant du même environnement.

**Texte original publié dans le Journal le Canada Français.